‹ Traité de l'angine laryngée oedémateuseChapitre 116 sur 150 · XV. — Dans un cas d'angine œdémateuse avec imminence de suf · texte numérisé non relu

XV. — Dans un cas d'angine œdémateuse avec imminence de suf

focation, le professeur Marjolin employa, pour déchirer les bourrelets œdématiés , une longue racine de guimauve qu'il introduisit dans le pharynx et l'œsophage et avec laquelle il exerça des mouvements de frottement sur la partie supérieure du larynx. Cette opération fut suivie d'un succès complet.

Ce fut le souvenir de ce fait que M. Legroux (1) avait entendu citer par Marjolin, dans son cours de pathologie chirurgicale, qui le conduisit à tenter la déchirure de la membrane muqueuse au moyen de V ongle. — Nous savons cependant que Lisfranc (mémoire cité) avait déjà proposé le même procédé. — Quoi qu'il en soit, le déchirement des bourrelets avec l'ongle a été employé par M. Legroux dans les deux cas suivants :

XVI. — Un jeune homme de dix-huit ans était presque convalescent d'une pleuro-pneumonie lorsqu'il fut affecté de fièvre tierce. Après le troisième accès survint une angine laryngée œdémateuse de forme inflammatoire aiguë. — Avec l'ongle du doigt indicateur, M. Legroux (n° 3) déchira les bourrelets. — Cette opération fut très pénible, accompagnée de sutfocation et suivie d'expuition de crachats mêlés de sang. Le malade se dit un peu soulagé. (Tartre stibié , \ grain ; vésicatoire de six à huit pouces au-devant du cou et de la poitrine.) — Dans la journée , l'état du malade s'aggrava; il dit qu'il souffrait davantage depuis qu'il avait été opéré. ( Insufflations d'alun dans l'arrière-gorge.) Ces insufflations furent suivies d'une rapide amélioration. — Les symptômes de l'angine œdémateuse avaient presque disparu, lorsque bientôt le malade succomba à des accidents inflammatoires sur-aigus du côté des poumons, des plèvres et du péricarde.

Ici le déchirement des bourrelets, mais surtout un large vésicatoire et les insufflations d'alun ont été les agents de la guérison presque complète de l'angine laryngée œdémateuse.

Dans le cas suivant, nous ne voyons guère que le vésicatoire et les scarifications auxquels nous puissions attribuer la guérison du malade.

XVII. — Un vieillard de soixante-dix ans, convalescent d'une congestion cérébrale peu grave, fut atteint de douleur avec chaleur à la gorge et difficulté dans la déglutition. — (Saignée.) — Bientôt apparut une angine laryngée œdémateuse. (40 sangsues.) — Cependant la suffocation étant imminente, M. Legroux (n° 2) tente avec l'ongle de défi) Journal des connaUsancçs mèd.-chirurg., t. VII, lre partie, p. 104.

chirer les bourrelets, mais il ne réussit qu'incomplètement , obligé de retirer le doigt à cause des contractions presque convulsives que sa présence provoque dans les muscles du pharynx ; — il réitère néanmoins cette manœuvre à plusieurs reprises; il s'écoule un peu de sang mêlé à des mucosités abondantes. Le malade paraît un peu soulagé, il trouve sa respiration plus libre. — Mais à neuf heures du soir, il est en proie aux angoisses de la suffocation , les traits sont décomposés, la face est pâle, le pouls petit, misérable ; la mort paraît imminente. — Alors M. Legroux se taille l'extrémité de l'ongle de l'index de manière à former des pointes aiguës, et déchire, autant qu'il lui est possible de le faire, la muqueuse boursouflée des bourrelets; des mucosités s'écoulent en abondance après cette opération , puis on applique un large vésicatoire sur la partie antérieure du cou. — Or, le lendemain matin, le malade, couché dans l'état naturel , respirait avec facilité et ne conservait des symptômes de la veille qu'un peu de raucité dans la voix; l'inspiration se faisait en toute liberté et largement; le pouls était relevé et la face calme. — Guérison.

Depuis la rédaction de ce paragraphe, deux nouvelles observations d'angine laryngée œdémateuse traitée par les scarifications sont parvenues à notre connaissance. — L'un des deux malades a guéri ; — l'autre a éprouvé à la suite des scarifications, et pendant vingt-quatre heures, un soulagement tellement marqué, que l'on peut se demander si de nouvelles scarifications n'auraient pas été suivies de guérison. Yoici ces deux faits :

Un mulâtre , âgé de trente-cinq ans, fut atteint d'une angine gutturale modérée qui se compliqua bientôt d'œdème laryngé. La luette était œdémateuse, l'épiglotte fortement tuméfiée, la respiration difficile, la voix éteinte. (Calomel avec de petites doses de tartre stibié; vésicatoire sur le sternum.) — Le docteur Kinloch n'ayant pas pu se procurer le couteau spécial de M. Gordon-Buck, se servit d'une lancette ordinaire, recourbée convenablement à la lampe d'émailleur et fixée à une baleine de six à huit pouces de long ; la pointe de la lame fut émoussée. Les lèvres de l'orifice supérieur du larynx et l'épiglotte, en avant et en arrière, furent légèrement scarifiées en plusieurs points. Il y eut un peu d'hémorrhagie et des accidents spasmodiques pendant quelques instants; mais bientôt le malade se déclara très soulagé. Le soir, l'amélioration se maintint. Mais le lendemain, mêmes accidents que la veille; ils cédèrent aux scarifications, et la guérison ne se fit pas attendre (Kinloch) (1).

(1) The Charleston med. journ. and review, juillet 1851. — L'Union médicale, 1851, p. 539.

Dans le cas suivant (1), il a fallu recourir à la bronchotomie; néanmoins, les scarifications ont procuré pendant vingt-quatre heures un soulagement très remarquable.

Un marin, âgé de trente-quatre ans, dont la voix, déjà depuis trois ans environ, était moins sonore que dans l'état normal, s'exposa, dans le mois de novembre, à l'humidité froide; peu de temps après survint une laryngite œdémateuse sus-glottique parfaitement caractérisée. Le doigt constata la tuméfaction de l'épiglotte et des replis aryténo-épiglottiques. L'orthopnée était voisine de l'asphyxie; de violents accès de suffocation avaient eu lieu.

Avant d'ouvrir la trachée-artère, M. Dupuy voulut tenter les scarifications. N'ayant à sa disposition aucun des instruments spéciaux proposés dans ces derniers temps, cet habile praticien en construisit immédiatement un avec un bistouri étroit et une sonde en gomme élastique. Enlevant la moitié du cylindre de la sonde jusqu'à trois centimètres environ de son extrémité, il plaça le bistouri dans cette demi-gaîne, le tranchant tourné vers la sonde et la pointe cachée dans la portion où le cylindre complet avait été conservé. Il avait ainsi un instrument dont la pointe, entièrement cachée , pouvait glisser sur le dos de la langue, guidé par l'extrémité de l'index , sans léser ni le malade ni l'opérateur. Une fois l'extrémité de la sonde arrivée sur les points qu'il fallait scarifier, l'instrument étant maintenu comme une plume à écrire, l'index et le médius appuyés sur la demi-gaîne en gomme élastique, et le pouce sur le dos de la châsse du bistouri , il était facile de faire glisser ce dernier de façon que la pointe dépassât l'extrémité de la gaîne de I 0 à \ 5 millimètres.

Ce fut à l'aide de-cet instrument que M. Dupuy pratiqua deux scarifications sur les bourrelets; il en fit immédiatement trois autres avec le pharyngotome de J.-L. Petit à lame cachée dans une gaîne d'argent, instrument que l'auteur dit préférer de beaucoup au simple bistouri et qu'il croit même parfait pour les scarifications laryngiennes. I — Chaque scarification fut suivie de suffocation, de mouvements convulsifs tels qu'il fut impossible de continuer l'opération sans retirer l'instrument. Chaque fois, le malade rendit des crachats de sang assez abondants, — Trois ou quatre minutes après la dernière scarification, la respiration était déjà plus libre. Avant les scarifications, une saignée de 500 grammes avait été pratiquée. Une demi -heure après l'opération, et lorsque déjà l'inspiration était bien plus facile, on administra un vomitif. (Tartre stibié, 4 0 centigrammes; poudre d'ipécacuanha, \ gramme; eau, \ bouteille.) Les vomissements furent abondants: du sang, de la bile et des matières glaireuses furent rejetés avec le

(1) Journal de médecine de Bordeaux, IX# année, décembre 4851, — Bulletin de thérapeutique, t. XLII, p. 464.

liquide ingéré. — Trois heures et demie environ après les scarifications, c'est-à-dire vers quatre heures du soir, M. Dupuy est surpris de l'amélioration que présente le malade ; il est couché sur le côté gauche, la tête un peu élevée ; l'inspiration ne produit plus qu'un rhoncus peu prononcé dans le larynx ; elle n'est plus sifflante ; l'anxiété a disparu ; mais la voix est toujours éteinte et la douleur vive. (20 sangsues aux angles de la mâchoire; large vésicatoire au-devant du sternum.) — A onze heures de la nuit, le même calme existe ; le malade est endormi, toujours couché sur le côté gauche, presque hor zontalement; un seul oreiller lui soutient la tête. La respiration n est plus bruyante, le murmure vésiculaire a reparu, la voix reste presque éteinte, le pouls est fort (1 1 6-120) , la peau très chaude. — Le lendemain matin à huit heures, à peu près même état. (Vésicatoire à la nuque.)— Mais h midi, la respiration devient plus gênée. On applique des sinapismes; cependant, la gêne de la respiration augmente, l'inspiration surtout redevient difficile et sifflante. — A trois heures , les symptômes présentent presque autant d'intensité que le jour précédent, au moment où l'on se décida à pratiquer les scarifications. (20 sangsues sur les parties latérales du cou ; potion émétique; sinapismes aux membres inférieurs.) — Nonobstant, l'asphyxie devient imminente vers six heures. — Alors M. Dupuy pratique la bronchotomie. — Guérison.

« Il est inutile, ajoute l'auteur, d'insister sur les effets favorables qu'eurent les scarifications. Pendant vingt-quatre heures les accidents cessèrent. — Fallait-il recourir à de nouvelles scarifications? Le malade s'y opposait ; craignant d'augmenter l'inflammation par de trop nombreuses incisions , je n'osai pas trop insister. »

Page 1