‹ Traité de l'angine laryngée oedémateuseChapitre 31 sur 150 · C. — Laryngite chronique · texte numérisé non relu

C. — Laryngite chronique

La laryngite chronique est l'une des causes les plus fréquentes de l'angine laryngée œdémateuse; car nous avons pu analyser 45 observations de ce genre.

Nous les diviserons en trois séries, d'après la nature de l'affection chronique du larynx.

a. — Laryngite chronique chez des malades atteints de tubercules pulmonaires.

Dans 14 cas, l'angine œdémateuse est survenue chez des indi- ! vidus affectés de laryngite chronique et de tubercules pulmonaires.

— On peut s'étonner, au premier abord, de la rareté de l'angine œdémateuse comparée à l'extrême fréquence des ulcérations du larynx chez les tuberculeux; mais le siège et la nature de ces ulcérations expliquent en grande partie cette différence. En effet, elles affectent le plus ordinairement l'angle de réunion des cordes vocales, et non point les replis ary-épiglottiques; en outre, leurs bords sont ordinairement durs et comme lardacés , lésion qui, dans les ulcérations, exclut en général l'œdème de leur pourtour.

Ces malades étaient âgés de 14 à 6£i ans , savoir : 1 de 14 ans :

— 2 de 30 à 40 ans; — 2 de /i0 à 50 ans; — 1 de 50 à 60 ans;

— 1 de 64 ans. — 7 autres sujets, dont l'âge n'a pas été formulé, avaient bien' certainement dépassé l'enfance, à en juger par leur profession ou par les circonstances au milieu desquelles ils étaient tombés malades.

Sur 13 cas avec indication du sexe, nous inscrivons : 9 malades du sexe masculin et 4 malades du sexe féminin. — Ainsi , l'angine œdémateuse consécutive à la laryngite tuberculeuse s'est montrée plus fréquemment chez l'homme que chez la femme ; et cependant

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l'affection tuberculeuse sévit bien davantage sur celle-ci que sur le , premier. Mais remarquons que les ulcérations du larynx, chez les phthisiques, sont beaucoup plus fréquentes chez l'homme que chez la femme , sans doute , et en grande partie , parce que celui-là est plus souvent exposé aux diverses causes qui, en agissant très particulièrement sur le larynx, y déterminent l'inflammation, l'ulcération1, la nécrose, et plus tard enfin l'œdème : ce sont les efforts de la voix, le refroidissement, les excès alcooliques, etc.

b. — Laryngite chronique syphilitique,

La laryngite syphilitique, point de départ de l'infiltration laryngée, a été observée 14 fois. — En outre , chez 3 autres sujets, on a constaté des ulcérations ou des cicatrices syphilitiques sur la voûte palatine ou dans la gorge. — Nous connaissons ainsi 17 cas où l'œdème du larynx s'est trouvé en rapport étiologique avec l'affection syphilitique.

Sur les 14 malades atteints de laryngite chronique syphilitique, 10 étaient âgés de 24 à 77 ans, savoir : 1 de 24 ans; — 5 de 30 à 40 ans; — 2 de 40 à 50 ans; — 1 de 59 ans; — 1 de 77 ans; — 4 autres sujets, dont l'âge n'a pas été nettement indiqué, n'appartenaient certainement pas à l'enfance.

Parmi ces malades, 8 étaient du sexe masculin et 6 du sexe féminin.

Dans l'un de ces cas , l'apparition de l'œdème du larynx a été sans doute favorisée par l'anasarque et les épanchements séreux dont le malade était affecté. — Plusieurs fois, l'infiltration laryngée n'est survenue qu'à la suite de l'action du froid sur l'économie ; et chez un malade elle s'est développée quarante-huit heures après une première fumigation de deutochlorure de mercure. Il est donc très probable, pour ne pas dire certain, que dans ces cas une phlegmasie aiguë est venue se greffer sur la phlegmasie chronique.

c. — Laryngite chronique non tuberculeuse, non syphilitique ou de nature douteuse. Dégénérescences infra-laryngées.

Celte série se compose de 17 observations. — Dans 14 cas avec nécropsie: — 9 fois le larynx a présenté, entre autres lésions, des ulcérations chroniques , et 5 fois des tumeurs squirrheuses , lardacées , cartilagineuses pédiculées ou non. — Les tubercules et la

syphilis n'ont joué ici aucun rôle, ou bien leur influence est restée douteuse.

\k sujets dont l'âge a été indiqué avaient de 26 à 55 ans; — 11 appartenaient au sexe masculin et 6 seulement au sexe féminin. — Les 5 cas de dégénérescences organiques intra-laryngées ont tous été observés sur des hommes âgés de 30 à 55 ans. — Chez l'un des malades précédents, et qui était atteint d'ulcération chronique au larynx , survint une inflammation aiguë de l'isthme guttural. On trouva de plus le tissu cellulaire du cou infiltré de pus, et enfin une pneumonie aiguë. Ces diverses affections ont sans doute joué quelque rôle dans la production de l'œdème du larynx.

En résumé, l'infiltration ary-épiglottique est survenue U5 fois dans le cours d'une laryngite chronique. — Elle a été observée dans le cours de toute espèce de laryngite chronique ; et s'il est de toute importance, pour le traitement de cette laryngite, de savoir si elle est simple, tuberculeuse, vénérienne, herpétique, etc., cette connaissance a une grande valeur aussi pour le traitement de l'infiltration laryngée qui lui est consécutive. — Les altérations plus ou moins profondes du larynx ont été le plus ordinairement le seul point local de départ de l'infiltration. — Quelquefoiscependant à ces altérations se sont jointes quelques autres lésions des tissus voisins : par exemple, une phlegmasie de l'arrière-bouche, un engorgement des ganglions sous-maxillaires, une infiltration purulente dans les tissus extra-laryngiens et cervicaux, etc.; lésions qui n'ont pas été tout à fait étrangères à son développement. — L'état de faiblesse ou d'épuisement, l'anasarque, les épanchements séreux que présentaient plusieurs de ces malades, ont aussi exercé quelque influence sur l'apparition de l'angine œdémateuse. — Assez fréquemment cette angine a débuté peu de temps après l'action sur l'économie de quelque cause extérieure, du froid surtout; parfois alors une inflammation aiguë s'est ajoutée à l'inflammation chronique du larynx. — Pas une seule fois cette forme d'angine œdémateuse ne s'est présentée chez l'enfant : le plus jeune de nos malades avait 14j ans, et les plus âgés 64 à 77 ans; c'est surtout de 30 à 50 ans qu'elle a été observée. — Plus fréquemment chez l'homme (28 fois) que chez la femme (16 fois).

Comment expliquer le développement de l'œdème ary-épiglot-

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tique dans le cours de la laryngite chronique ? — Ici encore les causes en sont souvent locales et générales. — Ainsi : L'œdème ap- ' paraît, dans le cours de la laryngite chronique avec ulcérations, carie, etc. , comme on le voit accompagner l'ulcère ou la carie, qui affecte un point circonscrit d'un membre. Cet œdème est ordinairement actif; peut-être dans quelques cas est- i 1 passif par oblitération des veines de petit calibre voisines du foyer de phlegmasie chronique. —Assez fréquemment l'infiltration laryngée se développe sous l'influence d'un état aigu accidentellement greffé sur l'état chronique du larynx. — Mais comme favorisant à un haut degré l'apparition de l'œdème laryngé dans le cours de la laryngite chronique, signalons l'affaiblissement du sujet, la cachexie séreuse, diverses altérations du sang qui accompagnent très souvent ou constamment la laryngite tuberculeuse, syphilitique ou squirrheuse.

D. — Épiglottite.

L'épiglotte est, comme on le sait, assez fréquemment atteinte d'inflammation aiguë ou chronique , d'ulcérations , quelquefois même de végétations, etc. Or, arrive-t-ii parfois que ces lésions deviennent à elles seules le point de départ de l'infiltration des replis aryténo-épiglottiques ? C'est ce qu'aucun fait, à nous connu, ne démontre positivement; car toutes les fois que l'épiglotte a été le siège de lésions qui, au premier abord, auraient pu être considérées comme la cause de l'infiltration des replis supérieurs du larynx, on constatait sur ces replis eux-mêmes, dans le larynx ou à l'arrière-bouche, d'autres lésions auxquelles on devait attribuer, I au moins en partie, l'infiltration dont nous parlons. — Nous connaissons, il est vrai, une observation (Baizeau) dont le titre pourrait induire en erreur; il est ainsi rédigé : « Phlegmon de V épiglotte avec œdème de la glotte. » Il semble qu'il s'agisse ici d'une inflammation phlegmoneuse de l'épiglotte qui aurait occasionné l'œdème des replis supérieurs du larynx ; car c'est l'œdème de ces replis que la plupart des auteurs désignent à tort par le mot œdème de la glotte. Or, en réalité, il s'agit ici d'un phlegmon non tpas de l'épiglotte seulement, mais aussi des replis aryténo-épiglotiques avec œdème des cordes vocales, c'est-à-dire avec œdème intra-laryngé.

AFFECTIONS CIRCUM-LARYNGÉES. 91 § III. — lésions diverses extérieures au larynx.

L'angine infiltro-laryngée reconnaît assez fréquemment, pour [cause plus ou moins manifeste, la présence, à l'extérieur du larynx, [du côté de la peau, de lésions diverses dans leur forme et dans 'leur nature. — C'est tantôt une infiltration de liquide, tantôt (une tumeur solide. — Nous avons réuni Zi8 observations de ce genre; plusieurs d'entre elles appartiennent, nous allons voir pourquoi, aux groupes précédents.

A. —Infiltration extra-laryngée cervicale.

Cette infiltration, considérée comme cause de l'œdème séreux ou séro-purulent du larynx, est purulente , — gangreneuse , — sanguine — ou séreuse.

a. — Infiltration purulente.

A l'ouverture cadavérique de quatorze individus qui avaient succombé à l'angine laryngée œdémateuse, on a trouvé dans le voisinage du larynx une collection purulente qui nous a paru avoir toujours précédé l'invasion de cette angine.

a. Chez six sujets, la suppuration était diffuse dans le tissu cellulaire antérieur du cou. — Quatre fois, avec cette lésion, existait une inflammation aiguë de la gorge, et une fois un polype du pharynx. — Mais dans un sixième cas observé sur un enfant de quatre ans et demi, il semble assez bien démontré que l'infiltration purulente de la région sous-maxillaire, dont les ganglions étaient enflammés, a été la cause unique de l'infiltration des replis aryténo-épiglottiques (Rilliet et Barthez, n° 1).

Cette influence d'un foyer phlegmasique extra-laryngé cervical, sur le développement de l'infiltration des replis aryténo-épiglottiques, nous paraît assez bien établie dans le cas suivant:

Un jeune homme âgé de vingt-trois ans, à la suite d'une inflammation phlegmoneuse qui occupait la région latérale gauche du cou et s'étendait jusqu'au côté correspondant de la face, fut atteint d'une fistule ayant son siège au cou , avec décollement de la peau dans l'étendue de quatre pouces. Bientôt survint une fièvre intermittente tierce qui affaiblit notablement le malade. Ce fut dans ces circonstances qu'apparut une angine laryngée œdémateuse, promptement mortelle.

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