VÉSICATOIRES
momentanée et très notable. Indiquons, entre autres, une observation de Laënnec.
Les faits précédents établissent positivement l'utilité du vésicatoire sur le cou, et nous pouvons nous l'expliquer en remarquant : — La promptitude avec laquelle ce moyen agit, — la dérivation sanguine et lymphatique qu'il produit, dérivation d'autant plus efficace
i qu'une faible épaisseur de tissus sépare ici la peau de la membrane muqueuse, et qu'à une sécrétion s'effectuant dans un lieu très circonscrit, au sommet du larynx, on oppose ainsi une autre sécrétion
| occupant une vaste étendue* du côté delà peau. — Rappelons les effets prompts et salutaires que l'on obtient souvent des vésicatoires dans le traitement de l'hydrocèle, de l'hydarthrose et de l'hydrolhorax ;
| disons aussi qu'un vésicatoire placé sur un vaste abcès superficiel le diminue et le fait quelquefois même disparaître en fort peu de temps.
Quelles règles devons-nous suivre dans l'application du vésicatoire ? Et d'abord à quelle époque de lamaladie doit-on y recourir ? Si l'angine œdémateuse est passive ou très voisine de cet état , si elle est liée à une phlegmasie chronique, sans intercun ence d'acuité, il conviendra d'appliquer le vésicatoire aussitôt la maladie reconnue: ce sera le premier moyen indirect à mettre en usage ; car ici les évacuations sanguines seront en général inutiles et pourront même être nuisibles. — Mais si l'œdème laryngé dépend d'une phlegmasie aiguë de la gorge ou du larynx, le vésicatoire ne sera prescrit qu'après les évacuations sanguines qui en prépareront ainsi l'action et la rendront plus prompte et plus efficace.
Plus le danger sera pressant, plus active devra être la substance vésicante; et par exemple la cantharidine , l'eau bouillante, le marteau pourraient être employés dans certains cas d'urgence extrême.
Le vésicatoire sera appliqué sur le cou. Il en couvrira une grande surface, les régions latérales et antérieure, tout à la fois et dans leur totalité; s'éteudant ainsi , de haut en bas, de l'hyoïde au sommet du sternum et quelquefois même un peu au delà. — On pourrait cependant appliquer deux vésicatoires, un sur chaque côté, et qui, se rapprochant vers la ligne médiane sans l'atteindre cependant, laisseraient ainsi un espace longitudinal pour le passage du
bistouri , en cas de bronchotomie; et encore faut-il remarquer qu'une plaie par vésicatoire sur la région antérieure du cou ne pourrait guère, en réalité, augmenter notablement les difficultés de l'opération.
Le vésicatoire sera laissé assez longtemps en place pour que la vésication soit complète et qu'une vaste phlyclène soit formée. — Dans les pansements on s'efforcera , par les moyens connus, d'augmenter autant que possible la sécrétion séreuse et séro-purulente sur la surface dénudée. — Il sera utile et presque toujours nécessaire de l'entretenir pendant un temps plus ou moins long, et au moins jusqu'à parfaite guérison de l'angine œdémateuse.
En résumé, un large vésicatoire placé sur le cou, — déterminant une sécrétion abondante — activement entretenue, doit être considéré comme de la plus haute importance dans le traitement de l'angine laryngée œdémateuse. — Il convient presque à toutes les formes de la maladie, et nous n'entrevoyons que des cas tout à fait exceptionnels où son emploi serait contre-indiqué. (Voy. VIIIe partie, § il) — Il est peut-être de tous les agents propres à combattre cette redoutable affection , le seul qui ne doive presque jamais être omis; il est parmi les moyens médicaux l'un de ceux qui nous inspirent le plus de confiance. — Certes , l'angine œdémateuse est une maladie trop grave pour ne la combattre qu'à l'aide du seul vésicatoire, mais nous ne consentirons presque jamais, pour notre part, à nous priver de ce puissant secours; la théorie et la pratique nous le recommandent au plus haut degré. — Ce vésicatoire est à l'angine laryngée œdémateuse, au moins ce que le vomitif répété coup sur coup est à la laryngite pseudo-membraneuse.
Le vésicatoire ne devrait être appliqué sur la nuque ou sur le sternum, que si quelque circonstance toute spéciale s'opposait à ce qu'il fût placé sur le cou ; ou bien encore si la vésication faite déjà sur cette dernière région ne paraissait pas suffisante.
Quant aux vésicatoires sur la face interne des cuisses et des jambes , ainsi éloignés du larynx , ils ont , croyons-nous , en général peu d'utilité. Toutefois on pourrait y recourir, car dans trois cas de guérison sans bronchotomie, les vésicatoires ont été placés à la fois sur le cou et sur les membres inférieurs. Notons en particulier un malade dont l'œdème laryngé fut probablement consécutif à une