HUITIÈME VARIÉTÉ
Œdème aryténo-épiglottique par extension au larynx de la diathèse séreuse.
Il est fort rare que l'œdème du larynx soit uniquement dû à l'extension à cet organe de la diathèse séreuse dont un malade est atteint. — Nous trouvons cependant cette variété d'infiltration laryngée chez deux enfants affectés d'anasarque scarlatineuse ; et peut-être s'est-elle présentée chez plusieurs autres sujets, ainsi que nous l'avons laissé entrevoir en faisant l'histoire des causes et de la nature de la maladie.
Bornons-nous cependant à la relation qui concerne les deux enfants dont nous venons de parler; elle nous servira de type.
Ils sont atteints d'anasarque scarlatineuse ; l'œdème occupe non seulement les membres et le tronc, mais aussi le cou, la face et les paupières; l'un et l'autre sont affectés d'ascite et d'œdème pulmonaire, et l'un d'eux d'hydrotliorax.
Or, on aurait pu prévoir ici l'invasion prochaine de l'œdème du larynx, en remarquant de l'œdème à la luette, au voile du palais, à la base de la langue. — Ajoutons que, chez un autre enfant at-
VARIÉTÉS DE L'AFFECTION. UU
leinl d'angine œdémateuse dans les mêmes circonstances, l'œdème avait envahi les parois même de la bouche. — Ainsi, l'œdème de l'arrière-bouche doit être considéré, dans cette forme de la maladie, comme un phénomène prodromique d'une haute importance.
Chez les deux sujets dont nous résumons ici l'histoire, l'œdème laryngé marche avec une très grande rapidité, puisque chez l'un il est mortel en 2 heures 1/2, et chez l'autre en 12 heures environ ; dans ce dernier cas, on observe des accès de suffocation.
Les lésions trouvées après la mort sont fort remarquables.
Et d'abord, pour ce qui concerne les organes autres que le larynx et l'arrière-bouche, nous trouvons une diathèse séreuse à son plus haut degré de développement. — Infiltration considérable du tissu cellulaire sous-cutané de tout le corps, et même, quoique à un moindre degré, du tissu cellulaire profond, sous-aponévrotique et inter-musculaire. — De l'eau, dans les ventricules du cerveau, dans la cavité de l'arachnoïde et la pie-mère, dans le péricarde, dans les plèvres et dans le péritoine; le liquide épanché est pur et transparent , et les membranes séreuses n'offrent pas la moindre trace d'inflammation. — Le cerveau, le cœur, ont un aspect très humide; les poumons sont œdémateux; — des brides celluleuses costo-pulmonaires sont également infiltrées ; — plusieurs glandes bronchiques offrent la même altération; — l'épiploon gastro-hépatique, très infiltré , se présente sous la forme d'une gelée transparente; — le tissu cellulaire du bassin est œdématié ; — la membrane muqueuse de tout le tube digestif est épaissie et infiltrée de sérosité.
L'arrière- bouche est atteinte d'œdème, la luette présente même le volume d'une petite' aveline ; et d'ailleurs sans aucune trace de phlegmasie.
Quant au larynx, l'épiglotle est œdématiée et très volumineuse; les replis aryténo-épiglottiques , volumineux, sont infiltrés d'une sérosité transparente et liquide qui s'écoule assez facilement à la simple section des tissus et sous une faible pression. — L'œdème a aussi envahi {'intérieur même du larynx ; il occupe chez l'un des deux sujets la partie située au-dessus des ventricules, par conséquent, entre autres parties, les cordes vocales supérieures; et chez l'autre tout l'intérieur du larynx ; l'infiltration porte surtout sur les cordes vocales inférieures , de là rétrécissement considérable de la
khk RÉSUMÉ.
glotte. — D'ailleurs, dans toutes ces parties, on ne trouve absolument aucune trace d'inflammation de la membrane muqueuse et du tissu cellulaire sous-jacent.
Dans le traitement de l'œdème laryngé par extension au larynx de la diathèse séreuse, les évacuations sanguines peuvent être utiles, eu égard à la cause de cette diathèse.
Le vomitif est ici d'une faible importance.
Vhuile de croton à l'intérieur est au contraire le principal et souvent le premier agent indirect à employer, à moins de contre-indication formelle , et dépendant de l'état morbide de l'intestin ou de la faiblesse du malade.
En même temps, on place un large vésicatoire sur le cou.
Les sialagogues , les diurétiques , les sudori figues sont parfois utiles, surtout si l'huile de croton ne peut être prescrite.
Les insufflations d'alun, et peut-être la cautérisation avec X azotate d'argent, mais surtout les scarifications des bourrelets, doivent être mises en usage.
Avant de recourir à la broncliotomie, il sera peut-être utile, si le sujet a dépassé l'enfance, de tenter l'introduction de la sonde laryngienne ; cet instrument serait employé sans hésitation aucune si la broncholomic était impossible et le danger imminent.
Dans le cas plus particulier d'œdème laryngé survenu chez un enfant atteint d'anasarque scarlatineuse , les émissions sanguines sont quelquefois indiquées par la forme aiguë et active de l'anasarque ; ce n'est cependant qu'avec circonspection qu'on doit recourir à ce moyen.
Vhuile de croton sera, croyons-nous, fort utile; — nous avons vu que les enfants en supportent facilement les effets ; pourvu du moins que les doses du médicament soient dans de justes proportions avec l'âge et les forces du sujet.
Après l'huile de croton, on appliquera un vésicatoire au cou ; — toutefois, ce moyen ayant des inconvénients chez un enfant dont le cou est œdématié, on ne l'emploiera guère que dans le cas où l'huile de croton n'aurait pas amené déjà une notable amélioration.
Les sialagogues, les diurétiques , certains sudori figues, seront sans doute utiles, surtout si l'huile de croton n'a pu être administrée. — Mais on évitera les bains de vapeur.
VARIÉTÉS DE §, 'AFFECTION. kk& Quant aux moyens directs, nous n'ajouterons rien à ce que nous
en avons dit précédemment.
La sonde laryngienne est d'un emploi très difficile, mais non pas
toujours impossible chez les enfants ; elle devrait être introduite si
la bronchotomie était décidément impossible.
Un malade est atteint d'anasarque , d'épanchements séreux par causes diverses; il faut, dans le but de prévenir l'apparition de l'œdème laryngé, se hâter de combattre la diathèse séreuse, surtout si de l'œdème a déjà envahi le voile du palais, la luette ou les parois de la bouche. — On doit en outre, et avec la plus scrupuleuse attention, éloigner du malade toutes les causes d'inflammation aiguë de la gorge ou du larynx, le froid surtout, et aussi certains médicaments irritants qui agiraient plus particulièrement sur la gorge et le pharynx. — En pareille circonstance, si l'on jugeait à propos d'administrer l'huile de crolon à l'intérieur, ou quelque autre substance irritante, il serait convenable d'employer certaines précautions dont nous avons parlé.
Supposons maintenant qu'une inflammation même légère ait envahi la gorge ou le larynx, on devra la considérer comme fort dangereuse, et chercher à la faire disparaître le plus promptement possible, en employant surtout les moyens qui combattent à la fois et cette phlegmasie intercurrente et la diathèse séreuse.