CHAPITRE XÎJ
en pierre à grandes arches que nous devons au dernier .siècle, a exigé celle des grands cintres. Divers systèmes de combinaisons des bois ont été suivis pour leur composition, ce qui a donné lieu de les distinguer en cintres mobiles ou plutôt fïexibleêy et en cintres fixes, et, pour les uns et les autres, en cintres entiers et cintres retroussés, en cintres ne portant que sur leurs naissances et cintres avec sou* tiens intermédiaires.
Les cintres composés par Péronnet pour la construction du pont de Neuilly près Paris, sont des cintres flexibles, et par cette qualification l'on entend des cintres qui peuvent fléchir et changer de forme pendant la construction de la voûte, par l'effet de la variation du poids qu'ils ont à supporter pendant que le uombre des voussoirs en pose augmente.
Ce système de cintres est composé de plusieurs cours d'arbalétriers formant des polygones concentriques, les angles des uns répondant aux côtés des autres.
La première application de ce système avait été faite par Ha rd ou in Mansard, au premier pont de Moulins (1); le succès n'avait pas répondu à l'apparence d'une grande résistance qu'on avait cru lui reconnaître. Nous avons choisi les cintres du pont de Neuilly comme l'exemple le plus complet de ce système; nous l'avons représenté, fig. 1, pi. 141, en projection verticale, et fig. 16 en projection horizontale, d'après le dessin qui se trouve dans les OEuvres de Péronnet.
La fig. 11 représente les formes intérieures de la cinquième moise, et la fig. 10 est une projection <le la même moise sur sa face d'assemblage, dont la trace est la ligne s x dé la figure 1.
La figure 4 de la planche 142 est une application de ce système à des arches eu plein cintre.
ta flexibilité de ce genre de cintres provient du nombre de ses articulations, c'est-à-dire du nombre 'de ses joints sur lesquels les pièces peuvent changer d'inclinaison les unes à l'égard des autres, comme si elles étaient réunies par des charnières. Il résulte de cette flexibilité, que lorsqu'on élève une maçonnerie au-dessus des naissances des voûtes, dès qu'elle commence à porter sur les cintres et à les charger vers les points que l'on nomme les reins, sa pesanteur force ces parties à s'abaisser, ce qui fait remonter le sommet, et par conséquent change en même temps la forme du cintre.
Pour remédier à un si grave inconvénient d'où résulterait un changement complet de la forme de la voûte, et peut-être de plus graves accidents, l'on est forcé
après le remplissage en maçonnerie, car il en ciblait encore , il y a une trentaine d'années , quelques fragments que le temps avait respectés. Les parties de cuvelage qui ont été détruites , ont laissé à découvert la maçonnerie de moellons sur laquelle les arcs en pierres de taille font une saillie d'environ un décimètre, qui comprend la rainure dont nous venons de parler.
(i) Ce pont fut détruit par une crue d'eau de l'Allier, le 8 novembre 1710, malgré le soin qu'on avait mis à sa construction.
438 TRAITE DE L'ART DE LA CHARPi-ÏÏTERlE.
de charger le sommet du cintre d'un poids considérable convenablement reparu penf faire équilibre à l;i pression opérée sur les reins, et maintenir, autant q« possible, la régularité de la courbure du cintre. A la vérité on emploie pour te chargement les voussoirs qui doivent être posés, mais il en résulte une mainvre coûteuse et un tâtonnement continuel qui n'est pas sans danger.
Au pont de Neuilly le tassement des reins et le soulèvement des cintres é si considérables qu'on tut obligé, pour les ramener daus leur l'orme primitive, el li conserver durant la construction des arches, de charger successivement leurs « mets de 123, 426' et 43IS mille kilogrammes. Lorsqu'on fut sur le point de fctron les voûtes, par ta pose de leurs clefs, le tassement général des cintres était de 1 1 .S centimètres, en vingt-quatre heures.
Ce tassement paraissait provenir surtout de ce que les extrémité*: des pièce portant a bois de bout, avaient pénétré de 4 à S millimètres dans les faces 4 moises, el de ce que quelques arbalétriers avaient plié : d'antres arbalrlne mégalcdicnl pressés sur leurs aliouts s'étaient tendus suivant leur longueur: I avait attribué ces accidents à la forme des abouts. Dans la construction des cïnUt du pont de Sainlc-Maxencc et du puni de la Concorde à l'aris, o» a tracé c! aboul suivant un are de cercle ayant son centre au bout opposé, et l'on croil il c'est ce moyen qui empêche les arbalétriers de se fendre; il est plus prcsunuW' que les arbalétriers ont été garantis de cet accident parce que leurs abouts et taillés avec plus de précision, et qu'ils portaient dans tuulc leur étendue « des points répondant au* mêmes faces aux deux extrémités des pièces, forme donnée aux abouts a l'inconvénient de faciliter les mouvements de toi des bois en transformant leurs joints en véritables articulations.
Le moyen le plus ellicace el le plus simple eu même temps qu'on ait trouvé jnqu'ici pour empêcher les effets de ces puissantes pressions sur les fibres du bu» consiste dans l'emploi des boites en fer coulé substituées aux assemblages direct' du bois conlredu bois.
t" Cintre» itv pont tt'Orlèani.
Les cintres retroussés du pont d'Orléans, dont nous donnons un dessin fi*, l sont dn genre des cintres llexibles; le nombre des articulations avait cependa* élé diminué ; mais les fermes ne se sont pas trouvées assez fortes, on a été oblip de leur ajouter des arbalétriers m, des moises r et quelques contre -lie hes pUcco entre les fermes comme des contrevents.
Ces arbalétriers ont beaucoup diminué la flexibilité des cintres.
La figure 12 est une coupe suivant une ligne x r de ta ligure S pour montrer les croix de Saint-André assemblées dans les moises pendantes et dans les moi» horizontales, afin d'empêcher le déiersement des fermes. Un a remarque quece> cintres avaient bien réussi quoiqu'ils ne fussent pas autant chargés île bois que In prètéâMx,