‹ Traité de l'angine laryngée oedémateuseChapitre 117 sur 150 · IV. — Opinions des auteurs · texte numérisé non relu

IV. — Opinions des auteurs

Nous avons déjà cité plusieurs auteurs qui ont employé les scarifications ou le déchirement des bourrelets ; nous ajouterons que MM. Bouillaud , Fleury, Delasiauve et Valleix sont d'avis de recourir à ce mode de traitement.

D'un autre côté, MM. Trousseau et Requin craignent que, pour quelques cas dans lesquels un semblable moyen aura pu être utile, il n'y en ait un beaucoup plus grand nombre dans lesquels il sera nuisible. — Il vaut mieux, dit M. Vidal, de Cassis, ouvrir le larynx ou la trachée que d'aller scarifier les lèvres de la glotte par la bouche, ce qui n'est pas rationnel et ce qui ne peut être exécuté méthodiquement. ~— Suivant M. Ryland, les scarifications , ainsi que la compression, sont deux ressources imaginaires, fort difficiles,

PONCTIONS ET INCISIONS DE fer ARRIÈRE-BOUCHE. 325

disons impossibles à appliquer et qui seraient plus propres à accroître qu'à diminuer le mal existant.

Ainsi, parmi les auteurs, les uns sont plus favorables que d'autres à la méthode de traitement par les scarifications ou par la déchirure; l'un d'eux même la rejetle absolument. — Les détails nombreux dans lesquels nous sommes entré à cet égard , nous dispensent de discuter séparément chacune des diverses opinions que nous venons d'exposer.

Selon nous , par cette méthode de traitement , on se propose d'atteindre et l'on atteint parfois l'un ou l'autre de ces deux buts :

1° En cas de mort imminente par suffocation, rendre la respiration moins difficile et se donner le temps de recourir à la bronchotomie ou à la sonde laryngienne. Ici les scarifications ou la déchirure sont un moyen dilatoire.

2° Mais les scarifications ou la déchirure , tout en facilitant la respiration, constituent, dans quelques cas, un moyen réellement curatif, secondé qu'il est par l'emploi d'autres agents de traitement.

Inutile d'ajouter que les résultats de l'opération seront plus ou moins heureux , suivant la forme de la maladie. — Distinguer avec soin ces cas les uns des autres est un point important sur lequel nous appelons toute l'attention des praticiens.

§ V. — Ponctions, incisions pratiquées sur les parois de l'arrière-bouche.

Lorsque , chez un sujet atteint d'angine infiltro-laryngée , une plus ou moins grande étendue de la gorge est elle-même infiltrée de sérosité simple , de sérosité purulente ou de sang , ne serait-il pas utile de pratiquer sur cette région des ponctions ou des incisions ? Cette manœuvre, par une sorte de dérivation, ne contribuerait-elle pas au dégorgement du sommet du larynx ?

C'est à l'expérience ultérieure de nous éclairer à cet égard , car nous ne connaissons , pour le moment , qu'un seul cas où cette pratique ait été adoptée.

Il s'agit d'un homme affecté d'une maladie du cœur avec anasarque et angine œdémateuse. Toute l'arrière-bouche était tuméfiée, la luette était œdémateuse , le voile du palais offrait une convexité inférieure

qui lui donnait l'aspect d'une vessie distendue; ces parties étaient à peine rouges. — Une ponction dans le voile du palais fit couler une sérosité claire, mais sans aucun soulagement ; quelques heures après, on fit une nouvelle ponction: — trois heures après, la tuméfaction du gosier était augmentée ; — et bientôt les accidents de l'angine œdémateuse exigèrent la bronchotomie, qui échoua. (Jackson.)

Cette observation n'est certes pas favorable à l'opération dont il est question ; mais la maladie était excessivement grave par sa nature complexe et surtout par l'extrême rapidité de sa marche.

Le docteur Busk, au rapport de M. Gordon-Buck, aurait signalé deux cas d'angine laryngée œdémateuse traités avec succès au moyen d'un grand nombre de petites piqûres pratiquées sur le dos de la langue, sur la luette et le pharynx, avec un bistouri étroit, et répétées toutes les demi-heures, pendant deux ou trois heures. — Mais nous ignorons si les parties ponctionnées étaient ou non œdémateuses.

§ VI. — Incisions pratiquées sur le cou.

Chez les malades atteints d'angine laryngée œdémateuse , le cou est souvent le siège d'une infiltration , parfois considérable, de sérosité simple ou de sérosité purulente. — Cette infiltration précède ordinairement celle du larynx et paraît même contribuer à son développement. — N'est-il pas dès lors assez probable que des incisions faites à la peau et au tissu cellulaire sous-cutané du cou seront de quelque efficacité pour dégager le sommet du larynx ? Citons quelques faits :

Deux malades qui probablement étaient affectés d'angine laryngée œdémateuse, et dont nous avons rapporté les observations dans la partie historique de ce traité (§ n, Lanfranc. — Benivenius), ont guéri après les incisions dont nous parlons.

Nous trouvons, en outre , dans le Journal de Vandermonde (1), une observation fort intéressante du docteur Houdry, et qui, à notre avis, se rapporte presque certainement à notre angine laryngée œdémateuse.

Un marinier, après un travail forcé pendant toute une nuit sur la rivière et suivi de refroidissement, fut atteint d'une angine œdémateuse,

(1) T. LXI, p. 483 (1784).

Page 1