ARTICLE VI. — TRAITEMENT
si.
Si nous examinons, sous le rapport du traitement, les 29 observations que nous avons réunies, nous constatons les faits suivants :
Les praticiens anglais ont assez rarement employé les émissions sanguines, et encore ont- elles été chaque fois peu abondantes ; c'étaient quelques sangsues sur la région sus-sternale principalement. — Deux fois seulement ils ont eu recours à la saignée de la jugulaire ou à celle du bras.
Le vésicatoire n'a jamais été appliqué sur le cou ; — une fois il a été appliqué le long de l'épine pour combattre des phénomènes comateux ; — une autre fois entre les épaules pour combattre des accidents thoraciques.
Chez plusieurs sujets, on a eu recours à Xêmétique comme vomitif. — Suivant M. Jameson, il serait très utile.
A l'exception du calomélas, qui plusieurs fois a donné lieu à des selles fréquentes, les purgatifs ont été fort rarement employés.
Les calmants et les narcotiques ont été plusieurs fois administrés.
— Cheyne a conseillé de petites doses d'opium toutes les deux heures; — Stanley a ajouté une petite dose de teinture théba'ique à de l'huile d'amandes douces; — et W. Wallace a ajouté Y opium au calomélas.
C'est la médication mercurielle qui a été le plus fréquemment mise en usage ; — une seule fois on a employé la pommade en onctions; — et presque constamment c'est le calomélas qu'on a choisi ; il a été administré à petites et souvent à grandes doses répétées. — Ainsi, 1 grain de calomélas avec l/8e de grain d'émétique fut donné d'abord toutes les deux heures , puis toutes les quatre heures (Jameson). — D'autres fois, le calomel a été associé à la poudre de James, — Plus souvent encore, le calomel a été administré seul , à la dose de 2, 3 grains toutes les demi-heures ou toutes les heures.
Quant au traitement direct ou local , les seuls topiques dont on ait fait usage, et encore n'ont-ils guère été employés que par Yapothecaryou par la mère de l'enfant , ont consisté en de V huile pure,
— du beurre fondu, — un mélange d'huile et de sirop, — d'huile
et d'eau de chaux , — d'huile, de décoction de gruau et de teinture d'opium.
Le docteur Marshall-Hall a eu l'idée de recourir aux scarifications, mais elle n'a point été mise à exécution.
C'est principalement à la bronchotomie qu'on s'est adressé : — cette opération a été pratiquée 21 fois sur 29 malades. — C'est la trachée -artère qui a été ouverte ; et il nous paraît que très souvent on a enlevé un segment circulaire, abandonnant ensuite l'ouverture artificielle à elle-même, ou du moins sans faire usage d'une canule.
Après l'opération, on a employé quelquefois la saignée ou un petit nombre de sangsues; — plus souvent encore on s'est appliqué à relever les forces des opérés ( mixture camphrée , vin chaud trempé d'eau, bouillon de poulet, petit-lait, lait de la mère donné à la cuiller, arrow-root, etc. ; — chaleur du lit , de la chambre, bouteilles chaudes placées sous les bras, aux pieds). — En outre, on a eu recours à quelques médicaments, principalement au calomélas uni ou non à la poudre de James ou de Dower.
Quel a été le résultat de l'opération ? — Sur 21 trachéotomies, l'opération a échoué 15 fois (proportion : 3/U environ). Nous aurions pu nous attendre à un résultat moins malheureux, en remarquant que les enfants dont il est ici question étaient, à ce qu'il paraît, bien portants lorsque l'accident est arrivé; — à l'exception d'un seul sujet qui a succombé pendant l'opération, du sang s'élant introduit en abondance dans les canaux respirateurs ; — et en admettant que l'opération n'ait été pratiquée qu'au moment où la mort était imminente, lorsqu'elle a échoué elle a du moins notablement prolongé la vie des opérés. — En effet, sur 11 caâ, l'intervalle qui a séparé l'opération de la mort a été en moyenne de 36 heures environ,
— savoir :
De 12 et 13 heures 2 fois. De 39 et U3 heures 2 fois.
— 21 et 2ti heures 3 — — 3 jours i —
— 3k heures. 2 — j— 5 jours. 1 —
Dans un douzième cas , la mort n'est arrivée qu'à une distance assez considérable, par épuisement et marasme.
La sonde laryngienne a été employée une fois seulement, et dans les circonstances suivantes :
Un enfant de deux ans et demi était menacé de mort par suite de la
BRULURE DE ï/ARRIÈRE-BOUCHE. 463
brûlure de l'arrière-gorge. — La trachée fut ouverte, mais, à l'instant même, l'enfant cessa de respirer : on se hâta de faire l'excision d'un segment circulaire de la trachée, et la vie ne revenait point , le cœur avait cessé de battre. — Cependant on avait envoyé chercher une sonde. Dès qu'elle fut arrivée, M. Read , qui assistait l'opérateur, M. Tagert , la porta par la narine jusqu'à la glotte et insuffla une bouffée d'air. L'enfant respira immédiatement, expulsa par la toux une grande quantité de mucus sanguinolent, et revint complètement à la vie. — Malheureusement, ce ne fut pas pour longtemps; il mourut, le troisième jour après l'opération, d'une bronchite étendue avec des symptômes de pneumonie.
Nous nous demandons pourquoi la sonde, qui était destinée à porter de l'air dans les poumons, n'a pas été introduite dans la trachée plutôt par l'ouverture pratiquée à ce canal que par la narine; l'insufflation aurait alors été pratiquée et plus vite et plus complètement. — Au reste , il nous paraît peu probable que l'air poussé par l'opérateur ait pénétré dans les poumons; — et nous croyons voir ici un exemple de cette syncope souvent prolongée qui succède assez fréquemment et immédiatement à l'ouverture du canal respiratoire , et qui , en général plus effrayante que réellement dangereuse, cède à l'emploi de quelques excitants. — Or la sonde, en irritant les narines, les fosses nasales et le larynx, l'arrivée brusque d'une bouffée d'air, étaient en effet bien propres à faire cesser l'état dont nous parlons.