‹ Traité de l'apoplexie ou hémorrhagie cérébrale; considérations nouvelles sur les hydrocéphales, description d'une hydropisie cérébrale particulière aux vieillards récemment observéeChapitre 9 sur 32 · SYMPTOMES · texte numérisé non relu

SYMPTOMES

Tantôt l'apoplexie frappe inopinément; d'autres fois elle est annoncée par une série de phénomènes avant-coureurs : de là la division des symptômes de cette maladie en précurseurs ? et en essentiels , ou de V attaque^ .

Symptômes précurseurs. Les symptômes précurseurs, plus ou moins nombreux , plus ou moins apparens , réunis , combinés entre eux de mille manières, sont en général les suivans : tendance à l'assoupissement , surtout après le repas; sommeil profond, ronflant; convulsions dans les muscles de la face , injection des conjonctives, cercle bleuâtre autour des orbites,

(i) On trouve encore dans les éphémérides de la nature (de cur. ann. i , obs, 5o ) un exemple fort remarquable de ces apoplexies héréditaires. Hoffmann pense que le principe d'hérédité réside uniquement dans une mauvaise disposition originaire du cerveau.

38 TRAITÉ DE LAPOPLEXIE

diplopie , cécité subite, apparence de bleuettes lumineuses, surtout pendant la nuit; affaiblissement de l'ouïe, du goût , de l'odorat ; épistaxis fréquens ; quelquefois incapacité de sentir les odeurs par l'une des narines , d'autres fois insipidité de la moitié de la langue , qui paraît au malade difficile à mouvoir; bégaiement, grincemens de dents pendant le sommeil , terreurs paniques , rêves effrayans , tintemens , bourdonnemens d'oreilles (i), vertiges , céphalalgie plus ou moins étendue, hémicranie, étourdissemens répétés , engourdissement des membres d'un côté , fourmillemens dans ces parties , crampes des mollets, nausées, vomissemens bilieux, etc.

Tous ces symptômes sont souvent très-insignifians; des personnes les ont éprouvés sans avoir eu d'apoplexie : d'ailleurs la plupart d'entre eux sont communs à cette maladie et aux autres affections cérébrales.

(i) Je pense que les bourdonnemens et tintemens d'oreilles ne sont rien moins que nerveux et imaginaires, comme on le croit 5 mais qu'ils dépendent toujours de l'embarras de la circulation cérébrale, et qu'ils ne sont qu'une répétition ( modifiée et exaltée par la sensibilité du malade) des battemens des artères carotides, si voisines de l'organe de l'ouïe.

Symptômes essentiels ou de l'attaque. Au début de l'attaque , lorsqu'il n'y a encore qu'un médiocre engorgement des vaisseaux, les symptômes qui .s'observent sont ceux de la congestion cérébrale : trouble des facultés intellecîuelles , gonflement des veines jugulaires, rougeur , tuméfaction et stupeur de la face ,. battement des artères carotides et temporales , pouls plein etaccéléré au bras , presque insensible aux extrémités inférieures ; chaleur brûlante , ecchymoses, vibfces sur différentes parties, principalement aux tempes , au vertex et au front ; distorsion de la bouche vers l'une de ses commissures, hémiplégie incomplète, etc. La compression du cerveau n'est pas encore assez forte pour abolir ses fonctions et faire cesser ses relations avec les muscles de la volonté»

Quelquefois l'attaque se borne à ce degré ; les accidens se dissipent promptement; la congestion sanguine disparaît. Le plus souvent cependant celle-ci continue de s'accroître ; dans quelques cas même, l'engouement des vaisseaux est porté au point que le cerveau , affaissé sous leur poids r cesse d'agir comme s'il y avait épanchement, et que tous les symptômes d'une violente apoplexie se déclarent.

L'effort hémorrhagique allant toujours crois-

/|0 TRAITÉ DE i/apOPLEXIE

sant 5 il arrive enfin un moment où les vaisseaux, distendus outre mesure, ne pouvant plus résister à l'impulsion du sang, leur tissu se déchire ou leurs capillaires s'ouvrent; le sang s'épanche; l'hémorrhagie s'effectue. Alors abolition subite et plus ou moins complète de la sensibilité et du mouvement dans les membres d'un côté , ou seulement dans quelques muscles, tels que ceux de la langue ; stupeur profonde , état comateux , perte de connaissance , mutisme ou sons inintelligibles; déglutition plus ou moins gênée, constipation; contorsion de la bouche, qui, entraînée vers la commissure saine , reste béante du côté paralysé ; épaississement remarquable de la langue , dont la pointe se dévie vers le côté du corps privé de vie , en sens inverse de la bouche ; respiration lente, calme, comme suspirieuse; pouls dur, rare et lent; face pâle ou d'un rouge violacé, offrant, dans ce cas, l'aspect de l'ivresse; yeux saillans, rouges et humides; pupilles dilatées ou resserrées , ordinairement immobiles , surtout celle du côté paralysé. Cet état s'aggrave de plus en plus; l'hémiplégie devient plus profonde (1) ;

(i) Le cerveau n'étant le distributeur que des sensibilité et conlractilité animales ou de relation , il ne doit pas paraître étonnant que les membres paralysés ne tombent pas en gangrène; en effet ces deux propriétés

le malade, sourd et muet, est insensible à toutes sortes d'irritations extérieures; quelquefois les membres paralysés sont agités de convulsions , les yeux se fanent , deviennent vitrés y comme on le dit; la cornée se ride et se trouble, la rétine devient de plus en plus impassible à l'impression de la lumière, les pupilles restent immobiles ; la respiration s'altère par degrés , et devient stertoreuse ; l'haleine se gèle , les lèvres se boursoufflent, la bouche se tord davantage, les dents grincent avec bruit : des mucosités glaireuses et sanguinolentes découlent des commissures des lèvres et du nez; les joues , distendues à chaque expiration , simulent l'action du fumeur ; la déglutition devient impossible ; les liquides avalés passent dans la trachée-artère, et provoquent la toux; d'autres fois ils tombent avec bruit à travers le pharynx paralysé; les urines et lesexcrémens sortent involontairement. Enfin les extrémités se refroidissent ; la face se couvre de sueur; le pouls, qui s'était ralenti dès que la congestion cérébrale avait cessé, s'accélère de nouveau, faiblit par degrés, et s'éteint

vitales sont seules abolies, la nutrition y souffre peu ; aussi n'éprouvent-ils d'autre altération qu'un certain degré d'amaigrissement.

bientôt avec la respiration et la vie. Quelquefois un léger délire précède la fatale seconde.

L'apoplexie foudroyante atteint de suite ce degré de gravité. L'homme, frappé inopinément comme d'un coup de foudre [ab ictu julminis ^ Hoff.) , tombe sur-le-champ , privé de connaissance et paralysé; du sang jaillit parfois des yeux, des oreilles, de la bouche et du nez; en peu d'heures, quelquefois même en un instant ? la respiration devient stertoreuse , le pouls imperceptible , et le malade succombe. ,

L'apoplexie passive n'est jamais aussi subite; elle débute souvent d'une manière insensible; l'épanchement se fait lentement , quelquefois même s'accroît jusqu'à la mort ; les symptômes vont toujours en augmentant , et sont tout autres que ceux de l'apoplexie active, comme nous le verrons à l'article diagnostic.

Lorsque l'hémorrhagie cérébrale doit avoir une terminaison heureuse , les symptômes s'améliorent par degrés ; le malade recouvre insensiblement sa connaissance, la face sa sérénité, l'œil son brillant et son expression s la bouche sa rectitude naturelle ; la langue se délie , l'appétit se réveille , le pouls reprend son rhythme habituel ; enfin un léger fourmillement, ressenti dans les membres perclus , y annonce le retour prochain

ET DES HYDROCÉPHALES. lp

de la vie. Quelquefois une sécrétion, abondante d'urine , une diarrhée , des épistaxis répétés , un flux hémorrhoïdal copieux , ou l'apparition des règles , deviennent le signal de l'amélioration , et les indicateurs de la guérison.

Page 1