‹ Traité de l'angine laryngée oedémateuseChapitre 138 sur 150 · QUATRIÈME VARIÉTÉ · texte numérisé non relu

QUATRIÈME VARIÉTÉ

Infiltration aryténo-épiglottique consécutive à une laryngite nécrosique aiguë, pendant la convalescence d'une fièvre typhoïde.

Celte forme est une des plus remarquables de la maladie. — Nous en avons réuni tÛ cas.

Ils appartiennent tous au sexe masculin. — Les sujets sont jeunes ou adultes, ceux dont Y âge est formulé ont de 18 à 27 ans. — Parmi ces malades, nous trouvons 6 soldats. — Six observations sont recueillies pendant le semestre d'hiver et trois seulement pendant le semestre d'été. — Chez les douze sujets, l'infiltration laryngée survient pendant la convalescence de la fièvre typhoïde, et à une époque variable de celte convalescence, quelquefois au commencement, mais d'autres fois aussi lorsqu'elle est très avancée.

Le larynx est le siège de graves lésions : en effet, il présente non seulement l'infiltration des replis aryléno-épiglottiques, — mais encore une nécrose plus ou moins avancée, d'étendue variable, affectant surtout le chaton du cartilage cricoïde ; — on trouve ordinairement aussi un abcès qui recouvre la portion nécrosée et fait saillie dans la cavité du larynx. — Le liquide infiltré dans les replis est de la sérosité simple ou purulente, quelquefois de la matière purulente. — Vœdème de V arrière-bouche n'a été signalé ni avant ni après la mort, chez aucun des sujets dont nous parlons ici. — Au contraire, Vœdème intra-laryngé se montre fréquemment : sur 7 cas, en effet, il a existé 5 fois (dans les deux autres cas il n'en a pas été fait mention). — Et même, sur un sujet, l'œdème s'était étendu non seulement à l'intérieur du larynx, mais encore à la trachée-artère et jusqu'aux trois premiers ordres des bronches.

Comme nous venons de le voir, on ne peut nullement compter ici sur la présence de l'œdème de i'arrière-bouche pour -prévoir l'invasion prochaine de l'œdème aryléno-épiglottique ; si du moins le malade n'est pas atteint d'anasarque.

Les phénomènes d'invasion de l'infiltration se confondent en grande partie avec plusieurs des symptômes de la laryngite nécrosique elle-même : un convalescent de fièvre typhoïde éprouve un peu de faiblesse , puis un peu d'enrouement dans la voix ; — une petite toux sèche, un peu rauque, plus ou moins fréquente, et déterminant une sensation douloureuse au larynx; — il éprouve aussi, dans la respiration, un peu de gêne continue ou par intervalles, — et l'inspiration est parfois déjà plus difficile que l'expiration ; — il a la sensation, encore peu marquée, d'un corps étranger dans l'arrière-gorge, gênant la respiration, quelquefois sans gêner la déglutition.

Ces phénomènes durent pendant un temps variable, quelquefois assez long; — puis se montrent les symptômes et les signes caractéristiques de l'infiltration aryténo-épiglottique. — Disons cependant que parfois il n'existe pas de contraste frappant entre la difficulté de l'inspiration et la facilité de l'expiration; celle-ci étant quelquefois gênée soit par l'œdème intra-laryngé, soit aussi par la saillie d'un abcès ou d'un séquestre dans l'intérieur du larynx, etc.

Dans sa marche, l'affection présente presque constamment des accès de suffocation. — Sur 8 cas, ils ont été notés 7 fois; 1 fois seulement la dyspnée nous a paru continue et rapidement croissante.

La durée est variable : en général assez longue, mais quelquefois très courte. — Ainsi, dans 8 cas de mort sans broncholomie, elle a été de quelques heures seulement ; — de 2U heures ; — de 7, 11, 17 et 20 jours environ ; — une fois elle a été courte, et une autre fois de plusieurs jours, sans désignation plus précise.

Le pronostic est on ne peut plus fâcheux, puisque tous les malades ont succombé malgré la bronchotomie pratiquée 3 fois. — L'état de faiblesse des sujets , la nature même de la maladie dont ils étaient convalescents, la nécrose du larynx, la présence d'un abcès, celle aussi de l'œdème dans l'intérieur même du larynx,... expliquent facilement la haute gravité de cette variété de la maladie.

variétés de l'affection. 635

On conçoit toutes les difficultés que l'on rencontre ici dans le traitement. En effet , plusieurs des moyens que nous considérons comme les plus propres à combattre l'infiltration ary-épiglotlique en général sont alors formellement contre-indiqués ; — et ajoutons que la nécrose du larynx entretient l'œdème qu'elle a occasionné.

Aussi croyons-nous que, cette variété d'angine infillro-laryngée une fois positivement constatée ou même seulement assez nettement reconnue, il convient de recourir immédiatement à la bronchotomie . sans attendre qu'une suffocation prolongée ou répétée ait encore affaibli le malade. — La trachéotomie est ici préférable à la crico-trachéotomie, car on ménage ainsi l'anneau antérieur du cricoïde, dont le chaton est presque toujours nécrosé. — Mais alors il sera utile d'inciser les premiers anneaux de la trachée (trachéotomie sous-cricoïdienne), ce qui permettra d'agir ultérieurement et plus efficacement sur la nécrose du larynx.

Quant à la sonde laryngienne , elle est conlre-indiquée , — à moins cependant que, la suffocation étant imminente, la broncholomie ne soit en même temps impraticable.

Si cependant on se décide à essayer de combattre celte variété de l'affection , il faudra presque constamment éviter l'emploi des émissions sanguines, — ainsi que le vomitif, — et surtout Y huile de croton tiglium, vu l'état du tube digestif. — Les mercuriaux , comme altérants ou comme sialagogues , nous paraissent ici nuisibles. — Restera donc , parmi les moyens indirects , le vésicatoire sur le cou, et encore aura-t-il peut-être quelques graves inconvénients, en raison de l'état humoral du malade.

Les insufflations d'alun, — Yazotate d'argent, — les scarifications des bourrelets, rendront peut-être alors quelques services.

Le traitement préservatif consiste , comme on le pense bien , à prévenir et à combattre la laryngite nécrosique. — Ce n'est point ici le lieu d'insister sur ce point important de thérapeutique ; — disons seulement que chez un sujet atteint ou convalescent de fièvre typhoïde on doit éviter autant que possible tout ce qui peut irriter le larynx et par conséquent attirer et fixer sur cet organe les éléments purulent et nécrosique qui font en quelque sorte partie de la maladie générale. — Et, par exemple, la toux, qui fatigue certains malades, sera combattue par des moyens différents, suivant les

causes qui l'excitent. — D'autres malades se livrent pendant la durée de la fièvre typhoïde à des cris violents et prolongés qui peuvent avoir, au point de vue de la laryngite nécrosique, de graves conséquences; on s'attachera donc, et en particulier, à combattre ce phénomène ataxique...

Une fois arrivé à la convalescence, il sera très important d'éviter toutes les causes connues de laryngite, par exemple, les efforts de la voix: rappelons cet étudiant en médecine qui fut atteint de laryngite nécrosique, puis d'oedème laryngé, après s'être livré à des efforts de chant et de déclamation pendant la convalescence d'une fièvre typhoïde. — Le refroidissement du corps, et surtout du cou et des pieds , nous a paru avoir plusieurs fois ici joué un rôle important : une grande surveillance sera donc nécessaire sous ce rapport.

Et maintenant, qu'on reconnaisse ou même qu'on soupçonne la présence d'une laryngite nécrosique , il faudra , pour prévenir le développement de l'infiltration laryngée, combattre activement celte laryngite, déjà si redoutable par elle-même. — Sans insister non plus sur ce point, qui n'appartient qu'indirectement à notre sujet, nous nous demandons s'il ne serait pas utile , entre autres moyens et dans cette grave circonstance , de placer sur les côtés du larynx deux cautères de petites dimensions.

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