‹ Traité de l'angine laryngée oedémateuseChapitre 109 sur 150 · II. — Observations · texte numérisé non relu

II. — Observations

I. — Un marin âgé de quarante-six ans, affecté d'un catarrhe pulmonaire chronique, s'exposa, au mois de novembre, à un courant d'air froid, le corps alors en sueur; bientôt survint une angine laryngée avec sensation d'un corps étranger volumineux bouchant le gosier et gênant la respiration; la voix était rauque; l'inspiration difficile et l'expiration facile; le malade éprouvait en outre des accès de suffocation: on n'explora pas, à l'aide du doigt, le sommet du larynx.

Les deux premiers jours du traitement , on fit deux insufflations d'alun chaque jour; les accès de suffocation diminuaient d'intensité et de fréquence. L'amélioration fut manifeste. — Le troisième jour, on recourut encore aux insufflations, et l'on prescrivit \ 2 pastilles de calomélas, d'un grain chacun. — Le quatrième jour, il n'y avait pas eu d'accès de suffocation depuis vingt-quatre heures. La voix était encore un peu rauque. Le calomel n'avait point déterminé d'évacuations. — Le cinquième jour, on continua l'emploi du calomel à la même dose, et l'on suspendit les insufflations. Il y eut deux selles dans la journée. — Les sixième et septième jours, même prescription. — Le huitième jour, on supprima les pastilles. — Le malade guérit. (A. Laënnec de Nantes.)

Quoique la présence des bourrelets n'ait pas été constatée à l'aide du toucher, qui ne fut pas pratiqué, tout nous porte cependant à admettre, chez ce malade, une angine laryngée œdémateuse. — Deux moyens seulement furent employés : les insufflations d'alun et le calomel. Mais celui-ci ne fut administré que le troisième jour, et lorsque déjà, sous l'influence de l'alun, les symptômes s'étaient rapidement amendés; et encore les selles n'eurent-elles lieu que quarante-huit heures environ après les premières pastilles de calomel. — C'est donc surtout aux insufflations d'alun que nous croyons devoir attribuer la guérison du malade. — Huit insufflations furent pratiquées en quatre jours.

II. — Une femme dont M. le professeur Velpeau nous a communiqué l'observation était affectée d'une angine gutturale simple et de moyenne intensité, lorsque survint une infiltration des replis aryténoépiglottiques ; le toucher permit de reconnaître la présence des bourrelets. — De l'alun en poudre fut porté, à l'aide du doigt , sur la

gorge et sur le sommet du larynx, et la guérison fut rapide. Ce topique fut le seul agent employé. — (M. le docteur Gubler a cité ce même fait, mais sans indiquer quel avait été le point de départ de l'infiltration laryngée, et si l'alun avait été le seul moyen mis en usage.)

III. — Une femme, âgée de vingt-six ans, fut atteinte d'une angine gutturale, et bientôt d'un œdème du larynx parfaitement caractérisé.

Premier jour : Saignée générale. — Deuxième jour ; 30 sangsues au cou et un lavement purgatif. Aggravation des accidents. — Dans la nuit : Large vésicatoire sur la partie antérieure du cou et un lavement purgatif. Un peu d'amélioration. — Troisième jour : Insufflation de 2 grammes d'alun dans la gorge, renouvelée toutes les trois heures. Le vésicatoire fut laissé jusqu'au soir pour obtenir une forte vésication. — Quatrième jour : Amélioration. Le vésicatoire a fourni beaucoup de sérosité, et les insufflations d'alun ont provoqué la sortie de mucosités abondantes. On entretient le vésicatoire avec de la pommade au garou. — Guérison. (Szafkowski, n° 1 .)

Le traitement anliphlogistique , remarque l'auteur de cette observation, a été insuffisant; — le vésicatoire et les insufflations d'alun, ajoute-l-il, ont rendu ici un service incontestable.

IV. — Une dame, âgée de trente-quatre ans, affectée de douleurs sciatiques chroniques , vit un engorgement œdémateux occuper les pieds et successivement toute l'étendue des membres inférieurs. Cet état durait déjà depuis quelques mois , lorsque survinrent , avec une légère inflammation de l'isthme guttural, tous les symptômes de l'angine laryngée œdémateuse. Disons cependant que le signe pathognomonique de cette affection ne fut pas recherché. On recourut à des insufflations d'alun dans l'arrière-gorge et à des gargarismes alumineux. — Mais l'alun ne fut pas le seul agent employé ; on y joignit des pilules de calomel, des lavements purgatifs, un vésicatoire à la nuque, des frictions avec la teinture de scille et de digitale sur toute l'étendue des membres inférieurs, enfin l'inspiration d'un air humide et chaud , chargé de vapeurs de fleurs de sureau. Les urines coulèrent abondamment ; l'engorgement lymphatique des membres inférieurs et tous les symptômes de l'angine œdémo-laryngée disparurent. (Barthez, n° %.)

V. — Au rapport de M. Legroux (n° 3), un jeune homme, âgé de dix-huit ans, atteint de pleuro-pneumonie en voie d'amélioration , subit trois accès de fièvre tierce. Le lendemain du troisième accès débuta une affection du larynx qui bientôt offrit tous les caractères de l'angine œdémateuse. Des sangsues furent appliquées au cou ; les bourrelets ary-épiglottiques furent déchirés avec l'ongle ; un grain de

ALUN

tartre stibié fut administré, et un vésicatoire de six à huit pouces fut placé au-devant du cou et de la poitrine ; ces divers moyens furent mis en usage coup sur coup dans la matinée du 12 juin. Cependant, dans le courant de la journée, l'état du malade semblait aggravé.

— Alors M. Legroux pratiqua immédiatement dans la gorge une insufflation de demi-gros à un gros d'alun porphyrisé; elle fut répétée trois fois dans la journée, et chaque fois elle fut accompagnée d'efforts pour cracher, pour vomir, et de l'expulsion d'une grande quantité de mucosités. Du soulagement eut lieu après la première insufflation.

— Le 13, amélioration notable; diminution de l'oppression et de l'anxiété; voix encore rauque, mais moins ronflante; déglutition un peu plus facile; le malade put rester couché presque horizontalement. (Activer le vésicatoire; insufflation d'alun.) — Le 14, inspiration facile, cessation du bruit de frôlement et du sifflement croupal. (Insufflation d'alun.)- — Mais le 15, lorsque les symptômes de V angine œdémateuse avaient presque disparu, survinrent des accidents sur-aigus du côté du cœur et des poumons , et le malade succomba le 16 au soir, mais sans suffocation.

Outre de graves désordres du côté des plèvres, des poumons et du péricarde, on trouva de nombreuses petites collections purulentes dans divers points des parois du larynx et surtout en dehors de cet organe. Les replis aryténo-épiglottiques infiltrés de matière purulente étaient notablement épaissis , mais il étaient fermes et laissaient l'orifice du larynx parfaitement libre.

Suivant M. Legroux, l'efficacité de l'a un n'a pas été douteuse chez ce malade. — Disons cependant que, pendant les quelques heures qui ont précédé l'emploi de ce topique, l'on a eu recours, coup sur coup, à des moyens très énergiques, et notamment à un vésicatoire de 6 à 8 pouces sur le cou et sur le haut de la poitrine ; l'action de ce vésicatoire ne pouvait être instantanée; et nous nous demandons si l'amélioration, survenue bientôt après les insufflations d'alun, ne doit pas être attribuée, en très grande partie, au vésicatoire lui-même qui, en ce moment, commençait à agir?

Dans les observations qui précèdent, nous voyons l'emploi de l'alun seul ou combiné avec d'autres moyens amener la guérison ou une amélioration très notable; dans le cas suivant, ce moyen n'a procuré qu'un soulagement fugitif.

VI. — Chez un homme âgé de quarante-cinq ans, atteint de laryngite chronique, survint un œdème sus-glottique. — Après l'emploi de divers agents, on recourut à l'insufflation d'alun à la dose d'un gros. Le soulagement fut léger et de peu de durée; et il fallut bientôt

pratiquer la bronchotomie ; cette opération n'empêcha pas le malade de succomber. Outre l'œdème laryngé , on trouva une carie du cricoïde et une dégénérescence squirrheuse des cordes vocales inférieures (Olivier des Brûlais).

VII. — Enfin, chez un sujet sur lequel nous ne possédons aucun détail, mais qui cependant était atteint d'angine laryngée œdémateuse, les insufflations d'alun ont complètement échoué (Lailler, n° 3).

ni.

Les auteurs, et ils sont en fort petit nombre, qui ont recherché la valeur des insufflations alumineuses dans le cas d'angine œdémateuse, sont loin d'être d'accord sur leur efficacité, ce qui ne peut nous étonner, vu le petit nombre de faits arrivés à leur connaissance.

Suivant M. Delasiauve, le résultat des insufflations d'alun est très équivoque.

Dans l'état actuel de la science, dit M. Valleix {Guide du médecin praticien), on ne saurait recommander l'insufflation des substances pulvérulentes. C'est à l'observation ultérieure de prononcer.

Et ailleurs [Mémoire) : L'irritation produite par les substances insufflées pourrait suffire pour causer instantanément une suffocation mortelle, et la possibilité d'un semblable accident a dû rendre les médecins très réservés dans l'emploi de ces moyens.

Suivant M. Legroux (1), l'action astringente de l'alun est très favorable à la résolution de l'œdème sous-muqueux ; peut-être aussi la sécrétion abondante que provoque l'application de ce sel sur la membrane muqueuse gutturale, les efforts de vomissements et d'expuition qu'il détermine, sont-ils des moyens de résolution de l'infiltration séreuse? M. Legroux regarde l'efficacité de cet agent comme n'ayant pas été douteuse chez le malade dont nous avons consigné précédemment l'observation (obs. Y); puis, il ajoute: « Ce n'est pas que nous le croyions applicable à tous les cas, à toutes les formes d'œdème laryngé ; il nous paraît fort probable que, dans ceux où il existe des ulcérations profondes du larynx, le contact de l'alun avec les surfaces ulcérées déterminerait une irritation

(1) Journal des connaissances méd.-chirurg., t. VII, lre partie, p. 101.

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