CANCER DE LA LANGUE
Un homme âgé de soixante à soixante-dix ans, très fortement conslitué, doué d'un tempérament sanguin, entra à l'hôpital de la Charité dans le courant de septembre 1850. Il était atteint d'une ulcération chronique de la moitié latérale droite de la langue. Pendant une quinzaine de jours, il ne présenta que les symptômes ordinaires dans des cas analogues. M. Morel-Lavallée , pensant alors que cette affection, bien qu'ayant toutes les apparences du cancer ; pourrait cependant n'être qu'un ulcère chronique avec induration entretenue par des dents altérées et à demi brisées du côté correspondant , fit arracher toutes les dents de ce côté. Deux ou trois jours après, le malade se plaignit d'étouffer à l'élève qui le pansait. Cependant cet étouffement fut peu considérable, car les autres personnes ne s'en aperçurent pas. Le lendemain de ce jour, vers sept heures du soir, le malade ! demanda à boire; on lui donna un verre d'eau, et, presque immédiatement après avoir bu, il mourut subitement, sans qu'on eût eu le temps de constater, pendant la vie, l'œdème laryngé dont le léger étouffement que nous avons signalé et la mort subite ont été , en quelque sorte, les seules manifestations symptomatiques.
Nécropsie faite environ trente-six heures après la mort. — Infiltration séreuse, légère, du tissu cellulaire'4des régions antérieure et latérale droite du cou. — Dégénérescence cancéreuse des ganglions voisins de l'angle droit de la mâchoire.
Cancer de la langue. — Vaste ulcération du bord droit de la langue, s'étendant depuis 0n\02 de la pointe jusqu'au pilier antérieur du voile du palais, et en bas, et en avant, jusqu'à 0 ni , 0 1 du frein. Cette i ulcération repose sur un tissu dur, inégal , et s'étend à quelque distance de ses bords; elle offre un mauvais aspect, son fond est inégal et sans matière purulente. Une incision longitudinale étant faite entre la ligne médiane et le bord ulcéré, et comprenant toute l'épaisseur de la langue , on voit le tissu de cet organe parsemé de tubercules cancéreux, en général indépendants les uns des autres, de forme arrondie et plus souvent elliptique , à grand diamètre dirigé dans le sens des fibres musculaires. Ces fibres, au niveau des extrémités de chaque tubercule, semblent plutôt détruites qu'écartées; cependant quelques tubercules d'un moindre volume sont peut-être logés dans leur écarlement. Le nombre de ces tubercules est d'autant plus considérable qu'on approche davantage de la surface libre de l'organe et vers sa base , où ils sont confluents , bien que distincts les uns des autres. Là les papilles caliciformes et les glandes sont dégénérées en autant de tubercules qui soulèvent la muqueuse. Au niveau de la muqueuse linguale, et affectant cette membrane elle-même , les tubercules forment d'un bout à l'autre de la coupe un chapelet , se touchant et étant continus les uns avec les autres, contrairement à ce qui a lieu pour ceux du tissu musculaire. Leur volume est variable; les plus petits offrent celui d'un grain de chènevis, et les plus volumineux celui d'une noisette moyenne. Parmi ces derniers, quelques uns sont creux,
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formant une sorte de kyste, et remplis d'un liquide séreux. Leur envahissement ne dépasse pas la ligne médiane et même un seul tuber- J cule arrive jusque-là. Bien que durs au toucher, ils sont très friables et s'écrasent facilement sous les doigts ; leur couleur est d'un blanc sale; ils sont formés par de la matière encéphaloïde.
OEdème du larynx. — La membrane muqueuse du larynx, surtout de ses portions glottique et sus-glottique, est pâle , entièrement décolorée; on dirait qu'elle a macéré dans l'eau. — Les replis aryténoépiglottiques offrent une épaisseur au moins quadruple de leur épaisseur normale ; et encore, des plis de la membrane muqueuse indiquent qu'une partie de la sérosité a été résorbée. — L'épiglotte est également infiltrée dans toutes ses parties; son épaisseur est plus que triplée. — L'œdème a aussi envahi les replis glosso-épiglottiques , la base de la langue, et les gouttières laryngo-pharyngiennes; la gouttière gauche se trouve ainsi en grande partie effacée. — Des replis aryténo-épiglottiques, l'œdème atteint, au-dessous, la paroi interne du larynx, jusqu'aux cordes vocales, ainsi que ces cordes elles-mêmes; elles offrent un gonflement œdémateux très considérable, qui ne va pas cependant jusqu'à l'oblitération complète de la glotte. Leurs bords libres, presque tranchants à l'état normal, sont épais et arrondis. Les cordes vocales supérieures sont plus œdématiées que les inférieures , elles les dépassent en dedans , au lieu d'être dépassées par elles. Les ventricules du larynx sont au moins au deux tiers effacés, et leur ouverture dans le larynx est complètement bouchée par le contact des bords correspondants des cordes vocales supérieures et inférieures de chaque côté. L'œdème est peu prononcé dans la région sous-glottique du larynx.— Le voile du palais, et principalement la luette, sont infiltrés de sérosité; ces organes conservent l'empreinte d'un corps comprimant, mais sans présenter l'ondulation en général caractéristique de l'œdème. — Le larynx et la trachée- artère sont remplis d'écume qui s'écoule à l'incision de ces organes ; les parois des divisions bronchiques en sont tapissées. Le tissu des deux poumons est fortement congestionné dans toute son étendue ; il est rouge noirâtre, plus friable qu'à l'état normal ; de la sérosité sanguinolente et spumeuse s'en écoule à Fincision et à la pression. — L'endocarde est noirâtre: cette teinte semble due à l'imbibition cadavérique d'un sang non hématosé. — Une dissection méthodiquement faite n'a point découvert d'abcès derrière la membrane thyro- hyoïdienne, à la base de l'épiglotte.
Chez ce sujet, l'œdème du larynx a été principalement subordonné à la vaste ulcération cancéreuse de la langue ; l'œdème , qui entoure assez souvent les ulcères de cette nature, a sans doute envahi la base de la langue, les replis glosso épiglottiques, l'épiglotte, pour gagner de là les replis supérieurs du larynx et l'intérieur même
LARYNGITE. 79 de cet organe. — L'extraction de plusieurs dents voisines de l'ul- Scère a peut-être imprimé un caractère aigu à l'inflammaiion chronique de cette partie. Rappelons que l'œdème du larynx a débuté deux ou trois jours après cette extraction. — Nous ne devons pas non plus passer sous silence l'engorgement des glandes voisines de l'angle droit de la mâchoire ni l'œdème qui les entourait. — Disons enfin qu'on n'a point trouvé d'abcès derrière la membrane thyrohyoïdienne.
Les deux observations précédentes nous indiquent en partie le mécanisme différent en vertu duquel le cancer de la langue peut occasionner l'œdème du sommet du larynx. — Notre honorable collègue et ami, M. Lenoir, nous a dit avoir aussi observé quelques malades affectés de cancer avancé de la langue, et qui ont brusquement succombé à un œdème du sommet du larynx.
§ II. — Iiaryngite.
La laryngite aiguë, — sub-aiguë, — ou chronique, est la cause la plus fréquente de l'infiltration aryténo-épigloltique. — Nous avons réuni 89 cas de ce genre.
A. — Laryngite aiguë.
a# — L'infiltration sus-glottique reconnaît assez souvent pour cause une laryngite aiguë superficielle , d'ailleurs sans ulcérations ni fausses membranes.
Tantôt, comme nous l'avons dit (§Ier, A), cette phlegmasie existe en même temps que celle de la gorge , restant généralement alors (bornée au sommet du larynx ; — tantôt elle se montre seule et sans inflammation de la gorge. Nous ne parlerons ici que de celte dernière forme, qui a été 13 fois suivie d'infiltration. D'abord chez 2 enfants, l'un de 10 , l'autre de 3 ans, et jouissant auparavant d'une bonne santé. — Puis chez 11 individus convalescents ou déjà malades, et qui étaient âgés : l'un de 20 ans environ ; 5 , de 20 à 30 ans; et le dernier, de 70 ans. Quatre autres sujets dont l'âge n'a pas été formulé avaient cependant dépassé l'enfance. — Les hommes étaient au nombre de 10 ; une seule femme a été atteinte de cette forme de l'affection. — Nous ajouterons que très probablement une laryngite aiguë superficielle a aussi contribué au développement
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de l'infiltration laryngée chez une jeune fille, âgée de \h ans, atteinte d'un léger catarrhe pulmonaire, et chez une femme pendant le cours de la grippe.
La laryngite superficielle, avec œdème ary-épiglollique, est survenue : chez un homme atteint de maladie organique du cœur; — pendant la convalescence de la fièvre typhoïde (3 fois) ; — d'une fièvre dite gastrique et d'une varicelle ; • — au seizième jour d'une plaie non pénétrante de la région antérieure du cou ; — enfin chez plusieurs sujets atteints de maladies chroniques du thorax ou de l'abdomen.
Ainsi la laryngite superficielle non précédée d'inflammation gutturale, laryngite qui au premier abord semblerait devoir souvent occasionner l'œdème du larynx, en a été cependant assez rarement le point de départ, puisque nous ne trouvons que 13 cas de ce genre à opposer à la fréquence très grande de cette phlegmasie. — La rareté de celte complication est surtout frappante chez les enfants , qui sont si souvent atteints de laryngite érythémateuse , bénigne ou grave. Rappelons que 2 enfants seulement figurent parmi les 43 malades dont il est ici question, et encore étaient-ils déjà âgés de 3 et de 10 ans. Nous ajouterons que sur 40 cas de laryngite érythémateuse terminés par la mort, et tous observés dans le jeune âge, nous n'en avons pas trouvé un seul avec infiltration aryténoépiglottique.
Si nous opposons le petit nombre de cas de laryngite d'emblée compliquée d'oedème laryngé au nombre beaucoup plus considérable de cas où le même œdème a été consécutif à l'extension au larynx de l'inflammation de la gorge, il semblerait que la laryngite descendante prédispose pius à l'infiltration laryngée que la laryngite , Semblée. Il en serait alors, en quelque sorte, comme pour le croup des adultes, qui, lui aussi, est presque toujours descendant, c'està-dire précédé de la diphthérite de la gorge.
Quant à la laryngite érythémateuse ascendante, elle est fort rarement la cause de l'infiltration aryténo-épiglottique. En effet , nous ne trouvons guère parmi nos observations qu'un seul exemple assez positif de ce mode de propagation. Il s'agit d'une femme qui, à la suite d'une succession d'inflammations utérine, gastrique et thoracique, succomba à une angine œdémateuse. Or, la membrane muqueuse du larynx était légèrement rosée par endroits ; mais la rou-
geur augmentait dans la trachée, et elle était brunâtre dans les bronches. Cette couleur brune s'étendait aussi loin que la dissection permettait de suivre les ramifications bronchiques , surtout dans le poumon droit, dont le parenchyme était en même temps très enflammé (Gendrin, n° 2). Ici l'inflammation paraît avoir débuté dans le parenchyme pulmonaire, puis avoir envahi successivement de bas en haut les bronches , la trachée-artère et enfin le larynx , où elle s'est compliquée d'oedème sous-muqueux. — Peut-être en a-t-il été de même dans un autre cas cité par le docteur G. Green, et sur lequel nous reviendrons à l'occasion des anévrismes aortiques considérés comme cause d'infiltration laryngée. (Voy. chap. II, §9.)
b. — Les considérations auxquelles nous venons de nous livrer sur le rôle de la phlegmasie aiguë et superficielle du larynx nous portent tout naturellement à consigner ici l'histoire de quatre sujets qui, après avoir succombé rapidement à l'œdème laryngé, n'ont présenté à l'inspection cadavérique d'autre lésion que de la sérosité dans le tissu cellulaire des replis aryténo-épiglottiques, sans rougeur inflammatoire dans l'arrière-gorge et le larynx. — Toutefois, comme ces malades étaient exempts d'anasarque ou de diathèse séreuse, et que trois d'entre eux s'étaient exposés au refroidissement, il nous paraît très probable que l'œdème laryngé dont ils ont été affectés a été subordonné à une phlegmasie superficielle et commençante du larynx, phlegmasie qui aura disparu après la mort, ne laissant d'autre trace de son rapide passage que l'œdème lui-même.
Voici la relation abrégée des cas dont nous parlons.'
Deux ouvriers, l'un âgé de soixante ans environ, l'autre de trentedeux ans, s'exposèrent au froid humide et à la pluie, le corps échauffé par des travaux forcés ; ils périrent suffoqués en vingt heures environ. — On trouva l'orifice supérieur du larynx oblitéré par un gonflement œdémateux; le tissu cellulaire était infiltré d'une « humeur aqueuse et gluante , » l'épiglotte avait le volume d'une grosse aveline. Nulle trace d'inflammation (Saissy). — Nous regrettons que l'auteur ne soit pas entré dans plus de détails sur ces deux nécropsies.
Un jeune homme de vingt ans était en pleine convalescence d'une gastro-entérite aiguë , lorsque , dans une journée d'octobre et par un temps pluvieux et froid, il descendit entre neuf et dix heures du matin dans les cours de l' Hôtel-Dieu de Lyon ; il sentit bientôt du malaise,
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des frissons, et monta dans la salle où il se mit au lit. A trois heures du soir, on reconnut les symptômes de l'angine laryngée œdémateuse; et à cinq heures et quelques minutes, le malade succomba. — Les replis aryténo-épiglottiques étaient tuméfiés, surtout à droite, au point de rétrécir considérablement l'orifice supérieur du larynx ; la membrane muqueuse offrait sa consistance et sa teinte normales , sauf quelques légères stries rougeâtres. La sérosité infiltrée s'écoulait sous l'influence de l'incision suivie de pression. La membrane muqueuse du larynx et de la trachée était saine ; les poumons n'offraient qu'un léger engorgement séro-sanguinolent (Ponnet, n° 1).
Un homme était convalescent d'une « fièvre muqueuse intermittente » lorsque débuta une angine laryngée œdémateuse: la gorge et le commencement du pharynx ne présentaient aucune lésion. Le malade succomba dans la nuit du quatrième au cinquième jour. — On trouva l'orifice supérieur du larynx presque entièrement bouché par la tuméfaction du tissu cellulaire sous-muqueux, lequel était infiltré de sérosité limpide (Finaz).
Nous aurons l'occasion de revenir sur ces observations. (Voyez nature et résumé.) Contentons-nous pour le moment de remarquer que ces quatre cas ont été recueillis sur des individus du sexe masculin et âgés de 20 à 60 ans ; deux d'entre eux étaient en pleine santé, et les deux autres étaient convalescents : l'un d'une gastroentérite aiguë, l'autre d'une fièvre muqueuse intermittente. Ces deux affections n'étaient-elles pas la fièvre typhoïde?
c. — Nous ne connaissons aucun exemple de laryngite striduleuse ou pseudo-croupale, caractérisée à la fois par ses symptômes et par ses lésions, qui se soit compliquée d'œdème aryténo-épiglottique. — Le cas suivant, dont nous ne rapporterons que les principaux détails, a été observé par le docteur David sur son propre jj fils. (Voy. Valentin, Traité du croup, p. 76.) Nous y voyons que les symptômes furent, il est vrai, dans le commencement, ceux du pseudo-croup; mais, à l'ouverture du cadavre, on trouva, outre l'œdème, une lésion particulière des follicules du sommet du larynx, lésion qui n'appartient réellement pas au pseudo-croup.
Jules David, âgé de trois ans environ, fut atteint d'une toux sonore avec ràlement, difficulté de respirer et fréquence dans le pouls. Ces symptômes se manifestèrent pendant deux nuits de suite. Le jour, on ne croyait pas que l'enfant était malade ; mais la troisième nuit fut terrible. Le père, ayant son fils couché avec lui, observa que la respiration était sifflante, la voix glapissante, semblable au cri d'un coq,
et la face très rouge et animée. Le quatrième jour l'enfant parut être bien. La nuit suivante, le paroxysme revint, mais il fut moins violent que celui delà précédente. Le cinquième jour, la dyspnée, l'agitation, l'inquiétude étaient considérables. L'enfant rejetait aux bras de tous ceux qu'il apercevait; il ne pouvait rester quelques secondes dans la même situation, désignant de la main tous les coins de l'appartement pour qu'on l'y portât. La voix était presque éteinte, la face pâle et livide, les extrémités étaient froides. L'enfant mourut suffoqué à minuit du cinquième au sixième jour. Le docteur David dit qu'il a toujours avalé facilement pendant le jour, et qu'il n'a point eu d'expectoration.
Le docteur Bastier fit l'ouverture du cadavre neuf heures après la mort. L'épiglotte était dure, engorgée, et tout à fait soulevée vers le voile du palais. Les bords de la glotte étaient tuméfiés et froncés, de manière que cette ouverture ne permettait que l'introduction de la tête d'une petite épingle. La membrane muqueuse, au-dessous de la glotte et autour de la partie supérieure du larynx, était parsemée, dans l'étendue d'environ deux lignes, de « follicules spongieux de la grosseur d'un grain de chènevis, » ce qui paraissait contribuer à diminuer l'ouverture et à empêcher le passage de l'air.
Etant admis qu'il y a eu ici œdème du sommet du larynx, il nous paraît impossible de lui attribuer les premiers accès de suffocation, puisque, dans les intervalles, l'enfant était bien portant, et qu'à notre avis, on ne peut supposer que l'œdème se forme et disparaisse ainsi à plusieurs reprises dans un si court espace de temps. Tout, au contraire, nous porte à croire que cet enfant a été d'abord atteint d'une laryngite aiguë, différant par ses lésions du pseudocroup, mais s'en rapprochant par ses symptômes et par sa marche, laryngite aiguë qui s'est brusquement compliquée d'œdème susglottique.
d. — Nous avons analysé un grand nombre d'observations de laryngite pseudo-membraneuse, recueillies non seulement sur des enfants, mais aussi sur des adultes. — D'une autre part, nous avons examiné 216 cas d'angine laryngée œdémateuse; or, dans ce nombre considérable d'observations, nous n'avons trouvé que les trois suivantes qui aient signalé la réunion d'une fausse membrane dans le larynx et d'une infiltration des replis aryténo-épiglottiques.
Une jeune fille, âgée de vingt-trois ans, succomba au seizième jour d'une fièvre typhoïde. — Les replis supérieurs du larynx étaient infiltrés et avaient une ligne et demie d'épaisseur. Une fausse membrane ta-
êtiologië.
pissait la luette, une partie du voile du palais, le pharynx, le larynx et la trachée-artère jusqu'à deux pouces de sa bifurcation (Louis, n° 4).
Une jeune femme, âgée de vingt-deux ans, presque en voie de guérisondu choléra épidémique , succomba avec des accidents laryngés. Les replis aryténo-épiglottiques étaient tellement infiltrés qu'ils étaient presque juxta-posés ; l'œdème avait aussi envahi les cordes vocales supérieures et inférieures ; et une fausse membrane peu épaisse recouvrait leur surface (Parmentier).
A l'ouverture cadavérique d'un soldat âgé de vingt-cinq ans, on trouva les amygdales en partie détruites par la gangrène. L'épiglolte et les replis aryténo-épiglottiques étaient infiltrés de sérosité; la luette, le larynx, la trachée-artère et les bronches, jusqu'à leurs dernières ramifications , étaient tapissés par des fausses membranes (Reeb).
x\insi, sur 3 cas d'angine croupale et d'angine œdémateuse réunies, deux ont été observés sur des sujets du sexe féminin, et un seul chez un homme. Aucun d'eux n'a appartenu à l'enfance; — ces malades étaient âgés de 22 à 25 ans. — Dans aucun de ces cas, le croup n'a été franc et primitif.
Le fait suivant, qui se rapproche des précédents, en diffère par cette circonstance que la fausse membrane bornée à Vépiglotte n avait point pénétré dans le larynx.
Sur un homme âgé de vingt-huit ans, l'amygdale gauche présenta une aphthe, etYépiglotte, une production membraniforme qui adhérait assez fortement à la membrane muqueuse. C'était, dit l'auteur, une petite plaque de la nature de celles qui se présentent sur les amygdales au début de la maladie décrite sous le nom de diphthérite. En outre, les replis aryténo-épiglottiques étaient le siège d'une infiltration assez considérable (Cayol, n° 2).
Si maintenant nous réunissons à ces quatre observations trois autres faits consignés précédemment (§ 1, B), et qui nous montrent une fausse membrane dans l'arrière- bouche seulement et non point dans le larynx, nous aurons indiqué tout ce que nous connaissons pour le moment sur l'existence simultanée de l'infiltration sus-glottique, et de fausses membranes dans la gorge ou dans le larynx. — On a, il est vrai, constaté, dans quelques cas d'angine œdémateuse, l'existence de plaques grisâtres sur les bourrelets infiltrés ; mais ces plaques n'avaient que l'apparence de fausses membranes, et résultaient en réalité d'une infiltration purulente de la membrane muqueuse elle-même. — - Il est donc dès à présent
démontré qu'un même individu est fort rarement atteint à la fois de croup et d'angine œdémateuse (1).
e. — Des ulcérations superficielles, présentant les caractères ! des ulcérations aiguës, et affectant le larynx, ont été le point de
départ de l'œdème chez quatre sujets. — Trois d'entre eux étaient du sexe masculin et un seul du sexe féminin. — Ils étaient âgés de 15, de 18 et de 60 ans ; le quatrième était un homme jeune, sans indication plus précise. — L'œdème laryngé apparut chez l'un dans le cours d'une maladie organique du cœur avec épanchement séreux dans les plèvres, et chez un autre pendant la convalescence de la scarlatine sans anasarque.
f. — La gangrène partielle du larynx a été signalée deux fois.
Ainsi, chez un jeune homme de vingt-trois ans qui succomba brusquement et inopinément au vingtième jour d'une fièvre typhoïde, on trouva, sur la face interne du larynx, une tache noire arrondie d'une ligne de diamètre environ, vis-à-vis de laquelle la membrane muqueuse, avec une petite épaisseur du tissu sous -muqueux , était ramollie et s'enlevait comme une pulpe. Une des plaques ulcérées de l'intestin
(1) Depuis la rédaction de ce paragraphe, trois ou peut-être quatre autres faits relatifs à la présence simultanée de fausses membranes dans le larynx et d'infiltration aryléno-épigloltique sont parvenus à notre connaissance ; nous les signalons ici, mais sans juger à propos de modifier, par leur intercalation, nos résultats statistiques.
Chez un enfant atteint de croup, on avait reconnu pendant la vie un gonflement notable de Vépiglotte et du pourtour de V orifice supérieur du larynx (Hache, thèse, 1835, n° 360, p. 15).
MM. Rilliet etBarlhez {Traité des maladies des enfants, t. I, p. 321) disent avoir vu chez deux enfants atteints de laryngite pseudo-membraneuse «l'orifice supérieur du larynx considérablement rétréci par la tuméfaction des replis aryténo-épigloltiques ; l'épiglotte était en même temps tirée en bas, de manière à recouvrir la partie des ligaments qui tendaient à converger; la membrane muqueuse était en même temps un peu molle et très rouge. »
Enfin chez un jeune soldat observé par M. le professeur H. Larrey {Gazette des hôpitaux, 1850, p. M8), le pharynx était recouvert de plusieurs plaques pseudo-membraneuses jusque vers l'ouverture laryngée supérieure dont les bords paraissaient œdématiés ; cette lésion était probablement elle-même subordonnée à des ulcérations syphilitiques. La trachéotomie ayant élé pratiquée, le malade rejeta par la plaie quelques débris de fausses membranes, et fut bientôt guéri.
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offrait à son pourtour des lambeaux membraneux qui, après des lavages répétés, exhalaient encore une odeur de gangrène (Louis, n° 3).
Dans un second cas observé par nous sur un homme âgé de quarante-neuf ans, une moitié presque entière du larynx était gangrenée, non seulement à sa surface, mais encore dans sa profondeur, en sorte que le cartilage se trouvait à nu au fond d'un clapier évidemment gangréneux. La gangrène avait aussi envahi les poumons.
B. — Laryngite nécrosique aiguë.
La nécrose des cartilages du larynx est tantôt précédée d'ossification et marche lentement; son histoire appartient alors à celle de la laryngite chronique. — Mais d'autres fois la nécrose s'empare des cartilages non ossifiés et marche avec rapidité. Nous ne nous occuperons ici que de cette dernière variété. — Or, la nécrose aiguë atteint plus spécialement le cricoïde; des abcès entourent très souvent la partie nécrosée; et il n'est pas rare de voir apparaître une infiltration des replis supérieurs du larynx.
Cette angine infiitro-laryngée , symptomatique de laryngite nécrosique aiguë, a été signalée chez \k sujets. — Ils appartenaient tous au sexe masculin. — Ils étaient âgés de 18 à 41 ans.
Sur ces lk cas, il en est 12 qui ont été observés pendant la convalescence de la fièvre typhoïde. — Le 13e est relatif à un homme qui, à la suite d'une pleuro-pneumonie , fut atteint d'une variole bénigne. Ce fut dans la période de desquamation que l'angine infiitro-laryngée débuta (J. Benoîl, n° 5). — Le lke cas s'est présenté chez un homme de kl ans , à la suite de l'inoculation de la morve du cheval (Ryland, n° 2).
Si nous ne tenons compte pour le moment que des observations qui concernent la fièvre typhoïde, au nombre de 12 , nous constatons qu'elles ont toutes été recueillies sur des convalescents de cette affection , appartenant tous au sexe masculin. Ils étaient âgés de 18 à 27 ans, savoir : 2 de 18 à 20 ans; — 8 de 20 à 27 ans; — 2 autres sujets, dont l'âge n'a pas été formulé, avaient cependant dépassé l'enfance.
L'angine infiitro-laryngée consécutive à la laryngite nécrosique aiguë est l'une des formes les plus remarquables de cette maladie. — Observée presque constamment dans la convalescence de la fièvre typhoïde (12 fois sur ïk) ; elle s'est aussi développée sous
l'influence de la variole et de la morve, autres maladies également ; spéciales. Enfin la pneumonie n'a pas été peut-être tout à fait étrani gère à sa production. — En sorte que les 14 sujets avaient été ou | étaient encore affectés d'une fièvre continue. — Nous reviendrons ! plus tard sur ces faits intéressants (voy. chap. II) ; et si nous n'entrons point à leur égard dans plus de détails, c'est que nous ne faisons pas ici l'histoire de la laryngite nécrosique aiguë ; elle nous occupera en un autre lieu.