QUATRIÈME SECTION
CHAMPIGXOXS VÉXÉXELX.
Nous regrettons vivement de ne pouvoir donner ici tous les caractères distinctifs des diverses espèces de champignons vénéneux et comestibles. Nous ne pouvons qu’engager les médecins à consulter 1’ex.cellent ouvrage do M. Uoques. Le genre Loletus renferme peu d’espèces vénéneuses : c’est aux genres ayaricus et amanita que l’on peut rapporter les champignons vénéneux.
Le genre muinila (agaric-bourse) compnmd les champignons soi-tant d’une bourse ou valve , chapeau garni à la partie inférieure de feuilles ou de lamelles rayonnantes en dessous et supporté par un pédicule plus ou moins renllé à sa base.
Ce groupe renferme la fausse oronge, variété de Vamanila ourimlaca dePersoon, ayaricus muscarius de Linné, ayaricus pscudo-aurianlicui de BulUard. Ce champignon est très-véné-
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lieux ; il est très-souvent confondu avec l’oronge vraie (awianita aurantiaca) , qui t st un excellent comestible. Voici leurs caractères distinctifs :
Caractères.
Oronge vraie.
Oronge fa nsige.
VoIts
Chapeaa
Couleur
Feuillets inférieurs. . . .
Recouvre complètement le champignon dans sa jeunesse, ce qui lui donne de la ressemblance avec un œuf.
Sans verrnes blanches.
Jaune orangé. !
Jaune tendre.
Recouvre imparfaitement le champignon.
Parsemé de verrnes blanches.
Rouge écarlate ou ronge orangé vif.
Blancs.
La plupart des autres amanites sont vénéneuses. Nous nous contentons d’indiquer les caractères des deux espèces qui donnent le plus souvent lieu à de mortelles méprises.
Le genre agaricus renferme des champignons dépourvus de bourse bu valve. Le chapeau des feuillets rayonnants, ordinairement simples et alternativement plus courts. Ce genre , qui renferme beaucoup d’espèces vénéneuses et d’autres comestitibles , est d’environ quatre groupes : 1” Le groupe des lactuaircs ou laclésicns , Persoon ; 2“ groupe des agarics à pédicule nul, latéral ou excentrique ; 3° agarics à pédicule plein, à chapeau charnu , à feuillets non adhérents au pédicule , qui ne noircissent pas en vieillissant ; k° groupe des agarics à pédicule pourvu d’un collet.
Srjmptômcs de Cempoisonnevicnt par les champignons. On a dit que les symptômes produits par les champignons vénéneux étaient de deux ordres : les uns agissent sur le cœur et sur le système nerveux ; d’autres sur le canal digestif. Il est bien difficile d’établir une classification des champignons d’après leurs symptômes , parce que ceux-ci varient selon une foule de circonstances , parmi lesquelles nous croyons qu’il est très-important de noter l’àge plus ou moins avancé du champignon , et la manière dont il aura été assaisonné. Cependant nous sommes loin de partager l’avis de certaines personnes qui pensent que tous les champignons sont vénéneux quand ils ont été mal préparés , tandis que d’autres assurent que l’assaisonnement et les boissons alcooliques, dont on accompagne l’ingestion des cham-
AUUKGK HE TOXICOLOGIE.
pignons, enlèvent les propriétés vénéneuses de ceux qui sont regaifiés eonime les plus terribles.
Dans la idupart des cas , ce n’est que quelques heures après l’ingestion des champignons dans l'estomac que les accidents se manifestent : le malade éprouve des douleurs d estomac , des coliques atroces, soif très-vive , chaleur très-grande , surtout a la région abdominale , pouls petit , dur, serré, fréquent , lespiration gênée ; il survient ensuite des crampes, des convulsions, des défaillances sans perte des facultés intellectuelles. La maladie dure de deux h six jours , et se termine par la mort si le malade n’a pas été promptement secouru.
Il est vrai d’ajouter que , dans quelques cas, les symptômes d’une affection gastro- intestinale interne dominent : il y aussi quelquefois délire sourd et assoupissement. Enfin , chez certains individus, les symptômes nerveux que nous venons de signaler ne sont pas précédés de ceux qui indiquent une allec-
tion gastro-intestinale. . .
On a signalé des Cas dans lesquels les champignons agissaient à la manière des poison septiques. La peau devient pille, froide, se couvre de sueurs, le pouls et le cœur sont a peine sensibles , la mort arrive sans souffrances : quelquefois même il y a des mouvements convulsifs annoncés par le trismus.
lésions. Les lésions varient beaucoup selon l’espèce et la quantité de champignons ingérés. On remarque le plus souvent que le ventre est volumineux, la conjonctive injectée, •contraction des pupilles, phlogose, irritation de l’estomac et des intestins , qui , souvent , présentent des taches gangréneuses. La peau est parsemée de taches violettes , les lèvres présentent la même coloration , les poumons sont enflammés et gorgés de sang noir. Cet engorgement se trouve dans toutes les veines des viscères abdominaux , dans le foie , la rate , le mésentère. On a aussi trouvé des taches gangréneuses sur les membranes du cerveau, sur la plèvre, les poumons, le diaphragme, la vessie , le mésentère , l’utérus , etc. La substance cérébrale a été trouvée piquetée de points rouges.
Recherches médico-légales. La chimie n’est d’aucun secours dans la recherche des champignons vénéneux : les caractères botaniques devront être invoqués quand cela sera possible. L’analyse chimique a démontré dans les champignons l’existence d’un grand nombre de principes, mais aucun ne présente des propriétés caractéristiques. *M. Pouchet, professeur d’histoire naturelle h Uouen , nous a appris que les champignons bouillis dans l’eau , pendant un quart d’heure environ , perdaient toutes leurs propriétés vénéneuses, tandis que la décoction faisait périr violemment les chiens.
AimfiGÉ ÜE TOXICOLOGIE.
thaiteaien’t de l’ejipoisoxnemem par les champignons.
Plusieurs substances ont été proposées pour combattre l’erapoisonneiuent par les champignons ; nous allons les énumérer en indiquant la valeur de chacune d’elles.
Vinaigre. Les principes actifs des champignons sont très-solubles dans le vinaigre. Il en résulte que ce liquide devra faciliter l’absorption, ce qui a lieu en effet; tandis qu’il sera d’un bon secours lorsque le poison aura été expulsé par les vomissements ou par les purgatifs.
Chlorure de sodium. Le sel commun présente les mêmes avantages et les mêmes inconvénients que le vinaigre.
É’-her sidftirique. L’emploi de l’éther et de la liqueur d’Hoffmann , administrés à l’intérieur après les évacuants , est d’un très-grand secours.
L'émétique ou les autres vomitifs , ainsi que les émétho-cathartiques , sont d’un très-grand secours, et doivent être considérés comme faisant la base du traitement.
Ammoniaque. L’alcali volatil avait été proposé, mais des expériences , souvent répétées, de Paulet prouvent qu’il est plutôt nuisible qu’utile. Quant aux autres substances qu’on est clans la mauvaise habitude de faire prendre , telles que la thériaque, l’huile , le beurre , le lait , etc., etc., elles ne produisent aucun effet salutaire.
De tout ceci , il résulte que, dans l’empoisonnement par les champignons vénéneux , le médecin doit se hâter de provoquer des évacuations, soit ù, l’aide des émétiques, des éméto-caihartiques, soit au moyen des boissons ou des lavements purgatifs ; ceux-ci, en général, agissent mieux, parce que, presque toujours, les symptômes d’empoisonnement ne se manifestent que lorsque la substance vénéneuse a déjà franchi le pylore : on administrera alors , lorsque l’évacuation sera aussi complète que possible , de l’eau vinaigrée pour boisson , et de temps en temps , par cuillerées à bouche , une potion fortement éthérée.
Dans cet empoisonnement, il arrive quelquefois que l’émétique seul ne produit pas des vomissements; il faut alors l’associer à l’ipécacuanha : par exemple , la poach’e suivante : tartre stibié en poudre , 15 à 30 centigrammes ; — poudre de racine d’ipécacuanha , 2 grammes. Lorsque l’inflammation intestinale est considérable, lorsqu’il y a fièvre, soif intense avec sécheresse à la langue et à la gorge, il faut se garder d’administrer des purgatifs irritants. Dans ce cas, on a recours aux saignées et aux autres moyens antiplilogisti(|ues. Enfin, M. Chansarel a.ssure avoir obtenu de bons résultats do l’usage do 2 greiunies de tannin dans un litre d’eau , ou d’un decoctrum de 15 grammes
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de noix de pâlie , ou de 30 grammes de poudre de quinquina dans un litre d’eau.
Nous nous contenterons de mentionner ici l’empoisonnement par une espèce de champignon qu’il est impossible de confondre avec ceux qui sont comestibles : je veux parler de Yergot de seigle, sderolium cUwiis, Decand. on sphacœlia segetiim, Léveillé. Cet empoisonnement ne pourrait être produit que lorsque cette substance aurait été administrée à trop forte dose cotpme médicament. D’ailleurs , le traitement de l’empoisonnement serait dirigé , comme nous venons de le dire , pour les champignons en général.
Dans la classe des narcotico-âcres , nous trouvons encore quelques corps très-vénéneux de moins d’importance, que nous nous contenterons d’énumérer : ce sont les boissons spiritueuses, l’ivraie, lolium temulcntum , les plantes odorantes; parmi les gaz, nous indiquerons le gaz protoxyde d'azote (gaz hilariant) , le gaz hydrogène phosphoré , {'hydrogène arsénié, dont nous avons donné les caractères lorsque nous avons traité de l’empoisonnement par l’acide arsénieux, le gaz hydrogène bicarboné, le gaz de l’éclairage , l’acide carbonique, l’o.xyde (le carbone. Nous dirons quelques mots seulement de l’empoisonnement par ces deux derniers gaz , et nous traiterons , d’une manière plus étendue de l’empoisonnement par la vapeur de charbon.