‹ Traité de l'angine glanduleuse et observations sur l'action des Eaux-Bonnes dans cette affectionChapitre 38 sur 45 · ÉTUDE DES MODIFICATIONS DE LA VOIX. 10 I · texte numérisé non relu

ÉTUDE DES MODIFICATIONS DE LA VOIX. 10 I

près complète, non pas qu'il y ait toujours incapacité absolue de produire des sons, mais leur émission est si imparfaite, si laborieuse, que les malades préfèrent parler à voix presque basse. Cette aphonie peut être passagère, se lier à des exacerbations de la maladie, ou survenir après des efforts de la voix.

D'autres fois, elle persiste pendant des semaines, des mois, des années môme, sans qu'aucun symptôme permette de supposer l'existence d'ulcérations ou de lésions graves du larynx. En général, quand ils le peuvent, les malades préfèrent parler à demi-voix qu'à voix tout à fait basse. L'articulation des mots, réduite à un simple chuchotement, leur est souvent beaucoup plus pénible, et j'ai entendu des ecclésiastiques se plaindre de la fatigue que leur causait l'exercice de la confession; l'habitude, du reste, modifie ces sensations ; il y a dans certaines limites une sorte d'accommodation des organes au mode fonctionnel auquel on les soumet.

Ce que je viens de dire de la voix parlée, est le plus souvent applicable à la voix chantée; j'ai déjà cependant signalé quel([ues exceptions : un des plus grands artistes qu'ait vus la scène moderne, a le pharynx hérissé de granulations; il éprouve un besoin continuel de heinmer^ de tousser même ; ces symptômes disparaissent quand il monte sur le théâtre, et il remplit les salles les plus vastes de la puissance incomparable de son admirable voix.

L'histoire des affections chroniques offre plus d'un exemple analogue, où l'énergie de l'influx nerveux fait taire momentanément les symptômes, et où la surexcitation de l'activité des organes triomphe des obstacles

10^ ANGINE GLANDULEUSE.

même matériels qui s'opposent k l'exercice de leurs fonctions (1). J'ai rapporté un fait plus curieux encore, qui m'a été communiqué par le docteur Henri G. de Mussy, dans lequel la raucité habituelle de la voix disparaissait sur la scène, et cette modification se maintenait pendant quelque temps.

Un autre artiste (voyez observation IV) . qui se trouve aujourd'hui guéri par l'action des eauxBonnes, et qui possède une magnifique voix de banjton.me disait ne pouvoir chanter dans le registre inférieur ; quand il essayait de le faire, il lui semblait qu'il y avait sur ses cordes vocales des nœuds, comme il s'en forme quelquefois aux cordes des violons. Il lui était impossible alors d'émettre un son pur; le timbre sombré surtout le fatiguait beaucoup ; le fausset au contraire se développait librement; il avait plus de peine à exécuter des sons fermés que des sons ouverts. A la suite d'un rhume, ces diverses modifications de la voix devenaient plus prononcées encore, et les sons du médiuni perdaient tout leur éclat (/a naturel, fa dièse, sol naturel, soi dièse, la, étaient pour lui les notes les plus critiques); sa voix devenait voilée, tremblotante, et comme frisée, suivant son ingénieuse expression.

Le même phénomène, l'impossibilité d'attâquer les notes basses, me fut présenté par M. R... (2), qui avait également une voix de baryton.

(1) Peut-être dans certains cas ce phénomène comporte- l-il une explication toute piiysique. Millier a remarqué qu'en augmentant la rapidité du courant d'air qui traverse la glolle, on fait produire des sons à des cordes vocales peu tendues, qui n'en produisaifnl pas sous l'influence d'un faible courant.

(2) Voyez observation 12'.

ÉTUDE DES MODIFICATIONS DE LA VOIX. lÔâ

Pour la production des tons bas, il faut un moindre degré de tension, un effort expirateur plus contenu, un ensemble de mouvements plus mesurés, plus lents, que pour celle des sons élevés ; et les obstacles aux vibrations sonores doiventy faire sentir leur influence d'une manière plus marquée. Le développement des granulations sur les cordes vocales, ou quelques globules muqueux déposés à leur surface pourraient-ils rendre compte de cette sensation de nœuds perçue par le chanteur ? Si la théorie de M. Garcia se confirmait ; si dans la voix de tête les ligaments glottiques ne sont tendus que par leurs bords, tandis qu'ils vibreraient dans toute leur profondeur pour produire la voix de poitrine, on comprendrait les efforts plus grands qu'exige cette dernière.

Quelques médecins pensent que l'affection du pharynx suffit, dans un grand nombre de cas au moins, pour expliquer l'altération de la voix. Qu'elle puisse exercer quelque influence sur son timbre, cela est possible ; wiais je crois cpie toute modification sérieuse de la voix suppose la participation du larynx à l'affection granuleuse. L'autopsie (n° i) nous montre un développement simultané des glandules pharyngiennes et laryngiennes.

D'ailleurs il n'existe pas un rapport nécessaire entre le trouble des fonctions vocales et la lésion du pharynx. Quelques malades sont presque aphones, avec un petit nombre de granulations apparentes; chez d'autres, l'arrière-gorge est hérissée de glandules hypertrophiées, et la voix est peu altérée.

L'extension si fréquente à la trachée et aux bronches de l'affection catarrhale qui occupe la muqueuse pharyn-

10!i ANGINE GLANDULEUSE.

gienne, témoigne de Fenvahissement du larynx, si disposé par sa structure glanduleuse à cette forme d'inflammation.

L'épiglotte, quand elle est accessible aux regards, se montre souvent injectée, tomenteuse, granuleuse même, et atteste la propagation de la maladie au delà des limites du pharynx.

Je ne comprends guère comment les sécrétions de la muqueuse pharyngienne pourraient, ainsi qu'on l'a dit, tomber sur les cordes vocales. D'après la disposition des parties, si elles n'étaient pas rejetées au dehors, ce serait évidemment vers l'œsophage qu'elles devraient se diriger ; à peine pourrait-on concevoir qu'il en fût autrement pour celles que sécrète le voile du palais (1). D'ailleurs, dans l'hypothèse où telle serait la cause de l'enrouement, un simple effort de toux devrait, en déplaçant ces mucosités, rendre toujours à la voix sa pureté primitive, si elles ne pénétraient qu'accidentellement dans le larynx, si elles n'y avaient pas leur origine, comme semblent l'indiquer leur forme globuleuse et la sensation perçue par le malade au moment où elles se détachent.

(1) Expliquerait-on ainsi le phénomène que j'ai vu se produire chez un malade, qui cessait de hemmer et de cracher quand il était dans une position horizontale, et éprouvait de nouveau la sensation qui provoque ces actes, aussitôt qu'il prenait une autre attitude ?

Page 1