‹ Traité de l'angine laryngée oedémateuseChapitre 105 sur 150 · PURGATIFS · texte numérisé non relu

PURGATIFS

cuations est toujours très liquide, elle ressemble à de l'eau colorée en jaune et part comme une fusée. — Ainsi à l'infiltration séreuse ou séro-purulente du larynx, l'on oppose un agent qui produit des évacuations séreuses.

L'huile de croton a une énergie remarquable : une ou deux gouttes donnent ordinairement lieu à de nombreuses évacuations qui se succèdent à très courte distance.

Presque toujours elle agit rapidement ; le plus souvent, au bout d'une heure.

Son effet est presque constant ; il a été noté 50 fois sur 55.

Dans l'angine laryngée œdémateuse la déglutition est souvent fort difficile : or l'huile de croton peut être administrée presque pure ou mélangée à une très petite quantité de liquide. Bien plus, une goutte de ce médicament placée sur la langue a produit quelquefois une forte purgation.

Outre son action purgative, l'huile de croton excite parfois la salivation; — assez fréquemment, les vomissements ; — parfois aussi elle agit comme diurétique — et diaphoré tique ; or celte action complexe ne peut être que favorable à la résorption du liquide infiltré dans les replis supérieurs du larynx. — Enfin les nausées, — et même les coliques souvent assez vives que détermine ce médicament, — ainsi que la résolution dans laquelle tombe parfois et momentanément le système musculaire tout en lier, ne seront-elles pas propres à calmer le spasme glottique? Ainsi l'huile de croton agira, à la fois, sur les trois éléments ordinaires de l'affection : l'élément inflammatoire, — l'élément séreux , — et l'élément nerveux.

On sait d'ailleurs que ce médicament, donné à doses convenables, n'enflamme ni l'estomac ni l'intestin ; que s'il détermine parfois une vive irritation de la gorge, il est facile de la prévenir à l'aide de certaines précautions; — l'on sait enfin que la faiblesse, qui souvent accompagne les évacuations alvines excessives produites par cet agent, disparaît promptement d'elle-même ou à l'aide de quelques toniques.

Mais l'huile de croton convient-elle à toutes les formes de l'angine infiltro-laryngée ? Nous croyons qu'il n'est aucune d'elles qui doive l'exclure absolument. — 11 est néanmoins plusieurs circonstances, mais en dehors de l'angine elle-même, qui contre -indiquent ce médicament, telles sont : la faiblesse extrême du malade ; —

«ne inflammation prononcée de l'estomac et de l'intestin. De plus, si l'angine œdémateuse surprenait un individu dans le cours ou pendant la convalescence de la fièvre typhoïde, nous redouterions, au plus haut degré, l'action brusque et violente de l'huile de croton sur les ulcérations intestinales ou sur leurs cicatrices commençantes ou récentes. — La même crainte, nous l'aurions en général pour les tuberculeux atteints de diarrhée. — Le jeune âge du sujet serait-il aussi une contre-indication? Non certes, car de nombreuses observations, celles surtout du docteur Gory (1), et celles recueillies à l'hôpital (2), démontrent que l'huile de croton peut être administrée aux enfants sans danger et avec avantage.

A quelle dose prescrirons- nous ce médicament? S'il s'agit d'un adulte ce sera, en général, à la dose de 2 gouttes à la fois; c'est croyons-nous la dose qui convient à la nature et à la gravité du cas; l'on obtiendra, très probablement ainsi, le plus promptement et le plus sûrement possible, une très forte purgation.

Chez Y enfant, on pourra recourir à la potion du docteur Cory :

gouttes jj

jj

Gomme arabique en poudre. .

Teinture de petit cardamome. .

Faire une potion d'une once et demie, dont on donnera à un enfant de cinq à six ans deux ou trois cuillerées à café toutes les trois ou quatre heures, jusqu'à évacuations abondantes.

L'huile de croton sera pure; l'on évitera de se servir de l'huile brunâtre et trouble dont l'action n'est ni sûre ni énergique. — Il sera important de la donner soi-même ou de la faire administrer devant soi.

Sous quelle forme sera-t-elle présentée? Si le malade peut avaler des pilules, cette forme sera peut-être préférable à toute autre, parce qu'ainsi l'huile de croton n'occasionne ni chaleur ni âcreté à la gorge. Ces pilules devront être tout récemment préparées, autrement leur effet purgatif serait nul ou incomplet. — Mais si la déglutition est difficile, comme alors les pilules pourraient ou ne

(1) The London med. Gaz., juillet 1833. — Archives de médecine, Paris, 1833, 2e série, t. III, p. 131.

(2) Bulletin de thérapeutique, t. VIII, p. 9.

DIURÉTIQUES. — Dl APHOKÉTlOUfcS. 279

pas passer ou s'arrêter momentanément au fond de la gorge , l'on administrera l'huile dans une petite quantité, par exemple, dans une cuillerée à bouche d'eau sirupeuse ou même de tisane. On recommandera d'avaler brusquement le liquide, sans le goûter et sans lui donner en quelque sorte le temps de toucher les parois du gosier ; et immédiatement après l'on fera passer une ou deux gorgées de liquide mucilagineux ou d'eau laiteuse, dont la température sera tiède, car le froid détermine souvent, dans l'angine laryngée œdémateuse, des accès de toux et de suffocation.

Quant à l'huile de croton administrée en lavement, en application extérieure, la peau étant ou non dénudée , son action n'est ni assez énergique, ni surtout assez sûre pour que nous croyions devoir y recourir, — à moins cependant que la déglutition ne soit tout à fait impossible; — et encore nous nous demandons si, en raison de l'immense danger que court le malade affecté d'angine laryngée œdémateuse et de la haute importance que nous attachons à l'action de l'huile de croton administrée par la voie supérieure , nous ne serions pas suffisamment autorisé à introduire ce médicament dans l'estomac à l'aide de la sonde œsophagienne? Toutefois, nous rappelant que, chez quelques sujets, l'huile de croton appliquée seulement sur la langue a déterminé des selles abondantes , nous employerions d'abord ce mode d'administration, quitte, s'il échouait, à recourir peut-être, et malgré ses inconvénients, à la sonde œso- I phagienne.

§ VI. — Diurétiques.

L'action souvent incertaine et sans grande énergie des diurétiques les rend peu propres à combattre une affection aussi grave et généralement aussi rapide dans sa marche. — On ne devra pas néanmoins en négliger l'emploi, lorsque la maladie sera consécutive à une dialhèse séreuse ; c'est en effet dans cette circonstance qu'il nous ont paru avoir contribué à la guérison. — Bayle et, dans ces derniers temps, M. Delasiauve les ont préconisés.

§ VII. — Diapborétiques.

Les cl iaphorétiques (bains de vapeur d'hièble, infusions, etc.) ont peut-être coopéré à la guérison d'un malade qui était atteint de laryn-

gite chronique, d'auasarque et d'épanchements séreux dans le péritoine et les plèvres , lorsque survinrent les principaux symptômes de l'œdème laryngé (Delasiauve) .

§ VIII. — Sialalogues.

Provoquer une sécrétion abondante de salive et de mucus buccogutiural, ne serait-ce\pas favoriser le dégorgement du sommet du larynx ? Nous sommes fort disposé à l'admettre. — Deux ordres de moyens ont été employés dans ce but : les gargarismes excitants et le mercure.

A. « Usus sum, dit iEtius (1), in occulta angina ex sinapi gargarismo, et saepe aegros periculo liberavi. » — Celle angine occulte, c'est-à-dire sans lésions apparentes dans l'arrière-bouche, ne seraitelle pas notre angine œdémateuse ?

Nous soupçonnons très fortement qu'un malade cité par le docteur Macartan (2) était atteint d'angine laryngée œdémateuse. — Or trois saignées n'ayant pas empêché le mal d'augmenter et le péril étant urgent, plusieurs moyens furent mis en usage presque simultanément : les ventouses aux clavicules, un lavement purgatif, un large vésicaloire à la nuque et enfin un gargarisme sinapisé (une once de poudre de moutarde blanche, délayée dans une chopine d'eau). — Les ventouses qui peut-être n'étaient pas scarifiées, (car il est dit que le malade était extrêmement faible), et le vésicatoire sur la nuque, où il n'occasionna qu'une légère rubéfaction, n'ont très probablement eu ici qu'une bien faible part à la guérison. — Restent le lavement purgatif et le gargarisme sinapisé ; or ce gargarisme détermina sur-le-champ une salivation abondante, et une fieure après son emploi, il y eut une notable amélioration dans l'état du malade.

Un gargarisme avec l'infusion de poivre de Cayenne a été employé par le docteur Jackson, dans un cas d'angine laryngée œdémateuse bien constatée ; mais il n'a pas eu le temps d'agir. — C'est donc à l'expérience ultérieure d'indiquer le degré d'utilité de ce moyen.

B. Nous ne possédons non plus qu'un très petit nombre de faits

(1) Doneli Pohjalthes, t. II, p. 8.

(2) Londonmedic. Review. 3e volume. — Journal général, t. XLV, p. 338.

SiALAGOGUES. - EXPECTORANTS. 2t 1

propres à nous éclairer sur la valeur des mercuriaux administrés , clans le cas d'angine laryngée œdémateuse, et de manière à déterminer une prompte et abondante salivation. Mais l'observation suivante nous offre sous ce rapport un très grand intérêt:

Une femme âgée de quarante-huit ans était atteinte d'une angine laryngée œdémateuse parfaitement caractérisée; elle avait eu déjà de nombreux accès qui régulièrement avaient paru au nombre de deux pendant plusieurs nuits de suite ; — quatre saignées du bras avaient été pratiquées, on avait appliqué des sinapismes et des vésicatoires sur la poitrine; on avait aussi administré des antispasmodiques. — Les accès s'étaient toujours reproduits.

M. Bricheteau fit faire, le 4 février, sur le ventre et sur les cuisses, des frictions avec 25 grammes d'onguent napolitain. Il survint, comme à l'ordinaire, deux accès pendant la nuit, mais ils furent faibles et n'empêchèrent pas la malade de dormir. — Le 5, on observa déjà

j de la salivation ; l'haleine était fétide, mais le mieux était manifeste, la respiration plus facile, l'expression de la face meilleure et le pouls

; ralenti. [Continuation des frictions mercurielles, lavement purgatif.) — Pendant la nuit du 5 au 6 , il y eut deux accès de dyspnée plus forts que ceux de la nuit précédente. Les gencives étaient gonflées, douloureuses ; la salivation plus abondante , avec odeur mercurielle ; céphalalgie; petits frissons alternant avec des bouffées de chaleur; pouls plus fréquent que la veille; voix toujours rauque et voilée; inspiration passable. — Du 6 au 7, point d'accès de dyspnée ; mais la stomatite mercurielle était beaucoup augmentée , et la déglutition fort difficile ; coliques , épreinles. [Suspendre les frictions mercurielles , gargarismes

j alumineux , lavements émollients.) — Du 7 au 8, les accès nocturnes ne reparurent point; l'inspiration était facile; la salivation très abondante; les glandes maxillaires étaient gonflées (même prescription). — Le 9, la bouche était toujours très douloureuse; il survint du dévoieraient. (Gargarisme alumineux et laudanisé, deux verres d'eau de Sedlitz.) — Le 4 0 , les accès nocturnes n'avaient point reparu ; le dévoiement avait beaucoup diminué. La respiration était normale , la voix toujours rauque , la stomatite toujours intense. Néanmoins la malade sortit de l'hôpital. — On s'assura plus tard que sa guérison était accomplie.

Ici la salivation a joué le principal rôle; car étant arrivée le lendemain même du jour où les frictions furent commencées, le mieux ï se manifesta ce jour-là même. — La maladie était de forme subaiguë, mais eût-elle été aiguë, les frictions mercurielles auraient encore été utiles, puisque la salivation fut obtenue en vingt quatre heures environ. — Un résultat aussi prompt est, il est vrai, tout à

fait exceptionnel ; aussi devra-t-on s'appliquer, en pareil cas, à hâter, autant que possible, la salivation.

Or, suivant le docteur Law (1), le moyen d'amener la salivation mercurielle consiste à administrer le calomel à dose fractionnée :

Calomel 1 grain.

Extrait de gentiane ... q. s.

Faire 12 pilules, à prendre à une heure d'intervalle.

M. Law a vu la salivation survenir dans un cas après 12 centigrammes 1/2 ; dans un autre après 15 centigr. ; dans un troisième après 10 centigr. Suivant lui 36 pilules suffisent le plus souvent.

Disons cependant que ce moyen est loin de réussir constamment.

En résumé, nous croyons la médication sialagogue , par les mercuriaux, appelée à l'avenir à jouer un rôle important dans le traitement de certaines formes d'angine laryngée œdémateuse. — Elle ne devra pas être négligée, car l'on ne saurait trop multiplier les moyens d'agir sur l'engorgement séreux des replis supérieurs du larynx.

§ IX. — Expectorants.

Parfois des "mucosités visqueuses et tenaces, en s'accumulant vers le sommet de la trachée, dans le larynx on même dans l'arrièrebouche, occasionnent des angoisses sufîocatives, et contribuent peut-être à la terminaison funeste de la maladie. — On sera donc appelé à prescrire de Yipécacuanha à faibles doses et sous diverses formes , le kermès minéral à doses réfractées , la scille , le polyyala de Virginie. — Les vomitifs pourraient même être employés dans le but spécial de dégager les canaux aérifères. — Disons aussi qu'un malade qui était couché, fut mis sur son séant, alors seulement il expectora une grande quantité de matière jaune visqueuse dont le rejet amena beaucoup de soulagement.

Ne perdons pas de vue que c'est surtout dans le traitement des maladies dangereuses par leur nature et par la rapidité de leur marche qu'il faut s'attacher à remplir toutes les indications qui se présentent; car souvent la mort a paru le résultat d'une omission qui, au premier abord, était de faible importance.

(1) Bulletin de thérapeutique, t. XL, p. £67.

ALTÉRANTS. — NARCOTIQUES. — ANTISPASMODIQUES. 283 § X, — Altérants — (mercure, — sulfure de potasse).

Les faits nous manquent pour apprécier la valeur des altérants dans le cas d'angine œdémateuse.

Pour le docteur Ryland , de larges doses de calomélas sont utiles, soit par leur effet purgatif, soit par leur action spécifique sur le système général et pour favoriser l'absorption du liquide sécrété dans les replis supérieurs du larynx. Mais, dit cet auteur, le mercure, très convenable au traitement de l'angine œdémateuse idiopathique, ne trouverait plus son application dans le cas d'angine œdémateuse consécutive à une phthisie laryngée; il ne ferait alors qu'aggraver la maladie première.

Le docteur Thomson (1) conseille de donner le calomel comme altérant à la dose de 5 centigr. , toutes les six ou huit heures.

Dans un cas d'angine œdémateuse, le docteur Gordon -Buck prescrivit, entre autres moyens, 2 grains de calomel toutes les deux heures, et l/8e de grain d'émétique, dans le même intervalle, en alternant l'un avec l'autre. Ces deux médicaments furent ainsi administrés quelques jours de suite, mais sans apporter d'amélioration notable dans l'état du malade.

Lorsque nous étudierons plus particulièrement la laryngite œdémateuse par brûlure (voyez l'Appendice), nous citerons les docteurs Wallace et Jameson comme ayant employé fréquemment alors et avec succès des doses multiples de calomel.

Le sulfure de potasse, ordinairement en potion, n'a été prescrit que chez quatre malades atteints d'angine laryngée œdémateuse ; ils ont succombé (Ducasse, — - Debourgues, — Pâtissier, — Petitot).

§ XI. — Narcotiques , antispasmodiques.

Les narcotiques et les antispasmodiques ne sont mentionnés que 10 fois dans nos 92 observations. On a prescrit le sirop diacode, X opium en extrait, le laudanum, la belladone, Yéther, le castoréum.

Ces agents n'ont jamais été considérés que comme de simples

(1) The Lancet, 1834, t. V, p. 5/i3.

auxiliaires. — lis nous paraissent en effet devoir être de quelque utilité pour combattre le spasme de la glotte, qui, à notre avis, joue un grand rôle dans les accès de suffocation. — Après les émissions sanguines, si elles sont indiquées, après le vomi-purgatif et après avoir appliqué le vésica toire sur le cou , on pourrait recourir avec avantage aux calmants, et surtout à hbelladone à l'intérieur et en applications extérieures , moyen, comme on le sait, si utile contre les constrictions de l'anus, du col de l'utérus, du col de la vessie ou de l'urètre. — Nous nous demandons si, dans le cas où un violent accès de suffocation menaçait de près la vie du malade, l'on ne pourrait pas employer utilement l'inspiration de Yéiher ou du chloroforme , en se gardant bien cependant de chercher à plonger le malade dans un état d'insensibilité complète. Nous nous rappelons en effet que déjà plusieurs fois nous avons réussi, par de légères inspirations de chloroforme, à calmer trèspromptement et pour un temps variable, non pas seulement des accès de toux nerveuse, mais aussi le spasme suffocatif qui accompagne si fréquemment la laryngite aiguë simple et la bronchite, surtout chez les femmes et chez les enfants.

§ XII. — Tartre stibié à haute dose.

Le tartre stibié à haute dose nous paraît avoir exercé chez un malade (de Saint- Jean) une action très favorable, en diminuant le nombre des accès de suffocation, — Peut-être devrait-on y recourir dans cette circonstance particulière, et si les forces du j malade lui permettaient de supporter sans danger l'effet hyposthé- j nisant du médicament ainsi administré.

§ XIII. — Sulfate de quinine.

Si nous considérons l'influence assez régulière du soir et de la nuit sur l'aggravation de la maladie et sur le retour des paroxysmes de suffocation, la médication anti-périodique nous paraîtra assez bien indiquée; — mais si nous remarquons l'absence presque constante de type vraiment régulier et surtout l'état de souffrance qui persiste dans les intervalles des paroxysmes, cette médication perdra beaucoup de son importance. — Nous sommes néanmoins surpris de ne trouver dans notre collection que deux j observations qui mentionnent l'emploi du sulfate de quinine ; et , par j

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