‹ Traité de l'art de la charpenterie (volume 2)Chapitre 56 sur 297 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Les fermettes reposent à leurs naissances sur des blochets qui sont entaillés en dessous pour être maintenus par les sablières. Dans une ferme les courbes du cintre s'assemblent à tenon dans le poinçon. Dans les fermettes, elles abôutent Tune contre l'autre, et sont attachées à l'entrait ou au poinçon supérieur, par deux boulons et par un étrier.

Tous les bois de cette charpente , fort légère et d'un style fort gracieux , sont équarris à vives arêtes et polis au rabot. Lorsque je l'ai vue, il y a environ trente ans, elle était dans un état parfait de conservation ; le comble est couvert en ardoises.

2° Salle des États de Blois.

La fig. 5,^)1. 96, est un fragment du plan du château de Blois, représentant celui de la salle des États , située au premier étage du corps du bâtiment de l'Est, et célèbre par les événements qui s'y sont passés.

L'escalier À, qui est sur le côté de cette salle, monte de la galerie du rez-dechaussée, et répond i son entrée principale. Un escalier B, qui conduisait à l'appartement occupé, en 1538, par le roi Henri III, a été démoli il y a peu d'apnées, lorsque le château a été consacré au casernement des troupes.

On croit que cette partie du bâtiment fut construite vers le milieu du xme siècle, sous le règne de saint Louis. La salle des États *a près de 31 mètres de longueur, sur 17m,76 de largeur.

La fig. 4 est une coupe en travers de celte salle sur la ligne c d de du plan, et la fig. S est une coupe suivant sa longueur prise sur la ligne a b.

La fig. £ est, sur une plus grande échelle, le détail d'une ferme dans le même sens que la coupe fig. 4, et la fig. 1 est un détail de la coupe en long fig. 3.

Vu la grande largeur du bâtiment, l'architecte a du, suivant l'usage de l'époque, donner une grande hauteur au comble, et pour n'y employer que du bois d'un faible équarrissage , il a été forcé de diviser la largeur de la salle par un refend percé d'arcades en ogives portées sur des colonnes, comme on en voit le détail , fig. 1, de telle sorte que chaque ferme se trouve formée de deux parties symétriques portant chacune un cintre aussi en ogives.

La charpente est composée, suivant cette combinaison, de maîtresses fermes et de fermettes. Les maltresses fermes seules ont des tirants.

Un tirant commun aux deux cintres d'une ferme s'assemble par entailles sur les sablières portées par les trois murs et en retient récartement. Dans chaque ferme, un poinçon qui répond à son milieu, soutient la partie du tirant qui lui correspond. Les sablières portent les blochets entailles dans lesquels les arcs des fermettes prennent naissance; tous les bois sont équarris à vives arèles.

Les espaces entre les fermes et fermettes étaient remplis par une sorte de curetage, formé de planchettes clouées avec des pointes dans les feuillures pratiquées sur les bords des arcs et affleurant leurs parois intérieures, ce qui donnait à celle

construction rapparence de deux voûtes gracieuses, dont les surfaces étaient décorées d'ornements peints de la couleur de bois, et relevés par quelques partiel

dorées.

Les pans qu'on a faits sur les arêtes des tirants pour les rendre plu légers, et la forme d'une colonette avec sa base et son chapiteau, qu'on a adoptée pour chaque poinçon, donnent à l'assemblage de cette route en bots un aspect très-élégant (1).

Le défaut d'entretien , et peut-être des dégâts malbeureusement commis i plaisir, ont fait tomber un grand nombre des planchettes de la voûte, ce qui permet aujourd'hui de voir la charpente qui jadis se trouvait cachée, avantage qui ne dédommage pas de la dégradation d'une construction si curieuse.

3° Salle d$$ Paê-Perdu$ du Palais , a Rom*.

Le bâtiment de la salle des Procureurs eu des Pas-Perdus est la partie la pins ancienne du palais de justice de Rouen ; il fut bâti en 1498. Son comble esteeavposé de 43 fermes exactement pareilles et également espacées , antre deux pi* gnons.

La longueur de la salle est de 47»,Ô3, sa largeur est de 16"»,60 dans eravre, portée des fermes dont aucune n'a de tirant.

La fig. 1 de la pi. 95 représente une ferme de ce comble d'une hardiesse sirprenante , la hauteur de la planche s'étant trouvée insuffisante pour celle d'aae ferme, sur l'échelle que nous avons dû adopter, la 6g. 2 en est le complément i partir de l'entrait répondant au sommet de l'ogive.

Faute d'espace sur cette planche, nous n'avons point figuré les détails des murs; il suffit de dire qu'ils ont près de 2 mètres d'épaisseur, et qu'ils sont consolidés par des contre-forts extérieurs, distribués entre les fenêtres et surmontés comme les lucarnes de clochetons massifs.

Un revêtement intérieur , en planches clouées sur les arcs des fermes, cache entièrement la charpente, et présente l'aspect étonnant d'une grande voûte es ogive.

Nous n'avons point donné de coupe de ce comble dans le sens de sa longuev, parce qu'il ne présente aucune combinaison particulière; il n'y a point, i proprement parler, de ferme sous-faite dans laquelle pourraient se combiner des croix de Saint- André, vu que le revêtement de la voûte, qu'on a comparé au vaigrage d'un vaisseau de premier rang, a paru suffisant pour empêcher le hiement dans le sens de la longueur, le comble étant d'ailleurs maintenu entre deux solides pignons.

(i) Lors de la tenue det Était , les murs et les colonnes étaient revêtus en velours ronge avec des arnanenU en er.

Page 1