‹ Traité de l'angine laryngée oedémateuseChapitre 112 sur 150 · COMPRESSION DES BOURRELETS · texte numérisé non relu

COMPRESSION DES BOURRELETS

menls liquides, et même de quelques substances solides, — ainsi l'on conçoit les avantages d'une pression exercée sur les bourrelets aryténo-épiglottiques et sur l'épiglotte. — L'effet de celte pression sera de refouler mécaniquement le liquide dans les parties voisines; peut-être aussi de favoriser sa résorption ; et même si la membrane muqueuse se trouve considérablement distendue et amincie, si elle est ramollie, si surtout le liquide est réuni en foyer, la pression pourra déterminer alors une rupture superficielle et un dégorgement subit des bourrelets.

Malheureusement, plusieurs circonstances rendront, le plus ordinairement, cette manœuvre impossible, inutile, ou même dangereuse. — Disons cependant que la compression, qui a échoué plusieurs fois, a soulagé une malade dont la phthisie laryngée s'était compliquée d'angine œdémateuse (Lisfranc (1)), et qu'elle nous paraît avoir été très utile chez une femme âgée de trente-quatre ans, dont parle M. Tuilier (n° 3).

Ici l'angine œdémateuse était sub- aiguë; on appliqua deux vésicatoires au cou et deux autres aux cuisses. Le doigt sentait au sommet du larynx, et du côté gauche seulement, une tumeur molle, pâteuse et indolente. Plusieurs personnes ayant exploré le larynx, exercèrent en même temps sur cette tumeur de légères pressions; or la malade fut persuadée que celte compression contribua pour beaucoup à sa guérison ; elle dit qu'ayant éprouvé un soulagement notable après la première exploration , qui fut suivie d'un gros crachat mêlé de sang, elle s'était avisée de presser de temps en temps sa tumeur, et que toujours elle s'en était bien trouvée. — Il est à remarquer qu'une fois cette femme guérie, le contact du doigt sur l'arrière-gorge lui était insupportable.

En conséquence, nous nous garderons bien de rejeter entièrement ce moyen ; et, autant qu'on peut se tracer une ligne de conduite en l'absence presque complète de faits directs, nous croyons que la compression ne devra guère être tentée que si la phlegmasie, point de départ de l'infiltration , est légère, quoique aiguë, — si elle est chronique, — mais surtout si l'œdème est simple ou passif; — et encore nous ne l'employerions peut-être que dans le cas de

(1) Journal général, t. LXXXIII, p. 295.

suffocation imminente et de péril excessif, pour nous donner le temps de pratiquer la bronchotomie ou de recourir à la sonde laryngienne.

Quel procédé mettre en usage ? Il est impossible de se servir du pouce et de l'indicateur, -comme quelques auteurs l'ont proposé , car le pouce est trop court pour atteindre le sommet du larynx ; — on pourrait agir avec l'indicateur et le médius, qui pinceraient séparément et successivement chaque bourrelet ; — mais l'indicateur de la main droite est de beaucoup préférable; son extrémité, poussée entre les bourrelets, les refoulerait fortement d'un côté et de l'autre, trouvant sur ces bourrelets eux-mêmes un point d'appui suffisant, puisqu'ils sont maintenus par leurs attaches épiglottique et aryténoïdienne. — Cette compression serait répétée un plus ou moins grand nombre de fois, suivant l'état de la respiration et les effets déjà obtenus. — Dans certains cas, le malade pourrait la pratiquer lui-même.

Nous avons vu que souvent Vépiglotte, par sa tuméfaction considérable, avait pour beaucoup contribué à la suffocation du malade. Dans ce cas, une forte pression exercée sur cet organe ainsi tuméfié, et, en général, assez facile à atteindre, serait peut-être de quelque utilité.

Nous n'avons parlé, jusqu'à présent, que de la compression des bourrelets, exercée à l'aide du doigt; lorsque nous rechercherons les services que peut rendre la sonde laryngienne, nous verrons jusqu'à quel point on peut compter sur cet instrument , pour exercer la compression.

Enfin, dans l'article suivant, nous proposerons l'emploi d'un instrument qui serait destiné à pratiquer à la fois la compression et les scarifications.

Le docteur Tuilier, le premier, a proposé la compression dans l'angine laryngée œdémateuse; il s'exprime (p. 25) de la manière suivante : « Si les symptômes étaient modérés et l'engorgement assez léger pour ne pas faire craindre une suffocation imminente,

ou qu'on se trouvât dans l'impossibilité de pratiquer l'opération ou d'introduire une sonde de gomme élastique, il faudrait employer les dérivatifs. . . et, de plus, exercer de temps en temps avec le doigt une compression sur les tumeurs œdémateuses. On pourrait habituer les malades à exécuter eux-mêmes ce moyen... » Et, en note, l'auteur ajoute : « Je ne saurais trop appeler l'attention des médecins sur cette compression, parce qu'il me semble qu'aidée des vésicatoires et d'autres dérivatifs, elle suffirait pour guérir la maladie. »

« L'observation citée par M. Tuilier, dit M. Rayer, autorise sans doute à essayer de nouveau la compression dans le traitement des œdèmes qui surviennent à la suite d'une inflammation chronique du larynx ou de la glotte elle-même; mais ces pressions seraient-elles sans danger si l'œdème était consécutif à une affection aiguë du

j larynx et du pharynx (1) ? »

Selon Boyer, « ce moyen pourrait être tenté dans le cas où il y

s aurait seulement œdème, sans aucun signe d'inflammation ; car si l'engorgement était inflammatoire, la pression exercée sur des parties enflammées pourrait avoir des inconvénients graves (2). »

Selon M. Cruveilhier, « l'idée de diminuer, par la compression exercée à l'aide du doigt, le volume des bourrelets épiglottoarylénoïdiens, idée suggérée à M. Tuilier par la doctrine de l'œdème de la glotte considéré comme maladie passive, ne saurait être applicable à une maladie essentiellement inflammatoire. A supposer qu'on pût momentanément, par ce moyen, dilater l'orifice supérieur du larynx, l'irritation nouvelle qui en serait le résultat déterminerait bientôt un surcroît d'accidents (3). »

§ IV. — Scarifications; déchirure des bourrelets.

La méthode de traitement qui consiste à évacuer directement le liquide infiltré dans le tissu cellulaire des replis aryténo-épiglottiques î et de l'épiglotte, mérite au plus haut degré de fixer noire attention.

(1) Dictionnaire de médecine, t. XV, p. 247.

(2) Traité des maladies chirurgicales, 3e édition, t. VII, p. 110.

(3) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, 1834, t. XI, p. 40.

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