CHAPITRE \I.tX. 57'J
6° Rocher lin Saint- t'itartbottrtj.
Nous ne regardon» point le transport du rocher qui forme le piédestal de la statue de Pierre le Grand, i Saint Peler s bourg, comme un ouvrage essentiellement du ressort île la ebarpenterte, de sorte que nous n'en faisons mention que parre <]ue ce transport est classé ordinairement parmi les manœuvres qui se rapportent aux mouvements des grands fardeaux. Nous renvoyons les personnes qui désire raient des détails sur les divers moyens qui ont servi dans celle grande opération. à l'ouvrage qui est entièrement consacré à la description des opérations et travaux auxquels elle a donné lieu.
Ce rocher irrégulier a une base de plus de 13 mètres de longueur sur une largeur de 8 mètres, et une hauteur de 7 mètres. Il pèse 3 millions (environ 1,800,000 kilogrammes). Il fut conduit, du lieu marécageux où on l'avait découvert, jusqu'à Pétersbourg, par eau. et du bord de la rivière, au lieu qu'il occupe, par terre. Pour effectuer le transport sur le sol horizontal, le rocher (ut établi sur un châssis formé de poutres; les pièces latérales étaient creusées en dessous en gouttières, et garnies de brome pour rouler sur des sphères également de bronze de 133 millimètres de diamètre (S pouces), qui étaient reçues dans des gouttières également en bronze dont on garnissait la route â mesure que le châssis portant le rocher avançait tiré par des cabestans.
Les divers mouvements qu'on fait subir aux monolithes pour leur transport M leur érection, exigent une force extraordinaire que l'on ne peut obtenir que par le concours de l'action d'un grand nombre d'hommes, d'animaux et de machines d'une grande puissance. La science de la mécanique enseigne les moyens d'em ployer avec avantage les forces dont on peut disposer, nous n'avons point à Uv* lopper ici les préceptes de eelle science; mais pour mouvoir ces niasses, souvent aussi embarrassantes par leur volume et leur forme que par leur énorme pesanteur, la théorie de la mécanique ne sullit pas. Des constructions auxiliaires, au moyen desquelles des machines simples transmettent l'action de la force motrice, doivent être établies pour que ces machines agissent avec le plus grand avantage. Tes constructions sont principalement composées de pièces de bois, et l'on emploie det cordages; dès lors l'art du charpentier est appelé à concourir à l'exécution des différentes opérations et manœuvres que le Irausporl et l'én'ilinu «le ces monuments exigent.
Les monolithes les plus remarquables de l'antiquité sont les obélisques; les monuments et l'histoire ne nous ont presque rien appris sur les procèdes qui lurent employés pour leur transport et leur érection, qui élunnciA iïau\avA ç\vv> s^ùï. V.\
anciens n'avaient point à leur disposition les moyens et les connaissances en mt
canique que nous possédons aujourd'hui.
Les renseignements les plus anciens qu'on ait â ce sujet sont ceux donnés par Hérodote qui raconte les faits sans indiquer comment on a opéré pour les accomplir. C'est ainsi qu'il rapporte qu'A nuisis employa deux mille hommes pendant ir.m ans pour transporter un édifice d'un seul bloc, dont le poids est évalué ae-jourriun à 200 mille kilogrammes, de l'Ile d'Éléphanline à la ville de Sais éloignés l'une de l'autre de vingt journées de navigation.
1° Obélisque du grand cirque à Rome.
Vilrtrvc décrit sous le nom de hipastoi et de penlapaslos les machines emplojm pour soulever de grands fardeaux ; enfin, Ammien Marcellin ne fait qu'une dccrîption fort incomplète du transport et de l'érectioo de l'obélisque du gnui cirque à Rome. Suivant plusieurs auteurs, ce fut Constantin qui lit venir ecl o) lisque de Thébes à Alexandrie, el l'on était sur le point de le transporter iCt slantinople pour le placer dans l'hippodrome, lorsqu'il mourut ; Constance le conduire à Rome, et un autre fut placé dans l'hippodrome de Conslaolinnple.
Voici comment Ammien Marcelin» s'exprime au sujet de l'érection de cet ai Ijsquc, ce qui ne jette pas un grand jour sur les détails de celle opération.
Après avoir décrit comment il fut couché cl transporté sur le Nil jusqu'à Aleu dvie, puis par mer cl sur le Tibre dans un vaisseau d'une grandeur inouïe ma p trois cents rames, d'Alexandrie jusqu'au bourg d'Alexandre, et pendant Irais lie* par (erre sur un traîneau jusqu'à Rome, il ajoute: "Il ne rcslait plus qu'à OIcn « ce qu'on croyait à peine de pouvoir exécuter. Après avoir dressé, non sans p« .. de hautes poutres dont le nombre ressemblai! à une forêt, un y attacha de In» .. et gros câbles qui s'entrelaçaient comme une trame et dérobaient, par k ii épaisseur, la vue du ciel, l'ar ce mécanisme cette masse, pour ne pas direct* « montagne chargée d'emblèmes, fut insensiblement élevée en l'air, et après vtt .1 demeurée longtemps suspendue, à l'aide de plusieurs milliers d'horanKSf* « semblaient tourner des meules de moulin, on le plaça au milieu du cirque—
On ne peut s'empêcher de voir ici les machines de Vitruvecl l'usage des cab
3° Obitîtque de Contfantino/ile.
A l'égard de l'obélisque de Con slantinople que l'empereur Théodose lit élf sur l'hippodrome et qu'il avait tiré, dit-on, delà cinquième région, on a gravé) le piédestal qui le supporte, un bas-relief dans l'objet d'indiquer le moyen qui ' employé pour le lever el le placer sur sa base, après l'avoir traîné couché jusqu'à point où l'on devait le dresser.
Nous donnons, fig. ï, ?\. \W,imw çoçie du dessin de ce lus- relief dm» l«|*;
Mt remarque, fixée à la base de l'obélisque, l'une des roues qui, probable me ni. a aiilé à MB mouvement lorsqu'on l'a transporté. On remarque aussi sur ce dessin (es cabestans, les hommes employés à les mouvoir M même ceux assi> i Wrre occupés à Unir les retraites des cables ; mais rien n'indique comment l'obélisque a été soulevé et dresse.
On voit que tous les renseignements sur les moyens des anciens pour mouvoir el ériger de pareilles masses n'onl rien d'assez précis, et que les modernes ool été. pour ainsi dire, obligés de créer de nouveau ces procédés pour transporter et dresser sur leurs bases les obélisques donl ils se sout trouvés possesseurs.
3° Obétiique itu Fatican.
* Les obélisques que Home avait enlevés à l'antique Egypte, renversés et brises M lors des invasions étrangères, demeureront longtemps ensevelis sous les ruines et ■ < lis décombres causés par divers incendies. Celui du cirque de Néron seul avait H échappé à tant de dévastations, probablement a cause de l'exiguïté de la place où Çj il était érigé (1).
— Vers la fin du xvt» siècle (1386), dit Scammozii, cette circonstance fil considérer «^ le transport de cet obélisque devant la basilique de Saint-Pierre, comme une entrev prise merveilleuse pour les temps modernes ; plusieurs ingénieurs et mécaniciens wt proposèrent divers moyen d'effectuer ce transport. Zabagtia, que j'ai déjà cité H page 331, a donné, dans son ouvrage, des esquisses qui indiquent les projets plus m ou moins ingénieux, plus ou moins exécutables qui furent proposés; celui présente par le chevalier Dominique Fonlana fut accepté, el après beaucoup d'opposition il fut seul chargé de l'entreprise.
Les fig. 1 et 3 de notre pi. 1 56 sont les projections verticales du grand château en charpente A II 11 A élevé au-dessus de la place qui devait recevoir l'obélisque. I.a base de ce grand cebafaud, représentée fig. S, sur une petite échelle, reposait sur le chemin eu charpente D A A D construit en forme de digue pour conduire le monolithe au niveau de son piédestal; l'obélisque a été dressé entre les deux
B pans de celte charpente comme nous l'avons indique en O en lignes ponctuées dans la figure 3.
Fonlana se servit d'abord de son château pour enlever l'obélisque du piédestal qu'il occupait au cirque de Néron, el pour le descendre et le coucher sur le pblflM roulant qui devait le conduire à sa nouvelle place. C'est après le succès de ntU première opération que Fonlana fil remonter son château au-dessus du nouveau piédestal qui avait été construit â r.
L'obélisque couché sur un plateau formé de Tories pièces de bois fui conduit ï'ir îles rouleau» jusque dans la position où il est indiqué en O', Gg. 1, 2 et 3.
Pour le descendre de son ancien piédestal l'obélisque avaii été enveloppe de bandes de fer. Celles dirigées dans le sens de la longueur étaient appliquées s«r des planches ; les autres les croisaient en forme de frettes. Ce revêtement lui lai conservé pendant son érection ; il servit à attacher solidement les quarante uiouOtqui furent employées à le mouvoir; un pareil nombre de moufles était tue *u poutres formant le couronnement du château. Autant de câbles combinés avectrs moulles, après avoir traversé les poulies de renvoi niées à la base du cbilMiL étaient dirigés sur quarante cabestans distribues tout autour.
La force de deux chevaux et d'une vingtaine d'hommes était appliquée * cluqtr cabestan eu agissant sur des barres.
Le 10 septembre 1S586 des cérémonies religieuses précédèrent l'opération; tlk fui dirigée par Fonlana lui-même, dont les commandements étaient Iran s mis pat des signaux et au son de la trompette, pendant le plus profond silence; desordttt de la dernière rigueur avaient été donnés au nom du [râpe, et des acclimata» d'une foule immense annoncèrent le succès de celte hardie entreprise.
1» Obélisque de Saint-Jean de Latran.
Fonlana s'est servi du même moyen pour ériger l'obélisque <lc la place Sjrot- Jean de Latran à Rome : cet obélisque fut tiré par lui avec beaucoup de nei* d'un marais fangeux ; il était en trois morceaux. Le plus grand pesait 318 nillien: l'ilulisquc total, plus grand que le précédent, peso 038 milliers. On croitqw c'est celui attribué par Pline à Rhamscs.
Les morceaux furent érigés l'un après l'autre, et comme il était impossibk* passer des cordages en dessous, parce qu'ils auraient empêché de joindre le*Wfaces des fractures, Fonlana fit faire des entailles pour placer en croix des barrent de fer dont les bouts facilitèrent la suspension de chaque morceau.
li° Obélisque d'Arles.
Avant l'arrivée de l'obélisque de Luxor, celui d'Arles était le seul qui e France. Il a été érigé sur l'une des principales places de cette ville. It fat découta en 1ô80, dans les jardins des Augustîns de Saint-Rcmi : on croit qu'il atJ't" érigé dans un cirque que l'empereur Constance avait fait construire ) Charles IX avait en le projet de le faire relever, mais ce ne fut qu'en 1676 q fut en l'honneur de Louis XIV.
Cet obélisque est eu bîmh\ tw^s A'^vi.^ ri uni [uni.-Kplii:?, il i