MODE D’ACTION DES MÉDICAMENTS
Les Thérapeutistes n’osaient essayer de pénétrer le secret de l’action intime des médicaments ; des chimistes ont fait dans cette voie une tentative hardie , et ont émis des idées contre lesquelles nous ne saurions trop nous élever.
Pour eux la forme chimique domine tout; et s’ils ont démontré que toute préparation mercurielle passe à l’état de bichlorure, il devient désormais inutile d’employer autre chose que du sublimé corrosif.
Ainsi , ils ne tiennent aucun compte des états intermédiaires et de tant d’autres circonstances dignes d’attention ; ils n’ont en vue qu’une réaction. Us dédaignent le système nerveux et ne reconnaissent plus que des coagulants et des fluidifiants, des solutums et des précipités.
Le sulfate de quinine n’agit pas autrement qu’en laissant précipiter, par les alcalis du sang, sa quinine insoluble qui va bientôt obstruer les vaisseaux capillaires , entraver et ralentir le cours du sang.
Or, pour combattre ces chimistes par leurs propres armes , n’a-t-on pas dit que la quinine était soluble dans les alcalis? Ce fait n’a-t-il pas été démontré par M. Calvert et d’autres encore? Or le sang essentiellement alcalin ne pourrait-il pas déterminer cette dissolution?... N’a-t-on pas voulu aussi expliquer l’action contro - stimulante de l’émétique par une réaction analogue , c’est-à-dire par la précipitation de l’oxyde d’antimoine par les liquides alcalins, de sorte que ce médicament agirait d’une manière tout à fait mécanique? Mais ici encore, nous rappellerons à ces chimistes qu’ils ont constaté euxmêmes la solubilité de l’oxyde d’antimoine dans les liqueurs alcalines , et encore une fois le sang se trouve dans ces conditions: il faut donc attribuer l’action contro-stimulante de l’émétique à une tout autre cause, et contentons-nous de
AHT DE EUUMLLEK.
rappeler ici que l’absorptiou de l’émétique, et conséquemment son passage dans les urines, ii’est pas constatée d’une manière certaine toutes les fois qu’il est toléré.
La saine physiologie se révolte en face de pareilles prétentions.
Quant à nous, nous les repoussons formellement dans ce ([u’elles ont d’exclusif et d’absolu. Nous sommes loin de refuser à la forme chimique une part d’influence dans l’action des médicaments, mais nous sommes plus éloignés encore de lui en attribuer toute l’importance.
Les grands phénomènes dont le sang est le siège ne dépendent qu’indirectement de la forme et de la nature spéciales des composés chimiques qui en font partie.
Ce n’est pas à titre de chlorure de sodium que le sel marin empêche la coagulation de la fibrine ; le sulfate de soude et , qui plus est , le sucre, en font autant.
Les sels contenus dans le sérum , pris en masse , sont trèspeu coagulants ; cependant ils ôtent à l’eau la propriété de dissoudre les globules hématir 'es.
Ces exemples suflisent pour faire voir que c’est dans des faits d’un ordre plus élevé que ceux qui ont été invoqués par les chimiatres que nous irions chercher l’explication de l’action prochaine des médicaments.
Dans notre opinion le principal rôle appartient aux modifications du sj'Stème nerveux , aux changements que le sang éprouve dans son organisation et dans sa physiologie, disons-le, dans sa vitalité.
ÉLIMLXATION DES JIÉDICAMENTS.
Toutes les fois que les substances médicamenteuses n’ont pas leurs semblables au sein de l’organisme, il semble qu’elles ne soient pas susceptibles d’assimilation , et que , par conséquent, elles doivent être rejetées au dehors.
C’est ce qui arrive, en effet, dans un délai variable, pour chacune d’elles , suivant des conditions difficiles à apprécier.
Il serait intéressant de rechercher les lois qui président à cette élimination , car la persistance d’action d’un médicament est en rapport avec la durée de son séjour dans l’économie , et il est souvent utile de maintenir celle-ci sous l’influence continue d’un certain efl^et thérapeutique.
Cependant il ne faut pas oublier que, malgré l’axlonie tant de fois répété : SuhUità causa tollUur offcctus, l’effet peut subsister en l’absence de l’agent , de même qu’il peut ne pas se manifester aussitôt après l’absorption de ce dernier,
JO
D’où 11 suit que l’obîorvation clinique est beaucoup plus utile en cette circon.^tance que l’expérience chimique.
La première nous donne directement les résultats qui nous intéressent; la seconde ne nous y conduit que par la voie plus détournée, plus incertaine de l’induction.
Nous venons de dire que les sels à acides organiques étaient transformés; il est probable que toutes les substances de cette nature éprouvent les mêmes modifications, mais il est souvent düTicile d’en déterminer la nature ; ainsi, nous savons combien il est difficile d’expliquer les modifications qu’éprouvent le suc d’asperges, l’essence de térébenthine qui donnent aux urines lies odeurs caractéristiques. Cependant des ex|)ériences ont été tentées pour déterminer la rapidité d’absorption de certaines matières et les changements que quelques-unes d’entre elles éprouvent.
De sorte que, dans l’état actuel de la science, nous pourrions classer ainsi les substances qui sont éliminées par les urines :
1° Substances qui passent (Unis les urines sans alteration ou à peu pri>s : Sels carbonate, azotate de potasse ou de soude sulfocyanure, ferro et ferrocyanure de potassium (en 60 minutes) ; borate de soude, chlorure de barium, de calcium , etc.
Principes colorants: Indigo garance (12 à 15 minutes) , rhubarbe (20 minutes) , gomme-gutte (25 minutes) , cerise,s noires (45 minutes) , baies de sureau (75 minutes), huiles volatiles, de térébenthine (odeur de violette), de valériane, de safran, ail, castoréum , asperges (odeur infecte particulière).
2° Substances qui passent dans les urines à l'iHal de combinaison : Foufre, pliosphore, iode (5 minutes); acides sulfurique, sulfhydrique , iodhydrique , gallique, benzoïque , etc.
3° Substances décomposées : Sels alcalins à acide végétaux (Wcclher, Millon, Lavaran , Stenberyer), transformés en carbonates.
Les sulfures alcalins passent à l’état de sulfate; d’apiùs ’d. Gélis, lolactate de fer ne passe pas dans les urines, tandis que le sulfate de même base y passe. A propos des sels de fer, M. Mialhe assure que ceux qui sont décomposables par les alcalis du sang , ne passent pa.s dans les urines ; il base sur ce fait une théorie sur la formation do.s globules sanguins, qui a besoin d’être justifiée par des expériences précises.