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quelles une peau flasque, terne, terreuse, ridée ou infiltrée, des yeux chassieux et larmoyans , une face bouffie et sans expression , des lèvres bleuâtres et pendantes , une salivation continuelle , une malpropreté repoussante , une marche vacillante , une allure d'idiot , donnent un aspect plus facile à reconnaître qua décrire. On l'observe encore fréquemment sur les personnes qui ont passé toute leur vie dans une entière inaction , ou qui se sont habituellement livrées à des occupations abstraites , aux travaux du cabinet , à des méditations sérieuses , à une dévotion outrée , ou bien enfin qui nourrissent depuis long-temps de profonds chagrins. La suppression d'exanthèmes cutanés , d'anciennes suppurations, de vieux ulcères, d'écoulemens chroniques (1), de la transpiration, de
(ï) M. P*** 9 âgé de soixante-quatre ans , ancien militaire , menait depuis qu'il était sorti du service la vie la plus retirée et la plus inaclive. Il était devenu extrêmement dévot; on le voyait, toujours un livre saint à la main , et pleurant amèrement sur les souffrances des martvrs. En i8o3, il fut atteint d'un coiyza très-intense. Cette inflammation se prolongea tout l'hiver , et laissa à sa suite un nasillement et un flux séreux continuel. Cet écoulement s'accrut chaque jour, et devint si abondant, qu'on aurait pu recueillir en 24 heures près d'une
la sueur des pieds et des aisselles , d'un œdème des jambes ou de toute autre collection aqueuse ,
pinte de sérosités : le liquide coulait , pour ainsi dire , par flots des narines. Cet écoulement finit par devenir habituel : il y avait quinze ans qu'il durait sans avoir altéré la santé, lorsqu'en 1818 il se supprima brusquement et sans cause connue. Presque aussitôt M. P*** perdit l'appétit , se plaignit de céphalalgie, d'étourdissemens fréquens 3 d'une sorte de bouillonnement douloureux derrière le front ; il devint triste s morose; la vue et rouie s'affaiblirent, les membres s'engourdirent, les extrémités s'infiltrèrent, il tomba dans un assoupissement profond, maigrit rapidement; la mémoire s'éteignit peu à peu; toutes ses facultés mentales se détériorèrent au point qu'au mois de juin , où je fus appelé pour lui donner des soins , il était dans un véritable idiotisme.
De tout cet historique le point qui fixa le plus mon attention, fut le brusque dessèchement du flux nasal et la succession presque immédiate des symptômes de l'hydrocéphale. Je pensai avec raison que cette hydropisie pouvait bien être due à la suppression de l'évacuation habituelle, et me déterminai en conséquence à employer tous les moyens de la rétablir. Je mis le malade à l'usage du calomélas, à doses purgatives; je fis pratiquer tous les deux jours une friction mercurielle sur les glandes parotides ; j'appliquai un vésicatoire derrière chaque oreille ; je prescrivis des fumigations acétiques dirigées vers les narines; je substituai au tabac des poudres plus sternutaloires, tel qu'un mélange d'ellébore et d'arnica;
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sont autant de causes de l'hydrocéphale chronique. Celle-ci peut encore être consécutive à des anévrismes passifs , aux rétrécissement et ossification des ouvertures du cœur, à diverses maladies organiques du cerveau , tels que des tubercules, un endurcissement squirrheux, des hydatides des plexus choroïdes, à d'anciens caillots apoplectiques dont la résorption n'a pu se faire. Je l'ai vue encore survenir à la fin des cancers de l'estomac et de la matrice.
Symptômes, Le début de l'hydropisie est toujours très-lent , et sa marche progressive ; les signes de la compression cérébrale ne se dessinent que par degrés. Un état d'apathie, d'abattement , de morosité et de tristesse , une certaine lenteur dans les mouvemens et les opérations de l'esprit, la perte plus ou moins corn-
je joignis à ces mojens des boissons diurétiques , et je soutins mon malade à l'aide d'un bon régime , d'un vin généreux et de potions toniques excitantes. Au bout de quinze jours de ce traitement, j'eus la satisfaction de voir l'écoulement nasal reparaître, tous les symptômes s'améliorer à mesure que sa quantité [augmentait 9 et le malade recouvrer une santé parfaite dès que l'évacualioB fut revenue à ses anciennes proportions.
pîète de la mémoire, une tendance irrésistible à l'assoupissement , un air d'égarement et de stupeur, un engourdissement croissant de tous les membres ou seulement d'un côté , l'embarras et la surcharge de la langue , son infiltration , l'anorexie , des nausées , des vomiturations , signalent le commencement de l'hydrocéphale. Le pouls est faible et rare , la face bouffie est rarement affectée de convulsions comme chez les enfans , les pupilles sont très-dilatées , tantôt fixes, d'autres fois agitées de mouvemens convulsifs, et nullement en rapport avec les impressions de la lumière ; souvent le globe de l'œil présente une oscillation latérale continuelle , la vue est plus ou moins affaiblie, l'ouïe confuse ; les lèvres sont bleuâtres et gonflées , la bouche remplie de salive et de mucosités glaireuses ; quelquefois elle est déformée comme dans l'apoplexie , les extrémités sont infiltrées ; le malade se plaint continuellement de pesanteur de tête ; il lui semble parfois qu'un liquide bout dans le cerveau ou découle de cet organe le long du cou et du dos (i) ; l'assoupissement devient plus pro-
(i) Il ne paraît pas que ce symptôme soit imaginaire : c'est un des plus infaillibles de l'hydrocéphale ; je l'ai observé souvent , et toutes les fois , j'ai trouvé un épan-
fond, le malade cesse de se plaindre, il tombe dans une insensibilité totale , il oublie de se nourrir, ou il ne mange que machinalement, sans savourer ses aîimens ; enfin il devient toutà-fait idiot. Quelquefois il contracte l'habitude d'un mouvement automatique plus ou moins bizarre. J'ai vu une fois l'hydrocéphale déterminer une rotation continuelle de la tête, et chez un autre malade une espèce de danse de Saint-Gui fort singulière.
Cet état s'aggrave de plus en plus à mesure que l'épanchement cérébral augmente; lorsque celui-ci est arrivé au point d'abolir complètement les fonctions du cerveau, la connaissance et la mémoire se perdent entièrement , la vue s'éteint , le malade devient sourd et muet , les
chement très-considérable ; le canal vertébral même était rempli de sérosité.
Au mois de décembre 1817, je traitai une hydrocéphale chronique datant de six mois , chez une dame âgée de soixante-neuf ans 5 qui m'assurait chaque jour sentir très-distinctement un liquide lui tomber de la tête dans le dos , et pouvoir même me tracer avec la main la route qu'il suivait. L'usage long-temps continué d'eaux minérales purgatives , et un selon à la nuque, firent disparaître cette sensation extraordinaire avec lers autres symptômes de l'épanchement cérébral.
veux se ternissent, se voilent, comme on le dit; la bouche reste béante; ordinairement à cette époque il y a une paralysie complète de tous les membres : dans quelques cas cependant l'hémiplégie reste tranchée jusqu'à la mort. Les parties paralysées sont flasques , infiltrées ; enfin la respiration s'embarrasse, devient suspirieuse , intermittente, le pouls insensible, et un léger râle précède l'extinction de la vie.
Durée et terminaison. La mort est la terminaison la plus commune de l'hydrocéphale chronique ; elle est infaillible surtout quand le malade est un vieillard décrépit. Mais cette terminaison fâcheuse n'arrive pas de suite ; quelquefois l'hydrocéphalique traîne deux ou trois ans : souvent î epanchement cesse de faire des progrès , et le malade, devenu idiot , poursuit ainsi sa carrière long-temps. Quand il n'est pas trop âgé ni trop affaibli , que la maladie est prise à son début et qu'on emploie un traitement convenable, on parvient à le sauver; mais le rétablissement est ordinairement très-lent- Quelquefois cependant l'hydropisie se juge promptement par une évacuation critique , des sueurs abondantes , une diarrhée séreuse très-copieuse, etc. (i).
(ï) L'hiver dernier, je vis un cas de ces terminaisons
Autopsie cadavérique, À l'autopsie cadavérique , on trouve une sérosité limpide épanchée en grande quantité à la base du cerveau , et engouant les ventricules tantôt également, d'autres fois l'un plus que l'autre (1). La pulpe médullaire se fait remarquer par sa blancheur et son aspect nacré : l'arachnoïde ne paraît pas malade , elle est transparente et nullement altérée. Le cerveau est souvent en même temps ramolli; dans quelques cas on ne trouve pas d'épanchement ventriculaire ; mais le cerveau est infiltré de sérosité. Je n'ai jamais rencontré , comme chez les enfans , la glande pituitaire
subites. Comme j'insiste beaucoup sur l'usage des purgatifs dans le traitement de l'hydrocéphale chronique , j'avais une fois prescrit deux onces d'huile de ricin à M. Q... T... Cettel huile, qui était très-rance , détermina une superpurgation extraordinaire. Le malade eut près de cinquante-quatre selles en trois jours ; et à mon grand étonnement, ces évacuations excessives, au lieu de lui être préjudiciables, jugèrent complètement la maladie. M. Q... T... ne larda pas à se rétablir.
(î) Ordinairement l'exhalation se fait d'une manière
inégale dans les ventricules jusqu'à une certaine époque 5 pendant tout ce temps l'hémiplégie est distincte; la paralysie ne devient générale qu'au moment où ces deux cavités sont également remplies.
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suppurée ou en partie détruite. Les plèvres , le péricarde et le péritoine contiennent souvent un peu d'eau.
Diagnostic. Comme l'hydrocéphale chronique ne se développe que très-lentement, et que sa marche est progressive , il est impossible de la confondre avec l'apoplexie active et l'hydrocéphale aiguë. La même circonstance lui donne au contraire une très -grande ressemblance , i.° avec le ramollissement essentiel du cerveau; 2.0 avec d'anciens caillots apoplectiques; 3.°avec l'apoplexie passive; l\.{ 'enfin avec les ramollissemens cérébraux et épanchemens séreux consécutifs à l'hémorrhagie cérébrale. Il serait téméraire de vouloir la distinguer de la première de ces lésions. La préexistence d'une attaque d'apoplexie empêcherait de confondre avec l'hydrocéphale d'anciens caillots ou toute autre suite de l'hémorrhagie cérébrale. Il serait assez facile de la distinguer de l'apoplexie pas^sive. Comme les premiers progrès de l'hydrocéphale chronique sont très -obscurs, il faut avoir un oeil très-exercé pour la reconnaître à son début. Mais , pour peu qu'on ait l'habitude de l'observer, il est tout-à-fait impossible de la méconnaître à une époque plus avancée. L'ex*?
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pression de la face , et surtout les troubles cérébraux ont un caractère propre auquel on ne peut se méprendre.
Traitement. Le traitement a d'autant plus de succès, comme je l'ai déjà dit , qu'il est appliqué plus tôt. Employé dès le début , il parvient souvent à borner les progrès de l'hydropisie et à la guérir; la maladie arrivée à un certain degré est tout-à-fait incurable. Les moyens qu'on tenterait alors ne feraient que hâter la mort. De tous ceux qu'on peut employer dans le traitement de cette hydrocéphale , il n'en est pas de plus efficace que l'établissement d'un exutoire à la nuque, et surtout un séton. Quand j'ai été appelé dans les premiers instans de la maladie 3 j'ai toujours eu à me louer de ce moyen (i). Viennent ensuite les vésicatoires aux bras et aux cuisses , les frictions avec la teinture de cantharides le long de la moelle de l'épine , les diurétiques chauds, les décoctions de quinquina avec l'acétate d'ammoniaque ou lether nitrique , les bols camphrés et nitrés , les
(i) Plusieurs moxas appliqués sur le trajet des sutures m'ont aussi réussi. M. Regnault ( Mémoire sur l'hydrocéphale , i8j 2 ) a éprouve l'efficacité de ce moyen dans l'hydrocéphale des enfans.
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potions toniques excitantes , les frictions mercurielles à petites doses lorsque le malade est encore assez fort et peu âgé , l'usage fréquent des purgatifs, et notamment celui du calomélas. Le régime doit être restaurant. La médecine morale est d'une très-grande aide. Il faut bien se garder de se relâcher du traitement aussitôt qu'on voit les symptômes améliorés ; on ne doit le faire qu'après leur entière disparition, qu'après que le malade a recouvré l'usage de ses membres , et le plein exercice de ses facultés mentales. Il est même bon d'entretenir pendant long-temps un exuloire à la nuque , afin de prévenir les récidives.
A l'appui de cette description de l'hydrocéphale chronique des vieillards , je vais , pour la rendre plus complète , rapporter dans tous ses
détails une observation de cette maladie.
Madame veuve Bérard , âgée de soixante- Hospice de» quinze ans, habitait cet hospice depuis 1810. saue Sainte* Cette femme , d'une constitution replète , était #,<>•£ v lymphatique à l'excès: face d'un blanc terne, yeux bleus, cheveux jadis blonds; tissu cellulaire gorgé d'une graisse fluide , peau molie , flasque et pâle , lenteur remarquable des actions , répugnance extrême pour toute espèce d'exercice ; conception très - bornée ; goût décidé pour la
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retraite et la méditation religieuse; pleurs -continuels et sans motif.
Au mois de juillet 1817, Mad. Bérard commença à se plaindre de céphalalgie , de pesanteur de tête, d'éblouissemens fréquens : les extrémités s'infiltrèrent; la répugnance pour le mouvement et l'apathie s'accrurent au point que la malade ne voulut plus sortir de son lit , où elle passait les journées entières la bouche béante, l'oeil fixe et humide, paraissant plongée dans un recueillement profond, quoiqu'elle ne songeât à rien. Peu à peu les membres s'engourdirent et se paralysèrent, les gauches plus tard que les droits; en même temps la perte de connaissance et de la mémoire devint complète; la malade oubliait même de manger ; elle serait morte de faim , si l'on n'eût eu l'attention de lui introduire les alimens dans la bouche. Ceux-ci ne paraissaient faire aucune impression sur son palais ; elle les mâchait automatiquement et les avalait sans choix. L'amaigrissement fit des progrès rapides; les pupilles étaient depuis long-temps dilatées et immobiles ; l'ouïe se perdit également ; la paralysie devint générale ; l'infiltration cutanée gagna l'abdomen et le thorax ; dès-lors la respiration s'embarrassa, se ralentit de plus en plus, et devint râlante; le pouls d'une rareté extrême,
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disparut par degrés; enfin le 25 décembre les extrémités se refroidirent , le corps se couvrit de sueur froide , et la malade s'éteignit , pour ainsi dire , sans qu'on ait pu noter l'instant où elle avait rendu le dernier soupir.
Ouverture du crâne. Méninges décolorées , cerveau d'un blanc mat , mou et infiltré , quatre onces au moins d'une sérosité claire dans chaque ventricule , même quantité à peu près épanchée à la base du crâne.
Thorax et abdomen. Un peu d'eau dans ces cavités; tous les viscères très-pâles , mais sains; cœur flasque et petit.
Cette observation présente un tableau fidèle de l'hydrocéphale chronique des vieillards. Cette maladie doit inspirer d'autant plus d'intérêt , qu'elle est extrêmement commune , et qu'elle n'est pas au-dessus du pouvoir de l'art. J'engage beaucoup les praticiens à lui accorder toute leur attention , à en recueillir toutes les observations et à faire de nouvelles recherches, afin de perfectionner son traitement, et de compléter ainsi un travail que je n'ai fait qu'ébaucher, Pour moi, je me livrerai à son étude avec la plus vive ardeur; je ne laisserai échapper aucune occasion de l'observer ; et si je parviens à de nouvelles découvertes, je les communiquerai aussitôt. Il est si doux d'être utile à ses semblables !
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