‹ Traité de l'apoplexie ou hémorrhagie cérébrale; considérations nouvelles sur les hydrocéphales, description d'une hydropisie cérébrale particulière aux vieillards récemment observéeChapitre 8 sur 32 · OO TRAITE DE L APOPLEXIE · texte numérisé non relu

OO TRAITE DE L APOPLEXIE

sommeil et à l'assoupissement ; une propension à l'abus des liqueurs spiritueuses et de la bonne chère , un certain degré de stupidité , un laissealler général, l'impossibilité de se livrer aux occupations abstraites , etc. Cette constitution appartient presque exclusivement aux ivrognes et aux gastronomes ; aussi est-ce avec raison que les caricatures nous les représentent sous des dimensions formidables.

Une autre variété de la constitution apoplectique est au contraire le triste apanage de cette classe d'hommes utiles à la société , dont ils font la richesse et le bonheur ; on pourrait même dire qu'elle est presque uniquement départie aux gens de lettres (1). En effet, la plupart des hommes qui se sont illustrés par leurs travaux littéraires ont été moissonnés par l'apoplexie. C'est cette cruelle maladie qui nous fait encore déplorer la perte des Cabanis , des Njsten, et d'une foule de savans que ma plume n'a pas le courage de nommer

Les sujets de cette constitution se font remarquer par un corps sec , grêle , nerveux , comme le dit le vulgaire ; leurs veines sont peu saillantes; la pâleur du corps contraste singulière-

(i) Alberti , Disserlatio de majori frequentiâ apoplexiae in erudilis. Halœ , 1755.

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ment avec la rougeur de la face , qui s'anime encore à la moindre émotion. Doués de beaucoup d esprit , ils sont en général très-sensibles , amis zélés de la vérité et d'une société douce et enjouée ; leurs fonctions organiques languissent ; il semble que la nature les néglige et les oublie pour ne s'occuper que de la vie de relation. La force du cœur , et surtout la prédominance de Ses cavités gauches , fait encore souvent partie de cette variété de la constitution apoplectique.

Les femmes et les hommes sont également sujets à l'apoplexie.

Passé l'époque de la naissance où cette affection est très-fréquente , elle devient très-rare jusqu'à l'âge adulte ; on pourrait presque dire que l'apoplexie est une maladie de la vieillesse. Ba~ glîvi donne pour cause de cette prédilection de l'apoplexie pour les vieillards la prédominance du système veineux à cet âge ; mais jo pense qu'on doit plutôt l'attribuer , avec M. Richerand , à ce que le cerveau, par suite du cercle qu'a parcouru l'énergie vitale dans les âges antérieurs, est redevenu le centre de fluxion.

Hippocrate a dit que l'apoplexie survenait communément de quarante à soixante ans ; mais cet aphorisme était sans doute plus applicable au climat de la Grèce qu'à celui plus tempéré

de la France et de l'Angleterre ; car Cullen et M. Portai ont remarqué que l'apoplexie était beaucoup plus fréquente après soixante ans qu'à tout autre âge. Le relevé des décès qui ont eu lieu à l'hospice de la rue de Sèvres depuis 1809 est en faveur de l'observation de ces médecins.

A la tête des causes prédisposantes cérébrales , quelques auteurs ont placé , comme étant la plus fréquente , le ramollissement delà substance du cerveau dans le lieu où l'épanchement doit se faire. Si l'existence de ce ramollissement précurseur était aussi avérée qu'elle est douteuse , on concevrait assez qu'il dût prédisposer à l'apoplexie ; mais rien n'est moins prouvé.

Il serait bien plus rationnel de croire que dans les apoplexies qui frappent ces individus pour ainsi dire exsangs , ne présentant aucune indice de la prédisposition apoplectique , les vaisseaux cérébraux sont originairement faibles , ou qu'antérieurement à l'attaque ils sont affectés d'une maladie qui, ayant affaibli leurs parois ou altéré leur tissu , les a prédisposés à l'hémorrhagie. MM. Chaussier , Lallement et Béclard sont persuadés que cette cause prédisposante existe dans un très-grand nombre de cas. Quant à moi , je ne balance pas à l'admettre pour toutes les apoplexies passives.

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La plupart des auteurs ont encore regardé comme causes prédisposantes de l'hémorrhagie cérébrale , mais avec beaucoup moins de fondement, l'ossification des artères carotides à leur passage sur la selle turcique , celle des sinus de la dure-mère (Lancisi, p. 68), de la faux du cerveau ( Morgagni ) y les maladies des méninges ( Récamier, Mémoires de la société médicale d'émulation, an 5 , p. 472 ) , les calculs , les tubercules, les hydatides du cerveau , la compression de ce viscère par des exostoses développées à la face interne du crâne, etc.

Causes prédisposantes hygiéniques. — Civcumfusa. L'apoplexie est par fois fomentée par l'habitation d'appartemens exposés au midi , ou dans lesquels on entretient une chaleur permanente. Les vicissitudes atmosphériques et les troubles électriques la déterminent souvent. Elle règne de préférence dans les climats chauds , les pays secs et élevés. Dans nos régions , on l'observe le plus fréquemment pendant les saisons sèches , très-chaudes ou trèsfroides. {Apoplexiœjiunthyeme, Hipp. , sect. 3. Régnant temporibus pluviosis et hyemeP Lanchsi ,

pagV9°.)

Applicata. L'habitude de porter des vêtemens trop lourds ou trop serrés -, l'abus des bains chauds, etc., prédisposent encore à cette maladie.

Ingesta. Celte classe est la plus féconde en causes prédisposantes. Celles ci sont surtout des excès de régime , l'abus des liqueurs alcoholiques

{^J^inum moderatè sumptum auget quidem nativum calorem y sed copia illum obstruit , crapula réfrigérât cerebrum , propterea popinatores maxime omnium apoplexiœ obnoxii. — Riolani Opéra omnia, morbi cerebri XII de apoplexiâï), l'usage prolongé d'une nourriture animale, d'alimens trop échauffons et excitans , etc.

Excréta. Parmi les excréta on doit surtout noter une constipation opiniâtre , la suppression delà transpiration, de dartres [herpès repulsus , Lancisi , pag. 67) , d'un ulcère , d'une hémorrhagie, ou de toute autre évacuation périodique ou habituelle (Suppressœ hœrhorrhoïd<js ^Baglivi, propos. 2 , p. 33g) ; l'omission d'une saignée de précaution.

Gesta. Les ' cultivateurs, les jardiniers, les tailleurs, que leur profession oblige d'être toujours courbés; les charrons , les forgerons, les

chaufourniers , les serruriers , les fabrîcans de porcelaine, les miroitiers (1) ? sans cesse exposés à une vive chaleur ; les fabricans d'acides minéraux , les vidangeurs, les charbonniers, vivant continuellement dans une atmosphère chargée de gaz délétères {yapor carbonum , Félix Piater^ lib. i , pag. 19 ) ; les portefaix, les hommes de la halle au blé exerçant des travaux pénibles, etc., sont très-sujets à l'apoplexie.

La mollesse, l'inaction, un sommeil trop prolongé , les veilles excessives, les travaux du cabinet, n'y disposent pas moins.

Percepta. Cette maladie a parfois été déterminée par des émotions vives et subites de l'âme, des passions impétueuses.

Causes efficientes.

L'apoplexie des nouveau-nés est toujours le résultat de la gêne apportée à la circulation cérébrale par la compression de la tête au passage , celle du cou par quelques tours du cordon , celle de tout le corps par un maillot trop serré, etc.

Des coups , des chutes sur la tête , les corn-

(1) Ramazzini (Opéra omnia , Genevae , 1717 , 5 vol.

in-4 , cap. 1 ) dit que les miroitiers sont en Italie si sujets à l'apoplexie, que leurs femmes se remarient souvent jusqu'à sept fois.

motions du cerveau, ses déchirures par des esquilles dos détachées dans les fractures du crâne, -la pendaison, les grands efforts de respiration, l'oblitération d'une arlère principale (Richerand)., l'amputation d'un membre considérable ( 1 ), l'asphyxie, les in digestions, l'embarras gastrique, l'hépatisation des poumons par suite d'asthmes prolongés ou de plusieurs pneumonies, sont à peu près toutes les causes occasionnelles de l'apoplexie des adultes et des vieillards.

L'hémorrhagie cérébrale est ordinairement sporadique P c'est-à-dire qu'elle n'attaque fortuitement que tel ou tel individu; cependant elle a paru régner épidémiquement à Leipsick en 1786. Baglivi a remarqué aussi une apoplexie qui fut commune à presque toute l'Italie pendant l'hiver des années 1694 et 1695. (Baglivi, pag. 635. ) Hoffmann rapporte qu'en 1700 il y eut une épidémie semblable à Breslaw, et en 1701 à Berlin.

Cette maladie est presque endémique dans les pays chauds. En Amérique, elle termine souvent la fièvre jaune.

(1) En 1814, j'aidai M. Béclard à pratiquer, à l'hôpital Saint-Louis, l'extirpation de ia cuisse sur un adulte des plus robustes, qui? le soir même de l'opération, l'ut foudroyé par l'apoplexie.

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L'apoplexie a paru héréditaire dans certains cas, c'est-à-dire que la plupart des membres d'une même famille morts d'apoplexie avaient tous été d'une constitution apoplectique ( i ). ( Wepfer. De Jpopl. , obs. 58. )

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