‹ Traité de l'art de la charpenterie (volume 2)Chapitre 181 sur 297 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

res, on en a fabriqué de diverses formel, assez semblables à des caisses, plus propres à la stabilité qu'à la navigation, et spécialement destinés à la construction des ponts : ils ont reçu le nom de pontons. On en a fait avec diverses matières : les uns en bois, d'autres en toile cirée, en cuir (1), appliqué sur des carcasses en bois. Les Français ont été les premiers à en faire en feuilles de cuivre également soutenues par une sorte de charpente; les Hollandais en avaient fail, dit-on, en fer-blanc, qui leur ont été pris à la bataille de Fleurus. Aujourd'hui l'artillerie française parait avoir donné la préférence aux bateaux construits exprès, pour rétablissement rapide des ponts dans les passages de rivières : on conduit ces bateaux sur des voilures, à la suite des armées; chaque voiture porle un bateau, les poutrelles et les madriers d'une travée du pont avec tous les cordages et agrès nécessaires à sa construction.

L'établissement d'un pont de bateaux s'exécute comme une autre manœuvre militaire, et aux commandements des officiers qui dirigent l'opération. Nous n'entrerons point ici dans le détail de cette manœuvre, qui est une des spécialités des troupes de l'artillerie; nous nous bornerons à ce qui est essentiellement du ressort de l'art du charpentier, c'est-à-dire aux formes de ces sortes de ponts.

La figure 18 de la planche 158 est le plan général de la partie d'un pont de bateaux qui touche la rive gauche d'un fleuve.

En By fig. 9, est le plan d'un bateau sur une plus grande échelle.

La figure 17 est une coupe du .pont par on plan vertical perpendiculaire à son axe, dans laquelle est figurée une élévation d'un bateau vu suivant sa longueur.

Nous avons choisi pour sujet de notre description,' la construction d'un pont de bateaux militaire, comme celle qui est la plus complète.

L'écartement des bateaux dépend de leur grandeur et de la grosseur des bois dont on se sert pour longerons. Dans les équipages de ponts, les bateaux sont tous égaux, et les dimensions qu'on a dû leur donner, ont fixé leur écarlemenl, qui est de 6 mètres de milieu en milieu.

Il est rare que l'on confectionne des bateaux exprès pour la construction d'un pont qui ne peut être aujourd'hui qu'un établissement passager. Lorsqu'on est forcé de se servir des bateaux en usage sur la rivière où l'on construit un pont, il faut, autant que possible, qu'ils soient égaux. Lorsqu'on a des bateaux de différentes dimensions, il faut de préférence placer les plus forts près des rives et les plus profonds dans le milieu du cours de l'eau ; on doit proportionner la portée des

(i) L'historien Atnmien Marcel lin fait mention d'un pont de cuir dont l'empereur Julien te servit pour faire passer le Tigre et l'Euphrate à son armée, et Ton croit qu'il était construit sur des bateaux en cuir ; peut-être était-il porté sur des outres remplies d'air.

■IÏ1 TRAITÉ DE L'ART HE LA CHABJ'ENTEHIE.

travées à la puissance des bateaux, et faire en sorte que les dimensions de* bttuai ne changent pas subitement d'une travée i l'autre, mais que la diminutk» km le moins sensible possible.

On di.ii égaliser tes tirant» d'eau des bateaux en les lestant avec des pierres, it façon que leurs plats-bords «oient dan» toute l'étendue du pool au même niina pour que le pont soit lmrii.inil.il, A défaut de ce moyen, an peut exhausser H plats-bords des bateaux les plus bas par des bois qui se croisent eu chute*, m l'on peut établir un chevalet dan» chaque bateau. Il vaut iiéamuuius mieux umct Us longeron* b, qui forment le poulage sur les plais-bords en leur faisant iwenst toute la largeur du bateau, et même dépasser celle largeur d'environ 30 ceniimttre»; les longerons sont attachés par des clameaux aux plau-bord* des bateau Lorsqu'on emploie des pièces de bois pour exhausser les bords des bateaux ; eut! doivent également élre attachées par des clamcsui. Pour maintenir l'écMtmui îles bateaux el leur parallélisme, on les lie les uns aux autres par des cordaget' amarrés aux poupées r lixées sur leurs bords.

Sous chaque travée du pont, des cordes Ira versières d alUtchécs en croix aux p» près o, suivant la diagonale des rectangles formés par les bateaux, et les premw cordages d assurent la stabilité de ces rectangles autant que le permet réUstw* de tout le système. Les bateaux, el par conséquent le pont, sont maintenu* emm la force du courant du Hcuve en les amarrant aux cofdage* U des aneres mouillée enamonl du pont. Un cordage d'ancre doit avoir pour longueur huit à dix Toisa moins la profondeur de l'eau; faute d'espace sur Je dessin nous n'avons pnim projeté les ancres. Quand une rivière n'est pas rapide, on n'amarre point uw> les bateaux, on se contente de les amarrer de deux eu deux; quelquefois m amarre aussi les bateaux à des ancres en aval du ponl pour prévenir l'action ù«

Ou fait ordinairement vers le milieu de la largeur de la rivière , une porùrfc pour livrer passage aux baltaiu de navigation, et pour se débarrasser des corp» du liants qui pourraient nuire à la solidité du pont. Une portière est marqua lig. 18 ; elle est composée de deux bateaux m el h unis par une travée p en clurpenle comme toutes les autres, sinon qu'elle ne dépasse pas les deux bateaux. Pm ouvrir le passage, ou fait sortir celte portière de l'alignement du pont au moyen*" courant, on 1a range de côté en aval. Celle portière est remise i sa place lorsque b cause qui a nécessité l'ouverture du passage a cessé; la travée de la portière est jointe aux autres travées au moyen de fausses poutrelles qui portent seulement su les bateaux de la portière et sur les bateaux des travées dormantes conliguës. Il suffit, pour dégager la portière, d'enlever quelques madriers répondant à la séparation du pont dormant, et de faire glisser les fausses poutrelles sous le plancher de la portière ; on fait l'inverse quand on replace la portière. On amarre diagonalemenl des câbles à des ancres, pour empêcher les bateaux voisins de la coupure de se rapprocher quand la portière en est retirée.

Page 1