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lade présente une douleur rétro ou péri-sternale très accusée avec ce sentiment d’angoisse extrême, d’inquiétude pour sa vie, que le médecin qui en a été témoin une fois n’oubliera jamais, nous voyons là une attaque d’ Angine de Poitrine, quelles qu’en soient l’origine ou la nature, et que l’affection soit bénigne ou latale. Il nous restera ensuite, une fois l’étiquette mise, à en discerner la cause, à savoir si nous avons affaire à un syndrome mortel ou laissant la porte ouverte à l’espérance, CO cfui est autrement important qu’un diagnostic général à porter, ainsi que l’a fait remarquer M. IlucliarJ.
Nous insisterons cependant d’une manière toute particulière sur Vangoisse comme signe caractéristique de l’Angor. D'après nous, et nous ne saurions trop le répéter, pour qu’il y ait Angine de Poitrine, il faut que l’angoisse existe, soit évidente ; il faut c[ue l’inquiétude du malade, la crainte de mourir, le sentiment d’une lin prochaine, les affres de la mort subite, imminente, en un mot, une angoisse pareille à celle du condamné allant périr sur l’échafaud, dominent largement la scène. La crainte morale chez le véritable angoreux, surtout dans l’Angor organique, dépasse de beaucoup la douleur physique. Celle-ci peut s’atténuer, rester au second plan, l’angoisse, non. Bien loin de la nier et de reconnaître un Angor sans angoisse, nous faisons, avec M. lluchard etM. Ch. Liégeois, de cette dernière le critérium obligatoire de cette alïcction.
Plusieurs praticiens ont attribué la même valeur clinique à lu douleur du bras gauche. Ainsi, M. le professeur Potain, voulant nu congrès de Rouen, étalilir une différence entre l’Angine de Poitrine et les cardiopathies réflexes dépendant d’une névralgie intercostale ou d’une névralgie du plexus brachial, a soutenu cette opinion que l’irradiation douloureuse au bras gauche accompagnait toujours la première et jamais les secondes, qu’en un mot V Angor Pectoiùs n’existait point sans elle. Cela n’est point tout à fait exact, et nous avons cité plusieurs cas d’Angine vraie avec lésions organiques, c’est-à-dire de l'Angor par excellence, où la douleur du bras gauche faisait défaut et d’autres où cette douleur n’existait qu’au bras droit. Nous sommes donc sur ce point de l’avis de Parry, de Jurine et de Huchard qui pensent que l'Angor peut exister sans elle tout aussi bien que l’hépatite sans douleur à l’épaule droite.
B. — Diagnostic différentiel des diverses classes d’Angine de Poitrine.
Nous dessinerons aussi rapidement que possible les caractères particuliers à chacune d’entre elles, en suivant l’ordre que nous avons adopté dans l’étude des causes.
A. — Angines de Poitrine Névralgiques
Celles reconnaissant des causes traumatiques (blessures nerveuses ou sliok traumatique de l’accouchement) sont faciles à reconnaître. Il en est de même pour celles succédant à d’autres névralgies. Quant à l’Angor essentiel, nous rappelons ce que nous avons dit précédemment à son sujet : quand pendant la vie, on n’a diagnostiqué aucune lésion du cœur et des gros vaisseaux, quand, en présence d’une attaque, le médecin ne peut la rattacher à aucune cause toxique, à aucun état diathésique, névrosique, ni à aucun trouble organique, on est bien forcé de lui accorder un caractère d’essentialité que l’état de la science et nos moyens actuels d’investigation no nous permettent pas de lui refuser ; le doute ne saurait satisfaire notre esprit avide d’ordre, de classification et de netteté.
B. — Angines de Poitrine Névrosiques
Nous avons retracé précédemment les caractères généraux et saillants de cette classe d’Angor, l’une des plus considérables et dont le domaine est destiné à s’agrandir encore (accès avant l’âge adulte, plus fréquents chez la femme, survenant surtout la nuit, se montrant par séries et se terminant presque toujours par la guérison). Nous n’y reviendrons pas, nous contentant d’esquisser la physionomie spéciale à chacune des variétés d’Angors névrosiques.
B L’Angine de Poitrine Hystérique se reconnait facilement aux symptômes qui accompagnent ordinairement la névrose mère ; hypéresthésie ou hémi-anesthésie, analgésie, dyschromatopsie, ovarie, crises nerveuses, sensation de boule, etc. (1)
2“ L’Angine de Poitrine Vaso-motrice emprunte à la précédente une partie de ses symptômes, mais en outre les malades se plaignent de sensation de froid, de pâleur, de cyanose des extrémités, d’affaiblissement du pouls radial et parfois de sueurs glacées.
(1) Voir à ce sujet la thèse récente de Le Clerc (1887). De l’Angine de Poitrine hystérique, inspirée par M. Huchard.
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3° L’Angine de Poitrine Neurasthénique survient surtout chez les névropathes ou chez les arthritiques. Elle se montre principalement chez la femme et surtout vers l’époque de la ménopause, s’accompagne souvent d’anémie, se présente ordinairement la nuit d’une manière bruyante ; les malades s’agitent plus que ne le font les autres angoreux, sous l’influence d’une douleur moins aiguë rappelant plutôt une oppression, un poids qu’un coup d’épée et siégeant en plein cœur plutôt qu’à gauche du sternum. Là aussi, la guérison est la règle chez ces sujets éminemment émotifs.
C’est notamment dans cette classe d’angineux que M. lluchard a rencontré un état d’inquiétude incessante qu’il a fort heureusement dénommé l’Anginophobie. Ces malades, bien que recouvrant dans l’intervalle de leurs accès un état de santé parfaite, finissent par tomber rapidement dans un état de dépression morale qui domine à la longue leur vie tout entière et ne les abandonne plus. A chaque instant de leur existence, le fantôme de VAngor se dresse devant eux ; la moindre course, l’émotion la plus légère, la vue d’une chose pénible, la lecture dans un journal d’un événement tragique, un mouvement, un bruit inopiné, tout leur est un sujet de crainte et l’épée de Damoclès leur paraîtrait moins terrible que le retour sans cesse menaçant des accès qu’ils redoutent et le jour et la nuit!
4° L’Angine de Poitrine Épileptique. — Ici point d’incertitude dans le diagnostic. La physionomie si caractérisée du mal comitial éclaire promptement l’observateur. Au reste, les cas appartenant à cette catégorie sont rares.
5” L’Angine de Poitrine Dyspeptique présente d’ordinaire quelques symptômes particuliers qui aident à la reconnaître. Ainsi le malade est plus oppressé que d’habitude, la douleur se fait sentir à l’épigastre plutôt qu’au sternum, il y a un sentiment de plénitude douloureuse, de la compression plutôt que des élancements aigus, le pouls est petit, les extrémités refroidies, la face est pâle ; il y a de l’engourdissement au bras plutôt qu’une douleur lancinante, la durée de l’accès ne dépasse guère une demi-heure, et sa physionomie est moins terrifiante que celle de l’angine cardio-aortique.
Cette angine se rencontre le plus souvent chez les tabagiques, les goutteux et les alcooliques, gens qui ont toujours soif ou faim et dont l’estomac est souvent très dilaté par la grande quantité de matières alimentaires ingérées.
J 1 y a des circonstances où la scène morbide est encore plus com-
DE l’angine de poitrine
pliquée. Ainsi chez un angoreux, on trouve l’estomac dilaté et on constate, à l’aide des commémoratifs et de la percussion, que le cœur est atteint lui-même secondairement, de là, la variété qu’on nomme Angine de Poitrine gastro-myocardiaquej mais il peut arriver qu’il y ait une autre lésion encore plus grave s’ajoutant à tout cela, une aortite plus ou moins avancée, et c’est une question qu’on doit toujours se poser bien que la solution de ce problème étiologique ne soit pas facile.
« Il faut en pareille rencontre, dit M. Liégeois (1), bien savoir qu’en raison même d’une certaine influence trophique (Eichhorst (2), d’origine pneumo-gastrique, la dilatation du cœur peut être consécutive à la diastole passive que provoquent les excitations des nerfs vagues. Il tant savoir en outre que la dilatation, même persistante de l’estomac, coïncide quelquefois avec cette dilatation du cœur, liée à l’état parétique des branches vagues stomacales, et dans ces deux circonstances on doit toujours se demander si les dilatations du cœur et de l’estomac ne relèvent pas de la seule et même cause, une lésion de l’aorte agissant sur les nerfs vagues. »
Leared (3) qui, dans dix cas où ces accidents de l’estomac n’étaient point douteux, avait vu la mort subite survenir huit fois, a eu soin d’insister sur ces troubles gastriques qui absorbent par leur intensité et bien plus encore par leur fixité l’attention du malade et du médecin à tel point que la maladie aortique, d’où dérivent tous ces troubles, peut passer inaperçue.
Nous sommes bien convaincu qu’il n’en était pas autrement dans les cas suivant que nous empruntons à M. Huchard :
OBSERVATION CXXXV (H. Huchard. — Résumée par Ch. Liégeois)
Angine de Poitrine gastro-myocardiaque.
Malade dyspeptique, d’origine goutteuse probablement, indemne de toute affection cardio-aortique, atteint de violents accès d’ Angine de Poitrine. A la phase d’excitation douloureuse du nerf vague, succède rapidement celle de paralysie totale du nerf, dyspnée, diminution du nombre des respirations, congestion bronchique et pulmonaire généralisée (signes de paralysie des filets nerveux pulmonaires) ; fréquence extrême des battements cardiaques et des pulsations radia-
(1) Ch. Liégeois. — Mémoire cour., p. 103.
(■2)' Eichhorst. — Centrabl. fur med. Wochensch, n. 10, 1879.
(3) Leared. — On disquired diseases of the Heart. Med. Times and Gaz., t. I, 1867, p. 697
DIAGNOSTIC
les (140 à 160, sans fièvre, palpitations, lipothymies, dilatation du cœur, etc,, (paralysie des filets cardiaques) ; dilatation do l’estomac, (paralysie des filets gastriques). Bons effets de l’électrisation du nerf pneumo-gastrique.