HYDROCÉPHALE PASSIVE OU CHRONIQUE
Décrite pour la première fois.
Il y a deux modes distincts d'exhalation , l'un dépendant des forces vitales^et de la contractante organique des exhalans. qu'on pourrait en conséquence appeler tonique j l'autre , qui est moins une fonction qu'un effet naturel de l'adynamie de ces vaisseaux; véritable transsudation y phénomène purement physique, qui est loin d'être étranger aux corps vivans , comme on l'a dit t et que l'hydropisie présente fréquemment à l'observation.
Le premier mode d'exhalation est mis en jeu dans l'hydrocéphale active ; le second est un des principes générateurs de l'hydrocéphale passive ou chronique des vieillards. Celle-ci dépend encore de l'atonie des vaisseaux absorbans qui en ont été frappés en même temps que les exhalans : de là résulte nécessairement exagération d'exhalation d'une part, et défaut d'absorption de l'autre , et conséquemment accumulation de sérosité dans les cavités cérébrales. D'après cela, toutes les causes capables de priver ces deux ordres de vaisseaux de leur tonicité pourront
déterminer l'hydrocéphale passive ( î ). Or , comme la vieillesse est de toutes les causes asthéniques la plus puissante et la plus commune , on ne doit pas être étonné que cette hydropisie soit si fréquente à cet âge. C'est en effet l'une des maladies qui immolent le plus de vieillards.
Cependant l'hydrocéphale chronique est restée méconnue jusqu'à ce jour, aucun auteur n'en a fait mention ; M. Itard même , qui a donné l'histoire la plus récente, et certainement la plus complète des hydrocéphales, n'en parle nullement. A quoi donc a pu tenir une chose si extraordinaire? C'est qu'on prenait les symptômes de cette hydropisie pour des effets naturels de la décrépitude ; c'est que l'on attribuait toujours l'affaiblissement croissant des facultés mentales , et de la locomotion qui en fait le principal caractère , aux progrès de l'âge , quoique souvent
(i) La prédominance de la partie blanche du sang sur sa partie rouge peut encore être la cause première de cette hjdropisie.
Les expériences de Schulze et de Haller , qui rendaient des animaux hydropiques en les gorgeant d'eau , ou en injectant ce liquide dans leurs yeines i prouvent l'influence de cette cause.
le malade ne fût pas très-caduc. Trouvait-on à l'ouverture du crâne un épanchement considérable de sérosité , on ne pouvait se persuader que ce fût là la cause de la mort. Tantôt on attribuait cette collection aqueuse aux progrès dune sorte de colliquation générale commune dans la vieillesse ; d'autres fois on n'y voyait qu'une simple transsudation faite après la mort ou pendant l'agonie. Enfin , comme à une époque avancée l'hydrocéphale s'accompagne ordi» nairement d'une leucophlegtnatie générale , et que celle-ci , gagnant les cavités abdominale et thoracique, y détermine souvent des épanchemens ; quand cette circonstance existait , on ne balançait pas à proclamer ces épanchemens primitifs y et à ne tenir aucun compte de l'hydrocéphale qu'on regardait alors comme purement consécutive. C'était surtout lorsque le malade n'était pas trop âgé qu'on jugeait ainsi. On commettait d'autant plus facilement cette méprise, qu'imbu des préjugés ci-dessus et ne songeant nullement à l'hydropisie du cerveau , ceîle-ci parvenait à son dernier période , avant même qu'on l'eût soupçonnée.
Si l'hydrocéphale chronique était tout-à-fait au-dessus des ressources de l'art, il serait presque inutile d'en parler; encore cependant se-
rait-il bon de la faire connaître , pour qu'on pût la distinguer d'autres maladies qui lui ressembleraient , et qui offriraient plus de chances de succès. Mais plusieurs guérisons que j'ai obtenues prouvant qu'elle n'est pas toujours désespérée, c'est rendre, je crois, un véritable service à l'humanité que de la signaler.
En effet , qu'on ne s'imagine pas que cette hydropisie n'affecte uniquement que les vieillards décrépits, chez lesquels la vie est déjà à moitié éteinte. On l'observe fréquemment sur des individus encore verts , et même dans toute la force de l'âge. C'est chez ces derniers sujets qu'on peut espérer des succès , surtout quand , par une grande habitude, on est parvenu à saisir les premières nuances de la maladie , et qu'un traitement convenable est appliqué à temps.
Je n'ai, à la vérité, jamais vu guérir l'hydrocéphale chronique à l'hospice de la rue de Sèvres , quoique je l'y aie observée un grand nombre de fois ; mais ceci ne paraîtra pas étonnant quand on saura que les femmes récluses dans cet hôpital sont pour la plupart très - vieilles et infirmes, et surtout que, là plus qu'ailleurs , règne le cortège de toutes ces circonstances nuisibles qui entravent si sou-
vent les succès de îa médecine dans les hôpitaux.
En ville, au contraire, où l'on a à sa disposition tous les secours de l'hygiène , tous ceux de la médecine morale si puissante dans les affections cérébrales , et surtout un plus grand nombre de moyens pharmaceutiques , on peut certainement triompher de cette maladie ; j'en ai eu , je le répète , des preuves irrécusables.
C'est principalement à mon long séjour à l'hospice des femmes incurables que je suis redevable d'avoir le premier reconnu l'hydrocéphale chronique des vieillards ; c'est d'après un grand nombre d'observations que je vais en tracer la description.
Causes. Cette hydropisie ne se remarque guère avant cinquante ans. Elle affecte de préférence les individus âgés, ceux d'une constitution lymphatique, aqueuse, comme le disaient les anciens , sujets aux affections catarrhales , aux rhumes , aux coryzas , aux diarrhées séreuses ; ceux dont la santé est souvent dérangée , qui sont affaiblis par la misère et les privations, une maladie chronique ou des évacuations excessives , et qui offrent ainsi les traits d'une caducité précoce; particulièrement ces femmes aux-