‹ Traité de l'angine laryngée oedémateuseChapitre 135 sur 150 · PREMIÈRE VARIÉTÉ · texte numérisé non relu

PREMIÈRE VARIÉTÉ

Infiltration aryténo-épiglotlique subordonnée à une inflammation aiguë et simple de la gorge.

L'inflammation simple et commune de la gorge est une des causes les plus fréquentes de l'infiltration aryténo-épiglotlique. — Nous en avons réuni 56 cas.

Causes. — Fort rare chez les enfants, cette variété se montre surtout de 20 à 50 ans. — Les 2/3 des sujets appartiennent au sexe masculin. — Les 3/4 environ d'entre eux exercent des professions non sédentaires. — Le refroidissement joue ici un grand rôle. — Parfois l'affection semble revêtir le caractère épidémique. — L'inflammation gutturale, point de départ de l'infiltration, est beaucoup plus souvent (36 fois sur 46) légère ou de moyenne intensité, que très intense (10 fois sur 46).

Au reste, Y état antécédent modifie notablement quelques uns des résultats précédents :

Lorsque l'inflammation de la gorge, bientôt suivie d'infiltration

laryngée, atteint des sujets bien portants (31 cas), elle épargne enfants et sévit surtout de 20 à 50 ans; — presque également sur les individus des deux sexes (18 fois chez l'homme, 13 fois chez la femme) ; — plus souvent dans le semestre d'été (13 fois) que dans le semestre d'hiver (9 fois).

Mais lorsque l'inflammation gutturale survient pendant la convalescence ou dans le cours de maladies diverses, d'ailleurs étrangères au larynx (25 cas), elle atteint quelquefois les enfants (2 cas) ;

— c'est surtout de 20 à U0 ans qu'elle est signalée. — Beaucoup plus souvent chez l'homme (18 fois) que chez la femme (5 fois).

— Plus fréquemment dans le semestre d'hiver (13 fois) que dans le semestre d'été (5 fois).

Les maladies dans le cours ou pendant la convalescence desquelles elle se montre, sont très variées, et plusieurs d'entre elles ne sont pas étrangères à son développement.

Caractères anatomiques. — Les bourrelets aryténo-épiglol tiques sont ordinairement colorés en rose vif ou en rouge plus ou moins foncé; quelquefois cependant ils sont décolorés ou jaunâtres, et même verdâtres.

Le liquide infiltré est variable, suivant l'époque de la maladie à laquelle la mort a lieu. — Si le malade succombe en quelques heures, c'est de la sérosité ; — c'est de la matière purulente parfois réunie en foyers, si la mort survient tardivement; — en général on trouve de la sérosité gélatiniforme, de la sérosité purulente, ou de la lymphe plastique seule ou avec des gouttelettes disséminées de pus.

Malgré les incisions suivies de pressions réitérées, Yécoulemen' du liquide est, en général, nul ou presque nul, — à moins cependant que le pus ne se soit réuni en foyers, ce qui est rare.

L'œdème intra-laryngê existe très rarement; — il n'a été noté que dans le l/7e des cas; — et des trois sujets qui l'ont présenté, deux étaient en diathèse séreuse. — Il n'a point encore été signalé chez les sujets auparavant bien portants.

Vœdème de V arrière -bouche est également indiqué dans le l/7e des cas.

Vœdème de la trachée n'a pas été observé une seule fois. Les poumons sont assez fréquemment le siège d'une congestion sanguine très marquée. — Le cœur renferme quelquefois des con-

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crélions sanguines qui paraissent s'être formées avant ia mort, mais après l'invasion de l'angine œdémateuse. — Le cerveau présente fréquemment une congestion sanguine et séreuse notable; parfois elle est considérable.

Symptomatologie. — Dans toute angine gutturale simple , on devra redouter l'invasion de l'œdème laryngé, mais surtout dans certaines circonstances que nous signalerons plus bas. — L'œdème de la luette, du voile du palais et des amygdales, est parfois alors un phénomène précurseur de celui du larynx.

Assez souvent Y invasion est brusque et annoncée par les symptômes les plus graves. — Souvent cependant elle est graduelle quoique rapide, et marquée par de la difficulté dans l'inspiration, et surtout par V altération de la voix, qui devient un peu rauque ou légèrement voilée.

Puis bientôt apparaissent presque coup sur coup ou simultanément tous les symptômes caractéristiques de l'affection. — Il y a de la fièvre, et souvent elle est fort intense.

La marche par accès a lieu dans un peu plus de la moilé des cas. — Dans l'intervalle des accès, la respiration reste très notablement gênée. — Il est à remarquer que la marche par accès est beaucoup plus fréquente lorsque l'angine gutturale surprend des sujets en pleine santé que dans le cas où elle survient chez des individus déjà malades.

La maladie marche en général avec une très grande rapidité. — Lorsqu'elle se termine par la mort, sans qu'on ait employé la bronchotomie, sa durée est parfois de quelques minutes ou de quelques heures. — Dans un peu moins des 2/3 des cas, elle est moins de vingt-quatre heures, et presque toujours de quarante-huit heures au plus.

Parmi les épiphénomènes de cette variété de l'affection, nous signalons la* congestion cérébrale et la formation de concrétions sanguines dans le cœur.

Diagnostic. — Les affections diverses qu'il faut s'attacher à distinguer ici sont surtout : l'épiglottite œdémateuse aiguë, —la laryngite érythémateuse grave ; — le croup ; — l'angine gutturale œdémateuse ; — certaines variétés d'amygdalite , — et les abcès opisthopharyngiens.

Pronostic. — La guérison a lieu dans les 3/5" des cas, y compris ceux où l'on a pratiqué la bronchotomie.

Mais [[état antécédent des sujets modifie très notablement ici le pronostic: lorsque l'angine gutturale atteint des individus bien portants, l'infiltration laryngée se termine par la guérison dans la 1/2 des cas; et même la guérison s'élève aux 3/4 lorsque la phlegraasie de la gorge est légère ou peu intense. — Mais si l'inflammation de la gorge survient pendant la convalescence ou dans le cours de maladies diverses et étrangères au larynx , la guérison n'est plus que de \jk environ.

Traitement. — A. — Si l'angine infiltro-laryngée est subordonnée à une inflammation intense de la gorge chez un adulte de bonne constitution et auparavant en pleine santé :

On commence par une large saignée du bras, bientôt suivie d'une application de sangsues au cou; la quantité de sang obtenue doit être, autant que possible, en rapport avec les forces du malade, avec l'intensité de la fièvre , etc. — Il est presque toujours utile de répéter ces émissions sanguines ; — mais on doit se garder de croire que , réitérées coup sur coup, elles puissent à elles seules triompher de la maladie.

Après les émissions sanguines, on prescrit le vomitif.

11 est bientôt suivi de l'administration de Y huile de croton ti~ glium à l'intérieur et par la voie supérieure.

Puis, avant même que l'effet purgatif de ce médicament soit terminé , on couvre les régions antérieure et latérales du cou d'un long et large vésicatoire.

Il est d'autant plus nécessaire d'insister fortement sur l'emploi combiné des émissions sanguines, du vomitif, du purgatif violent, et du vésicatoire, que les moyens directs ne peuvent guère être mis en usage dans cette sous-variété de la maladie.

En effet, l'inflammation de la gorge étant, comme nous le supposons, très intense, ce n'est guère ici le lieu de recourir aux insufflations d'alun, à Y azotate d'argent, à la déchirure et aux scarifications des bourrelets. — Cette dernière opération ne devrait être tentée que si l'on était en droit de soupçonner, vu la durée de l'affection, que des abcès se sont formés dans les replis.

Les préparations mercurielles , comme altérantes , seront peut-

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être utiles, et l'on pourra y recourir, mais sans compter beaucoup sur leur efficacité, parce que, pour opérer, elles exigent un temps généralement plus long que celui que donne celte variété de la maladie, dont la marche est constamment très rapide.

Les sinapismes , les vésicatoires aux extrémités inférieures, les bains de pieds sinapisés seront utiles.

Si, malgré le traitement, la maladie fait des progrès, sans chercher à entretenir la respiration à l'aide de la sonde laryngienne, — on recourt à la bronckotomie.

B. — Si l'inflammation de la gorge est légère, affectant d'ailleurs comme précédemment un individu en bonne santé , la saignée du bras est moins nécessaire; on se contente parfois d'une ou de plusieurs applications de sangsues au cou ; — puis on prescrit le vomitif, — Y huile de croton à l'intérieur, — et le vésicatoire sur le cou. — Les mercuriaux seront très probablement utiles. — On recourt en outre à Y alun en poudre, ou peut-être à Y azotate d'argent, — et l'on pratique des scarifications aux bourrelets.

Si la maladie fait des progrès, on pratique la bronchotomie. — Rappelons que cette opération réussit dans les 7/1 0es des cas, lorsque l'infiltration aryténo-épiglottique dépend d'une inflammation aiguë et simple de la gorge chez des individus auparavant bien portants, et que même elle réussit 6 fois sur 7 lorsque celte inflammation gutturale est légère. — Suivant l'âge du sujet, on pratique la crico-trachéotomie ou bien la trachéotomie sous-cri coïdienne.

G. — Enfin, si l'angine infiltro-laryngée subordonnée à Yinflammation gutturale simple survient chez un individu auparavant convalescent ou déjà malade, le traitement est institué en raison combinée de l'inflammation aiguë, point de départ de l'infiltration du larynx, et aussi de la maladie antécédente.

Traitement préservatif . — Nous avons cité 56 cas d'infiltration aryténo-épiglottique liée à une phlegmasie aiguë et simple de la gorge, — Ce chiffre, peu élevé si nous avons égard à l'extrême fréquence de l'angine gutturale, nous signale cependant toute l'importance que nous devons attacher, non seulement à prévenir cette phlegmasie, mais encore à la combattre, ou au moins à la surveiller avec le plus grand soin , lorsqu'elle s'est déjà développée. — Et ce

hU) RÉSUMÉ.

que nous disons ici s'applique aussi bien à l'angine gutturale légère ou de moyenne intensité qu'à l'angine gutturale intense; — aussi bien à celle qui survient chez des sujets convalescents ou déjà malades qu'à celle qui surprend des individus bien portants.

Mais il est diverses circonstances qui doivent plus particulièrement alors nous tenir en éveil sur l'invasion prochaine et plus ou moins imminente de l'infiltration aryténo-épiglottique. Signalons l'angine gutturale survenant dans le cours d'un érysipèle de la face; — pendant la durée d'une laryngite chronique; — et surtout chez un sujet atteint d'anasarquc ou de diathèse séreuse. — Notons aussi l'angine gutturale avec inflammation de la base de la langue; — surtout si elle s'accompagne d'une tuméfaction considérable des régions sous-maxillaires; — ou si la gorge enflammée offre un aspect œdémateux.

Au déclin comme aussi pendant la convalescence de l'angine gutturale, des précautions seront prises pour éviter une recrudescence ou une rechute de la phlegmasie.

Disons enfin que l'angine gutturale épidérnîque a parfois une remarquable tendance à se compliquer d'infiltration laryngée; on s'attachera donc, le caractère de l'épidémie une fois reconnu , à meure le sujet à l'abri des causes de la phlegmasie gutturale, et aussi à la combattre avec autant de promptitude que d'énergie.

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