‹ Traité de l'angine laryngée oedémateuseChapitre 110 sur 150 · AZOTATE D'ARGENT · texte numérisé non relu

AZOTATE D'ARGENT

trop vive. Les topiques astringents nous paraissent devoir être réservés pour les cas de laryngite œdémateuse simple. »

§11. — Azotate d'argent.

Une solution d'azotate d'argent portée sur le sommet du larynx est, croyons-nous, appelée dorénavant à jouer un rôle important dans la cure de l'angine laryngée œdémateuse : les quatre faits suivants nous en donnent au moins l'espoir.

I. — Un homme, âgé de quarante-cinq ans ( dont l'observation nous a été communiquée par M. le docteur Robert), convalescent d'une fracture à la jambe et d'une pleurésie, fut affecté d'une angine tonsillaire. Ce fut au déclin de cette angine qu'apparut l'œdème du larynx; le doigt sentit distinctement les bourrelets. La trachéotomie paraissait indiquée, — lorsque M. Robert se décida à porter sur le sommet du larynx, à diverses reprises, une petite éponge imbibée d'une forte solution de nitrate d'argent et fixée sur une tige de baleine courbe ; l'éponge fut appuyée avec assez de force. — Le malade toussa beaucoup, fut très anxieux pendant une demi-heure; il eut un peu plus de fièvre dans la journée, mais la respiration devint graduellement plus libre; le lendemain, l'amélioration était très marquée. Bientôt la guérison fut complète, et l'on ne put l'attribuer qu'à l'azotate d'argent qui fut le seul moyen mis en usage.

II. — Un jeune homme dont nous avons rapporté en détails l'observation (voyez Anatomie pathologique, chap. I, § v) était affecté de syphilis constitutionnelle eiiï ulcérations à la gorge /bientôt de nombreuses phlyctènes apparurent sur cette région et dans le voisinage, puis le malade éprouva la sensation d'un corps étranger gênant la respiration ; la voix devint rauque et légèrement voilée ; l'inspiration était difficile et un peu sifflante, l'expiration était libre ; nous ne pûmes nous décider à plonger le doigt dans la gorge enflammée pour nous assurer par le toucher de l'état des replis aryténo-épiglottiques ; néanmoins , nous crûmes reconnaître ici une angine laryngée œdémateuseà son début. — Immédiatement, nous portâmes un gros pinceau imbibé d'une forte solution d'azotate d'argent sur le voile du palais, sur la voûte palatine et la face interne des joues, parties couvertes de phlyctènes; nous le portâmes également sur l'épiglotte et sur le sommet du larynx ; — puis le malade commença l'usage de l'iodure de potassium à haute dose. — Or nous pûmes suivre du regard les changements excessivement rapides qui survinrent sur les parois de l'arrière-bouche; au bout de quelques heures, l'amélioration y était déjà manifeste et la respiration était devenue plus libre.

La cautérisation nous paraît avoir été, dans ce cas, le principal sinon l'unique agent de la disparition des accidents laryngés.

III. — Le fait suivant, qui nous est parvenu trop lard pour faire partie de nos résumés statistiques, est cité par M. le docteur Dupuy (1).

Un malade atteint d'une angine laryngée œdémateuse subordonnée à une inflammation aiguë de la gorge , refusa absolument la trachéotomie, que l'on regardait comme indispensable. Les amygdales étaient rouges et un peu tuméfiées. — M. Dupuy pratiqua une très forte cautérisation du pharynx avec l'azotate d'argent. Sous l'influence de cette cautérisation et des moyens accessoires, sangsues, révulsifs, etc., les symptômes s'amendèrent assez promptement, et le malade guérit.

Quand on considère, ajoute l'auteur, combien la cautérisation modifie favorablement Y angine pharyngienne franche, Y amygdalite aiguë, on est porté à l'employer, même dans la laryngite aiguë.

IV. — L'observation suivante (2), relative non pas à l'angine laryngée œdémateuse, mais seulement à Vépiglottite œdémateuse, mérite néanmoins notre attention.

Un homme de cinquante-huit ans était affecté d'une inflammation de la gorge. Bientôt toute tentative de déglutition fut suivie de suffocation et d'une violente quinte de toux. En déprimant fortement la base de la langue, on voyait Vépiglotte droite et tuméfiée ressemblant à une fraise mûre. — On porta sur cet organe et sur le gosier une éponge fixée à une baleine et imbibée d'une solution de 4 grammes de nitrate d'argent dans 30 grammes d'eau distillée. Cette cautérisation causa sur le moment un violent accès de toux. On appliqua un vésicatoire à la nuque. La cautérisation avait été pratiquée à \ 1 heures du matin. — A huit heures du soir, il y avait une grande amélioration. — Deux heures après, on ne voyait déjà plus l'épiglotte; et la déglutition était moins difficile. — Quelques nouvelles applications de nitrate d'argent achevèrent la guérison.

Nous ajouterons que, chez une dame de trente-neuf ans, Vépiglottite œdémateuse n'ayant été combattue que par des sangues au cou et un vésicatoire à la nuque, et non point par le nitrate d'argent, la maladie dura six jours; et il s'en passa encore quatre avant que la déglutition pût s'effectuer.

Les faits précédents sont très favorables à l'emploi du nitrate d'argent.

Nous connaissons, il est vrai , trois autres observations d'angine œdé-

(1) Journal de médecine de Bordeaux, IXe année, décembre 1851, p. 741.

(2) Journal des connaissances mécL-chirurg , 17e année, 2e semestre, p. 272.

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