‹ Traité de l'apoplexie ou hémorrhagie cérébrale; considérations nouvelles sur les hydrocéphales, description d'une hydropisie cérébrale particulière aux vieillards récemment observéeChapitre 22 sur 32 · ÎÔO TRAITÉ DE L'APOPLEXIE · texte numérisé non relu

ÎÔO TRAITÉ DE L'APOPLEXIE

lette, de pensée tricolore, d'arnica ou de polygala , qu'on donnera en trois doses à un quart d'heure de distance.

En ajoutant quelques grains de muriate de soude ou d'ammoniaque à l'émétique, on augmente de beaucoup sa propriété vomitive. Ce moyen est très-précieux dans l'apoplexie , où souvent des doses énormes de ce sel , administré seul , ne peuvent provoquer le vomissement. Il ma réussi un très-grand nombre de fois.

S'il y a un certain degré de dysphagie, on fera prendre une cuillerée à bouche de cette dissolution toutes les cinq à dix minutes jusqu'à production du vomissement. On excitera celui-ci en faisant boire autant que possible de l'eau tiède. Si la déglutition était totalement impossible et les mâchoires serrées , je conseillerais de porter la dissolution émétisée dans l'estomac au moyen d'une sonde de gomme élastique introduite par les fosses nasales. Ce mode d'administration, dont ne parlent pas les auteurs, peut être de la plus grande utilité , la déglutition restant très-rarement libre dans l'apoplexie. Il m'a complètement réussi dans un cas de dysphagie absolue , qui m'en suggéra l'idée. Le vomissement eut lieu , les mâchoires se desserrèrent; la dé-

ET DES HYDROCÉPHALES. ]6l

glutition se rétablit assez pour faire avaler quelques gorgées de boissons.

M. Laennec obtint des vomissemens , dans un cas semblable , en faisant frictionner circulairement l'épigastre avec un mélange de dix grains d'émétique et d'un peu de cérat. Le tartrite antimonié de potasse employé ainsi , a d'ailleurs un second effet avantageux; il détermine en vingt-quatre heures sur la partie où on l'applique une éruption vésiculaire varioli forme 9 qui fait dans ce cas l'office d'un vésicatoire.

Enfin , dans un cas qui requerrait impérieusement le vomissement, si on n'avait pu le provoquer par aucun moyen, on serait peut-être autorisé à injecter une solution émétisée dans les veines. Les expériences faites sur les animaux ont prouvé que l'effet de Fémétique administré de cette manière était infaillible. On trouve dans îe Recueil des mémoires de la société de Copenhague un exemple de succès de ce mode d'administration de Fémétique. Un homme avait avalé un "morceau de tendon. Ce corps s étant arrête dans la gorge, menaçait de suffoquer le malade. Tous les moyens tentés pour l'extraire avaient été infructueux, la mort était inévitable, et devait être prochaine : on se hasarda d'injecter deux grains d'émétique dans les veines. Bientôt

l6'2 TRAITÉ DE l'àPOPLEXIE

le vomissement eut lieu, et le corps étranger fut expulsé.

Si l'on se décidait à tenter cette opération on ouvrirait de préférence, d'après le conseil de Fodéré P une veine du dos de la main, on exprimerait le sang du bout supérieur, et Ton y pousserait la dissolution antimoniée avec ménagement. La dose serait de deux grains dans deux onces d'eau. On se servirait d'une petite seringue à canon long et effilé. On aurait bien soin d'en faire arriver le liquide jusqu'à l'orifice , afin de la priver complètement d'air ; les expériences de Bichat sur les animaux ayant démontré qu'il suffisait d'une très-petite quantité de ce fluide , injecté dans les veines , pour faire périr un homme (îj.

(i) Cependant MM. Orjila et Magendie se sont convaincus qu'on pouvait introduire sans danger une trèsgrande quantité d'air dans le système sanguin > pourvu que l'on eût l'attention de l'y pousser à plusieurs reprises «t par petites parties.

M. Nj'steîi 3 qui croit , avec Brunev et Morgagni, que l'apoplexie peut dépendre de la présence de gaz dans les vaisseaux du cerveau, dit que, pour qu'un gaz produise cet effet, il faut qu'il soit très-abondant, et qu'on ne doit pas lui attribuer la mort, lors même qu'il est en quantité notable.

ET DES HYDROCÉPHALES. l63

Cette opération serait peut-être avantageuse dans quelques cas ; mais il faudrait qu'elle fût l'unique moyen de sauver le malade pour qu'on s'y décidât, car elle est très-délicate, et peut causer la mort. Le tartre stibié produit quelquefois , au lieu de vomissemens , des évacuations ajvines copieuses; il faut alors seconder cet effet en administrant des boissons laxatives.

M. Broussaîsj vu l'insensibilité de l'estomac à l'action de l'émétique dans les premiers jours de l'apoplexie , conseille de donner ce sel à trèshaute dose, io à 12 grains, par exemple. Je n'oserais jamais l'imiter, persuadé qu'une si grande quantité d'émétique , séjournant longtemps dans l'estomac , pourrait y produire des désorganisations d'autant plus dangereuses, qu'au milieu de la torpeur générale aucun signe extérieur ne les dévoilerait.

M. Orfila y en faisant l'histoire de l'émétique, rapporta dans une de ses leçons de médecine légale l'observation d'un apoplectique à qui on avait donné vingt grains de ce sel en une seule dose , et à l'autopsié duquel on trouva tous les désordres d'un empoisonnement, une inflammation très-considérable de l'estomac et des poumons. Cette dose d'émétique , quoique énorme , n'avait pas provoqué le vomissement comme

ït34 TRAITÉ DE X.' APOPLEXIE

cela arrive souvent au début de l'apoplexie, et par conséquent avait eu tout le temps d'exercer

ses ravages.

M. Paillet, interne de l'hôpital Saint- Antoine , a cependant lu en 1817, à la société d'instruction médicale , l'observation d'une apoplexie traitée et guérie par des doses énormes d'émétique ; le malade, qui en avait pris jusqu'à soixante-quatre grains par jour dans une pinte d'infusion d'arnica, n'avait commencé à vomir que le jour où la dose fut portée à quarante-huit.

M. Laennec m'a assuré avoir également donné avec avantage jusqu'à un gros d'émétique à plusieurs apoplectiques. Mais cette conduite , justifiée par le succès, ne peut être avouée par la prudence.

Après que la congestion cérébrale a été dissipée, et que l'émétique a été administré , il con. vient d'entretenir une irritation sur le canal intestinal en rendant les boissons laxatives. On ajoute à cet effet deux onces de pulpe de casse » de tamarins, de manne, quelques gros de sulfate de soude , de potasse , ou un demi-grain à un grain d'émétique , à une pinte d'eau de veau, de petit-lait, d'une infusion d'arnica, de tilleul ou de valériane. Ompourrait encore, dans le cas de dysphagie complète , faire parvenir ces

ET DES HYDROCÉPHALES. l65

boissons dans l'estomac en les injectant par une sonde passée dans les narines, mais avec beaucoup moins d'avantage que pour la solution d'émétique concentrée. La diète doit être rigoureuse , et les boissons rafraîchissantes au début de l'apoplexie et pendant toute la durée du nielimen hœmorrhagïœ. On donne pour tisane une limonade tartareuse, l'orangeade, Toxycrat, l'hydromel , ou IWgeat. Mais , aussitôt que toute crainte de récidive a cessé , que la connaissance est revenue, la stupeur dissipée , en un mot que le malade ne conserve plus d'autre symptôme de l'attaque que la paralysie , on doit chercher à réconforter l'estomac par un régime rendu chaque jour plus analeptique et par desmédicamens toniques et fortifians , tels qu'un peu de confection d'hyacinthe , d'extrait de genièvre , quelques onces de vin de kina, d'aunée, d'absinthe, des potions rendues excitantes par l'addition de deux gros à une once d'esprit de Mendérérus y d'un alcohol aromatique (i). Quelques grains de camphre ou de musc , la teinture de casto-

(i) M. Portai dit avoir obtenu Beaucoup de succès d'une potion composée de deux onces d'eau de mentîie et de fleurs d'oranger , vingt gouttes d'éther acétique „ et deux gros d'esprit de Mendérérus*-

l66 TRAITÉ DE L'APOPLEXIE

réuni, feront la base des potions toniques antispasmodiques, qu'on administrera dans le cas de complication de l'apoplexie avec quelque affection nerveuse.

L'on fait en même-temps sécher les vésicatoires qu'on avait entretenus jusqu'alors avec soin pour prévenir le retour de l'hémorrhagie , et on ne s'occupe plus que du traitement des accidens consécutifs , ainsi que je l'indiquerai plus bas.

Apoplexie passive. La conduite du médecin dans le traitement de l'apoplexie passive est des plus embarrassantes. En effet , il est privé de la classe des remèdes qui pourraient seuls avoir quelque efficacité contre l'hémorrhagie; et ceux qu'il est forcé d'employer , n'agissant que d'une manière générale et indirecte , sontjj presque toujours inutiles. Aussi l'apoplexie passive , heureusement beaucoup plus rare que l'active , guérit-elle rarement.

La saignée générale est formellement proscrite dans cette apoplexie. Cependant , comme il existe quelquefois au milieu de l'asthénie générale une pléthore locale et momentanée de l'encéphale , on pourra se permettre l'application de ventouses à la nuque ou de sangsues à la

ET DES HYDROCEPHALES. IQJ

base du crâne ; mais il serait dangereux de trop insister sur les évacuans , car la prostration est radicale. On devra proniptenient recourir aux excitans et toniques intérieurs , dans le double but de relever les forces et de rétablir l'équilibre de la circulation.

Les vésicatoires seront seulement voîans , les sinapismes souvent renouvelés. On fera des frictions avec la teinture de cantharides , l'alcohol camphré ou l'4ther acétique sur le trajet de la moelle épinière. L'éméiique , nuisible en lavage , pourra convenir à dose vomitive.

On fortifiera le malade par une alimetantion très-nutritive et de facile digestion ; on lui fera boire un peu de vin de Bordeaux ou d'Àlicante ; on lui prescrira des potions fortifiantes faites avec ïe kina , la cannelle , l'écorce d'orange , la vanille, etc.; on lui donnera chaque matin deux à quatre onces d'un vin amer; on cherchera enfin à relever ses forces par tous les moyens possib es.

Dès qu'on aura eu le bonheur d'y parvenir ; que le pouls aura repris de l'étoffe , 4«e ^e ma~ lade aura recouvré la connaissance et l'appétit 9 on sera arrivé au point de n'avoir plus qu'à s'occuper de la paralysie ou autres suites de î'hémorrhagie.

l68 TRAITÉ DE l/ APOPLEXIE

Apoplexie des nouveau-nés. L'apoplexie desf nouveau-nés requiert la prompte section du cordon , ou sa déligation , s'il a été lié. On fera des frictions sur l'abdomen; on plongera l'enfant dans un bain tiède , d'après le conseil de Beaudelocque P si l'écoulement du sang est difficile ; enfin on appliquera une à deux sangsues derrière les oreilles , si l'hémorrhagie ombilicale ne peut être provoquée par aucun moyen.

Traitement des complications. 1 .° La fièvre du début, résultat du molimen hœmorrhagiœ^ exige la diète , les antiphlogistiques et les boissons tempérantes.

2.0 La teinture de digitale à haute dose convient, surtout comme sédative de la circulation, lors de* la coexistence d'un anévrisme actif du cœur.

3.° Outre que la gastrite exige des rafraîchissans et la* diète la plus sévère , elle proscrit formellement l'emploi des vomitifs et des toniques. On applique avec succès une vingtaine de sangsues à l'épigastre , et mieux encore à l'anus.

l\.° L'embarras gastrique simple ou essentiel requerra l'émétique sitôt qu'on aura dissipé la congestion cérébrale par les antiphlogistiques.

5.° La forme ataxique que revêt la fièvre dans le cas de complication d'arachnitis exigera l'application de glace sur la tête, des boissons rafraîchissantes et émétisées , et une diète sévère. On saigne le malade, on appose des sangsues à la base du crâne ou au fondement , et l'on se garde bien d'employer les topiques irritans, qui auraient alors le fâcheux effet d'aggraver l'état du malade.

6.° L'état adyoamique , presque inséparable de l'apoplexie passive, commande d'abandonner toute espèce d'antiphîogistique pour recourir aux toniques , aux potions excitantes , et à un régime analeptique. Les lavemens irritans , les sinapismes et les vésicatoires volans, conviendront aussi.

7.0 Le ramollissement .du cerveau et l'hydrocéphale aiguë concomitans ne pouvant être reconnus, n'exigent aucun traitement particulier.

Traitement des symptômes. Lorsque ni les irritans extérieurs ,*ni l'émétique n'ont pu tirer le malade de la stupeur , un large vésicatoire appliqué sur le cuir chevelu y parvient quelquefois.

Les convulsions , dues tantôt à l'arachnitis concomitante , d'autres fois seulement à l'épan-

1 70 i TRAITÉ DE i/APOPLEXIE

chement apoplectique , requièrent , dans les deux cas ; les antiphlogistiques , et de plus, dans le dernier, quelques antispasmodiques, quand la congestion cérébrale est dissipée. On surmonte une constipation opiniâtre par des lavemens purgatifs.

On remédie momentanément à la dysurie par le cathétérisme; on pratique ensuite des frictions camphrées sur l'hypogastre , et on applique un vésicatoire à la région sacrée.

Traitement des causes. La suppression d'un exanthème cutané, le dessèchement d'un ulcère , exigeraient qu'on recouvrît la partie anciennement affectée d'un vésicatoire , afin d'y rappeler ces maladies.

S'il y avait des vers intestinaux , on associerait quelques anthelmintiques au traitement antiapoplectique. (Zàcutus Lusitanus, Praxis admirabilis , lib. 2 , obs. 55. )

Enfin les sangsues à l'anus ou à la vulve , des pédiluves irritans , et les bains de siège , seraient employés , si un flux hémorrhoïdal ou les règles s'étaient supprimés.

ET DES HYDROCEPHALES. 1^1

§. IL Traitement consécutif ou des suites de V Apoplexie.

Les accidens consécutifs qu'entretient seule la présence du caiilot, sont les divers degrés et espèces de paralysie, et le trouble des facultés intellectuelles.

Dans les premiers temps de l'attaque , ces symptômes ne requièrent aucun traitement; on les néglige pour ne s'occuper que du soin de dissiper la congestion cérébrale , et de prévenir l'accroissement de l'épanchement. Cependant, comme les assislans en sont ordinairement trèseffràyés,et qu'ils pourraient manifester leur surprise du peu d'attention qu'on y donnerait , i! est convenable d'user de quelques moyens, quelque en soit le peu d'efficacité. Ainsi on frictionnera les membres paralysés avec une brosse appropriée , ou une éponge imprégnée de liqueurs aromatiques, d'éther nitrique, acétique, de teinture de cantharides , d'alcohol camphré, etc. Mais aussitôt que l'appareil des symptômes hémorrhagiques a disparu , que le malade, sorti de la stupeur, a recouvré sa connaissance , on doit mettre le plus grand zèle à traiter les accidens consécutifs.

La gravité de ces accidens est toujours proportionnée au volume de l'épanchenient ; il s'améliore à mesure que la masse du caillot diminue; l'absorption complète de ce corps étranger est le terme de la guérison. ( Sublatâ causa tollitw effectus. ) Tous les efforts du médecin doivent donc avoir pour but de favoriser et d'accélérer cette résorption.

Hémiplégie. L'hémiplégie à différens degrés est , de tous les accidens consécutifs , le plus grave et le plus tenace. Les moyens proposés pour la guérir sont de deux ordres , les uns (les excitans et toniques intérieurs ) tendent à activer l'absorption générale, et celle du cerveau en particulier; par les autres (les irritans externes ), ou cherche à réveiller la sensibilité et le mouvement dans les parties paralysées.

Voici comme on traite ordinairement cette paralysie : on met le malade à l'usage d'une boisson tonique excitante , telle que l'infusion d'arnica, de tilleul, de feuilles d'oranger, de sauge, de romarin, de lavande, de mélisse, de menthe; de serpentaire de Virginie, de calamus aromaticus y de valériane, de quinquina, etc.; on aiguise ces tisanes avec un sel purgatif, dans, le but d'entretenir la liberté du ventre ; et une

dérivation permanente sur le tube intestinal. On accroît encore leur vertu excitante en les animant d'un scrupule à un gros de liqueur & Hoffmann , d'éther nitrique ou acétique , d'acétate d'ammoniaque , de carbonate d'ammoniaque, d'alcohol de genièvre, de cannelle ou de gayac. On prescrit des potions de même nature, ayant pour véhicule et pour base les mêmes substances à doses plus rapprochées. Ou leur associe encore des bols camphrés ou musqués. On purge de temps en temps le malade , surtout s'il est replet ; on entretient soigneusement la liberté du ventre au moyen de lavemens. Le mercure doux , donné chaque jour à la dose de dix à douze grains, a été préconisé par quelques médecins. Je crois qu'il n'a réussi que contre les hémiplégies hydrocéphaliques , qu'on avait crues apoplectiques.

On se trouve très-bien aussi de l'usage des diurétiques, toutes les évacuations étant propres à activer l'absorption. Cependant les sudorifiques seront proscrits , à cause de la vive excitation qu'ils déterminent sur le cerveau ; si on les employait , il faudrait au moins les abandonner sitôt qu'on verrait la tête s'embarrasser; et, en général, on devrait user de la même précaution pour tous les médicamens excitans.

Pendant qu'on administre ce traitement interne, on fait pratiquer sur les membres paralysés des frictions avec un iiniment ammoniacal, la teinture de benjoin, celle de cantharides, l'eaude-vie camphrée, ou le baume opodeldoch : on y entretient des vésicatoires pour tâcher de rappeler la vie dans ces parties ; on a recours , dans le même but, au galvanisme ou magnétisme minéral, à l'électricité, employée déjà depuis longtemps avec succès par Dekaen. (Ratio medendi, pars 4» Pag- 169 et i85.)

Dès que le malade peut se traîner ou voyager sans danger , on l'envoie à quelque source d'eaux minérales. On recommande particulièrement comme les plus avantageuses, les eaux salines de Balaruc, département de l'Hérault; de Bourbonne- les- Bains , département de la Haute- Marne (thermales, de 46 à 69 centigrades -f- o) ; de Plombières , département des Vosges ( thermales , de 55 à '77 + o ) ; les eaux sulfureuses d'Enguien, département de Seine et Oise; de Barèges , département des Hautes - Pyrénées ( therm. de 41 à 56 + o ) ; deBagnières-Luchon, même département (de 5o à 60 + o ) ; de Coterets , môme département , ( de 22 à 65 + o ) ; les eaux ferrugineuses acidulés de Spa, département de l'Ourthe; de Forges, département

p ET DES HYDROCÉPHALES. 1^5

de. la Seine-Inférieure; de Vichy, département de l'Allier (therm. de 5i à 49 + o ) ; de Bourbonne - l'Archanibault , même département (therm. de 4<> à 5i + o); enfin, les eaux ferrugineuses sulfatées de Passy près Paris . et de Plombières. Outre l'usage des bains, le malade se trouvera bien de boire plusieurs verres de ces eaux, chaque matin, à jeun. Si des circonstances de fortune ou autres forcent le malade de renoncer aux sources naturelles , on y supplée en partie par des eaux minérales factices , par des bains artificiels , tels que ceux d'hydrosulfure de potasse , qui ont surtout paru utiles à M. Jadelot. On a proposé les bains froids, les immersions froides de cinq à six minutes. Les frictions de neige ou de glace seraient plus avantageuses , et moins nuisibles. En retirant le malade du bain , on le couche dans un lit bassiné , on le couvre bien , pour favoriser la réaction générale et la sueur, qu'on excite encore par une boisson sudorifique chaude , telle qu'une infusion de sureau , d'hièble, de pétales d'œillets rouges , de salsepareille , de gayac, etc., avec dix ou vingt grains de poudre de Dower. Enfin des rubéfians et des vésicatoires voîans , promenés sur les parties paralysées , un séton ou un moxa à la nuque ,

complètent la longue liste des remèdes antihémiplégiques.

Emerveillé de l'action de la noix vomique sur les animaux, action constatée par les expériences de M. Magendie y M. Foucjuier conçut l'idée ingénieuse et hardie de l'utiliser contre la paralysie.

L'observation ne tarda pas à prouver à ce médecin que cette substance réussissait mieux dans ïes paralysies rhumatismales ou essentielles que dans les apoplectiques ; il remarqua aussi que la paraplégie lui cédait plus facilement que l'hémiplégie.

M. Foucjuier préfère l'extrait alcoholique (1) à toutes les autres préparations. 11 débute par en donner un grain en deux pilules ; il augmente chaque jour la dose d'un demi-grain jusqu'à ce qu'il l'ait jugée assez forte. Bientôt le malade éprouve dans les parties affectées un sentiment de chaleur et de fourmillement, suivi, au bout de!quelques minutes , demouvemens convulsife. Ces accès se répètent souvent, et à de courts intervalles. Dans leur intermission , le malade est aussi tranquille que s'il n'eût pas pris de noix

(t) L'extrait alcoholique contient seul la pyrotoxine, partie active de la noix vomique.

ET DES HYDROCÉPHALES. \nn

vomique. Ce qu'il y a de très-remarquable dans ce médicament, c'est qu'il ne porte son action que sur les membres perclus , et surtout sur les inférieurs, et que le malade conserve toute sa connaissance au plus fort de l'accès convulsif. La noix vomique ne continue pas moins d'agir sur les animaux dont on a détruit le cerveau. Les convulsions ne cessent que quand on a désorganisé la moelle épinière.

M. Fouquier interrompt l'usage de la noix vomique chaque fois qu'il voit se manifester des signes de congestion cérébrale, que la langue devient rouge, et l'estomac douloureux. Il aide l'action du médicament par des frictions irritantes/et en donnant pour boisson une tisane excitante , telle que l'infusion de mélisse , de menthe, d'arnica, d'oranger.

J'ai suivi M. Foiicjuier pendant un an ; je lui ai vu administrer la noix vomique à neuf malades , et j'avouerai que sur aucun d'eux je n'ai observé de guérison parfaite. Les uns n'en avaient éprouvé qu'une légère amélioration ; quelquefois cette amélioration n'était que momentanée, et cessait avec l'usage du remède ou peu de temps après. Bien plus, chez quelques personnes , les membres paralysés n'avaient de sensibilité et de mouvement que pen-

dant leurs contractions spasmodiques. Espérons cependant que ces essais ne seront pas entièrement perdus pour l'humanité , et qu'une plus longue pratique changera ces demi-succès en triomphes complets (i).

La noix vomique partage à un haut degré l'inconvénient de toutes les substances toniques excitantes ; elle exalte fortement les propriétés vitales du cerveau ; et excite le sang à s'y porter en grande quantité. On doit sans cesse avoir l'œil ouvert sur ces congestions cérébrales dont sont menacés à chaque instant les hémiplégiques qu'on traite par ces médicamens.

Mais quelle est la manière d'agir de ceux-ci dans l'hémiplégie? Activent-ils en effet l'absorption du caillot ? Je crois leur action très-bornée sous ce rapport; et voici comment j'explique les succès qu'ils obtiennent. Je crois que le cerveau finit par contracter une sorte d'habitude de l'état de stupeur et d'inertie dans lequel l'entretient la présence du caillot; qu il peut conserver cette habitude long-temps après la résorption

(i) Le rhus radie ans , que M. Fouquier emploie depuis quelque ternes dans le même l>ul et de la même manière, ne paraît pas devoir être plus avantageux.

ET DES HYDROCÉPHALES. 1 hq

de Fépanchement, et que ce n'est par conséquent qu'en excitant l'organe, en lui donnant, comme on le dit en pratique, un coup de fouet qui le tire de sa torpeur , que les médicamens stimulans guérissent l'hémiplégie.

Les exutoires appliqués sur les parties paralysées n'ont pas pour unique avantage d'y exciter la vie animale et organique; ils sont en outre des sentinelles vigilantes qui veillent continuellement à la sûreté du cerveau, dont ils préviennent ainsi le nouvel engorgement sanguin. Un régime doux, capable de s'opposer au retour de la pléthore , favorisera aussi la résorption du caillot, en entretenant toutes les fonctions de l'économie dans un juste équilibre.

Paralysie de la langue. On a encore approprié des médicamens aux paralysies partielles. Ainsi , dans celle de la langue on fait mâcher des substances irritantes , tels que le piment , le poivre-long, la racine de pyrèthre, de ginseng, la vanille; on prescrit des gargarismes dans lesquels entrent l'aîcohol de raifort, de cochléaria, des acides minéraux, la moutarde, etc.

Amaurose. Dans l'amaurose consécutive à l'apoplexie , l'émétique donné chaque jour à

î8o TRAITÉ DE L'APOPLEXIE

dose nauséabonde (un demi-grain à un grain en lavage dans une pinie d'eau de veau, d'arnica ou de sérum ) a paru être de quelque avantage.

On établit en outre des irritans dérivatifs au voisinage des yeux; on applique des vésicatoires derrière les oreilles, un séton à Ja nuque (Lancisi, pag. 116), un moxa ou un cautère actuel sur le trajet du ner frouto-surciIJier , ou Ja suture coronale (Albucasis, Chtr , pars 1 , cap. 2. Sevéeinus, de ejflcic. medic. , pag. 212). Scarpa propose encore des fumigations de carbonate d'à m m on iâqi ;e dirigées sur l'œil , et continuées jusqu'à ce que le malade y éprouve des picotemeus douloureux.

L'observation que j'ai faite à l'égard de l'hémiplégie est applicable à ce^ diverses paralysies. Elles subsistent long-temps après que le cerveau est débarrassé du sang qui le comprimait. Aussi le traitement excitant interne leur convient-il également.

Troubles divers du cerveau. Le trouble des facultés intellectuelles , la perte de la mémoire, un état de stupeur , d'imbécillité et de démence, autant de reliquats de 1 apoplexie, persistent souvent jusqu'à une nouvelle attaque,

ET DES HYDROCÉPHALES. l8l

même jusqu'à la mort, et toujours tant que le caillot, leur unique cause, subsiste dans le cerveau. Le temps, opérateur le plus puissant de la résorption de l'épanchemeut, aidé de légers révulsifs et d'un régime convenable , peut seul guérir ces affections. Si l'âge et les forces du malade le permettent , on appliquera un vésicatoire au cou, et de temps à autre quelques sangsues derrière les oreilles ou à l'anus; on entretiendra soigneusement les évacuations habituelles; on fera voyager le malade , et on lui procurera toutes sortes de distractions.

Malgré ces attentions , l'apoplectique succombe souvent après avoir offert long-temps l'espoir de la guérison. ii meurt, soit que l'épanchement ait été trop considérable pour que ses forces aient pu fournir aux frais de l'entière résorption , soit que la désorganisation du cerveau ait été trop profonde pour avoir pu être complètement réparée. Dans quelques autres cas , la mort est amenée à une époque éloignée par le ramollissement consécutif du cerveau ou la succession d'un vaste épanchement séreux , que l'art n'a pu prévenir , et auquel ii n'a pu rien opposer. Néanmoins, lorsqu'on voit les accidens consécutifs se prolonger trop long-temps , on peut avec raison soupçonner qu'ils sont entre-

l82 TRAITÉ DE L 'APOPLEXIE

tenus par ces dernières lésions , et tenter en conséquence de légers excitans , mettre le malade à l'usage des toniques et des amers , du quina surtout, et d'un vin généreux.

Un traitement mercuriel par les frictions , poussé jusqu'à la salivation lorsque le sujet est encore vigoureux , ou l'usage journalier de quelques grains de calomélas, pourraient encore être utiles. Un exutoire au cou , et les diurétiques , conviendraient également.

Page 1