SAIGNÉES GÉNÉRALES ET LOCALES
a eu recours à la saignée générale. — Or tous ces malades ont succombé, à l'exception d'un seul, et encore n'a-t-il été sauvé qu'à l'aide de la bronchotomie. — Ajoutons qu'une femme âgée de quarantedeux ans, convalescente d'une pneumonie traitée par les saignées et parle tartre stibié à haute dose, ayant été atteinte d'angine œdémateuse, fut encore saignée et reçut l'application de douze sangsues au cou. Cependant il fallut pratiquer la bronchotomie ; mais après l'opération, la malade s'affaissa et succomba rapidement.
Sans méconnaître, dans ces divers cas, la funeste influence de l'état général et souvent des lésions profondes et antécédentes du larynx sur la terminaison fatale de l'angine œdémateuse, nous croyons cependant que, bien souvent, ces pertes de sang n'ont été que nuisibles à des sujets déjà débilités et actuellement atteints d'une maladie dans laquelle il fallait, avec le plus grand soin, laisser à l'économie toutes les forces dont elle pouvait encore disposer pour la lutte nouvelle qu'elle avait à soutenir.
Nous concluons de notre examen que, dans la forme inflammatoire aiguë de l'angine infiltro-laryngée, les évacuations sanguines sont très utiles et qu'il faut y recourir dans des rapports aussi justes que possible avec l'étendue et l'intensité de la phlegmasie locale, avec les forces du sujet et le degré du mouvement fébrile, etc. — mais qu'elles sont insuffisantes ; en sorte qu'on ne peut nullement compter sur elles seules pour sauver les malades. Admettre le contraire, regarder ici les saignées comme le moyen héroïque, comme Yancre de salut, par conséquent les prodiguer, les répéter coup sur coup avec le ferme espoir de voir la maladie céder, comme le ferait une pneumonie franche et légitime, serait une dangereuse erreur. — S'il faut bien se garder d'exagérer les émissions sanguines, lorsque d'ailleurs elles sont, formellement indiquées, — avec quel ménsgement ne doit-on pas y recourir, si elles sont à peine réclamées par le peu d'intensité de l'inflammation ; — avec quel soin, surtout, ne doit-on pas les éviter chez un sujet déjà profondément débilité.
Plus tard, lorsque nous tracerons le traitement à suivre pour chacune des formes de l'angine œdémateuse, nous indiquerons avec soin et plus en détail le rôle que les émissions sanguines nous paraissent devoir y jouer.
Et maintenant , comment expliquer ici l'action des émissions sanguines ?
En combattant la phlegmasie , elles ralentiront ou arrêteront la sécrétion séreuse du tissu cellulaire des replis supérieurs du larynx; — ainsi que la suppuration de ce même tissu et les désordres qui en sont fréquemment la suite; — elles favoriseront la résorption du liquide déjà infiltré; — elles rendront plus prompte et plus efficace l'action des vomitifs, des purgatifs, des diurétiques, des mercuriaux, de l'alun ou du nitrate d'argent en topiques, et surtout des vésicatoires sur le cou.
D'une autre part, ces émissions diminueront la turgescence sanguine de la membrane muqueuse du larynx; turgescence qui contribue parfois à rétrécir la cavité de cet organe. — Elles contribueront sans doute aussi à calmer le spasme de la glotte, cause principale des accès de suffocation. — En outre , les saignées préviendront ou combattront les congestions des poumons, du cœur et du cerveau, si fréquentes et souvent si redoutables dans l'asphyxie; et, chez les individus pléthoriques surtout, elles préviendront peut-être la formation des concrétions sanguines dans le cœur.
Mais le liquide infiltré dans les replis aryténo-épiglottiques, malgré les saignées abondantes et répétées coup sur coup , ne pourra diminuer et disparaître qu' 'après un certain temps ; or c'est ce laps de temps, plus ou moins long et nécessaire à la résorption, qui constitue en très grande partie le danger dont l'angine œdémateuse est accompagnée. On aura jugulé l'inflammation aiguë qui a présidé à l'exhalation de la sérosité, qu'on n'aura pas pour cela fait disparaître le liquide assez tôt pour que le malade soit sauvé.
Si nous consultons les principaux auteurs qui ont formulé leur opinion sur la valeur de cette médication , nous sommes frappé des dissidences qui existent entre eux : les uns prodiguent les émissions sanguines, — d'autres en sont avares, — plusieurs cependant nous paraissent rester à cet égard dans de justes limites. Sans entrer ici dans un exposé détaillé, nous dirons, en réponse à quelques uns d'entre eux : L'infiltration aryténo-épiglotlique n'est pas toujours le résultat d'une phlegmasie ; — dans certains cas, s'il y a phlegmasie, elle est tellement légère que, sous le rapport du trai-