‹ Traité de l'apoplexie ou hémorrhagie cérébrale; considérations nouvelles sur les hydrocéphales, description d'une hydropisie cérébrale particulière aux vieillards récemment observéeChapitre 20 sur 32 · PROGNOSTIC · texte numérisé non relu

PROGNOSTIC

L'apoplexie ne peut être quune maladie extrêmement grave ; j'en ai donné les raisons dans ma préface. Son degré de gravité est surtout relatif au volume de lépancheinent, au lieu qu'il occupe , et à l'étendue de la désorganisation cérébrale. On porte encore un prognostic fâcheux

ou favorable, d'après la constitution du sujet, le caractère sthénique ou asthénique de l'apoplexie, la période à laquelle on l'observe , l'aspect plus ou moins sinistre de ses symptômes , ses causes , et la nature de ses complications.

Prognostic relatifs i.° à la quantité de sang épanchée. C'est sur le volume plus ou moins considérable de l'épanchement que repose la division de la maladie en légère ou faible y et en grave ou forte, Solvere apoplexiam vehementern quidem impossibile : debilem verb non facile y a dit Hippocrate. ( Aph. 42 s sect. 2 , edente Lorry. )

2.0 Au siège de l'épanchement. L'observation a prouvé que la guérison était plus prompte et plus facile lorsque, dans l'apoplexie active, l'épanchement occupait la surface du cerveau ou les ventricules , que quand il siégeait dans les corps calleux, le centre des hémisphères , le cervelet , ou la protubérance annulaire. Lorsque ces dernières parties sont frappées d'apoplexie , la mort est toujours inévitable et subite. Jamais, que je sache , on n'y a trouvé de cicatrices apoplectiques.

5.° A la constitution individuelle. L'apoplexie est bien plus grave lorsqu'elle affecte des indi-

vidus qui depuis long-temps y étaient disposés par leur constitution , que dans le cas contraire. L'apoplexie est constitutionnelle dans le premier cas; le malade est voué à mourir, soit de l'attaque présente , soit d'une récidive. L'apoplexie purement accidentelle dans le second , offre beaucoup plus de chances de guérison.

4-° A Fâge, L'apoplexie , des vieillards décrépits ou débiles est, toutes choses égales d'ailleurs , plus fâcheuse que celle qui frappe un sujet robuste et de moyen âge.

5.° A la saison et à la constitution atmosphérique. L'hiver, les fortes gelées, le dégel et les grandes chaleurs , sont la saison et les circonstances atmosphériques où l'apoplexie est le plus funeste.

6.° A la nature des causes. La nature de la cause n'a peut-être pas autant d'influence sur la gravité de l'apoplexie qu'on pourrait se l'imaginer. En effet, dès que l'épanchement est formé, peu importe qu'il ait été déterminé par une cause facile à détruire , ou fixe et permanente ; la quantité de sang épanché n'en est pas moins , dans les deux cas , l'échelle de graduation. Néanmoins il est hors de doute que l'espoir serait

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plus grand, et les rechutes moins à craindre, si 1 on était appelé dès le principe de l'épanehement , et que la cause déterminante fût facile à détruire ( des compressions accidentelles du cerveau , la présence de vers dans les intestins , une mdigestion , la suppression d'une hémo-rrhagie habituelle , etc. ), que dans les cas où la cause serait inaccessible aux ressources de l'art (des exostoses de la face interne du crâne , des lésions organiques du cerveau ou du cœur , la constitution apoplectique ).

7.0 J$u caractère actif ou passif de Vhêmorrhagie. L'apoplexie active est bien moins grave que l'apoplexie passive. Dans la première, les propriétés vitales conservant un certain degré d'énergie , permettent d'agir vigoureusement , d'employer des moyens violens ( les saignées et les dérivatifs évacuans ) mais efficaces. L'apoplexie passive porte au contraire le cachet de l'anéantissement des forces ; état qui proscrit formellement les antiphlogistiques , et met dans la dure nécessité de n'user que de moyens indirects ( les toniques excitans) et de peu d'effet: aussi la mort est-elle inévitable. L'hémorrhagie active par exhalation est moins grave que celle qui se fait par rupture des vaisseaux, en ce que

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îa lésion du cerveau y est presque nulle , et que le sang épanché occupe des surfaces où la résorption est plus facile.

8.° Au rang numérique de V attaque. Toutes choses égales d'ailleurs , une seconde apoplexie est beaucoup plus grave que la première, la troisième que la seconde , etc. On voit rarement guérir d'une troisième attaque , à plus forte raison d'une quatrième ; une cinquième tue presque infailliblement (1).

Q*A la période de V attaque. La guérison étant d'autant plus facile et plus prompte , que le caillot est moins volumineux , on combattra toujours l'apoplexie avec plus de succès, quand l'épanchement n'aura pas encore atteint son summum , qu'à une époque plus avancée.

\o. ° A V intensité et aux espèces de symptômes, La persistance des symptômes pendant plusieurs

(1) J'ai rapporté l'observation d'une femme apoplectique pour la quatrième fois. On trouve bien dans le iq.' volume, page 21 du Journal de médecine, l'observation d'un homme qui essuya neuf attaques dans l'espace de dix-huit mois; mais je doute fort qu'il ait eu neuf hémorrhagies, neuf apoplexies complètes.

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jours sans aucune rémission, la maladie ayant résisté aux premiers moyens curatifs , est d'un présage sinistre. Post sanguinis missionem , si non redit motus et mens , nihil spei superest. (Celsus, de re medicâ ? lib. 3^ caput. 2.) Un état caractérisé par la perte absolue de connaissance, 1 ample dilatation des pupilles, l'hémiplégie complète avec refroidissement et flaccidité des membres, est des plus inquiétans. On regardera encore comme symptômes très-graves un coma profond , l'absence totale de la conscience de la vie, la petitesse et l'accélération du pouls, l'écume à la bouche , le simulacre du fumeur , le mutisme, la difficulté , et surtout l'impossibilité de la déglutition, l'insensibilité de l'estomac à l'action des émétiques , celle des membres aux sinapismes et^vésicatoires , les taches, les ecchymoses de la peau , la pâleur de la face , l'enduit fuligineux de la langue , les soubresauts des tendons , les convulsions , le délire.

Les symptômes avant-coureurs de la mort sont, la sterteur (1), la faiblesse et l'intermit-

(1) La sterteur est due à la paralysie des muscles inspirateurs, qui, de tous, sont les plus vivaces. Ce sjmptôme est très-facheux : il peut à lui seul donner la mesure du danger. « Stcrtorest , cœteris paribus ? mensura periculi^ ( Sauvages. )

tence du pouls, le grincement de dents, l'extinction du regard , le voilé des yeux , la flétrissure de la cornée, la paralysie du pharynx , l'aspect cadavéreux de la face, le refroidissement des extrémités, l'émission involontaire des urines et des matières fécales, le délire , la roideur tétanique ^etc.

Au contraire , on concevra de l'espoir, si l'on voit une amélioration des symptômes après les premières saignées; si alors la figure redevient sereine , l'œil expressif, la respiration plus régulière et le pouls plus souple ; si l'estomac est sensible aux émétiques , si la bouche et la langue recouvrent leur rectitude ; si la connaissance se rétablit , que le malade envisage son état comme satisfaisant , qu'il évacue convenablement ; si surtout il commence à ressentir une espèce de fourmillement dans les membres paralysés , signe précurseur du retour de la vie dans ces parties. •

\\.° Aux complications» Il serait presque inutile de dire que l'apoplexie est bien moins dangereuse quand elle est exempte de complication , que dans le cas contraire.

La fièvre inflammatoire, au début, annonce tantôt une forte congestion cérébrale , une vive

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excitation de l'encéphale ; d'autres fois elle indique l'association d'une gastrite , d'une arachnitis ou de toute autre phlegmasie. Elle est d'un plus mauvais augure dans les derniers cas que dans le premier. La complication de la gastrite est non-seulement grave par elle-même , mais encore parce qu'elle contrarie le traitement de l'apoplexie en contre-indiquant l'application des irritans dérivatifs sur l'estomac. L'état adyna^mique , qui accompagne fréquemment l'apoplexie passive , est la plus fâcheuse des complications ; elle ne laisse aucun espoir de guérison.

En général, la fièvre n'est favorable que dans deux circonstances : i.° lorsqu'elle annonce une évacuation critique (si febris accedit , solutio fit. Hipp. prœnot. 3); 2.° quand elle n'est que le symptôme d'une phlegmasie extérieure éga-* lement critique.

12.0 Enfin aux accidens consécutifs. Parmi les accidens consécutifs on note , comme' les plus graves , l'hémiplégie complète avec dessèchement des membres , la perte de la vue , un état de démence : un simple embarras de la prononciation , un léger engourdissement , l'affaiblissement de la vue , une surdité incomplète , l'émission involontaire des larmes , sont d'une bien moindre conséquence,

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