TRAITEMENT DIRECT
C'est surtout en multipliant et en perfectionnant les moyens d'agir directement sur les replis infiltrés que l'on peut concevoir le légitime espoir de diminuer de beaucoup l'énorme mortalité de l'angine infiltro-laryngée.
Ces moyens sont: divers topiques;— la compression — et les scarifications des bourrelets. — Nous ferons suivre leur étude de celle de divers autres moyens chirurgicaux que l'on dirige sur Parrièrebouche et sur la région du cou.
ALUN
S I. — Alun.
L'utilité de la poudre d'alun en topique sur les bourrelets nous paraît assez bien établie par les faits suivants :
Ce moyen ayant été employé chez sept malades : — Quatre d'entre eux ont guéri (obs. I, II, III, IV). — Chez le cinquième, les symptômes de la maladie avaient presque complètement disparu, lorsque des accidents sur-aigus du côlé de la poitrine, occasionnèrent la mort (obs. V). — Un sixième malade n'éprouva qu'un léger soulagement après les insufflations d'alun, et succomba à la suite de la bronchotomie ; mais le larynx était le siège de désordres anciens et irréparables (obs. VI). — Chez un septième sujet enfin, les insufflations échouèrent complètement (obs. VII). — Ainsi quatre et presque cinq guérisons sur sept cas ; certes, un pareil résultat est satisfaisant.
Une autre considération qui doit encore nous encourager à tenter de nouveaux essais dans cette direction, c'est que l'alun en topique a été employé dans le 1/6 des cas de guérison sans bronchotomie, — et dans le 1/33 seulement de ceux où le traitement a échoué.
Enfin, les insufflations d'alun et un vésicatoire sur le cou ont été les principaux agents de l'heureuse terminaison de la maladie, dans un cas (obs. III), — et même les seules insufflations ont suffi dans deux autres cas (obs. I, II).
C'est lorsque l'œdème laryngé était lié à une phlegmasie aiguë qu'elles ont été employées avec plus ou moins de succès (obs. I, II, III, IV, V); il est vrai que la phlegmasie était peu intense ou même légère.
Ces insufflations ont déterminé des picotements au larynx et le long de la trachée-artère, de la toux, des mouvements convulsifs i d'expuition, l'expulsion parfois très abondante de mucosités, des i nausées et quelquefois des vomissements; mais, nulle part, nous ne trouvons signalés de violents accès de suffocation. Un malade, il est vrai (obs. I), eut une violente quinte de toux, pendant laquelle l'inspiration devint très difficile ; mais il avoua que cette attaque de dyspnée n'avait rien eu de comparable à celle qu'il avait éprouvée la Yeille.
Nous concluons de l'examen précédent que la poudre d'alun est
l'un des moyens directs à opposer à l'angine laryngée œdémateuse.
On sait que M. Laënnec, de Nantes, et M. le professeur Velpeau(l) ont retiré de très remarquables avantages de l'emploi topique de l'alun dans les angines gutturales franchement inflammatoires.
11 convient de recourir à l'alun plus spécialement si l'œdème laryngé est lié à une phlegmasie récente mais peu intense ; s'il est passif ou voisin de cet état. — Les insufflations d'alun nous paraissent moins bien indiquées dans le cas inflammation aiguë et intense de la gorge ou du larynx. — Elles ne seraient point absolument exclues du traitement de l'œdème consécutif à une laryngite chronique.
Et s'il est vrai que, chez nos malades, elles n'aient point occasionné d'accès de suffocation d'une certaine gravité, on se tiendra néanmoins sur ses gardes, la sensibilité des sujets aux agents médicamenteux étant excessivement variable.
L'alun en poudre peut être appliqué sur le sommet du larynx à l'aide d'une boulette de charpie, — d'une éponge emmanchée, — et même à l'aide du doigt préalablement mouillé avec de l'eau ou de la salive, puis roulé dans la poudre, de manière à l'en recouvrir d'une couche épaisse. — V insufflation nous paraît cependant préférable, à moins qu'on ne puisse facilement arriver avec le doigt jusque sur les bourrelets. — Si l'infiltration ary-épigîottique dépend d'une phlegmasie aiguë de la gorge, l'alun sera porté également sur cette dernière région. Le doigt, s'il peut être introduit, sera préférable alors; car, de cette manière, on applique le topique sur les points les plus affectés, et on le fait pénétrer dans les anfractuosités de l'isthme guttural. — Avant cette opération le malade, dans le but d'enlever les mucosités qui recouvrent souvent les parties lésées, fera quelques efforts de toux et d'expuition, et avalera à plusieurs reprises quelques gorgées de liquide.
La dose d'alun sera de 1/2 gros à 1 gros (2 à lx grammes) chaque fois. — On renouvellera l'insufflation ou l'application plus ou moins souvent dans les vingt-quatre heures, suivant la nature et l'intensité des symptômes, suivant aussi les effets obtenus. — Chez un malade (obs. I), deux insufflations furent pratiquées chaque jour, pendant quatre jours de suite ; — chez un autre, l'insufflation de
(1) Leçons orahs de clinique chirurgicale, 1841, t. III, p. 1 12.
ALUN
2 à U grammes fut répétée trois fois dans la journée et employée aussi les deux jours suivants (obs. V); — dans un autre cas, enfin (obs. III), une insufflation de 2 grammes fut renouvelée toutes les trois heures, mais un jour seulement, car une amélioration remarquable survint le lendemain.