AZOTATE D'ARGENT
mateuse traitée par ce même agent; mais elles ne peuvent réellement point nous servir ici. — En effet, chez l'un de ces malades, la bronchotomie fut pratiquée trois heures après qu'on eut porté dans l'arrière-bouche la solution d'argent, laquelle n'eut sans doute pas le temps d'agir (Jackson). — Une autre malade (Parmentier) ayant été sous une influence morbide exceptionnelle, celle du choléra, il est réellement impossible de se faire une juste idée de l'action que la cautérisation a pu exercer sur l'angine œdémateuse, qui se termina rapidement par la mort. - — Enfin, chez un troisième sujet (Gordon-Buck), sur lequel nous reviendrons bientôt, une solution concentrée de nitrate d'argent (20 grains par once) fut portée dans la gorge; mais une heure auparavant on avait scarifié le sommet du larynx et l'épiglotte; — la cautérisation fut renouvelée le matin suivant ; — la guérison fut rapide.
Quoique l'azotate d'argent n'ait guère encore été employé que dans le cas d'angine œdémateuse liée à une inflammation aiguë, — son efficacité sera peut-être plus grande encore lorsque l'œdème sus-gloltique sera simple, passif ou voisin de cet état. — On n'en proscrira pas absolument l'usage dans l'angine œdémateuse consécutive à une laryngite chronique, puisque ce topique a eu parfois de bons effets dans le traitement de cette laryngite chronique ellemême.
Toutes les fois que l'azotate d'argent est porté sur le sommet du larynx, il donne immédiatement lieu à de la toux, à de la suffocation. Mais bientôt, et en général, ces accidents primitifs se calment; c'est ce qui a eu lieu chez les malades atteints d'angine œdémateuse ou d'épiglottite. — Ainsi, le sujet observé par M. Robert toussa beaucoup, fut très anxieux pendant une demi-heure, eut un peu plus de fièvre dans la journée, mais la respiration devint graduellement plus libre. — La malade citée par M. Parmentier fut saisie, immédiatement après l'application du topique, d'un violent accès de suffocation, mais cet accès ne tarda pas à se calmer. — Quant au malade soumis à notre examen , l'accès de toux et de suffocation fut de courte durée, et la respiration ne tarda pas à devenir plus libre qu'avant la cautérisation.
On ne peut cependant se dissimuler que celte médication n'offre
quelque danger, et, pour notre part, nous n'oserions guère l'employer dans l'angine œdémateuse avec accès de suffocation violents et répétés ; et même, si l'on jugeait à propos d'y recourir, ne seraitil pas prudent de commencer par une solution peu concentrée, et d'éviter autant que possible de faire pénétrer le liquide dans l'intérieur même du larynx.
La cautérisation sera répétée un plus ou moins grand nombre de fois, selon les effets obtenus. — M. Robert a, porté à diverses reprises, mais en une seule séance , sur le sommet du larynx, l'éponge imbibée et fixée sur une lige de baleine courbe. — Chez notre malade, nous avons pratiqué trois cautérisations, à l'aide du pinceau : la première et la seconde, faites à quelques heures de distance , ont agi sur l'épiglolte et sur la partie voisine des replis ary-épiglottiques; la troisième, le lendemain, n'a atteint que le voile du palais et ses environs, car la respiration étant beaucoup plus libre que la veille, nous ne jugeâmes pas nécessaire de cautériser plus profondément.
Les faits que nous avons exposés sont certainement en trop petit nombre pour nous permettre d'apprécier au juste la valeur thérapeutique de la solution d'azotate d'argent; aussi engageons-nous très fortement les praticiens à poursuivre ce genre d'expérimentation. — La poudre azotate d'argent ou de sulfate de cuivre serait peut-être de quelque utilité. — Nous ne cesserons de répéter que ce sera surtout en perfectionnant et en multipliant les moyens d'atteindre directement ou le plus directement possible l'œdème laryngé, qu'on diminuera l'extrême danger attaché à ce genre d'alFection.
§ III. — Compression des bourrelets.
De même que, dans l'angine gutturale avec tuméfaction considérable des amygdales, on porte secours au malade en forçant le passage à l'aide du doigt indicateur ; — et que chez une femme atteinte d'un cancer à l'extrémité inférieure du pharynx et au commencement de l'œsophage , des pressions exercées à plusieurs reprises, par Dupuytren, sur la tumeur, rétablirent assez bien le canal pharyngo-œsophagien pour permettre la déglutition des ali-