‹ Traité de l'angine laryngée oedémateuseChapitre 133 sur 150 · DESCRIPTION GÉNÉRALE DE L'AFFECTION. M · texte numérisé non relu

DESCRIPTION GÉNÉRALE DE L'AFFECTION. M

Ea général , le malade resle assis sur son lit; — la face très souvent d'une pâleur plombée et terne, les lèvres seules étant violacées ; l'expression est celle de l'inquiétude et de l'anxiété ; — la fièvre manque, ou existe à des degrés très variables; — les facultés intellectuelles sont intactes; — le sommeil est difficile, interrompu par le besoin de respirer, souvent même il est tout à fait impossible.

d. — Marche. — La dyspnée , qui constitue le caractère domi nant de l'affection, est tantôt continue, tantôt avec accès ou paroxysmes de suffocation. — Cette dernière forme a été positivement constatée dans les 3/5es environ des cas; tandis que la forme continue ne nous a paru exister que dans les 2/5e8 des cas. — Les paroxysmes de suffocation, variables dans leur intensité, dans leur durée et leur nombre, — reviennent principalement Je soir et la nuit ; — dans leurs intervalles, on observe constamment quelques troubles, au moins du côté du larynx.

e. — La durée est très variable : — de quelques minutes, — de plusieurs jours, — et même de plusieurs semaines; — elle est en moyenne de k jours environ dans les cas de mort sans bronchotomie.

f. — La maladie se termine le plus ordinairement par la mort ; tantôt après une suffocation continue et rapidement croissante; tantôt pendant un violent accès de suffocation ; — mais d'autres fois aussi dans un état de calme et d'apparente amélioration. — Assez souvent elle est inopinée et presque subite.

g — Considérée à la fois dans sa marche et dans sa durée , la maladie présente trois variétés principales :

— Tantôt, ce qui est rare, elle est en quelque sorte foudroyante. — Alors, sans prodromes bien notables, on voit tout à coup survenir une dyspnée ex.trême avec les caractères que nous lui avons assignés, — et la mort arrive quelques minutes après l'invasion du mal.

— Dans sa forme aiguë, la maladie , dont le début est brusque, d'autres fois graduel, présente bientôt l'ensemble de ses symptômes; — la dyspnée est rapidement croissante, souvent avec paroxysmes plus ou moins nombreux de suffocation ; — et la durée de l'affection est de un à quelques jours.

— Enfin, dans sa forme sub-aiguë et presque chronique, si bien décrite par Bayle, l'affection ne se déclare d'abord que par un sentiment de malaise dans le larynx ; les malades cherchent à s'en

débarrasser en faisant une forte expiration ; la voix est un peu rauque ; il n'y a point de fièvre , et la santé paraît assez bonne. — Cependant, après deux, trois ou quatre jours, la maladie augmente ; les efforts pour débarrasser le larynx se multiplient ; la voix devient plus rauque, s'éteint quelquefois, et il y a même par instants un peu de gêne en respirant, puis cette gêne devient habituelle. — Bientôt arrive un premier accès de suffocation, après lequel la respiration redevient ce qu'elle était auparavant, ou reste un peu plus gênée. — Après un, deux... et parfois sept ou huit jours, survient un second accès. — Puis ces accès, qui ont lieu surtout pendant la nuit, se rapprochent, deviennent plus intenses, et dans leurs intervalles la gêne de la respiration est toujours plus marquée. — Enfin, au bout d'un temps variable, parfois de plusieurs semaines, le malade succombe au milieu d'un accès, ou dans un état de calme et d'apparente amélioration.

IY. — Le diagnostic de l'angine infiltro-laryngée doit en général être fondé à la fois sur l'étude des circonstances diverses qui ont présidé à son développement, sans oublier l'âge du sujet, — sur son mode d'invasion, — sur sa marche, — sur les troubles fonctionnels qu'elle détermine, — sur l'inspection de l'arrière-bouche — et parfois du sommet de l'épiglotte, — et principalement sur le toucher du sommet du larynx. Ce dernier mode d'exploration fournit en effet le signe pathognomonique de l'affection , le seul qu'elle pré sente.

Il est important de chercher à s'assurer si l'œdème a envahi Yintérieur du larynx ; — or, on peut , dans certains cas , établir avec presque certitude ce point de diagnostic.

Y. — La mortalité de l'angine infiltro-laryngée, considérée d'une manière générale, est des 3/4 environ.

Elle n'est que 1/2 si les sujets étaient en pleine santé au moment de l'invasion de l'infiltration laryngée ; — tandis qu'elle s'élève aux 5/6es environ s'ils étaient convalescents ou déjà malades lorsque l'infiltration a débuté.

C'est de 10 à 30 ans que la mortalité atteint son maximum : gy9es — De 50 à 70 ans, elle est des 5/6es; — et c'est de 30 à 50 ans qu'elle est la moins considérable , étant alors représentée par 1/2.

DESCRIPTION GÉNÉRALE DL L'AFFECTION. &2i Chez Vliomme, elle est des U/5es environ, — tandis qu'elle n'est

plus que des 3/5es environ chez la femme.

Parmi les symptômes les plus fâcheux , nous devons signaler la

difficulté de X expiration. — Enfin , la présence de l'œdème dans

Y intérieur même du larynx aggrave singulièrement le pronostic de

la maladie.

VI. — Quant à sa nature , l'infiltration aryléno-épiglottique est le plus ordinairement inflammatoire , c'est-à-dire ayant son point de départ dans une inflammation aiguë, sub-aiguë ou chronique du larynx, de la gorge ou des tissus voisins. — Très rarement l'œdème laryngé est simple et indépendant de toute phlegmasic locale. — Assez souvent la nature de la maladie est mixte , c'est-à-dire que deux éléments se combinent pour la produire : c'est une phlegmasie locale; c'est aussi la cause qui a donné lieu à l'anasarque, à la diathèse séreuse. -- .Mais que l'angine infiltro-laryngée soit ou non inflammatoire, le spasme de la glotte joue un rôle qui n'est pas sans importance.

VU. — Le traitement doit être appliqué sans relard, avec l'espérance, s'il est employé dès le début de l'affection, de la voir avorter rapidement. Bayle, — Laënnec, — MM. Serres, — Bouillaud, — Cruveilhier, — Legroux, — Peyraud, ont observé des cas de ce genre ; nous en avons nous-même cité un exemple. — Des évacuations sanguines répétées coup sur coup, des vomitifs et des purgatifs énergiques, ont constitué parfois ce traitement essentiellemem^v/^r^/e?// .

Les agents varieront suivant le point de départ et la nature de l'infiltration laryngée.

Il conviendra de ne pas se fier à l'un d'eux seulement.

Le plus ordinairement ils devront être employés simultanément ou coup sur coup.

On se tiendra en garde contre les rémissions insidieuses de l'affection.

En général, il conviendra d'attaquer directement, ou le plus directement possible, l'infiltration des replis aryténo-épigloltiques, — et aussi le plus tôt possible, — après avoir néanmoins préparé, s'il y a lieu, l'action des moyens directs par celle des moyens indirects. — Ces derniers doivent, en général, être considérés comme préparateurs et adjuvants des premiers.

a. — Parmi les moyens indirects, les évacuations sanguines ont certainement une grande importance ; — et cependant, même Clans les cas où elles sont formellement indiquées, elles sont insuffisantes, en sorte qu'on ne doit pas compter sur elles seules pour sauver le malade.

Un large vésicatoire placé sur le cou est, de tous les agents propres à combattre celte affection , le seul qui ne doive presque jamais être omis; — étant presque un moyen direct, il est en outre d'un usage prompt et facile.

Les vomitifs ont de Futilité ; — malheureusement plusieurs circonstances en contre-indiquent souvent l'emploi.

Les purgatifs sont fort utiles, — et nous fondons un grand espoir sur l'usage de Vhuile de croton tiglium à l'intérieur.

Les mercuriaux, comme altérants, sont appelés, croyons-nous, à rendre de grands services.

Parmi les autres moyens indirects : les uns ( sinapismes, vésicatoires aux extrémités, sialagogues, expectorants, narcotiques) ne peuvent être considérés que comme de simples auxiliaires ; — les autres (sulfate de quinine, antisyphilitiques) sont applicables seulement à certains cas particuliers. —Nous sommes entré à leur égard dans de suffisants détails.

b. — Mais c'est surtout en multipliant et en perfectionnant les moyens d'agir directement sur les replis infiltrés, qu'on peut concevoir le légitime espoir de diminuer de beaucoup l'énorme mortalité de la maladie.

Parmi ces agents, Y alun en poudre et Y azotate d'argent ne seront pas négligés.

Les scarifications des bourrelets sont très efficaces, — pourvu du moins qu'on ait égard au point de départ et à la nature de l'infiltration.

La compression employée seule ne peut que rarement servir.

11 sera parfois utile de pratiquer des ponctions, des scarifications sur les diverses parties de la gorge atteintes aussi d'oedème.

Il conviendra parfois aussi de pratiquer des scarifications, des incisions sur le cou tuméfié.

Quant à la pharyngotomie ou bronchotomie sus-hyoïdienne, elle ne peut guère être utile dans cette maladie

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