AFFECTIONS DE L'OESOPHAGE ET DE LA LANGUE
D. — OEsophagite. — Cancer de l'œsophage.
L'inflammation aiguë, sub-aiguë ou chronique de Y œsophage peut sans doute, à distance ou en remontant vers le pharynx, devenir Ja cause de l'infiltration aryténo-épiglottique, mais aucune des nombreuses observations que nous avons consultées ne fait mention d'une pareille complication. Il n'en est pas de même pour le cancer de l 'œsophage.
Ainsi, chez une dame âgée de quarante ans environ, que nous avons traitée en ville avec notre très honorable collègue, M. Huguier, le cancer affectait la partie supérieure de ce canal et le perfora. Un abcès se forma et s'ouvrit dans la région gauche du cou; les boissons ressortaient par cette ouverture, restée fistuleuse. Bientôt survint une angine laryngée œdémateuse, et nous reconnûmes, à l'aide du doigt, la tuméfaction des replis supérieurs du larynx. La trachéotomie ayant été ! pratiquée par M. Huguier, assisté de M. Robert, la malade ne succomba que deux mois environ après l'opération. Nous ne pûmes faire l'ouverture du cadavre.
E. — Glossite phlegraoneuse. — Cancer de la langue.
Parmi d'assez nombreuses observations de glossite profonde, et dans lesquelles la tuméfaction souvent énorme de la langue existait seule et sans inflammation de la gorge, nous n'avons pas trouvé un seul cas d'angine laryngée œdémateuse ; celle-ci, au contraire, s'est parfois développée lorsque l'inflammation phlegmoneuse de la langue, de sa base surtout, existait en même temps qu'une phlegmasie des amygdales (Morgagni, n° 3 ; Miller, n08 1 , 2, ; Gubler, n° 2). — Chez les malades dont nous parlons ici, la tuméfaction de la langue a-t-elle précédé l'invasion des symptômes laryngés, et l'inflammation s'est-elle étendue de la base de cet organe à l'épiglotte et aux replis aryténo-épiglottiques? Ou bien la tuméfaction de la langue a-t-elle débuté après l'angine œdémateuse, et n'a-t-elle été qu'un simple phénomène congestif résultant surtout de la gêne de la respiration ? — Dans le doute , où , faute de détails précis , nous sommes à cet égard , nous pensons que la présence simultanée de l'inflammation profonde de la langue, de sa base plus spécialement, et d'une angine gutturale, mérite une sérieuse attention.
Le hasard offre parfois des combinaisons singulières lorsqu'il s'agit de cas rares. Ainsi , à trois années de distance, deux malades
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du sexe masculin, atteints de cancer de la langue , tous deux couchés dans Je même hôpital, dans la même salle et peut-être dans le même lit, ont tous deux aussi succombé rapidement à un œdème du larynx. Ces observations ont été recueillies par M. le docteur Morel-Lavallée ; l'une d'elles nous a été communiquée dans tous ses détails par cet habile praticien.
Un jeune homme, âgé de vingt ans, atteint d'un cancer concentrique de la langue , portait un engorgement assez considérable à droite , moins marqué à gauche, des ganglions sous-maxillaires. Bientôt, ces ganglions se tuméfièrent davantage, le gonflement s'étendit rapidement à toute la région, et la fluctuation y devint manifeste. La face, notamment la joue gauche, était le siège d'un œdème considérable; les membres et le tronc furent atteints d'anasarque , et la luette s'infiltra. Cependant l'état général du malade était satisfaisant , lorsque éclata tout à coup un œdème du larynx , qui fut mortel en quelques heures.
A l'ouverture du cadavre, on trouva un œdème énorme des replis supérieurs du larynx ; l'intérieur de cet organe, ainsi que les cordes vocales, était infiltré. Les ganglions sous-maxillaires étaient le siège d'une suppuration comme scrofuleuse; le pus était grumeleux et en partie séreux; ce liquide formait des collections assez considérables dans l'intérieur et autour de toutes les glandes sous-maxillaires et cervicales. • — Lorsque la pièce anatomique fut soumise, non encore disséquée, à l'examen des membres de la Société de chirurgie de Paris (1), M. le docteur Vidal (de Cassis) annonça qu'il devait y avoir une collection purulente dans le tissu cellulaire de l'espace compris entre la membrane thyro-hyoïdienne et la base de l'épiglotte. Une incision sous-hyoïdienne, pratiquée à l'instant même, mit, en effet, hors de doute l'existence de cette collection purulente.
Ainsi : outre le cancer de la langue; — un foyer purulent situé derrière la membrane ihyro-hyoïdienne, et n'étant par conséquent séparé des replis ary-épiglottiques que par une mince cloison ; — un vaste foyer de sérosité purulente baignant la face externe du larynx ; — peut-être la compression exercée par les glandes engorgées sur plusieurs petites veines à leur sortie de cet organe ; — enfin un commencement de diathèse séreuse : telles sont les diverses circonstances qui, dans ce cas, ont présidé au développement de l'œdème du larynx.
Nous avons rédigé l'observation suivante sur des notes qui nous ont été communiquées par M. Morel-Lavallée :
(1) Voyez Gazette des hôpitaux, 1847, p. 586 ; —Bulletin de thérapeutique, t. XXXIII, p. 487.