DIAGNOSTIC
Un grand nombre de maladies peuvent simuler l'apoplexie ; les principales sont , la névrose apoplectiforme (apoplexie nerveuse des auteurs) , l'épiîepsie, la catalepsie, l'hystérie, la syncope, quelques asphixies , la léthargie , la paralysie es-
(1) Morgagni décida , d'après une ecchymose qu'il vif sur la tempe gauche d'un apoplectique , que l'épanchement occupait l'hémisphère droit. — Valsaha notait avec soin le côté sur lequel le malade était tombé. Il avait remarqué que l'épanchement existait toujours du côté opposé.
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sentielle , les narcotismes alcoholique etopiatique, l'hydrocéphale essentielle aiguë des vieillards ( apoplexie séreuse des auteurs ) , la plupart des lésions organiques du cerveau.
Cependant , de toutes ces affections , il en est peu qui ressemblent à l'apoplexie au point de faire commettre une erreur de diagnostic.
En général , l'apoplexie existe toutes les fois qu'un homme , auparavant en bonne santé , est frappé tout à coup d'une maladie ayant pour caractères la perte de connaissance et le trouble des facultés sensoriales, l'immobilité et la dilatation ou resserrement des pupilles , une empreinte de stupeur et d'égarement sur la face, un pouls fort, dur et plein, l'injection et la rougeur des yeux , une respiration ronflante , la contorsion de la bouche , l'épaississement et l'embarras de la langue, la paralysie d'un organe, et surtout l'hémiplégie (1).
(i) La simple torpeur des membres ne prouve pas la présence d'un épancbement apoplectique : la première saignée la dissipe souvent ; la paralysie en est le seul signe certain.
Celle-ci occupe constamment le côlé du corps opposé à celui de l'épanchement ; les apoplexies de la moitié antérieure du cerveau semblent cependant faire quelquefois exception à cette règle. Lorsqu'il existe un
L'immobilité des pupilles , l'hémiplégie complète et la perte subite de connaissance suffiraient même seules pour la caractériser.
Je diviserai en deux groupes les diverses maladies qui ont plus ou moins de ressemblance avec l'hémorrhagie cérébrale ; le premier sera formé des névroses cérébrales , et le second des lésions du cerveau.
§. I." Névroses.
i.° Névrose apoplectiforme ( apoplexie nerveuse des auteurs ). Il est presque impossible de
double caillot, un dans chaque hémisphère, c'est toujours le plus volumineux qui détermine l'hémiplégie, La paralysie est générale dans trois cas : i.° lors de deux épanchemens égaux ; 2.0 quand le sang est répandu à la surface du cerveau; 3.° quand il occupe le cervelet et la protubérance annulaire. Tantôt l'épanchement double se creuse en même temps ses deux cavités ; d'autres fois un intervalle plus ou moins long sépare leur formation. Dans ce dernier cas., le malade, qui n'était qu'hémiplégique au début de l'attaque, devient entièrement paralysé à une certaine époque. Cela se remarque surtout dans l'apoplexie passive: or, comme celle-ci s'accompagne ordinairement d'une prostration générale, on conçoit combien cette paralysie totale peut obscurcir le diagnostic.
distinguer cette névrose (du moins à son début) de l'apoplexie. En effet , l'instantanéité de la perte de connaissance , l'immobilité des pupilles ; la sterteur, etc., lui sont communes avec l'hémorrhagie cérébrale. Aussi , lorsque la mort est prompte, le praticien le plus consommé reste-t-i! dans l'incertitude jusqu'à l'ouverture du cadavre. Mais si la névrose n'a pas une terminaison funeste , la perte de connaissance , la fixité des pupilles, l'insensibilité et la sterteur ne sont que passagères , et le rétablissement très-prompt. La face reste calme, le pouls tranquille; il n'y a qu'une torpeur, un simple engourdissement des membres , la paralysie manque , et ce signe négatif surtout éloigne toute idée d'apoplexie. Enfin tous les doutes sont dissipés, si à la structure sèche et grêle du malade se joignent une pâleur générale, une susceptibilité exquise, et, à plus forte raison , si déjà il a éprouvé quelque autre affection nerveuse.
D'ailleurs la névrose apoplectiforme , de même que quelques autres névroses cérébrales , n'est souvent que symptomatique d'une lésion organique du cerveau, ou d'un accès de fièvre intermittente pernicieuse. Sa marche est toujours très -rapide; deux ou trois jours, quelquefois même peu d'heures suffisent à sa guérison ou à
la mort. Les auteurs qui citent des observations d'une plus longue durée ont commis une erreur de diagnostic ; ils ont cru voir cette maladie lorsqu'il n'y avait qu'une congestion cérébrale intense.
Cette affection nerveuse ne laisse aucune trace sur le cadavre ; on ne trouve ni injection des vaisseaux cérébraux, ni aucune espèce d'épanchement.
2.0 Epilepsie. Au commencement d'une attaque d'épilepsie , il y a perte de connaissance, abolition de Faction des sens; l'œil est immobile, la rétine insensible , le visage animé , la bouche écumeuse ; ce qui a lieu aussi dans l'apoplexie : mais les convulsions générales , l'absence de paralysie , le prompt retour de la connaissance et le rétablissement parfait du malade après l'accès sont exclusifs à la névrose,
5.° Hystérie. Dans un accès hystérique, la malade est agitée de convulsions ; en outre , le gonflement des hypochondres , la sensation d'une boule qui , de la région de l'utérus , monte à la gorge, où elle détermine une strangulation imaginaire, annuleront toujours l'assoupissement, l'immobilité des pupilles , l'extinction de la sen-
sibilité et la perte de connaissance, qui pourraient faire croire à l'existence de l'apoplexie. D'ailleurs l'antériorité d'accès semblables, et leur retour périodique ou irrégulier, suffiraient seuls pour faire éviter la méprise. Cette remarque s'applique également à l'épilepsie.
4.° Catalepsie. La catalepsie offre aussi des traits de ressemblance avec l'apoplexie. Au moment de l'attaque , il y a immobilité complète ; l'œil est fixe , le malade insensible ; mais la figure est calme, la respiration et le pouls sont imperceptibles ; les membres restent dans la position qu'ils avaient avant l'accès , et , ce qui est plus étonnant , ils conservent toutes les attitudes qu'on leur donne.
5.° Carus. Le carus n'est qu'un symptôme de l'apoplexie. Carus et lethargia, sunt levioves apoplexiœ species. (Méad , Monita et precepta meétendis de morb. capit. de apoplexiâ. ) Il est rare qu'il soit l'unique d'une autre maladie , dont tous les autres signes seraient d'ailleurs trop différens de ceux de l'hémorrhagie cérébrale pour qu'on pût la confondre avec elle. C'est l'opinion de Willïs. ( Pathologia sive de movhis , pag. 5 07 et suiv. )
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6.° Léthargie. La léthargie , ou mort apparente, pourrait, plutôt que tout autre état morbifique , être confondue avec l'apoplexie ; mais la même remarque faite pour le carus se retrouve ici. Toujours la léthargie n'est que symptomatique : ainsi elle termine de fortes attaques d'hystérie ; d'autres fois elle est le symptôme prédominant de la fièvre intermittente pernicieuse léthargique.
Dans le premier cas , la préexistence et la périodicité d'accès semblables suffiront pour éclairer le diagnostic.
Pour parvenir à la connaissance du second cas, il faudra avoir égard , i.° à la constitution épidémique régnante : en effet , il est rare que les fièvres intermittentes pernicieuses soient sporadiques ; les marécages, les camps , les prisons, sont les lieux où leurs épidémies s'observent ordinairement : 2.0 au tempérament et à la structure du sujet: ces fièvres atteignent de préférence les individus faibles ou débilités par des évacuations excessives, des maladies antérieures; ceux d'un tempérament nerveux, d'un caractère irascible. La léthargie , symptôme prédominant de la fièvre , revient avec elle par accès : pendant ceux-ci il n'y a nulle altération cfës traits ; la respiration est calme, le pouls naturel ou peu
dérangé ; autant de circonstances qui feront toujours distinguer la fièvre soporeuse de l'apoplexie , qui n'a d'ailleurs de commun avec elle que la perte de connaissance, l'assoupissement, l'abolition du sentiment et du mouvement : encore celle-ci est-elle générale dans la fièvre , et ne se prolonge-t-elle pas au-delà de l'accès.
7.0 Narcotîsme alcoholique. Le narcotisme résultant d'un excès de liqueurs spiritueuses peut quelquefois simuler l'apoplexie. Cependant on observera que, dans ce narcotisme, il n'y a ni hémiplégie ni lésion des fonctions de la vie organique. L'ivrogne exhale souvent l'odeur de la liqueur qui l'a enivré. Enfin la stupeur et la perte de connaissance ne sont qu'instantanées ; après quelques heures de repos , l'homme reprend son véritable rang. Quelquefois cependant l'ivresse se termine par l'apoplexie. Hippocrate dit lavoir vu.
8.° Narcotisme opiatique. Lorsqu'on ne peut découvrir la cause de ce narcotisme, le diagnostic est difficile. On notera néanmoins comme exclusifs au narcotisme , la paralysie des extrémités inférieures, les cris, les convulsions quand on agite l'empoisonné , la roideur tétanique ,
et ïe calme de la respiration. Il n'y a jamais d'hémiplégie.
9.0 Paralysies essentielles (i). Les paralysies essentielles diffèrent de l'hémiplégie apoplectique en ce que tous leurs phénomènes maladifs sont bornés aux membres affectés , et qu'elles ne s'accompagnent ni du trouble des facultés intellectuelles ni d'aucun autre symptôme dévolu à l'hémorrhagie cérébrale.
io.° Syncope. La syncope a quelques symptômes de communs avec l'apoplexie, tels que la perte subite de connaissance , du sentiment et du mouvement , etc. Mais ici , comme [dans la léthargie , l'immobilité est générale ; ce qui surtout la différencie de l'hémiplégie apoplectique. De plus , le pouls est éteint , la face pâle , le corps froid, couvert de sueur , la respiration imperceptible. Si la syncope est légère , tout cet appareil morbiflque se dissipe promptement ; si au contraire elle doit se terminer par la mort, celle-ci
(1) J'appelle ainsi les parai jsies rhumatismales et goutteuses, celles qui liennenl à une lésion de la moelle de l'épine, ou des nerfs des membres perclus, celles déterminées par la congélation.
go TRAITE DE L APOPLEXIE
est subite. Ces syncopes mortelles sont ordinairement le résultat d'une vive émotion de l'âme, telle qu'une nouvelle triste et inattendue, un violent emportement, une joie excessive, etc.
L'ouverture des cadavres ne montre le plus souvent aucune lésion ; quelquefois cependant on trouve une maladie organique du coeur , des principaux vaisseaux ou des organes respiratoires , connue ou restée occulte pendant la vie.
w? Asphyxies. Les asphyxies par défaut d'air respirable, ou respiration de gaz non respirables, tels que l'acide carbonique, l'hydrogène, l'azote, étant exemptes de convulsions , pourraient seules simuler une attaque d'apoplexie. En effet , elles déterminent comme celle-ci la perte de la connaissance ; la face est de même rouge et tuméfiée ; les pupilles dilatées et fixes : mais aussi le pouls et la respiration sont supprimés , l'insensibilité est générale, ce qui n'arrive jamais dans l'hémorrhagie cérébrale : il n'y a pas de paralysie. D'ailleurs on parvient presque toujours à découvrir la cause asphyxiante , ce qui dissipe toute incertitude. Cependant ce n'est guère qu'au début , ou tout au plus à une époque peu avancée, qu'on peut distinguer l'asphyxie de l'apoplexie ; car , si le malade n'est pas secouru à
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temps, elle finit par déterminer la rupture des vaisseaux cérébraux : une apoplexie succède. L'erreur n'aurait aucune conséquence fâcheuse chez un adulte, l'indication de dégorger le système sanguin cérébral existant dans les deux cas ; mais il n'en serait pas de même chez les nouveau-nés : l'application de quelques sangsues derrière les oreilles, ou la saignée par le cordon ombilical , tueraient l'enfant asphyxié , tandis que ces moyens le sauveraient, s'il était frappé d'apoplexie , d'autant plus sûrement qu'à cet âge cette maladie ne consiste le plus souvent qu'en un simple engorgement vasculaire.
Il est donc bien important alors de distinguer ces deux affections. M. Njsten a très-bien ^fait ressortir leurs différences. ( Manuel médical , 1816. ) « Dans l'une et l'autre, dit-il, l'enfant ne donne , en venant au monde, aucun signe de vie; il est insensible et sans mouvement : mais dans l'asphyxie il est exsangue, pâle et flasque ; tandis que , dans l'apoplexie , son visage est rouge , noirâtre , et plus ou moins gonflé ; ses membres , au lieu d être flasques , conservent encore une certaine élasticité , et l'habitude générale présente beaucoup moins l'image de la mort. » J'ajouterai qu'on rappelle l'enfant asphyxié à la vie en débarrassant ses voies aé-