FILTRATION
La filtration est une opération qui consiste ii séparer des liquides des matières qu’ils tiennent en suspension. Pour cela, on leur fait traverser des corps dont les pores serrés permettent la pénétration du liquide. D’ailleurs , l’appareil , quelle que soit sa disposition, prend toujours le nom de filtre ; c’est le plus souvent le papier sans colle , les tissus de fil , de coton , de laine , le coton cardé, le sable, le verre pilé pour les acides, le charbon, etc., etc.
Pour faire les filtres , le choix est déterminé par la nature des substances ii filtrer. C’est le papier qu’on emploie le plus ordinairement; il contient toujours des sels solubles; aussi faut-il avoir le soin de le laver k l’eau chaude , lorsque surtout on doit s’en servir pour filtrer des liquides destinés à l’analyse ou à servir de boisson ; cette précaution est trop souvent omise pour la filtration du petit lait Lorsqu’il s’agit à la fois do rendre limpide, de décolorer et de désinfecter des liqueurs, on se sert de filtres en charbon animal lavé ; mais il ne faut pas oublier surtout lorsqu’il s’agit de recherches toxicologiques que le charbon retient toujours une petite (luantité des sels f)ui étaient en (lissolution dans le liquide. Le charbon agit par
ARRÉGfi DK PHARMACIK. i.S
sa porosité, et comme l'a démontré M. Bussj% ses propriétés varient avec son état physique.
Lorsqu’on veut filtrer des liquides très-volatils, comme les liqueurs éthérées par exemple, on se sert d’appareils fermés , indiqués par MM. Riouffe etDonovan. Soubeiran, Traité
(le pharmacie.)
VAPORIS.ATION ET ÉVAPORATIOX.
Vaporisation et évaporation, évaporer et vaporiser un corps, c’est le réduire en vapeurs; mais en pratique, on établit la différence suivante entre les deux opérations. On dit qu’il y a vaporisation quand on ne considère que la vapeur et ses effets, par exemple : les fumigations, les bains de vapeurs , etc.; dans l’évaporation, au contraire, on ne considère que le résidu, par exemple : la préparation des extraits.
Les corps entrent d’autant plus facilement en vapeur : 1“ que la température est plus élevée ; 2° que la pression est moins grande; 3“ qu’on augmente le renouvellement des surfaces par l’agitation ; -4° que les corps sont chauffés dans des vases bons conducteurs, etc.
On distingue trois modes d’évaporation : 1“ l’évaporation dans le vide ; 2® l’évaporation spontanée; 3° l’évaporation par la chaleur.
FUMIGATIO\.
Fumigations. La fumigation est un mode d’application de divers médicaments réduits en vapeurs; c’est un bain de vapeur partiel, dirigé sur une surface interne ou externe du corps.
Ixîs fumigations médicamenteuses sont composées avec l’eau seule en vapeurs, l’eau chargée de principes aromatiques, d’alcools , d’acides , de divers gaz , comme le chlore , l’acide sulfureux, l’acide sulfhydrique, de résines et de substances animales brûlées , etc.
Pour formuler une fumigation, on déterminera les substances médicamenteuses ; s’il y a lieu , on expliquera la manière de diriger la fumigation sur la partie malade, on fixera la durée et les intervalles entre chaque administration. II sera quelquefois nécessaire de faire recevoir la fumigation sur une flanelle ou sur tout autre tissu, et de recommander de s’en frotter la peau.
Fumigation aromatique.
Thym (J.i
ChaalTex-le pour Tolatilistr aa partie aromatique, que roua reoerrei lur une •. i et que Yona apppliquern aur le membre débilité.
AUUKGK DK DU ARMAf.lK.
ir.
Les fuiuigatioi4.sde-taIxic sont employées par l’auns contre l'étranglement des hernies , mais d''antres sont employées à l’intérieur dans les all'ections des voies aériennes et de la bouche ; on a imaginé des cigarettes médicamenteuses faites avec la belladone, le stramonium, la digitale, etc. M. Trousseau a fait aussi préparer des cigarettes avec du papier imprégné préalablement de la dissolution médicamenteuse et desséché; c’est sous cette forme que le sublimé corrosif, l’arséniate de soude , etc. , ont rendu de véritables services : souvent aussi c’est dans une pipe (lue les substances, sont placées.
Fumig:ation calmante.
Feuilles de dalura slramonium. ... ( - . . ,
Feuilles de sauge J P*™®* ®**'®*-
Kn quanlilé suflissntc pour fumer une pipe, j
Quelquefois aussi on projette le mélange sur des charbons ardents, de manière à. produire de la fumée dans l’appartement; c’est surtout ain.si que l’on fait des fumigations de benjoin, d’encens ^ de fruits de genevrier, de bourgeons de sapin, de sucre brillé , de café , etc. Ges fumigations sont employées pour masquer les mauvaises odeurs; dans ce cas, il n’y a pas de formule à établir.
IMIALATIOX.
L'inhalation consiste à faire respirer des gaz ou vapeurs et se rapproche par conséquent beaucoup de la fumigation ; mais la première de ces opérations se fait toujours par la bouche, rarement par le nez. Depuis la découverte des propriétés anasthésiijues du chlorofoi-me, de l’éther, etc., ce mode d’application des médicaments a pris une nouvelle extension; aussi a-t-on employé les inhalations d’éther iodhydrique contre les affections strumeuses. Depuis longtemps le chlore, mêlé d’air et de vapeur d'eau, avait été conseillé dans diverses circonstances, mais aujourd’hui ce moyen est à peu près abandonné.
PLLVÉRISATIOX ET POUDRES.
La forme de poudre est une des plus commodes pour l’administration des médicaments, outre qu’elle représente la partie active dans toute son intégrité, elle prédispose aussi à d’autres opérations, se laisse mieux pénétrer par les dissolvants et forme facilement des mélanges intimes.
La pulvérisation est une opération qui a pour but de réduire
AimF-GK UE PHARMACIE. K
un corps eu particules très-ténues; pour arriver i\ ce but il faut tenir compte de la te-vlure de la matière que l’on veut pulvériser, afin de faire usa^çe du mortier, de la ripe, de la lime, etc. Quel que soit l’instrument mis en usage, il faut que les corps que l’on veut pulvériser soient fort secs, surtout pour les matières organiques, et comme la dessiccation pourrait dans certains cas être très-longue, on divise les substances en petits fragments et on les fait sécher à l’étuve.
Quelques substances avant d’ètre pulvérisées doivent subir des opérations préalables, aiu.si on calcine les coquilles d œufs, les coquilles d’huitres et on lave ensuite la poudre à l’eau bouillante, on lave de même les os de sèche, les pierres d’écrevisse, etc., afin d’enlever une matière animale qui en se putréfiant donnerait une odeur fétide à la poudre.
D’autres fois on est obligé de faire tremper les matières dans l’eau, c’est ce que l’on pratique pour le riz, le salep. Tandis qu’il faut soumettre îi la vapeur d’eau la noix vomique et la fève de Saint-Ignace. Quant aux pierres siliceuses, il est indispensable de les faire rougir au feu et de les plonger ensuite dans l’eau froide, elles sont alors plus friables.
Les modes de pulvérisation employés le plus fréquemment sont les suivants :
La roniHsion consiste è frapper un corps à coups redoublés dans un mortier, s’il s’échappe une poussière abondante et si la substance e^st dangereuse à respirer ou d’un prix élevé, on recouvre le mortier avec un sac en peau que l’on attache au pilon.
La iriluration est employée pour .réduire en poudre les substances qui se ramollissent par la chaleur dégagée par la percussion, alors on remue circulairement le pilou dans le mortier; c’est ainsi qu’on pulvérise les gommes-résines, après les avoir fait un peu sécher.
La muiiinre se pratique en déchirant lescorps durs au moyen d’instruments de formes très-variées, tels que le moulin à dents de fer, les meules, les cylindres, etc.
Pulvérijsalion par frottement. Le carbonate de magnésie, la céruse et l'agaric blanc sont à peu près les seules substances réduites en poudre par ce procédé, pour cela on renverse un tamis sur une feuille de papier et on frotte lég^îrement le corps sur le tissu de crin.
La porphyrisation tire son nom ’d’uiie^table en porphyre ou eu marbre sur la(|uelle on use un corps tantôt à sec , tantôt par l’intermédiaire d’un liquide, au moyen d’une molette de pierre à surface légèrement convexe : il est indispensable que le poi’phyre soit d'une matière beaucoup plus dure que celle que l’on veut pulvériser.
i8 AÜHKGÉ DE l'HAIlMACIE.
Les matières solubles dans l’eau (émétique) ou altérables par ce liquide (fer) doivent être pulvérisées à sec.
Nous ne saurions trop recommander aux pharmaciens de porphyriser avec grand soin les pommades renfermant des corps insolubles , celles surtout destinées aux usages des yeux, comme les pommades de Lyon, de Desault, d’oxyde de zinc, etc.
La dilution porte aussi le nom de lévigation, est employée pour séparer des poudres de densité différente, ou celles qui sont mélangées avec des corps grossiers plus légers ou plus lourds que la poudre que l’on veut obtenir; on opère dans une grande masse d’eau, et on agite rapidement; alors les corps étrangers plus lourds ou plus légers viennent à la surface ou se précipitent et on sépare la poudre tenue en suspension, en décantant le liquide. Ce procédé est souvent employé dans l’industrie et les arts.
Vulvcrisation par intermède. Un grand nombre de corps ne peuvent être pulvérisés seuls, ainsi on est obligé d’ajouter de l’alcool au camphre, du sucre à la vanille et aux feuilles d’or pour les réduire en poudre ; les métaux fusibles se pulvérisent par l’intermède de la chaleur, le phosphore au moyen de l’eau chaude, et on agite le mélange jusqu’à refroidissement; nous pourrions encore multiplier les exemples.
C’est à la pulvérisation par intermède qu’il faut rapporter la pulvérisation par réaction chimique, celle par exemple qui consiste à préparer la poudre d’or au moyen du chlorure d’or dissous dans l’eau et de l’acide oxalique ou du protosulfate de fer, réaction qui doit être représentée ainsi Au*Cl-j-IIO-}-C*0®= *CO’-f Clll-f Au.
Les principes immédiats doivent être pulvérisés sans résidu. U n’en est pas de même pour les substances végétales ; tantôt on rejette les premières portions comme pour le quinquina gris, tantôt ce sont les dernières, comme les quinquinas jaune et rouge, Tipécacuanha, la ratanhia, etc.
Poudres. Les poudres sont ii/npics ou composées : les premières sont dues à la pulvérisation d’une seule substance; les secondes sont un mélange de plusieurs médicaments pulvérisés*
Pour préparer une poudre composée, on doit pulvériser séparément chacune des substances composantes, à moins que cela soit impossible; on a recours alors à la pulvérisation par l’intermède d’une des substances entrant dans la composition de la poudre, et en leur donnant le plus de ténuité possiblos*
Les matières minérales sont toujours porphyrisées ; il en est de même do certaines substances végétales : toutefois lespoudres
iO
AHUKGK DE rHARMAClE.
stornutatoires doivent être grossières, les substances émulsives sont aussi pulvérisées par intermède : toutefois comme ces substances rancissent très-facilement, il est bon de ne les ajouter aux autres poudres qu’au fur et à mesure du besoin.
Les matières attirant l’humidité ne doivent point faire partie d’une poudre composée ; bien que nous ayons conseillé de faire réduire les substances en poudre très-ténue, il est certains corps qui demandent à ne pas être trop divisés ; ainsi la rhubarbe, le gayac ; mais ce sont là des exceptions.
On doit mêler avec soin les substances réduites en poudre après les avoir triturées ensemble et retournées dans le fond d’un tamis, on les passe plusieurs fois à travers un tamis à mailles lâches, et comme bientôt les substances les plus denses gagnent le fond du vase , on doit de temps en temps renouveler le mélange.
On emploiera les poudres quand un remède est insoluble, ou que non divisé il peut irriter l’estomac, le camphre, par exemple.
On peut prescrire les poudres lors même que le médicament ne présente pas les caractères que nous venons d’indiquer, c’est alors au médecin à déterminer les cas qui lui paraissent réclamer cette forme.
Les poudres servent aux préparations internes et externes, suivant la nature et la propriété de leurs composants.
Les poudres simples ou composées se donnent délayées , suspendues dans un véhicule , dans du miel , dans un électuaire , dans du pain azyme, la soupe, etc., ou sous forme pilulaire ; la dose pour les substances actives (narcotiques , quelques alcalis végétaux , etc.) , est de 1 à 10 centigrammes en débutant ; on augmente ensuite. Les poudres moins actives se donnent dès le début à la dose de 10 centigrammes à 1 gramme et plus.
Les substances très-actives (strychnine, acide arsénieux, chlorure d’or, etc.) sont mélangées avec des poudres inertes, gomme , sucre, guimauve, lorsqu’on veut les administrer sous forme de poudres.