TARTRE STIRIÉ A HAUTE DOSE. — SULFATE DE QUININE
exemple, pourquoi ne pas avoir eu recours à ce puissant agent pour combattre des accès de suffocation qui revinrent régulièrement, au nombre de deux, pendant douze nuits consécutives?
Deux fois seulement, avons -nous dit, le sulfate de quinine a été prescrit ; une fois, il est vrai, il n'a pas empêché les accès de suffocation, qui étaient plus violents à la chute du jour, de devenir de plus en plus intenses et répétés. (I)r Delherbe, cité par M. Trousseau, n° 2.) — Mais, chez l'autre malade, il a parfaitement réussi ; l'angine laryngée œdémateuse était liée à une fièvre intermittente tierce; il s'agissait, en quelque sorte, d'une fièvre intermittente pernicieuse œdémo-laryngée. Nous avons rapporté cette intéressante observation de M. Guéretin à l'occasion de la marche de la maladie (p. 176).
Le sulfate de quinine a été, il est vrai, employé avec avantage dans un autre cas d'angine laryngée œdémateuse, mais après l'opération de la bronchotomie. 11 s'agit d'un jeune garçon de dix ans. La plaie du larynx fut fermée le troisième jour de l'opération. Pendant la convalescence, plusieurs accès de suffocation revinrent la nuit : trois grains de sulfate de quinine furent administrés ; vers l'heure accoutumée, la respiration s'accéléra un peu et devint râlante. Deux autres grains de sulfate de quinine donnés le lendemain empêchèrent complètement le retour des accès (Cas. Broussais).
En résumé, si les paroxysmes de suffocation offrent dans leur retour une régularité assez marquée, s'ils sont séparés par un état très notable de calme, il conviendra, croyons-nous, de prescrire le sulfate de quinine ; ce médicament sera formellement indiqué si les accès sont à type régulier, avec ou sans fièvre intermittente. — En
j admettant que le sulfate de quinine ne puisse agir sur l'œdème luimême, et nous avons rapporté une observation qui semble démontrer qu'il n'en sera pas toujours ainsi, n'est-ce donc rien s'il rend moins nombreux et moins intenses, si surtout il fait disparaître ces violents accès de suffocation qui réduisent les malades au désespoir et peuvent immédiatement les faire périr, ou qui, après avoir cessé,
! laissent l'économie entière et l'appareil respiratoire en particulier,
| dans un état d'affaissement plein de danger ?
§ XIV. — Anti-syphilitiques.
Les anti-syphilitiques ont obtenu le plus remarquable succès chez plusieurs malades. Ainsi :
I. — Une femme, âgée de cinquante ans, affectée d'une angine laryngée œdémateuse sub-aiguë, éprouvait une difficulté de respirer telle que l'on pensait devoir recourir à la trachéotomie, — lorsque M. Legroux (n° 5) aperçut sur les parois de la bouche et de la gorge Vapparence de quelques cicatrices qui lui firent penser que l'œdème laryngé pouvait bien être symptomatique d'ulcérations syphilitiques. — Dans cette idée , et malgré les dénégations de la malade sur cette cause, on administra Viodure de potassium à la dose d'un gramme par jour. — Dès le troisième jour de l'administration de ce médicament , la respiration était moins bruyante et plus facile. — L'amélioration fut tellement rapide, qu'au huitième jour de la médication, tous les symptômes de l'œdème du larynx avaient disparu. — On continua néanmoins le médicament.
II. - — Une femme , âgée de trente-six ans, atteintedesyphilis constitutionnelle avec laryngite chronique , présentait tous les symptômes de l'angine œdémateuse ; — bientôt la suffocation devint telle qu'on songea à pratiquer la trachéotomie. — Cependant, avant de recourir à cette opération, la malade fut soumise au traitement suivant : Liqueur de Van-Swieten , une cuillerée à bouche matin et soir dans une tasse de lait ; deux verres par jour de décoction concentrée de salsepareille , avec addition dans chaque verre d'une cuillerée de solution composée de 10 grammes ftiodure de potassium pour 250 grammes d'eau distillée. — Sous l'influence de ce traitement, une amélioration rapide se manifesta et tous les symptômes graves disparurent. — Le traitement anti-syphilitique fut continué pendant six mois, et la malade se rétablit complètement (Ed. Raynaud).
III. — Nous avons cité (voy. Anatomie pathologique, chap. J, § v, p. 63) l'observation d'un jeune homme atteint de syphilis constitutionnelle, avec ulcérations à la gorge, et qui nous présenta les symptômes d'une angine laryngée œdémateuse commençante ; or, le malade guérit rapidement sous l'influence de l'azotate d'argent en topique et de Viodure de potassium à haute dose.
IV. — Une femme, âgée de soixante-dix-sept ans, avait été traitée, avec succès, par l'iodure de potassium , de nombreuses exostoses accompagnées de douleurs ostéocopes. — Quelque temps après survint une laryngite qui prit le caractère chronique et se compliqua d'œdème laryngé. — Cet œdème marchait et s'aggravait lentement, lorsqu'on se décida à administrer Viodure de potassium à la dose de 2 décigrammes; puis deux jours après, à la dose de 30 centigrammes. Le médicament fut ainsi continué pendant dix jours, avec une progression réelle vers la