TABAC ET DIVERSES ESPÈCES DE CIGUËS
Nous n’aurions pas parlé de l’empoisonnement par le tabac, ou du moins par la nicotine, si une cause célèbre n’était venue il y a peu de temps appeler l’attention des chimistes toxicologues sur cette substance si vénéneuse , et qui a été étudiée avec un soin tout particulier par Ai:\l. Orfila et Stass.
La nicotine ^ alcali organique des diverses espèces de tabac, et la conicine ou cicutine qui existe dans les ciguës sont, sans contredit, les deux poisons les plus énergiques du règne végétal : nous regrettons vivement de ne pouvoir (mtrer dans do longs détails sur l’empoisonnement par ces deux alcalis organiques. Nous devons nous contenter de donner leurs caractères distinctifs que nous empruntons au beau travail présenté par M. Orfila il l’Académie de médecine de Paris. Dans ce travail , le savant professeur a démontré : 1” Que l’on peut caractériser la nicotine pure aussi aisément qu’on le fait pour un poison du
ABRÉGÉ DE TOXICOLOGIE
règne minéral ; 2“ qu’on petit déceler cet alcali dans le canal digestif, et aflirmer qu’il y existe, alors même que le canal n’en contiendrait que quelques gouttes; 3" <iu’il est facile de constater sa présence dans le foie et dans les autres organes après qu’il a été absorbé.
La nicotine et la conicine sont deux alcalis organiquc.s volatils qui existent probablement à l’état d’acétate , de tannatc ou de gallate dans les plantes qui les fournissent et dont on peut les extraire, ainsi que des divofses matières avec lesquelles ils pourraient être mélangés par des distillations ménagées et répétées au contact de la potasse , et qui , pour bien faire, et en raison de l’altérabilité de ces alcalis au contact de l’air, devrait être faite dans un courant d’hydrogène.
Voici d’ailleurs les caractères distinctifs de ces deux alcaloïdes :
Réactifs.
Nicotine.
Conicine.
Ét»l
Liquide.
Liquide.
Coaieor
Incolore lorsqu'elle est pure, elle brunit & l'air
Jaune.
Odeur
Piquante désagréable de ta-
Oleur qui rappelle celle
bac.
de l'urino de souris.
Action sur le tournesol rougi
Elle bleuit le loarnesol rougi .
Elle bleuit le tournesol rougi.
Elle surnage et ne se dis-
Action de l'eau
Très-soluble dans l'eau.
sout pas facilement dans; , l'eau. ■ 1
Se voUtiee it 250" , répand
Vofatile.Répand une odeur
Action de la chaleur. . .
> une odenr très-irrilante de
de céleri mélangé d'odeur
tab.ic.
d'urine de souris.
Éther et alcool
1 Très-foliihle , ces liquides 1 l'enlèvent h l'eau.
Très-soluble.
Acide sulfurique concentré et froid
La colore en rouge vineui.
N'est pas altérée.
Acide azotique
Coloration jaune orangé, à i Coloration topaze, qui ne|
l'aide d'une douce chaleur.
changf^ pan par la chaleur.
1 Acétate neutre de plomb.
Précipité blanc.
Pas de précipité.
Tannin
Précipité Liane.
Précipité blanc.
' Chlorure de platine . . .
Précipité jaune.
Précipité jaune.
Parmi les caractères de la nicotine , un des plus curieux est celui qu’elle présente au contact de l’acétate de bioxyde de cuivre , qui donne un précipité hlm soluble dans un excès avec coloration bleue, comme le ferait l’ammoniaque : caractère qui pourrait faire confondre cette dernière base avec la nicotine;
•io
mais celle-ci précipite en jaune par Veau iodée , tandis qne l’ammoniaque décolore le même réactif sans le troubler.
Traitement de l'empoisonnement par le tabac, les ciguës, la nicotine et la conieine. (Voyez page 388.)
Nous ne terminerons pas ce qui a trait A Thistoire des ciguës sans donner les caractères distinctifs de la ciguë vireuse et de la ciguë maculée , de la petite ciguë-et du persil.
CiKiif virense, maculée,
Cicula virota. Cicula maculais.
Caractérea.
Racines
Tige
Folioles. ^ .
Folioles de l'involucelle.
Blanchâtres , perpendiculaires, charnues, creuses â l'intérieur et pleines d'un suc laiteui.
Entièrement verte.
Allongées, lancéolées, étroites, aigues, profondément décoapéi'S en dents do saie irrégulières.
Aussi longues et souvent pins longues que les ombellules.
Longues, rampantes, horilon taies.
Marquée de taches pourpres comme le coniuin maculatum.
Foliolesovulcs aigues, régulièrement dentées en scie.
Plus courtes que les onibellules.
ABRÉGÉ ÜE TOXICOLOGIE.
Caractères distinctifs de la petite ciguë , sothusa cynapium , et du persil (petroselinum sativiun).
Carariere».
Petite Ciguë.
Persil.
Odenr
De lotiris.
Dressée, raroeos», cylindriifue, légèrement striée,
Aromatique.
l glauque , rougeâtre iolé-
Cannelée verte , folioles larges partagées en (rois
/ rieurement , port ni des
\ feuilles trois fois divisées,
lobes presque cuoéifor-
1 dont les folioles sont étroi- 1 les, aiguës, incisées d’un vert foBcé. ,
Blanches disposées en om-
mes et dentés.
belles terminales , compo- ' Bées environ d une ving-
1 taine de rayons , ceux de
D'un vert jaunAtre , avec
! Flettrs •
1 laeirconférunce pliu longs, 1 pas d'involucre général ,
un involocre général , à six ou huit folioles.
I mais avec des ir.volucelles
1 à quatre on cinq folioles ! linéaires réfléchies et pen- 1 dantes d'un seul eâté.
Globuleux , comprimés d’on
Ovoïdes allongés, marqués
1 vert foncé, dlTranl surcha-
Fniiis
cune de ses moitiés cinq
un peu de lignes longitu-
1 cèles saillantes et arron-
1 dinales à peine visibles.
^ dies.
Ajoutons enfin que des accidents ont été produits par le mélange des fruits de ciguë avec ceux de l’anis vert : ceux-ci ont une coloration verte et sont globuleux, un peu allongés, portent les débris du pédoncule à leur base ; ceux de la ciguë sont, au contraire, blanchâtres , légèrement recourbés eu croissant , et n’ont pas de pédoncule persistant.
DEUXIEME SFXTIOX DES MARCOTICO-ACRES.
Cette section comprend la strychnine, l'igasurine, la. bruciae, la noix vomigue, la fève de Saint-Ignace , la fausse any usturc, Vupas tieuté.
Sijtnplûmcs produits par ces substances. Le phénomène dominant dans les einixiisonnements par ces substances est l’action spéciale qu’ils exercent sur le système nerveux , et qui se manifeste par une contraction générale de tous les muscles thi corp^
^'>2 AlîHKGÉ DG ÏOXlCOLOGli;.
avec redressement de la colonne vertébi-ale ; bientôt succède un grand calme f|ui est suivi d’un nouvel accès tétanique plus long que le premier, et pendant lequel la respiration est accélérée puis les accidents cessent, la respiration est ralentie; il y astupélaction, suivie d’une nouvelle contraction générale. Chez les c hiens » d y roideur et rapprochement des pattes antérieures qui se dirigent en arrière, redressement de la colonne vertébraie et renversement de' la tête sur le cou r les animaux tombent sur la mâchoire inférieure et bientôt après sur le côté; alors le tétanos est complet, le thorax est immobile et la respiration nulle, coloration des lèvres et des gencives en violet. Cet état d asphyxie dure une à deux minutes, et"^ moins que 1 asphjxie ne soit portée à un très-haut degré, les organes des sens et le cerveau continuent à exercer leurs fonctions. Après quelque temps, le tétanos cesse et la respiration est rétablie. Ces accès, de plus en plus violents, se renouvellent jusqu’à et cinq fois. La mort survient après le cinquième. Un phénomène qui doit être signalé et qui ne se trouve que dans les empoisonnements par ces substances, c’est que l’attouchement d’une partie du corps quelconque, ou bien la menace ou le bruit, produisent à l’instant le tétanos.
Lésions. On remarque les mêmes altérations que chez les individus asphyxiés, mais pas de lésions dans le canal digestif dans le plus grand nombre de cas.
STRYCIIMXE.
Cet alcali organique est un des poisons les plus violents que l’on connaisse : les symptômes qu’il détermine sont ceux que nous venons d’indiquer. Il en est de môme des lésions.
Traitement. Le traitement que nous allons indiquer pour la strychnine s’applique à l’empoisonnement par la brucine, la noix vomùjue , Ist, fève de Saint-Ignace , la fausse angnstnre , le camphre et la cogne du Levant ou le principe immédiat qu’on en retire , la picrotoxine.
Les individus blessés par les vpas emploient le chlorure de sodium comme contre-poison. î\Bl. Magendie et Delille ont prouvé que ce sel ne produisait aucun eflet, soit (jue le poison ait été appliqué à l’extérieur ou introduit dans l’estomac; or, les upas , produisant les mêmes symptômes que la strychnine et les autres poisons de cette section , il en résulte que l’empoisonnement doit être traité de la même manière, c’est-à-dire qu’il faut se hâter d’administrer un vomitif, et de provoquer ainsi les vomissements, et aussi par la titillation de la luette. Il est urgent en outre de s’opposer à l’asphyxie , qui est la principale cause de la mort , en pratiquant la trachéotomie , et en
ABRÉGÉ DE TOXICOLOGIK.
insufflant de l’air dans les poumons. Si le poison a été appliqué au moyen de blessures failes aux membres par des lleclies imnréjrn4s de poison ou par tout autre moyen, on doit cautériser immédiatement et pratiquer une ligature au-dessus de l’endroit blessé. Si le poison a été ingéré dans 1 estomac depuis Quelque temps, il faut administrer un lavement purgatif et faire prendre des potions renfermant de l’éther sulfurique ou de l’essence de térébenthine qui sont, dans la plupart des cas, d’un effet salutaire ; enfin , les injections de chlore et la décoction de tannin seront d’un grand secours , principalement dans les cas d’empoisonnement par la strychnine, la brucine ou par la noix vomique. Ajoutons, toutefois, que les inspirations d air, faites avec patience et avec la plus grande précaution , sont le moyen le plus efficace dans ces sortes d’empoisonnements.
Rcclicixlics médico-^légulcs de lu strychnine et de lu b)
Ces deux alcalis organiques n’agissent que lorsqu us ont etô absorbés : ils sont l’un et l’autre faciles à reconnaître , même lorsqu’ils sont mélangés avec des liquides organiques colorés : quelquefois cependant il est difficile de constater 1 ensemble de leurs caractères. Dans les cas où il s agit de reconnaître la présence de ces alcaloïdes mélangés à des matières organiques, il faut faire bouillir ces matières soit avec de l’alcool concentré , soit avec de l’eau acidulée par l’acide acétique. Dans le premier cas, on pourra isoler ainsi le principe immédiat lui môme; dans le second, sa combinaison avec l’acide acétique pourra être décomposée par l’ammoniaque qui précipitera la strychnine et la brucine, et toujours on distinguera ces deux alcaloïdes aux caractères suivants :
(laraclères.
SaT«ur. . . .
CriaUlli^al^on.
Aci<Je aïotiqae conerntré.
N il raie.
Alcool.
Strycliiiluc.
E^lrémemenl «mère.
Octaèdres ou en priâmes, à quatre pans terminés pai lies pyramide! à quatre faces.
Coloration jaune.
nrncinc.
Amère.
l’rismes droits rliiinibuï'lale.
.V base
Cristallise facilement.
Insoluble dans l'alcool élea- I du.
•Aride sulfurique cl bi- |
oïyde do plomb, ou bi- \ Coloration niolcllelrès-belle. chromale de pola-sc. . )
Coloration rouge do sang qui passe au eiolet par |.' proloclilorure d'étain.
Ne cri.lallisp pas.
Soluble dans I alcool étendu.
Rien.
3Ô* AimÉGK bK TOXlCOLüGlK.
Nous devons ajouter que très-souvent la strychnine du commerce est impure, et que, renfermant de la brucine, elle est colorée en rouge par l’acide azotique. Il paraîtrait, d’ailleurs d’après les expériences récentes de M. Desnoix , que nous regrettons de ne pouvoir rapporter ici, que ia coloration en rouge , qui se produit lorsqu’on traite la strychnine par l’acide azotique, ^rait due à une base très-énergique, qu’il a isolée , et qu’il nomme igcuwine. Cet alcaloïde se distingue surtout des pi-écédents par sa très-grande solubilité dans l’eau. De plus , il rougit bien mieux par l’acide azotique que ne le fait la brucine elle-même»
MOIX VOMIQUE.
La noix vomique , la fève de Saint-Ignace et l’écorce de fausse angusture doivent leur action à la strychnine et à la brucine qu’elles contiennent : de sorte que l’empoisonnement par ces substances sera en tout semblable à celui produit par la strychnine. L’extrait alcoolique de noix vomique est de toutes les pré- ]>arations pharmaceutiques de cette semence celle qui est la l)lus active.
S’il s’agissait de reconnaître la présence de la noix vomique mélangée avec des substances animales, il faudrait faire bouillir, à diverses reprises, dans l'eau ; la liqueur filtrée serait ensuite précipitée par un lait de chaux épais, qui formerait un igazurate de chaux insoluble qui se précipiterait en même temps que la strychnine et que la brucine, avec l’excès de chaux. Le dépôt, séché avec soin, serait ensuite épuisé par l’alcool bouillant qui dissoudrait les deux alcalis organiques, et l’alcool évaporé les laisserait pour résidu. 11 faudrait alors procéder à la séparation et à la purification par les moyens ordinaires , et on les reconnaîtrait à leurs caractères.
L’angusture fausse, attribuée d’abord au brucca antidyscntcrica, est une écorce qui est répandue dans le commerce, et dans laquelle MM. Pelletier et Caventou ont découvert la bnicinc. 11 est certain aujourd’hui qu’elle est produite par le stnjchnos nux vomica. On l’a quelquefois confondue avec l’angusture vraie produite par ie cusparia febrifuga , de la famille des Uutacces. Outre les réactions chimiques qui ont été indiquées par M. Guibourt {Histoire naturelle des drogues simples , 4' édition , tome III , page 512) pour distinguer ces deux écorces , on peut avoir recours aux caractères suivants :
ARKKGÉ DÉ TOXICOUKÎIE.
CaraciÈres.
Fausse Angusturc.
.. .. .. ■ m^ji
.\u^usturc vraie.
Épaisse», rugueuses, rou-\
Plates ou roulées, peu ru-
;É<orc«f
lées surellea-miuies ; bords
gueuses, bords taillés en
taillés à pic.
Brune ou jaune verdâtre , 1 présentant des saillies ou ) excroissances produites par
biseau.
Couleur
le grand accroissement do 1 l'enveloppo subéreoso et r qui ont une cooleur plus ^ jaune.
) Jaune gniàlre.
Saveur
Très-amèw.
Amère.
1 Acide axolique. .....
Coloration rouge.
Coloration jaune.
TROISIÈME SRCTIOÎI.
Cette troisième section comprend l’upas anthlar, le camphre et la coque du Levant
Les poisons de cette section sont peu importants , et sont rarement la cause d’empoisonnements : ils iiTitent les partie^ (fff’ils touchent, produisent les vomissements et des convulsions, On traite ces empoisonnements comme celui produit par l’opium.