PROGRESSION DE LA MALADIE , APPRÉCIATION DE SES SYMPTOMES
La marche de l'apoplexie est, comme on le voit , très-irrégulière ; tantôt elle est portée dès son début au plus haut degré d'intensité , quelquefois même elle tue instantanément; d'autres fois l'apoplectique n'arrive que pedetentim à la mort.
Une seule chose constante , c'est que , dans les cas heureux, le rétablissement n'est jamais subit ; le retour à la santé est toujours très-lent et progressif.
L'observation m'a montré une variété de la marche de l'apoplexie fort remarquable. L'état du malade , qui depuis plusieurs jours était stationnais , ou même amélioré , s'aggrave tout à coup. La mort , résultat ordinaire de ce changement, est due, soit à la formation d'un second épanchement dans une autre partie du cerveau ,
soit à une nouvelle accumulation de sang dans la première caverne. Cette succession rapide de plusieurs attaques ne se remarque guère que dans les apoplexies actives, chez les sujets d'une constitution éminemment apoplectique. L'effort hémorrhagique , qu'on avait eu la plus grande peine à vaincre , se renouvelle sitôt qu'on se relâche sur les antiphîogistiques , et surtout quand on emploie prématurément les excitans. J'ai vu deux fois cet accident mortel déterminé par l'application des sinapismes au deuxième jour de l'attaque.
Presque tous les symptômes de l'apoplexie sont variables, un petit nombre seulement sont constans. Tous les précurseurs sont du premier ordre. Parmi ceux de l'attaque il n'en est même que deux d'invariables , le trouble des sens et des facubés intellectuelles, et la paralysie; encore faut-il , pour être de poids dans le diagnostic , qu'ils apparaissent subitement et qu'ils soient durables. Tous les autres symptômes sont plus ou moins incertains. Ainsi le pouls est tantôt dur , plein et développé , d'autres fois petit et concentré : il est fréquent au commencement de l'attaque et pendant toute la durée du molimen hœmqrrhagiœ ; il se ralentit ensuite, et devient rare dès que ï'épanchement est achevé;
ET DES HYDROCÉPHALES. Ifi
enfin il s'accélère de nouveau, et s'éteint aux approches delà mort (i). La respiration, calme dans les premières heures , devient stertoreuse aux derniers momens. La sterteur , que les auteurs donnent pour signe certain , manque souvent. La face est tantôt pâle, tantôt rouge et violette (2) ; mais elle a pourtant d'assez constant de porter l'empreinte d'une stupeur particulière : ses traits égarés marquent l'étonnement.
La constipation est, comme on le sait, commune au début de presque toutes les maladies aiguës; il en est de même des déjections involontaires dans les derniers instans.
La langue, épaisse et humide dans l'apoplexie simple , est rouge et sèche lors delà complication de gastrite.
Hoffmann y Sennert y Fores tus } Bayle } Sydenham } etc., ont tous noté la perte subite de connaissance et de sentiment comme signe ca-
(1) Il est encore assez ordinaire que le pouls soit différent aux deux bras, qu'il soit moins fort et plus lent du côté parai ysé} phénomène qui dure tant que l'hémiplégie subsiste.
(2) Le degré de rougeur ou de pâleur de la face est-toujours en raison du volume de l'épanchement. Chez un sujet replet, son extrême pâleur indique une hémorrhagie formidable.
ractéristique de l'apoplexie. Cette atteinte portée aux fonctions cérébrales peut exister à des degrés variés, depuis le simple étourdissement jusqu'à l'entière abolition des facultés intellectuelles : les nuances intermédiaires ont même reçu chacune un nom particulier (1).
La paralysie, second phénomène invariable de l'apoplexie , envahit ordinairement toute une moitié latérale du corps (hémiplégie). Sennert dit avoir observé une apoplexie de la moelle épinière dans laquelle les extrémités inférieures étaient seules paralysées (paraplégie). Un œil, la langue, les muscles de la déglutition , sont parfois le siège exclusif de la paralysie.
Les pupilles , dilatées ou resserrées , sont toujours immobiles au début d'une forte attaque.
Un troisième phénomène, qu'on pourrait encore regarder comme invariable, est la déviation de la pointe de la langue vers le côté hémiplégique , en sens inverse de celle de la bouche. Jusqu'à présent on n'a pu donner d'explication valable de cette particularité (2). J'espère que
(1) Stupeur 3 assoupissement , carus , cataphora^ etc.
(2) Quelques médecins avaient cru que la langue n'était point frappée de paralysie , que sa direction n'était nullement changée, et qu'elle ne paraissait déviée que parce que la bouche l'était clle-mcme; mais
celle que je vais proposer se rapprochera davantage de la réalité.
Les stjlo-glosses sont , comme on le sait , les muscles qui opèrent les mouvemens latéraux de la langue. Ces muscles se rendant obliquement d'arrière en avant et de dehors en dedans, des apophyses styloïdes sur les côtés de cet organe, et leurs fibres ne se prolongeant pas au-delà de sa moitié postérieure , il résulte nécessairement de cette disposition anatomique que , lorsque ces muscles se contractent isolément, les deux extrémités de la langue doivent éprouver des mouvemens contraires r que la base est entraînée vers le muscle qui agit, tandis que la pointe, par un véritable mouvement de rotation entièrement passif, se dirige du côté opposé.
Or, comme dans l'hémiplégie cette contraction isolée ( celle du muscle sain ) est permanente, la langue reste constamment déviée, et ne peut même perdre cette direction vicieuse dans les différens mouvemens que lui font subir ses autres muscles. Aussi, quand on la fait sortir de la bouche , se contourne-t-elle aussitôt vers le côté hémiplégique, en sens inverse de la distoril est prouvé jusqu'à l'évidence que la langue est réellement paraljsée , et que sa déviation est indépendante de celle de ia bouche.
sion de la bouche ; ce qui \ lui donnant l'apparence d'être mue par des muscles paralysés , semble lui faire faire l'exception la plus extraordinaire aux lois immuables de la paralysie , tandis qu'elle n'en offre qu'une nouvelle application,
Dans la plupart des apoplexies actives ou sthéniques, là perte du mouvement est souvent avec accroissement de la sensibilité et roideur des muscles perclus.
Dans l'apoplexie passive , l'abolition de ces deux propriétés vitales est simultanée , et les membres qui l'éprouvent restent dans un état de laxité et de mollesse. « Plurimïs duplex paralyseos species statuitur y altéra a laxitate } altéra ab extensione. » (Cgelius Aurélianus, de morb. chrome. ^ lib. 2 , cap. 1. )