‹ Traité de l'angine glanduleuse et observations sur l'action des Eaux-Bonnes dans cette affectionChapitre 40 sur 45 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Nous avons dit que, dans l'angine glanduleuse, nous étions conduits à chercher, derrière la lésion locale, un état morbide constitutionnel, qui expliquât la chronicité de cette alTection, sa tendance à persister ou à se reproduire. Nous croyons avoir établi que, dans l'immense majorité des cas, l'angine glanduleuse chronique et indépendante de l'affection tuberculeuse, coïncidait ou alternait avec des manifestations dartreuses, qu'elle semblait en un mot une dépendance de la diathèse herpétique. Si cette conception de la maladie est exacte, le traitement devra satisfaire à une double indication : il faudra attaquer la lésion locale, et chercher à modifier la condition générale de l'organisme qui produit et maintient cette lésion.

Cette dernière indication est la plus difficile à remplir. Peut-on jamais atteindre dans leur principe, dans leurs racines, ces conditions pathogéniques qui semblent faire partie intégrante , de l'organisme avec lequel elles naissent le plus souvent? il est permis d'en douter. Les spécifiques que nous pouvons leur opposer n'ont ordinairementqu'une puissance limitée. Mais nous savons par l'observation quelles sont les circonstances qui favorisent l'évolution de ces germes diathésiques ; il nous

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est souvent possible de soustraire l'économie à l'influence des causes qui renforcent, si je puis m'exprimer ainsi, l'énergie de la diathèse ; nous pouvons la placer dans des conditions opposées. Aussi le concours des moyens hygiéniques ne doit-il jamais être négligé parle médecin qui ne veut pas s'exposer à de graves mécomptes.

D'une autre part, la lésion locale, par le siège qu'elle occupe, réclame une médication directe et immédiate. Ce n'est pas une de ces manifestations qu'il faut quelquefois respecter , comme nous l'avons dit ailleurs, dans la crainte de voir la cause diathésique diriger son action sur des organes plus importants: l'angine glanduleuse trouble une des principales fonctions de la vie de relation, et menace la muqueuse bronchique dont les altérations sont plus graves encore et plus nuisibles à l'équilibre organique.

Nous allons étudier successivement les modificateurs hygiéniques et les moyens spécifiques destinés à combattre l'état constitutionnel qui domine la lésion locale ; nous indiquerons ensuite les agents topiques, à l'aide desquels on peut attaquer cette lésion, lorsqu'elle ne disparaît pas sous l'influence de la médication générale.

§ I. — Modificateurs liygiéniqucs.

Un air pur. un régime réparateur sans être excitant, l'éloignement aussi complet que le permet la destinée humaine, de toutes les émotions morales : telles sont les conditions hygiéniques les plus favorables à la guérison des manifestations herpétiques.

Dans la maladie qui nous occupe, l'air n'agit pas seulement comme agent de l'hématose, comme le plus essentiel des aliments, pabulum vitœ ; comme modificateur général et modificateur d'autant plus puissant qu'il exerce une action incessante sur l'organisme , qu'il l'entoure de toutes parts, qu'il pénètre dans son intérieur quinze ou vingt fois par minute; mais il faut tenircompte encore de son action topique sur les organes respiratoires. Un air pur, l'air balsamique qu'on respire dans les hautes vallées pyrénéennes, ou dans le voisinage des forêts de sapins, impressionne la membrane muqueuse aérienne tout autrement qu'un air chargé, comme celui des grandes villes, d'émanations animales, de vapeurs ammoniacales et de principes méphitiques. Les malades apprécient bien ces différences ; ils acquièrent une sorte de sensibihté spéciale pour les qualités de l'air: ils disent que tel air est léger, velouté, dilatant.

Nous avons vu, en décrivant les symptômes, que presque toujours ils sont exaspérés lorsque le malade se trouve dans une atmosphère chaude et resserrée ; l'enrouementaugmente constamment dans ces circonstances, il est porté quelquefois jusqu'à l'aphonie. Le docteur Green place l'air impur au premier rang parmi les causes de l'angine. [No one stands more prominent than that of Dnpure mV,p. 167.) J'ai dit également que quelques malades se trouvaient mieux dans un milieu humide et tiède. En général ils redoutent également une humidité froide et un air très sec. Ils doivent encore éviter de marcher contre la direction du vent : ces violents courants d'air ne sont pas seulement nuisibles par l'impres-

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sion qu'ils produisent, par le refroidissement subit qu'ils déterminent dans la partie qui y est exposée ; mais très souvent ils arrachent au sol et entraînent avec eux des particules de poussière qui peuvent, en pénétrant dans les voies aériennes, y devenir une cause d'irritation.

Ce que nous avons dit des qualités de l'air, nous pouvons le répéter, à propos des aliments, des boissons et des condiments : outre leur action modificatrice générale , il en est qui peuvent exercer, sur la membrane muqueuse bucco-pharyugienne , une stimulation qu'on doit éviter ; tels sont les épices, la moutarde, le poivre, le sel eu excès. En règle générale, les excitants ne conviennent pas aux personnes qui sont sous l'influence de la diathèse herpétique: ainsi le vin pur, le café, les liqueurs, les mets de haut goût, sont proscrits avec raison de leur régime; et cependant, excepté dans des cas d'une acuité très prononcée , il ne faut point tomber, par un excès contraire, dans les inconvénients d'un régime débilitant. Très souvent l'indication se présente de relever les forces, de remonter la tonicité générale, de soutenir en un mot l'organisme dans sa lutte contre la maladie ; et la formule du régime se réduit à ces deux mots que j'ai inscrits au commencement de cet article ; régime tonique, non excitant. Cent entre ces deux écueils de la débilitation et de l'hyperstimulation que le praticien doit louvoyer.

Quant à l'action des causes morales, elle est incontestable. Combien souvent voyons-nous les chagrins, les passions, les excitations du jeu, les émotions de la spéculation , les déceptions du cœur favoriser le développe-

ment des affections de tout genre et en particulier des affections herpétiques !

A ces préceptes d'hygiène générale, je dois en ajouter quelques autres qui tirent leur opportunité du siège de la maladie. Quelle que soit la méthode thér apeutique à laquelle le malade est soumis, le repos de l'organe affecté est une condition essentielle du traitement : on lui enjoindra de parler le moins possible, et seulement à demi-voix. Si même il se trouvait dans une période de surexcitation; si l'exercice de la parole, renfermé dans ces limites, provoquaitde la fatigue, de la toux ou de la douleur, il devrait se contenter d'écrire sur une ardoise, ou de parlera voix basse, pourvu que, suivant la judicieuse l'emarque de M. le professeur Trousseau (l),il ne fasse pas de grands efforts en voulant rendre cette voix plus intelligible pourceux quil'écoutent. Il est cependant une période de la maladie où l'exercice de la voix peut devenir utile à la guérison j de même que dans les affections articulaires, quand les phénomènes inflammatoires sont éteints depuis longtemps, des mouvements méthodiques favorisent le rétablissement de la circulation normale dans l'articulation malade et sont un élément du traitement. J'ai déjà touché cette question en décrivant les symptômes de la maladie (2) . Il ne faut pas perdre de vue que, sous la muqueuse, existe dans le larynx un appareil musculaire dont les fonctions peuvent être momentanément troublées par la lésion de la membrane qui les recouvre.

(1) Loc. cit., p. o08.

(2) Page 61.

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Les malades doivent résister, autant que possible, à ce besoin de hemmer ou de tousser qui les tourmente incessamment, et qui est provoqué par le chatouillement dont la gorge est le siège (1). Cette remarque s'applique aux mouvements de déglutition onde reniflement guttural , véritables ténesmes du pharynx , qui sont des symptômes si communs de l'angine glanduleuse. Ces actes trop répétés augmentent l'irritation de la membrane muqueuse et la sécrétion morbide qui en est la conséquence. Il faut maîtriser, quand on le peut, ' la sensation qui les sollicite, à moins que la glotte ne soit obstruée par des mucosités, qui gênent le passage de l'air ou mettent obstacle à l'émission de la voix.

§ II. — ITIodiGcateurs interues.

A. Médication sulfureuse. — Sans admettre que le soufre soit un médicament spécifique dans les maladies dartreuses, au même titre que le quinquina dans les fièvres palustres, ou même que le mercure dans les accidents secondaires de la syphilis, l'expérience a prouvé que cet agent thérapeutique jouissait d'une efïicacité réelle et vraiment spéciale dans un grand nombre de formes chroniques de l'herpétisme ; et, outre les effets topiques qu'il produit sur les parties malades, on admet généralement qu'il peut modifier l'état constitutionnel dont la lésion cutanée est l'expression. Cette action topique est un des éléments les plus importants de l'action

(l) Ces divers phénomènes peuvent être comparés encore au prurit qui accompagne les affections lierpdtiques de la peau, ou à la sensation qu'on éprouve dans le coryza et qui porte à se moucher sans cesse.

du soufre ; et l'usage interne des composés sulfureux serait le plus souvent insuffisant pour guérir les affections dartreuses. Dans le plus grand nombre des cas, elles doivent être attaquées directement par des moyens locaux, en même temps qu'on oppose des modificateurs généraux (lia disposition interne qu'elles manifestent.

Quoi qu'il en soit du mode d'action des préparations sulfureuses, M. le professeur Chomel, s'appuyant sur la relation pathogénique qu'il avait constatée, insista sur l'opportunité de leur emploi dans l'angine glanduleuse; et les résultats obtenus sont venus apporter un nouvel argument en faveur de l'idée qu'il avait conçue sur la nature du mal. Depuis longtemps, il faut le dire, les eaux sulfureuses étaient mises en usage dans cette maladie confondue, sous le nom de bronchite ou de laryngite, dans la classe de ces nombreuses affections catarrhales auxquelles le traitement sulfuro-thermal est appliqué avec tant de succès. Pour ma part, j'en ai très souvent constaté l'efficacité (1). Il me semble répondre à toutes les indications de la maladie qui nous occupe. Je m'étendrai plus longuement sur ce sujet dans un autre travail. Cependant, en raison de Tnnportance que j'attribue aux eaux sulfureuses dans le traitement de l'angine glanduleuse, je crois devoir, ici, en indiquer succinctement les principaux effets (2).

Sous l'influence de ces eaux, qui trouvent de puissants

(1) Voyez les obsei vaiions.

(2) Je ne prétends pas que tous ces effets appartiennent exclusivement aux eaux sulfureuses. Beaucoup d'autres eaux minérales peuvent en produire d'analogues. On pourrait distinguer dans les eaux deux ac-

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auxiliaires dans les conditions hygiéniques nouvelles au milieu desquelles le malade est placé, il semble que l'innervation devienne plus puissante ; la nutrition et l'assimilation sont plus actives; toutes les fonctions s'exécutent avec plusd'énergie etplus d'harmonie; le malade exprime cet ensemble de phénomènes en disant qu'il se sent plus de vie. Son appétit augmente ; ses forces musculaires acquièrent plus de vigueur; il éprouve une excitation générale qui retentit sur ses facultés intellectuelles, et que M. le docteur Andrieu (1) compare, après de Bordeu, à celle « qui est produite par certains stimulants spécifiques, tels que le café. » Quelques malades, en petit nombre, sentent de la faiblesse et de l'enivrement (observ. Ik).

Les fonctions de la peau sont stimulées : en général, la transpiration est plus abondante et plus facile. Chez les sujets affectés d'herpétisme, on voit fréquemment les lésions cutanées s'exaspérer ou s'étendre; d'autres fois elles reparaissent si elles étaient supprimées. Souvent les malades se plaignent de démangeaisons ; chez quelquesuns on voit survenir ces éruptions de diverses natures ,

lions: 1° une action physiologique, commune yu plus grand nombre, qui consiste dans le développement de l'activité vitale, l'énergie plus grande imprimée à toutes les fonctions, le relèvement des forces ; 2° une action thérapeutique, qui peut varier dans chaque source, suivant le principe minéralisateur qui y domine, sa thermalité, la constitution moléculaire de ses éléments, enfin suivant l'ensemble de circonstances qui font de chacune un médicament dist net, doué d'une action spéciale et pouvant répondre à des indications déterminées.

(1) Essai sur les Eaux-Bonnes, par M. A.-F. Andrieu, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Montpellier, p. 20.

auxquelles on donne vulgairement le nom de poussées : des érythèmes, des urticaires, des furoncles. J'ai vu des blépharites chroniques revêtir une forme plus aiguë.

Cette stimulation des membranes tégumentaires se manifeste d'une manière plus marquée là où existent déjà des foyers d'irritation qui lui font appel : ainsi chez les sujets atteints d'angine, en général, la membrane pharyngo-laryngienne devient plus rouge; les granulations sont plus saillantes ; le plus souvent la sécrétion muqueuse est augmentée ; les malades accusent des sensations incommodes de chatouillement, de picotement, d'ardeur à la gorge ou au larynx, qui retentissent quelquefois sur la trompe d'Eustachi , d'autres fois sont accompagnées de gène dans la déglutition.

Un peu d'insomnie, d'agitation nocturne, s'ajoutent souvent à ces symptômes, qui se montrent ordinairement après quelques jours d'usage des eaux, s'apaisent ensuite, et peuvent reparaître à la fin du traitement ; chez quelques-uns ils ne se manifestent qu'à cette époque, à la période de saturation.

L'excitation du système circulatoire s'exprime, chez un certain nombre, par une congestion des vaisseaux hémorrhoïdaux -, les tumeurs hémorrhoïdales se gonflent, deviennent prurigineuses , douloureuses , ou même fluentes dans quelques cas.

La sécrétion rénale devient plus active, ce qui est une conséquence naturelle de l'ingestion des boissons aqueuses; mais, en outre, l'eau sulfureuse provoque quelquefois des phénomènes d'irritation de la vessie et de l'urètre, chez des malades qui ont soulîert antérieu-

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rement d'accidents de cette nature (voyez observ. 1'').

Il me paraît très probable que cette localisation de l'excitation générale, que cette sorte d'action élective sur la partie malade est favorisée par le contact de celleci avec l'agent médicamenteux , contact qui a lieu nécessairement dans l'acte de la déglutition, et que j'ai cherché souvent à prolonger, à l'exemple de M. le professeur Chomel, en ordonnant aux malades de se gargariser avec l'eau minérale.

Gomme toutes les eaux minérales, l'eau sulfureuse est administrée en boisson, à doses progressives ; plus que toute autre, l'Eau-Bonne, dont l'expérience consacre chaque jour l'efficacité dans les affections chroniques des organes respiratoires, doit être, à cause même de son activité, employée avec prudence, et suivant les règles d'une méthode dont de Bordeu avait déjà fixé les bases, et qui a été perfectionnée par ses successeurs.

Un adulte, atteint d'angine glanduleuse, commence ordinairement par boire deux demi-verres ou trois quarts de verre d'Eau-Bonne, prisa jeun ou une heure, au moins, avant les repas. Lorsqu'il se trouve dans des conditions normales d'excitabilité , lorsque ses poumons sont sains, ou s'il n'est pas sous l'influence d'une de ces exacerbations qui. donnant à la maladie un caractère d'acuité, peuvent contre-indiquer temporairement l'emploi des eaux sulfureuses, on en élève graduellement la dose jusqu'à trois et quatre verres ; très rarement il est utile de dépasser cette quantité ; et l'excitabilité du malade, ou les phénomènes d'irritation locale,

qui se manifestent sous l'influence de cette médication, peuvent commander de rester en deçà (1).

La durée du traitement thermal est divisée généralement en saisons de vingt à trente jours ; elle doit être subordonnée à la manière dont le malade supporte la médication, aux effets qui se manifestent, à l'intensité de la maladie.

Dans une angijie glanduleuse ancienne et grave, deux saisons sont en général nécessaires ; on les sépare par quelques jours de repos, pendant lesquels les malades sont soumis à un régime adoucissant, à l'usage du lait d'ânesse ou d'autres boissons tempérantes, pour modérer l'excitation produite.

Rarement la seconde saison dure autant que la première; l'excitabilit*', déjà mise en jeu, ressent plus promptement l'action du stimulus; on cesse alors l'emploi des eaux pour éviter une excitation très intense, qui peut n'être pas un obstacle à laguérison, mais qui n'en est pas toujours, comme l'ont avancé quelques médecins, une condition indispensable. Les bains sont un adjuvant utile du traitement. On a révoqué en doute, dans ces

(1) Un habitant du Béain, qui se rend chaque année aux Eaux- Bonnes pour prévenir le retour d'une all'eclion laryngée, dont il a été guéri par leur usage, et qui y vint, pour la première fois, il y a quarante ans, me disait qu'à cette époque on commençait par deux verres, et que l'on arrivait graduellement à six. Plusieurs buveurs suivent encore cet usage traditionnel. Il y a bien loin de ces six verres, qui font trois livres environ, aux cinq ou six livres qu'on buvait chaque jour du temps de Théophile de Bordeu (XP lettre à madame deSorberio). Cet auteur ajoutait, il est vrai : « C'est trop pour plusieurs, et il y en a fort peu à qui cette dose ne suffise pas. »

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derniers temps, l'absorption par la peau de leurs principes minéralisateurs. Je n'entrerai pas dans cette discussion. Les avantages des bains sont incontestables ; ils concourent de la manière la plus puissante au rétablissement des fonctions cutanées, qui jouent un si grand rôle dans l'équilibre organique, et dont l'exercice régulier est d'autant plus important, dans la maladie qui nous occupe, que, comme je l'ai déjà rappelé ailleurs, il existe une sorte d'antagonisme entre les fonctions de la peau et celles du tégument interne (Voy. l'Introduction).

Une propriété de nos eaux que j'ai souvent observée, et qui a été signalée par M. Andrieu (p. 64), c'est que les malades qui les prennent depuis quelque temps deviennent, soit immédiatement, soit plusieurs semaines après en avoir cessé l'usage, moins sensibles aux variations atmosphériques. Je me suis servi assez souvent des douches générales comme auxiliaires des bains ; elles ont l'avantage d'exercer une action révulsive sur la périphérie cutanée, de la stimuler plus énergiquement encore, et de placer le malade au milieu d'une atmosphère de vapeurs sulfureuses qui pénètrent dans les voies respiratoires : c'est à la fois un des plus simples et un des meilleurs procédés d'inhalation qu'on puisse mettre en usage.

Quand l'affection glanduleuse s'étend à la partie supérieure du pharynx, à la face supérieure du voile du palais et à la partie postérieure des fosses nasales, pour mettre l'eau minérale en contact avec les tissus malades, j'en fais injecter par le nez avec une seringue

de verre, ou j'engage le malade à en aspirer par les narines à l'aide d'une forte inspiration (1), Cette pratique m'a donné de bons résultats. J'ai appris de M. le docteur Fontan que, depuis plusieurs années, il s'en était déjà servi avec succès, et qu'il ajoutait à ces injections nasales des douches dirigées sur le pharynx lui-même. Je conçois que ces douches puissent être utiles dans certaines formes chroniques, chez des malades peu excitables; j'admettrai même que leur emploi puisse être généralisé davantage, quand on fait usage d'eaux moins actives que les Eaux-Bonnes : avec cellesci, en effet, les malades doivent se contenter d'injecter quelques cuillerées d'eau minérale dans chaque narine, et de se gargariser une ou deux fois par jour, dans la crainte de voir survenir des phénomènes d'excitation qui forceraient à suspendre l'emploi de ces moyens.

Dans plusieurs localités thermales, on dirige des douches sur la région laryngée. Je n'ai point eu, aux Eaux-Bonnes, recours à cette méthode. M. le docteur Fontan assure en avoir retiré quelque avantage : il est possible que, dans certains cas où la maladie est très ancienne, où il y a peu de tendance à une con-

(1) J'ai vu des malades qui pouvaient à volonté, en prenant l'eau dans la bouche, la faire revenir par le nez. Un autre phénomène que j'ai observé et qui avait déjà été signalé par MM. Fontan et Maisonneuve, c'est que le liquide injecté par une narine peut revenir par l'autre, sans qu'il y ait aucune communication entre les deux : on ne peut l'expliquer que par la contraction des piliers postérieurs et du voile palatin, fermant inférieurement cette partie, désignée par M. Sappey sous le nom d'arrière-cavité des fosses nasales.

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gestion aiguë vers le larynx,, les douches, agissant à la fois comme fomentation et comme une sorte de massage, contribuent à modifier l'état circulatoire de cet organe, et puissent trouver une utile application ; mais d'après les faits dont j'ai été témoin, je suis disposé à regarder l'indication de ce moyen comme exceptionnelle, et à lui appliquer ce que MM. Trousseau et Belloc disent des fomentations et des cataplasmes : « Ils peuvent produire un effet tout opposé à celui qu'on attendait, provoquer vers la gorge une fluxion sanguine considérable, et alors les accidents, loin d'être calmés, subiront une aggravation notable. »

Revenons sur cette exagération des phénomènes morbides produite par les eaux thermales. Plusieurs médecins la regardent comme une condition indispensable de la guérison, comme une crise que les malades doivent traverser, et sans laquelle il n'y aurait pas d'effet curatif. Je crois, je le répète, que cette proposition, est admissible dans certains cas; mais elle est trop absolue. J'ai vu des malades guérir aux Eaux-Bonnes sans phénomènes réactionnels bien prononcés, sans aggravation momentanée des symptômes ; et la guérison n'en a été ni moins parfaite ni moins solide. Les observations de M. le docteur Andrieu sont sur ce point d'accord avec les miennes, et je ne puis résister au plaisir de lui emprunter le passage où il développe ■ cette opinion, avec la lucidité et l'élégance qui prêtent tant de charme à la lecture de son ouvrage :

«Beaucoup de malades, dit cet auteur, soumis à l'usage des eaux, guérissent, sans éprouver d'autre effet

appréciable de l'action de celles-ci, que l'amélioration graduelle de leur état et la disparition plus ou moins complète des accidents morbides auxquels ils étaient en proie. Je suisconvaincuque certains malades guériraient, s'ils prenaient une quantité d'eau plus considérable et s'ils traversaient une période de stimulation même très intense, mais ils ne guériraient pas mieux. Je restedonc convaincu que le médecin doit s'étudier, autant ([ue possible, à ne pas susciter des troubles trop considérables, et j'aifirme qu'il aurait atteint le summum de la perfection, s'il arrivait à guérir toutes les fois que la guérison

est possible sans amener de perturbation notable

Mais lorsqu'il s'agit d'un réactif aussi capricieux et aussi délicat que la sensibilité de l'homme, il est évident que nous ne pouvons jamais calculer exactement les résultats d'une impression ressentie. Tout ce que nous sommes en droit d'exiger, c'est que les symptômes imputables à l'action des Eaux-Bonnes ne soient pas d'une intensité exagérée. Faisons toutefois nos réserves , et ajoutons qu'il peut se présenter tel fait exceptionnel où le médecin a besoin d'imprimer à l'économie une modification énergique et de remuer la vie jusque dans ses profondeurs les plus intimes. L'intensité de l'action à exercer dans cette occurrence rentre complètement dans le domaine de l'appréciation personnelle (1). »

Quand cette excitation se prononce avec une certaine énergie, qu'elle ait été ou non recherchée par le médecin, il convient de s'arrêtera la dose prescrite, quelquefois de redescendre à une dose moindre, ou même, dans

(1) Loc. cit., p. 153.

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quelques cas, de suspendre temporairement cette médication. Les pédiluves irritants, le lait d'ânesse, les gargarismes adoucissants (1), ramènent en général très rapidement le malade à des conditions qui permettent d'augmenter la dose de l'eau minérale, ou d'y revenir si l'on en avait interrompu l'usage. Je me suis quelquefois bien trouvé, dans des cas d'une acuité médiocre, d'un gargarisme légèrement iodé (2).

Cette excitation, avons-nous dit, se manifeste assez souvent à la fin du traitement et semble alors marquer la limite à laquelle on doit s'arrêter. C'est après qu'elle s'est apaisée que l'amélioration commence à se manifester ; quelquefois plusieurs semaines ou même plusieurs mois s'écoulent, avant qu'une heureuse modification dans les phénomènes morbides révèle l'action curatrice du traitement thermal. Pour ce qui concerne les Eaux-Bonnes, dans beaucoup de cas, la manifestation de cette action ne se fait pas si longtemps attendre. Beaucoup de malades, quand ils quittent les eaux, ne toussent plus, ne crachent plus , n'ont plus ni hem , ni chatouillement, parlent d'une voix infiniment meilleure, et éprouvent (j'emprunte l'expression de l'un d'eux) « une sen-

(1) Je me suis servi souvent avec beaucoup d'avantage du garga-

risme suivant :

Emulsion d'amandes 200 gram.

Sirop diacode 30 —

Eau de laurier-cerise 6 —

(2) Décoction de tètes de pavot 200 gram.

Sirop de mûres 30 —

Teinture d'iode 1 —

lodure de potassium 0,10 centigr.

satiou de bien-être et de dilatation des voies aériennes ». Les granulations ont diminué, quelquefois même disparu, quand elles sont depetit volume; plus souvent la rougeur s efface, l'état granuleux du pharynx persiste encore plus ou moins prononcé, mais ne met pas obstacle au rétablissement des fonctions vocales. Chez d'autres, il en est autrement, et je suis convaincu, avec tous les médecins qui ont manié la médication thermale, de la réalité des effets consécutifs éloignés : soit qu'il faille un certain temps à l'organisme, ébranlé par cette médication, pour reprendre son équilibre ; soit que l'impulsion donnée au travail réparateur lui imprime une marche trop lente, pour qu'elle puisse se traduire par des effets sensibles avant un certain laps de temps.

Enfin, dans quelques cas d'angine très grave et très invétérée, la guérison peut n'être pas obtenue en une seule année. Quelquefois, après une première cure, l'état général est amélioré ; les forces sont augmentées ; le malade est moins sujet aux rhumes, moins sensible au froid; mais sa voix reste altérée, éteinte, et il n'en recouvre complètement l'usage qu'après être venu aux eaux pendant plusieurs années.

Ce que je viens de dire de l'emploi et de l'action de la médication sulfureuse s'applique spécialement aux Eaux- Bonnes ; les autres eaux sulfureuses jouissent-elles de la mêmeefiQcacité ? Un médecin honnête et consciencieux ne pourrait se prononcer sur une pareille question qu'après avoir passé successivement plusieurs années dans chaque localité thermale pour en comparer les effets. Aussi je ne chercherai point à établir de comparaison; je dirai seu-

ikO ANGINE GLANDULEUSE.

lement que les Eaux-Bonnes réunissent un ensemble de conditions éminemment favorables dans les maladies des voies respiratoires, et qu'elles me paraissent justifier la préférence traditionnelle que leur accordent, depuis plusieurs siècles, les médecins et les malades dans les affections de cette nature.

Je n'attribue qu'une faible valeur aux inductions tirées de la nature chimique des Eaux-Bonnes. La chimie ne nous a pas dit son dernier mot sur la composition des] eaux minérales ; des substances très actives peuvent y être contenues et rester longtemps ignorées, parce qu'on n'a pas eu l'idée de soumettre ces eaux à l'action des réactifs qui en peuvent déceler la présence. C'est ce qui est arrivé pour l'iode et pour l'arsenic. D'ailleurs, on n'a pas tous les éléments du problème, quand on connaît la nature et la proportion des principes minéralisateurs; leur mode de combinaison, leur constitution moléculaire peuvent en modifier l'action: nous voyons des corps isomères jouir de propriétés toutes différentes.

Ce qu'on peut dire cependant, et ce qui, sans l'expliquer, permet de concevoir la spécialité d'action des Eaux- Bonnes, c'est que ces eaux sontchimiquementsans aucun analogue dans la chaîne pyrénéenne (1) ; parmi les eaux sulfureuses, ce sont celles qui renferment la plus grande

(1) Dans sou ouvrage sur les eaux minérales des Pyrénées , le professeur Filliol s'exprime ainsi: « Les propriélés.physiques et « chimiques de ces eaux les distinguent de la plupart des autres sources » sulfureuses de la chaîne, et justifient l'action toute spéciale qu'on leur » attribue dans le traitement de certaines affections des voies respi- » ratoires. »

TRAITEMENT. Ikl

proportion de chlorure de sodium (1), et probablement d'iode, quoiqu'elles n'en contiennent qu'une très petite quantité. Elles sonttrès riches en matière organique (2) ; en outre, M. Filhol est porté à admettre que le soufre s'y trouve combiné avec le calcium, ce qui constituerait une différence plus profonde encore entre les Eaux- Bonnes et les autres sources des Pyrénées.

Les malades qui ont parcouru les diverses stations thermales des Pyrénées s'accordent en général à reconnaître à nos eaux une douceur, une onctuosité, un velouté (c'est leur expression) qu'ils ne trouvent pas ailleurs. J'en ai vu qui avaient pris d'autres eaux pendant plusieurs années sans éprouver aucune amélioration; chez quelques-uns même , après qu'ils en avaient fait usage, les phénomènes morbides s'étaient développés ou exaspérés (voy.obs. 5), et ils ont été guéris par les Eaux- Bonnes. Est-ce à dire que celles-ci doiventêtre préférées dans tous les cas? Je me garderais de formuler une pareille conclusion. Il se rencontre des circonstances, comme le dit M. Andrieu, où cette excitation plus vive ,

(1) Elles en contiennent par litre 0,3423. Les plus riches en cette substance sont ensuite celles de Gazost, qui ont donné à M. Filhol le chiffre de 0,3157; celles de Labassère n'en ont que 0,2058 ; celles de la Raillère descendent à 0,026Zi, et celle qui en renferme le plus à Ludion ne dépasse pas le chiffre de 0,0858.

(2) Les Eaux-Bonties sont remarquables surtout par la forte proportion de chlorure de sodium et de matière o'ganique qu'elles renferment; elles se distinguent encore, de la plupart des eaux sulfureuses de la chaîne, par leur faible alcalinité , la moindre quantité de silice, et la proportion plus considérable de sulfate de chaux dont l'analyse démontre l'existence. (Filhol, loc. cit., p. 375.)

142 ANGINE GLANDULEUSE.

qui est un inconvénient pour la plupart des malades, peut devenir un effet désirable et une condition de la guérison, chez des sujets dont la vitalité est languissante, qui sont peu sensibles à l'action des stimulus et qui ont besoin d'être incités plus énergiquement (1). Les nuances d'activité et les propriétés diverses qui distinguent chaque source thermale peuvent les mettre en rapport avec certaines variétés idiosyncrasiques.

Un fait incontestable en faveur des Eaux-Bonnes, c'est l'excellence des conditions atmosphériques qu'on y rencontre. L'air y a cette pureté (2) qu'on va chercher dans les montagnes, sans y être jamais soumis à ces agitations violentes qui se font sentir ailleurs. La plupart des autres vallées, disposées en corridors, sont ouvertes à des courants d'air souvent très rapides. Aux Eaux-Bonnes, l'atmosphère est habituellement calme ; la ceinture de montagnes qui entoure cette vallée et la surplombe de tous côtés oppose aux vents une barrière presque infranchissable, ou du moins ne les y laisse arriver qu'après avoir brisé toute leur impétuosité (3) , Une

(1) Une circonstance quj rend la comparaison très difficile, c'est que chaque médecin voit des malades qui n'ont retiré aucun avantage des autres eaux et qui guérissent par les siennes ; il ne voit pas, bien entendu, ceux qjui, près des autres sources, ont trouvé la guérison. Dans certains cas d'angine grave, la nécessité de prendre les eaux pendant plusieurs années avant d'arriver à une guérison complète, peut faire naître une autre cause d'erreur: la dernière eau mise en usage recueille tous les honneurs d'une guérison préparée ou commencée par d'autres.

(2) On a cité, comme preuve de la salubrité des Eaux-Bonnes, l'absence des goitres, si communs dans d'autres vallées.

(3) La situation des thermes des Eaux-Bonnes, au centre des habitations, n'est pas un avantage sans importance et sans influence sur le

TRAITEMENT. l^lâ

seule chose manque aux Eaux-Bonnes, et cette lacune va être enfin comblée, c'est l'abondance des bains: les sources n'alimentent actuellement que dix baignoires et deux douches. Des fouilles récentes, dirigées par M. François, ont mis à découvert de nouvelles richesses, et nous en promettent de plus considérables encore. Sur le revers de la butte du Trésor est une source sulfureuse abondante, celle d'Ortech, qui paraît avoir été employée du temps de Bordeu, et qu'on laisse , aujourd'hui , se perdre dans le torrent. L'administration locale, cédant aux vœux exprimés depuis longtemps par les malades et par les médecins, a commencé enfin des travaux qui vont mettre à profit toutes ces ressources. Une salle d'inhalation, réclamée depuis plusieurs années, va aussi être construite, et un promenoir couvert, indispensable aux buveurs affectés de maladies des organes thoraciques, complétera l'établissement.

Les Eaux-Bonnes offriront alors aux malades tous les éléments du traitement thermal. Les dix baignoires qu'elles possèdent actuellement rendent déjà d'immenses services, et font présager tous les résultats qu'on obtiendra quand leur nombre sera doublé , et peut-être triplé. Dans les conditions présentes, après avoir administré en boisson les Eaux-Bonnes, qui, dans l'angine glanduleuse , me semblent spécialement indiquées, il m'arrive quelquefois d'envoyer les malades prendre,

résultat du traitement, dans les affections des organes respiratoires, sous le climat variable des montagnes. Dans certaines localités, les malades sont obligés de parcourir plusieurs kilomètres, trop souvent au milieu d'un air froid et humide, pour aller chercher l'eau minérale.

illd ANGINE GLANDULEUSE.

exclusivement, des bains et des douches à Eaux-Chaudes, il Luchon ou à. Cauterets. Cette combinaison m'a paru avantageuse dans un certain nombre de cas.

L'observation exacte des lois de l'hygiène est une condition de la plus haute importance pour le succès du traitementthermal. L'aggravation du mal ou les rechutes sont la conséquence trop fréquente des écarts de régime ou des imprudences auxquelles les malades se laissent entraîner.

Par cela même qu'ils sont sous l'influence d'une médication qui excite les fonctions cutanées, ils doivent éviter avec plus de soin l'impression du froid, qui peut refouler ce mouvement d'expansion périphérique et provoquer une congestion des organes intérieurs. Ce danger est d'autant plus grand que les pays de montagnes sont sujets à de rapides et fréquentes variations de température. En général, la chaleur baisse brusquement quand le soleil se couche, et c'est à ce moment surtout que les malades doivent éviter de s'aventurer dans des courses lointaines.

Souvent même ils doivent s'abstenir complètement de sortir le soir, si l'air est chargé d'humidité : le travail morl)ide dont la muqueuse pharyngo-laryngienne est le siège, l'excitation que la médication sulfureuse y ajoute quelquefois, rendent ces organes plus sensibles à ces influences; et trop souvent, en négligeant les précautions convenables, les malades perdent ou amoindrissent les bons effets qu'ils étaient endroit d'attendre de l'usage méthodique des eaux.

Combien encore compromettent leurguérison par des

TRAITEMENT. l/l5

courses fatigantes, dont le goût devient une espèce d'entraînement ! On les voit partir quelquefois par un soleil ardent; ils s'enfoncent dans ces gorges où les rayons lumineux, réfléchis par les rochers, produisent, au milieu du jour, une chaleur excessive. Souvent c'est au grand galop qu'ils se lancent à travers ces défilés ; puis, quand ils sont haletants, ruisselants de sueur, ils sont conduits par les sinuosités de la route dans un endroit abrité, sur le l)ord d'un torrent qui répand sur son passage la fraîcheur et l'humidité ; ou bien encore, gravissant des pics escarpés, ils arrivent à leurs sommets neigeux, passant en quelques heures de la température de la zone torride à celle des climats septentrionaux. Ajoutez aux inconvénients de ces conditions extérieures des efforts musculaires souvent sans proportion avec les forces du malade, et il sera facile de comprendre coni- ])ien ces excursions entraînent de périls pour les personnes atteintes d'affections des organes respiratoires. Autant un exercice modéré est utile, est nécessaire même ; autant, quand il est excessif et pris dans de semblables conditions, il devient un obstacle à la guérison, souvent même une cause d'aggravation. Antoine de Bordeu avait bien signalé ce double danger : «J'ai vu, dit-il, plusieurs malades se trouver très mal quand ils s'exposaient à l'air pendant l'usage des eaux. J'en ai même vu périr pour avoir trop compté sur les forces qu'elles leur donnaient (1). »

La médication sulfureuse me paraissant mériter la

(1) Citation empruntée à l'ouvrage de M. Andrieu, loc. cit., p. ''76.

1/|G ANGINE GLANDULEUSE.

y première place parmi les moyens qui peuvent être opposés à l'angine glanduleuse, j'ai cru qu'il n'était pas inutile d'exposer avec quelques développements les règles qui doivent présider à son administration et les effets qu'elle produit.

On rencontre quelquefois des malades qui ne peuvent supporter les eaux sulfureuses. J'en ai vu un, dernièrement, qui, les prenant à très petites doses, éprouva néanmoins, au bout de douze jours, une chaleur si vive et si douloureuse dans la région de l'estomac, qu'il dut en cesser l'usage. Les mêmes phénomènes s'étaient manifestés sous l'influence des eaux du Mont-Dore et l'avaient forcé d'y renoncer. Ces faits sont très rares et tout à fait exceptionnels; il arrive souvent, au contraire, que des accidents dyspeptiques, compliquant l'angine glanduleuse, cèdent rapidement à l'usage des Eaux-Bonnes. J'en ai observé de nombreux exemples. Je me contenterai d'en citer un seul.

M. le comte de P. . . était venu aux Eaux-Bonnes pour y conduire son fils, qui, après une attaque de pleurésie, avait eu quelques hémoptysies , et dont le poumon droit présentait, au sommet, une obscurité relative du son, une inspiration rude et faible, un bruit d'expiration prolongé I et un retentissement exagéré de la voix. Depuis sept ans, M. le comte de P... souffrait d'un état dyspeptique, accompagné de flatuosités et de chaleur à l'épigastre pendant le travail delà digestion. Des granulations existaient sur son pharynx et coïncidaient avec quelques manifestations herpétiques. Je lui fis boire de l'eau sulfureuse de la source froide; plus tard il prit des bains et fut com-

plétement délivré de cette indisposition, jusque-là rebelle. Il acquit des forces, de l'embonpoint, et quand je le revis l'année suivante, la guérison s'était soutenue ; à peine avait-il éprouvé, pendant l'hiver, quelques faibles ressentiments de son ancienne affection ; ses forces, son teint, sa nutrition, s'étaient maintenus dans l'état le plus satisfaisant. Il fit de nouveau usage des eaux avec son fils, qui s'était bien porté depuis la saison précédente, sauf un léger rhume contracté au printemps. Les phénomènes stéthoscopiques, constatés un an auparavant, avaient presque complètement disparu ; et ils quittèrent l'un et l'autre les Eaux-Bonnes dans l'état le plus satisfaisant.

B. Préparations mercmielles. — D'autres modificateurs généraux ont été opposés à l'angine glanduleuse. Fidèle aux traditions de la médecine anglo-saxonne, le docteur Green emploie les mercuriaux conjointement avec la cautérisation (1). Depuis longtemps déjà cette médication avait été préconisée dans certaines affections graves du larynx. Dans une thèse soutenue en 1828, le docteur Pravaz appelait l'attention sur ce point. Quelques faits dont j'ai été témoin, l'analogie qui nous montre l'efficacité du mercure dans un certain nombre d'affections herpétiques, me portent à penser que ce médicament peut quelquefois prendre place, avec avantage, dans le traitement de l'angine glanduleuse.

(1) Voici la formule du D' Green :

Extrait de ciguë 2 gram.

Deutochlorure de mercure 0,20 centigr.

Pour 20 pilules. 11 en fait prendre deux chaque jour.

1/|8 ANGINE GLANDULEUSE.

C. Préparations iodées . — M. le professeur Trousseau est le premier, je crois, qui ait employé les préparations (Fiode à l'intérieur dans les affections laryngées. Le docteur Green a souvent recours à Fiodure de potassium. J'ai deux fois imité son exemple, et les résultats m'ont paru avantageux; l'expectoration est devenue plus facile ; l'activité des fonctions nutritives a reçu une heureuse impulsion; mais je ne puis évidemment tirer aucune conclusion d'un nombre de faits si restreint. Le médecin américain est très afïirmatif dans la confiance qu'il accorde à ce médicament (1). « Dans beaucoup de cas d'angine glanduleuse soumis k mon observation, dit-il, lorsque l'affection des glandules muqueuses était ancienne, j'ai constaté un état morbide d'autres organes sécréteurs et du foie en particulier. » C'est sur cette coïncidence, au moins très contestable, ([u'il base l'indication des préparations iodées. Peu importent d'ailleurs les motifs qui les lui ont fait prescrire, voici les effets qu'il dit en avoir ol)tenus (2). «Peu de temps après en avoir commencé l'usage, on observe pres([ue constamment qu'une plus grande quantité de mucus visqueux est fournie par les glandules altérées. Souvent les malades se plaignent d'un mauvais goûi, qu'ils attribuent à cette sécrétion morbide ; et dans quelques cas l'irritation du gosier est d'abord augmentée. Quelque temps après, la sécrétion diminue, se rapproche davantage des conditions physiologiques, en même temps que l'état de la

(1) Loc. cit., p. 267. ;

(2) Lnc. cit., p. 268.

TRAITEMENT. l/l9

membrane muqueuse s'améliore. Ordinairement l'action (le l'iode sur les organes digestifs n'est pas moins salutaire. »

Parmi les préparations iodées, le docteur Green préfère l'iodure de potassium (2) à l'iode pur; il conseille l'emploi simultané des deux, s'il existe une complication scrofuleuse. J'ai cité son opinion in extenso, parce que mes observations sur les effets de cette substance sont d'accord avec les siennes, sous le rapport de la double influence ([u'elle exerce sur l'expectoration et sur les organes digestifs.

D. Chlorhydrate d'ammoniaque. — 11 est un autre médicament qui, suivant le docteur Green, pourrait répondre à quekpies-unes des indications qui se présentent dans certaines formes de l'angine glanduleuse, c'est le chlorhydrate d'anmioniaque. Les Allemands lui attribuent la propriété de modifier les sécrétions morbides dans les maladies des membranesséreuses et muqueuses, d'exciter les fonctions de la peau, d'activer la nutrition. Le docteur Green l'a fréquemment employé, combiné avec d'autres remèdes, dans l'angine glanduleuse compliquée d'inflammation subaiguë de la membrane respiratoire, surtout quand il existe une toux fatigante. 1[ prescrit alors les pilules suivantes, qui lui ont paru très

(1) Il fait prendre trois fois par jour une cuillerée ù café de la solulion :

lodure de potassium, Eau. .......

8 gram.

150 ANGINE GLANDULEUSE.

efficaces pour calmer l'irritation et provoquer l'expectoration :

Chlorhydrate d'ammoniaque 2 gram.

Poudre de scille )

, ,. . , I âà 1 —

— de digitale )

Opium 0,50 centig.

Pour 30 pilules : en prendre trois par jour.

E. Balsamiques. — Les balsamiques jouissent d'une efficacité incontestable dans les affections catarrhales, quand les symptômes d'acuité sont apaisés ; ils interviennent avec avantage pour modifier la membrane muqueuse et tarir les sécrétions morbides. On connaît, en outre, l'action topique des résines dans un certain nombre de maladies herpétiques ; à ce double titre, ils doivent trouver place dans le traitement de l'angine glanduleuse ; et l'on se trouve très bien de faire alterner avec l'usage de l'Eau-Bonne celui de l'eau de goudron ou de la décoction de bourgeons de sapin, à la dose de deux ou trois verres chaque jour, édulcorés avec du sirop de Tolu.

F. Stupéfiants. — Nécessaires dans les formes aiguës, les calmants deviennent des auxiliaires utiles du traitement, dans les angines glanduleuses chroniques, chez les malades très irritables. Non-seulement l'opium modère Texcitabilitéde la muqueuse, mais il en diminue la sécrétion. Chez les sujets affectés de toux sèche, fréquente, je me suis quelquefois bien trouvé de l'alcoolature d'aconit à la dose de six à huit gouttes, répétée deux ou trois fois

par jour, pour calmer cette [sensation ])i'urigineuse qui provoque la toux. La jusquiame, le lactucarium, l'eau de laurier-cerise, sont souvent prescrits dans le même but. L'action si marquée de la belladone sur la muqueuse pharyngienne me paraît, dans un grand nombre de cas, en contre-indiquer l'emploi.

§ III. — médication topique.

La guérison de l'angine glanduleuse, par le seul usage des eaux sulfureuses, est un fait d'observation commune ; cependant il est des cas où elles sont insuffisantes pour amener la maladie à une solution complète. Il en est même où elles restent inefficaces et où une autre médication obtient des résultats plus heureux. Je veux parler de la médication topique. J'ai vu des malades guéris par la cautérisation de la membrane muqueuse pharyngolaryngienne : il s'en trouvait parmi eux qui avaient pris sans résultat les eaux sulfureuses. Mais dans le plus grand nombre des cas, nous avons à constater des résultats inverses, et nous recevons souvent aux Eaux-Bonnes des malades qui, après avoir subi inutilement des cautérisations, retirent les meilleurs effets du traitement thermal.

Je regarde, comme incontestable, l'utilité de la médication topique chez un grand nombre de malades ; cependant je ne reconnais pas à ce moyen cette puissance sans limite que lui accorde le docteur Green. La cautérisation, suivant lui, guérirait ordinairement, en quelques semaines, des affections datant de plusieurs années ; em-

152 ANGINE GLANDULEUSE.

pécherait le développement des tubercules pulmonaires ; préviendrait, ou même ferait disparaître des engorgements squirrheux ! ! !

Le docteur Hastings (1) raconte avoir vu des chanteurs qui, non-seulement avaient guéri, mais avaient gagné une ou deux notes après avoir été cautérisés. J'avoue n'avoir pas été témoin de toutes ces merveilles. J'ai observé des cas d'aphonie, compliqués môme d'ulcération des cordes vocales (!2), qui ont disparu, d'une manière plus ou moins complète, après quelques cautérisations. Quelques-uns ont été modifiés par une seule application. J'ai guéri ou attéiuié des angines glanduleuses, en touchant le pharynx et lelarynx avec une solution d'azotate d'argent ou avec de la teinture d'iode. Mais, en général, le traitement a été long, et plus d'une fois je l'ai vu échouer.

M. Green, ainsi que nous l'avons dit, emploie concurremment, avec les applications topi([ues, l'usage interne du mercure ou del'iodure de potassium; et, suivant toute probabilité , cette médication interne doit être un puissant auxiliaire du traitement local (3).

Ainsi , en résumant ces données expérimentales, le traitement topique suffit à la guérison dans un certain nombre de cas; très souvent il améliore l'état du malade. J'ajouterai que je l'ai plusiciurs fois associé avec

(1) Loc. cit., p. Zi7.

(2) Voy. plus haut, p. 93.

(3) On trouvera à la (ia de ce travail trois observations que j'ai empruntées à l'ouvrage du D' Green, pour qu'on puisse bien apprécier sa méthode et ia valeur des faits qu'il rapporte.

beaucoup de succès au traitement sulfureux. Je crois cette association spécialement indiquée dans les cas où l'engorgement des glandules pharyngiennes est très considérable, où les granulations sont très anciennes et très dures, dans ceux également où l'altération de la voix est très prononcée.

Quelques médecins repoussent cette médication : je pourrais me contenter pour la défendre d'invoquer les résultats de l'expérience : mais comme cette opinion trouve un appui dans la répugnance fies malades à subir un traitement désagréable, et dont ils ne connaissent pas toute l'innocuité, je réfuterai en quelques mots les objections qu'on y a opposées. On a dit : Si l'angine glanduleuse est d'origine herpétique, il faut la combattre exclusivement par des moyens qui s'adressent à la diathèse et négliger la manifestation qui en est une dépendance. Je ne comprends pas, je l'avoue, la portée de cette objection. Est-ce que dans les affections cutanées de racine herpétique on n'emploie pas des modificateurs locaux ? Est-ce que les bains sulfureux n'agissent pas dans ce sens ? Est-ce qu'un grand nombre de métrites granulées ne relèvent pas également de la diathèse dartreuse, et n'exigent pas des cautérisations pour être amenées à guérison? Admettons, un moment, que nous possédions des spécifiques assez puissants pour atteindre le principe diathésique et pour l'annihiler; certaines manifestations développées sous son influence pourraient lui survivre, ayant en quelque sorte acquis une existence morbide indépendante, ou ayant produit dans la trame organicpie des lésions qui ne peuvent céder qu'à des mo-

154 ANGINE GLANDULEUSE.

dificateurs directs. Les granulations semblent avoir particulièrement cette tendance : partout où elles se développent, nous les voyons persister avec opiniâtreté. Sur la conjonctive, sur l'utérus, on ne les fait guère disparaître qu'en les attaquant par des caustiques. J'ai entendu un médecin, qui exerce dans une localité thermale, rejeter l'emploi des topiques, sous prétexte qu'un grand nombre de malades arrivaient aux eaux après avoir été soumis à des cautérisations. Eh! sans doute, les malades qui ont guéri par de simples applications caustiques n'entreprendront pas sans nécessité le voyage des Pyrénées; on n'y voit que les insuccès de la cautérisation; et l'objection à laquelle je fais allusion me paraît tomber devant cette simple réflexion.

A. Topiques pulvérulents. — Insufflations. — Arétée, comme nous l'avons vu, avait déjà préconisé la médication topique dans l'angine maligne. Il insufflait de la poudre d'alun dans le larynx à l'aide d'un roseau, M. Bretonneau, remettant cette pratique en honneur, se servait d'un tube de bois, renflé à la moitié de sa longueuretdivisé par un diaphragme de gaze (1 ) . MM. Trousseau et Belloc simplifièrent ce procédé en substituant à cet appareil, incommode par son volume, un simple tube de verre, ayant 5 millimètres de diamètre intérieur et 24 à 30 centimètres de longueur. Après avoir placé dans une de ses extrémités 1 5 à "li) ceutigranunes de la poudre à insuffler, ils introduisent l'autre extrémité dans la bouche, aussi profondément que possible.

(1) MM. Trousseau et Belloc, loc.cit., p. 'àk

« Le malade ferme la bouche après avoir fait une » profonde expiration; puis, par une secousse brusque » du diaphragme, il fait rapidement une inspiration. » La colonne d'air, en traversant le tube, entraîne la » poudre, qui se divise et arrive ainsi dans le pharynx; » mais une partie, entraînée par ce courant d'air, pé- » nètre dans le larynx et dans la première partie de la » trachée-artère. On est averti que la poudre s'est intro- » duite dans le larynx par quelques secousses de toux » que le malade doit réprimer autant que possible, afin » de conserver les médicaments en contact avec le tissu » affecté. Ces inspirations sont répétées plus ou moins » souvent chaque jour, suivant l'état du larynx, la nature » de la poudre et la manière dont elle est supportée. »

Les poudres dont MM. Trousseau et Belloc font usage dans la laryngite non ulcéreuse sont : le sucre, le sousnitrate de bismuth, l'acétate de plomb, l'alun, le sulfate de zinc et de cuivre, l'azotate d'argent surtout.

Je me suis servi plusieurs fois du calomel et de l'alun porphyrisé (1) dans les pharyngo-laryngites. Je les mêle ordinairement, en proportions variables, suivant l'effet queje veux produire, avec du sucre ou de la gomme en poudre. Au lieu d'un tube de verre, qui offre quelques inconvénients à cause de sa fragilité, et surtout de sa rigidité, je me sers d'un tube de caoutchouc vulcanisé, à parois assez épaisses pour qu'elles se maintiennent béantes. Sa flexibilité lui permet de se courber sur labase de la langue. Si je désire même lui donner une inflexion plus

(1) Je regiiide la porphyrisatioii comme mie condilion importante dans toutes les applications topiques de l'alun.

156 ANGINE GLANDULEUSE.

prononcée, pour le faire pénétrer plus profondément, j'y introduis une virole de maillechort. à laquelle est soudée une petite tige aplatie du même métal, qui suit la paroi inférieure du tube , et, par la courbure que je lui donne, en détermine la direction. Cette espèce de mandrin s'arrête à 2 centimètres environ de l'extrémité du tube pour lui laisser toute sa souplesse. Je me suis quelquefois servi du procédé ingénieux de MM. Trousseau et Belloc pour faire pénétrer la poudre dans le larynx ; mais le plus souvent, et surtout dans le cas où je veux étendre son action sur toute la surface du pharynx, je l'insuffle en ajustant dans la virole l'extrémité d'un petit soufflet de caoutchouc.

J'ai plus rarement pratiqué les insufflations (pie les cautérisations. J'en ai observé des effets très remarquables et très rapides dans certaines affections phal'yngo-laryngiennes , plutôt, il est vrai, érythémateuses que glanduleuses. En voyant l'action si puissante des topiques mercuriaux dans un graud nombre d'affections herpétiques, il est permis de penser que les insufflations de calomel pourraient être utiles dans l'angine glanduleuse. Le fait que j'ai rapporté plus haut (1), sans autoriser aucune conclusion, puisqu'il existait une complication syphilitique, peut cependant encourager à en faire l'essai.

B. Topiques liquides. — Cautérisations. — Il est beaucoup plus facile d(^ limiter l'action des médicaments liquides sur la partie malade ; aussi c'est principalement

(1) Voyez la noie de la page 33.

SOUS cette forme que les topiques sont actuellement mis en usage dans l'afTection qui nous occupe. M. le professeur Trousseau, véritable créateur de cette méthode, s'est servi, dans ces applications, des solutions de sulfate de cuivre, de nitrate acide de mercure, de nitrate d'argent. La dernière est à peu près la seule usitée aujourd'hui. J'avais fait quelques essais, il y a huit ans, avec une solution d'iodure de potassium; j'y ai substitué depuis la teintui'e fl'iode employée par un grand nombre de médecins.

La solution d'azotate d'argent est plus ou moins concentrée suivant l'effet qu'on veut produire. D'après les formules de M. le professeur Trousseau, la proportion est d'une partie d'azotate pour deux ou quatre parti(3s d'eau. Celle dont le docteur Green fait usage est un peu plus faible. Ce médecin attache une grande importance à la pureté du sel, et veut qu'on se serve exclusivement d'azotate d'argent cristallisé. J'emploie, engénéral, pour commencer, une solution au dixième seulement, pour tàter la sensibilité des parties et ne pas produire d'emblée une trop vive irritation. J'arrive ensuite à des préparations plus énergiques, si les premières n'ont pas amené une modification suflBsante. Quelques médecins pratiquent ces cautérisations avec le nitrate d'argent fondu : mais, outre le danger que courrait le malade, si le crayon caustique venait à se briser, on ne peut, avec cet instrument, atteindre le larynx, qui participe presque toujours à l'affection de la muqueuse pharyngienne. D'ailleurs, en saturant la solution, on peut lui donner une puissance caustique égale à celle de la pierre infernale.

158 ANGINE GLANDULEUSE.

L'instrument qui sert aux applications de caustiques liquides est de l'invention de M. le professeur Trousseau: c'est une tige de baleine courbée à angle de 80 degrés, et terminée par une petite éponge solidement attachée à son extrémité ; des coches ou des trous y sont pratiqués pour fixer le fil qui sert à maintenir cette éponge. J'emprunte à l'ouvrage de MM. Trousseau et Belloc (page 318) la description du procédé opératoire :

« Après avoir abaissé la langue, on introduit le porte- » caustique; dès que l'on a dépassé l'isthme du gosier, » il s'opère un mouvement de déglutition qui porte le » larynx en haut ; on saisit ce moment pour rame^ier en » avant l'éponge, qui, dans le premier temps de l'opé- » ration, avait été enfoncée jusqu'à l'entrée de l'œso- » phage : par cette manœuvre, on revient sur l'entrée » du larynx en relevant l'épiglotte, et il est facile, en » appuyant, d'exprimer la solution dans le larynx. »

Il survient alors des quintes de toux, des efforts de vomissement ; ou si le liquide a pénétré entre les lèvres de la glotte, ce sont quelquefois des spasmes violents avec suspension des mouvements respiratoires, turgescence de la face, apparence de suffocation.

Ces phénomènes sont, du reste, de très courte durée, et d'autant moins prononcés, en général, que l'opération a été pratiquée un plus grand nombre de fois. J'ai vu cependant quelques malades chez lesquels l'excitabilité de la muqueuse restait toujours aussi vive après un certain nombre de cautérisations. Cette opération laisse un goût amer, styptique, quelquefois une sensation de constriction et de chaleur douloureuse qui peuvent persister

pendant plusieurs heures. Malgré les assertions du docteur Green, je crois que l'instrument pénètre très rarement dans la cavité du larynx ; la contraction de la glotte doit y mettre presque toujours obstacle ; quelquefois même le pharynx se contracte si énergiquement qu'on ne peut faire arriver l'éponge jusqu'au larynx, à la première tentative.

Autant que possible, ces cautérisations ne doivent pas être pratiquées api'ès les repas, dans la crainte de provoquer des vomissements. Les malades doivent garder le silence et éviter avec soin l'impression du froid après cette opération. J'en ai observé qui, faute de s'être soumis à ces mesures de prudence, non-seulement n'ont obtenu aucune amélioration, mais ont vu leur affection s'aggraver passagèrement.

Ces applications caustiques sont d'abord répétées tous les deux ou trois jours; on les pratique ensuite à des intervalles plus éloignés, lorsqu'on a obtenu une modification notable de la lésion. Il convient encore de les distancer lorsque l'excitation qu'elles produisent est trop vive, ou lorsqu'on a employé une solution très concentrée.

Le nombre de ces opérations ne peut pas être déterminé d'avance. J'ai vu des malades aphones qui recouvraient la voix après quelques cautérisations, et d'autres qui, après en avoir subi vingt ou trente, dans des cas quelquefois moins graves en apparence, n'avaient encore obtenu qu'un résultat fort incomplet.

Quand les glandules de la partie postérieure des fosses nasales participent à la maladie, constituant cette com-

160 ANGINE GLANDULEUSE.

plicatiou que j'ai décrite sous le nom de coryza postérieur, le docteur Green conseille de porter le liquide caustique derrière le voile du palais, jusque dans les cavités olfactives. Il se sert, pour cette opération, d'une petite tige de baleine munie d'une éponge, et courliée à angle droit à un pouce et demi de son extrémité.

L'application de la teinture d'iode se fait de la môme manière et produit des effets analogues. Quand il veut limiter ces applications au pharynx, M. le professeur Trousseau se sert souvent d'un gros pinceau à aquarelle.

J'ai déjà parlé du procédé de M. Cusack et de M. le docteur Gendrin. Le docteur Henri Gueneau de Mussy m'a dit s'être servi avec avantage d'acide azotique dilué dans des cas qui n'avaient pas été modifiés par le nitrate d'argent.

M. le professeur Chomel. qui regarde l'affection du pharynx comme l'élément principal de la maladie, se contente d'appliquer le caustique sur cette région, et il a obtenu des guérisons par cette méthode. Ces résultats doivent-ils faire rejeter l'opinion que j'ai soutenue sur la participation habituelle du larynx à l'afTection glanduleuse ? Je ne le crois pas. Suivant l'ingénieuse remarque de M. le professeur Trousseau, la guérison, comme la maladie, semble quelquefois se propager par continuité : l'état morbide d'un organe ou d'une portion d'organe est une condition de trouble et une menace pour les tissus voisins. Les troubles de circulation, d'innervation , de nutrition dans la partie affectée, tendent à retentir au delà de ses limites; de plus, les produits mêmes du travail morl)ide peuvent contribuer

à sa propagation. Ainsi , dans leur migration vers l'extérieur, le pus ou le mucus irritent les tissus avec lesquels ils se trouvent en contact, et concourent à étendre, au delà de son foyer primitif, l'inflammation ([ui leur a donné naissance. Rétablir une partie malade dans ses conditions normales et l'y maintenir par un traitement convenable, c'est donc placer les tissus voisins dans des conditions favorables à la guérison ; c'est les soustraire à une cause de maladie; et si la médication curative a atteint le siège primitif du mal, le point sur lequel la cause morbifique exerçait spécialement son action, en un mot, le centre d'irradiation du travail morbide , il est rationnel d'espérer que les parties secondairement affectées pourront marcher spontanément vers la guérison.

M. le professeur Trousseau dit avoir observé de bons effets des cautérisations du pharynx, même dans des cas où le larynx paraissait, sinon exclusivement, du moins spécialement affecté; il se demande (page 379) s'il ne faut pas voir dans cette action thérapeutique un phénomène de dérivation ; si le topique irritant n'agit point alors en centralisant, vers le point touché, la fluxion inflammatoire. Il est possible que cette explication s'applique à quelques cas. Quoi qu'il en soit, je crois que, dans le plus grand nombre, pour obtenir un résultat satisfaisant, il convient de porter le modificateur sur toute l'étendue de la surface malade, et de ne pas se confier à ces effets de contiguïté qui sont loin d'être constants.

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