SCARLATINE
vers trois heures après-midi , l'orthopnée revient, et le malade succombe à l'entrée de la nuit dans un état d'asphyxie, sans présenter aucun mouvement convulsif , et conservant jusqu'au dernier moment l'intégrité de ses facultés intellectuelles.
Nécropsie quinze heures après la mort. — Tête. Dure-mère saine, deux onces de sérosité dans la grande cavité de l'arachnoïde , infiltration de la pie-mère, ventricules à l'état sain, une cuillerée à café de sérosité dans chacun d'eux. Les méninges se détachent partout de la surface des circonvolutions. La substance cérébrale est ferme et médiocrement piquetée. — Cou tt poitrine. Les amygdales et le pharynx sont intacts. La luette est œdématiée et présente le volume d'une petite aveline; l'épiglotte est très volumineuse. Les bords de la glotte, surtout à gauche, sont œdématiés , ainsi que la partie du larynx située au-dessus des ventricules. Tout le tissu cellulaire du cou est infiltré, les veines de cette partie sont gorgées de sang A l'ouverture du thorax, les poumons ne s'affaissent pas ; ils remplissent toute la cavité thoracique. Leur surface externe est grisâtre, ils conservent l'impression du doigt. Lorsqu'on incise leur tissu, une sérosité rosée ruisselle de toutes parts. Les bronches sont remplies de sérosité sanguinolente. Tout le tissu cellulaire de la poitrine est infiltré. Il existe, entre les plèvres costale et pulmonaire du côté droit, quelques brides celluleuses qui sont également infiltrées. Plusieurs glandes bronchiques offrent la même altération. Aucun épanchement dans les plèvres... — Abdomen. La cavité du péritoine contient environ deux litres de sérosité limpide. L'épiploon gastro-hépatique, très infiltré, se présente sous la forme d'une gelée transparente. Le tissu cellulaire du bassin est œdématié... (Baudelocque.)
Un enfant âgé de sept ans et demi, mal surveillé pendant la desquamation de la scarlatine, s'exposa à un refroidissement que rendit plus facile un abaissement brusque de la température, survenu dans | les journées du 8 et du 9 mai. Le 1 0 mai, un peu d'oedème de la face ; le W , l'œdème de la face a augmenté, et l'infiltration a gagné les quatre membres, surtout les inférieurs ; le \ %, à neuf heures du matin, l'anasarque a encore augmenté; le scrotum est envahi par la sérosité, il existe même un peu d'ascite et d'hydrothorax. Un peu de râle souscrépitant semble annoncer un certain degré d'oedème pulmonaire. Dyspnée et toux à un degré modéré. — Vers deux heuresdel'après-midi, l'enfant qui, deux heures auparavant, avait pris un bain de vapeur, est dans un état de suffocation imminente..., il meurt une demi-heure après.
Nécropsie. — Une sérosité limpide infiltre le tissu cellulaire sousi cutané de tout le corps , et distend ses mailles; on en trouve aussi < dans le tissu cellulaire profond, sous-aponévrotique et intermusculaire, ; mais elle y est peu abondante. La plupart des membranes séreuses | contiennent de l'eau. On en trouve dans les ventricules du cerveau et dans la cavité de l'arachnoïde, environ 3 onces; dans le péricarde,
ÉTIOLOGIE.
trois à quatre cuillerées ; dans les plèvres, un demi-litre au moins de chaque côté; dans le péritoine, environ 6 onces. Ces diverses cavités séreuses n'offrent pas la moindre trace d'inflammation. Ce liquide est transparent et pur, et la membrane est pâle , sans épaississement , sans injection notable des vaisseaux capillaires sous-jacents. Le parenchyme du cerveau, du cœur et des poumons offre un aspect très humide. Le cœur et les gros vaisseaux contiennent une petite quantité de sang noir et très fluide ; ce n'est, pour ainsi dire, que de la sérosité teinte en rouge foncé. La membrane muqueuse de tout le tube digestif est épaissie ,«mais blanche et pâle ; cet épaississement résulte évidemment d'une infiltration séreuse du tissu muqueux luimême. Quant au larynx , son calibre intérieur, et surtout son orifice supérieur, sont extraordinairement rétrécis ; les deux replis aryténo épiglottiques sont œdématiés à un degré si considérable, que leur rapprochement, sollicité en faisant le vide par la trachée-artère , obture presque complètement l'orifice supérieur du larynx... L'œdème a également envahi la muqueuse et le tissu cellulaire sous-muqueux de tout le larynx, et en particulier des cordes vocales inférieures. .. On ne trouve absolument aucune trace d'inflammation dans la muqueuse et son tissu cellulaire sous-jacent. La sérosité contenue dans les bourrelets aryténo-épiglottiques est transparente et liquide; elle s'écoule assez facilement à la simple section des tissus et sous une faible pression. Elle n'a ni la consistance gélatineuse, ni l'aspect séro-purulent qu'on lui trouve ordinairement dans les cas de laryngite. Il y a aussi un peu d'œdème sous la muqueuse de l'arrière -bouche, de la base de la langue et du pharynx ; mais on n'y découvre aucune trace de phlegmasie (Barrier, n° 1).
Que l'anasarque scarlatineuse ait joué un certain rôle dans le développement de l'angine laryngée œdémateuse chez les quatre malades précédents, c'est ce qui ne peut faire l'objet d'aucun doute. Mais l'hydropisie s'est-elle étendue simplement au larynx comme elle avait envahi d'autres organes de l'économie? ou bien quelque agent particulier a-t-il attiré la fluxion séreuse sur le larynx? — La première de nos observations, par cela surtout que le sujet a guéri , ne peut nous éclairer à cet égard. — Dans la seconde , nous voyons une pneumonie aiguë apparaître dans le cours de l'anasarque; cette pneumonie n'aurait-elle pas exercé quelque action sur le larynx lui-même? — Quant aux deux autres malades, il semble que l'œdème du larynx ait été réellement et uniquement le résultat de l'extension pure et simple, à cet organe, de la dialhèse séreuse. A. moins qu'on ne dise qu'une phlegmasie très légère a envahi le larynx ou la gorge, mais sans laisser de traces après la mort ;