‹ Traité de l'angine laryngée oedémateuseChapitre 42 sur 150 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

L'angine infiltro-laryngée s'est développée une fois dans le cours, et une autre fois pendant la convalescence de la variole. Dans le premier de ces cas , il est assez probable que la variole a imprimé un caractère aigu à une laryngite sub-aiguë dont le malade était atteint, et a favorisé ainsi l'œdème du larynx. — Dans le second cas, nous sommes fort disposé à croire que la nécrose du cartilage cricoïde, constatée plus tard chez le malade, s'est rattachée à la variole. Il serait alors arrivé ce que nous signalerons bientôt chez plusieurs convalescents de fièvre typhoïde , et nous aurions un nouveau point de rapprochement à constater entre ces deux maladies générales. — Mais il est un fait tout exceptionnel , le seul que nous connaissions, et qui consiste en ce que, pendant la durée d'une variole, du sang en nature s'est infiltré dans les replis aryténo-épiglottiques.

(1) De tracheitide, p. 119.

ÉTIOLOGIE.

Le 4 8 décembre 4 846, est entré, à l'hôpital Cochin, le nommé Gérard (Louis), âgé de vingt-deux ans , sans profession. D'après le peu de renseignements qu'on a pu obtenir, le malade aurait fréquenté des varioleux, et son éruption daterait de deux ou trois jours : il n'a pas été vacciné.

A son entrée à l'hôpital, on constate une éruption exanthémateuse des membres et de la face, qui sont couverts de pustules affaissées et flétries ; ces pustules remplies de sang noirâtre et des pétéchies violacées disséminées dans leur intervalle, présentent l'aspect d'un purpura hemorrhagica. La face est le siège d'un gonflement œdémateux avec injection des capillaires sous-cutanés. Le malade accuse en même temps une gêne considérable de la respiration ; il porte la main à son cou comme pour arracher l'obstacle qui le suffoque ; la voix est rauque et voilée; les inspirations sont répétées et sifflantes, tandis que l'expiration est libre; on entend même, à distance, un râle trachéal très bruyant. A la percussion, résonnance normale de toutes les parties de la poitrine. A l'auscultation, on note une faiblesse extrême du murmure vésiculaire, et pendant l'inspiration, un râle muqueux à grosses bulles très humide. En appliquant le stéthoscope sur les parties latérales du larynx , l'oreille perçoit, pendant l'inspiration, le râle trachéal qu'on entend à distance, et qui, dans ce point, a son maximum d'intensité ; l'expiration est seulement prolongée. Le crachoir contient une ou deux palettes de crachats spumeux, semblables à la mousse de savon, et offrant de nombreuses stries de sang; les selles, les urines et la matière des vomissements contiennent aussi du sang presque pur et en assez grande quantité ; la conjonctive elle-même est fortement injectée. Aucuns troubles cérébraux; le malade paraît avoir conservé toute son intelligence. L'interne de service, M. Macquet , ayant pu constater, par l'introduction du doigt dans l'arrièrebouche, le gonflement du pourtour de l'orifice laryngé, on diagnostique une variole hémorrhagiquegraveavec œdème sus-glottique. On applique des sangsues au cou , des sinapismes aux extrémités ; on pratique une saignée au bras. Malgré ce traitement , les accidents redoublent, les accès deviennent intenses , et le malade succombe à cinq heures du soir, avec tous les signes de l'asphyxie.

Autopsie, trente-six heures après la mort. — Sujet vigoureux et à j système musculaire très développé. L'éruption n'a pas disparu et con- | serve les mêmes caractères. — L'œsophage ne présente aucune altération; la muqueuse est pâle et sans injection. L'estomac est à! moitié rempli d'un liquide grumeleux et noirâtre qui offre l'aspect du i sang mélangé avec des boissons ; la surface de la muqueuse est ecchymosée par places et est le siège de la même éruption pétéchiale que la peau. L'intestin grêle est sain ; le gros intestin et le rectum en particulier contiennent quelques caillots diffluents. Les cavités droites du cœur sont distendues par du sang noir et semblable à de la gelée de groseille ; les veines en sont gorgées, tandis que le système artériel est presque complètement vide ; la tunique interne des vaisseaux

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