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!1 suffit de jeter un coup d'œil sur le tableau pour se rappeler les signes qui correspondent il une époque déterminée. Mais nous devons faire remarquer qu'il est impossible, cliniquemcnt, d'apprécier d'une façon rigoureusement exacte le terme de la grossesse. Deux mois consécutifs ont des signes qui appartiennent à peu près aussi bien à l'un qu'à l'autre ; de plus, les modifications qui se produisent d'un mois h. l'autre sont bien moins tranchées dans la pratique que sur le. tableau. Nous faisons exception pour le dernier mois de la grossesse, dont la seconde quinzaine diffère manifestement de la première.
§ 2. — Diagnostic de l'attitude et du volume du fœtus.
Nous avons dit (p. 437) quelle était l'altitude du fœtus, et en étudiant le palper (voy. p. 483), nous avons décrit les moyens de la reconnaître. Nous ajouterons seulement ici quelques considérations relatives au diagnostic de Cette altitude, lorsque les membres pelviens sont étendus et relevés audevant de l'abdomen et de la poitrine. Dans ces circonstances, si le fœtus se présente par le siège, on sent quelquefois les pieds vers le fond de l'utérus, tantôt appliqués contre la tête, tantôt séparés d'elle par un certain intervalle, et, dans ce dernier cas, le fœtus prend, pour ainsi dire, la forme d'un V dont les deux branches se termineraient, l'une à la tète, l'autre aux pieds de l'enfant. En outre, on peut suivre les membres pelviens de la partie supérieure à la partie inférieure de l'utérus. — Toutes les fois qu'en nous aidant des signes que nous venons d'indiquer, nous avons annoncé que l'enfant se présentait par le siège et que celui-ci était décomplété, la terminaison de Taccouchement a montré que nous avions raison.
Il serait souvent utile de connaître aussi exactement que possible le volume du fœtus pendant la grossesse, car de ce volume dépend quelquefois l'issue de raccouciiement. C'est surtout dans le cas où l'on doit pratiquer l'accouchement prématuré pour un rétrécissement du bassin (voy. tome II), et où Ton manque de données précises pour déterminer l'âge de la grossesse (la date des dernières règles étant inconnue), que celte notion de volume du fœtus est précieuse à acquérir.
Le palper en donnera une idée assez exacte. C'est lui qui permettra de distinguer tout d'abord ce qui est l'utérus de ce qui est en dehors : tissu adipeux des parois abdominales, tympanite, etc. C'est aussi en le pratiquant qu'on pourra apprécier la ^quantité plus ou moins grande du liquide amniotique, la réplélion plus ou moins complète de la cavité utérine par l'ovoïde fœtal et le volume de ce dernier.
Un accoucheur allemand, Ahlfeld (de Leipzig), a eu l'idée de mesurer cet ovoïde pendant la grossesse, en plaçant sur un des pôles l'extrémité d'une des branches du compas d'épaisseur, et sur l'autre pôle l'extrémité de la seconde branche. Quand il s';!git d'une présentation transversale, la mensuralion se fait extérieurement; quand la présentation est verticale (céphalique ou pelvienne), l'une des branches doit être introduite dans le vagin, de manière à être appliquée sur la partie fœtale qui se présente, soit directement quand
l'orifice utérin est ouvert, soit à travers la paroi utérine quand il ne l'est pas.
Il semble résulter des observations d'Alilfeld que la longueur du fœtus est le double de celle de l'ovoïde fœtal, et l'on sait, d'autre part, que le volume du fœtus est ordinairement proportionnel à sa longueur (voy. Fœtus, p. iOl).
Chez deux femmes ayant un vice de conformation du bassin, Tarnier a pu mesurer directement la tête fœtale à travers les parois abdominales au moyen du compas de Baudelocque.
§ 3. — Diagnostic différentiel de la grossesse.
Après avoir exposé en détail les signes qui caractérisent une grossesse dont la marche est régulière, nous devons maintenant donner quelques explications sur certains phénomènes qui, par leur présence, peuvent induire en erreur relativement au diagnostic, soit en faisant croire à une grossesse qui n'existe pas, soit en masquant une grossesse qui existe réellement.
États patIiolo<;lqsics qui pcnvcnt simuler une grossesse. — Ces élats pathologiques sont nombreux : nous allons passer en revue les principaux.
I. Aménorrhée. — La cessation du llux cataménial étant considérée comme un des signes les plus constants de la grossesse (voy. p. 475 et 525), il est facile de comprendre que les troubles de la fonction menstruelle, se produisant subitement chez des femmes qui ont eu des rapprochements sexuels, puissent faire croire à l'existence d'une grossesse. L'aménorrhée peut être le résultat de la chlorose ; elle peut dépendre d'états morbides divers. Ce phénomène induit d'autant plus facilement en erreur, qu'il coïncide souvent avec une congestion des organes sexuels, accompagnée du gonflement et de la sensibilité des seins. La grossesse est infirmée par les signes propres aux étals morbides dont l'aménorrhée elle-même n'est que le symptôme, et par le toucher vaginal, qui fera connaître que l'utérus estvide et que son col n'est pas modifié. Parfois on est obligé, pour établir le diagno.stic d'une façon positive, d'attendre l'époque où apparaîtraient les signes certains de grossesse, si celle-ci existait, c'est-à-dire quatre mois environ.
IL Maladies de rutérus. — Nous n'avons pas l'intention de passer on revue toutes les maladies de l'utérus qui, en produisant l'augmentation de volume de cet organe, peuvent faire songer à une grossesse des quatre premiers mois, c'est-à-dire n'ayant ])as encore atteint Tépoquc où apparaissent les signes certains (voy. p. 531) (1). Nous renvoyons aux traités de pathologie pour l'étude des signes propres au plus grand nombre de ces maladies, car une pareille étude serait ici déphicée. Nous nous bornerons doncà (pielqucs indications sommaires pour les alTections les plus communes.
On peut confondre l'utérus gravide avec l'utérus augmenté de volume sous rinfluence d'une congestion, d'une iuflainmation chronique de son parenchyme, par suite de la présence de corps fibreux interstitiels ou de la rétention du flux menstruel dans sa cavité (hématométrie).
(I) Pajot, Z^cf causes d'erreur dans le diaijnoslic de la grossesse {Annales de Gynécologie, t. 1", 1874. p. 183).
a. Conrjestion utérine. — L'utérus, augmenté de volume par suite d'une congestion de l'organe, peut en imposer quelque temps pour un utérus gravide, d'autant plus que le col est souvent ramolli, et quand les règles surviennent, on est porté à les confondre avec une hémorrhagie précédant une fausse couche ; dans ces conditions, le diagnostic est parfois si difficile, qu'on ne peut l'établir que trois ou quatre mois après le début présumé de la grossesse.
b. Métrite chronique. — L'utérus peut, sous l'influence de l'inflammation chronique de son parenchyme, atteindre le volume du poing et même un volume supérieur; de sorte que si les règles mantiuent ou sont irrégulières, on pourra songer à une grossesse de trois ou quatre mois. Parmi les différents moyens qni permettront de faire le diagnostic, il en est un sur lequel nous voulons insister : la sensation éprouvée par le doigt qui appuie sur le corps de l'utérus en différents endroits, lorsqu'il pratique le toucher vaginal, est tout à fait différente dans la métrite chronique et dans la grossesse. Dans le premier cas, le tissu de l'organe est ordinairement induré, parfois œdémalié, quand il existe en même temps une rétroversion ; dans le second cas, la consistance du tissu utérin est d'une mollesse élastique spéciale (voy. p. 193). Ajoutons que, dans la métrite, la pression du doigt détermine une douleur qu'on ne trouve pas en pressant sur l'utérus gravide. Les commémoratifs sont aussi d'une grande utilité pour le diagnostic.
c. Corps fibreux. — Il n'existe pas de production organique de la matrice qui puisse plus facilement que les corps fibreux en imposer pour une grossesse de trois ou quatre mois. Une pareille erreur est surtout facile dans les conditions suivantes : le corps fibreux est interstitiel, logé profondément dans le tissu utérin ; avec cela, il a subi une espèce d'assouplissement, de ramollissement même; la matrice présente une forme ovoïde, la portion vaginale du col est en partie effacée; quelquefois un bruit de souffle abdominal peut être perçu. Ajoutons que dans certains cas la confusion est encore facilitée par le développement rapide du corps fibreux, par l'apparition de phénomènes réflexes du côté de l'estomac et des seins.
Les corps fibreux multiples et volumineux peuvent faire croire à une grossesse avancée, et ils sont parfois si bizarrement configurés, qu'en pratiquant le palper abdominal on croit sentir et distinguer diflerentes parties fœtales. Un fibrome arrondi et volumineux, quand il est repoussé dans l'excavation pelvienne, a quelquefois même été pris pour une tête fœtale, d'autant mieux qu'une dépression linéaire du tissu fibreux peut ressembler sous le doigt à une suture. iN'ous avons été plus d'une fois témoins d'erreurs de ce genre.
Les éléments de diagnostic seront d'abord fournis par la consistance de l'utérus qui, malgré l'assouplissement et même le ramollissement que présentent quelquefois les corps fibreux, est généralement plus dur que si un œuf en partie rempli de licpiide était renfermé dans son intérieur; en outre, les fibromes sont en général moins mobiles que les parties fœtales. Quand il existe des fibromes, il est rare qu'on ne trouve pas, en répétant plusieurs fois l'examen, soit par le palper abdominal, soit par le loucher vaginal ou
rectal, une ou plusieurs bosselures faisant saillie extérieurement sur une des parois de l'utérus. Si l'on ne trouve pas ce signe palhognomonique, l'état de la muqueuse qui est rosée, au lieu de présenter la teinte violacée caractéristique de lu grossesse (voy. p. 233), et enfin la persistance des règles qui sont même devenues plus abondantes et constituent parfois de véritables ménorrhagies, sont des phénomènes qui entraînent bientôt la conviction et ne permettent pas qu'on méconnaisse longtemps la nature de la maladie. Ajoutons enfin qu'il peut exister simultanément une grossesse et un corps fibreux, ce qui augmente la difficulté du diagnostic (voy. Grossesse compliquée).
d. Rétenlion des règles dans Vutérus (hématométrie). — L'écoulement du flux cataménial peut être empêché par suite d'une oblitération congénitale ou acquise de l'utérus ou du vagin. Le sang s'accumule alors au-dessus de l'obstacle et distend quelquefois la matrice d'une façon assez considérable pour que le fond de cet organe atteigne l'ombilic, de sorte qu'au premier aspect on croirait volontiers à l'existence d'une grossesse. Scanzoni cite un cas de rétention menstruelle, observé par lui à la Clinique chirurgicale de Prague, où i'on mit plusieurs semaines avant de faire le diagnostic d'une façon certaine» Pour l'établir, il est important de considérer que dans les oblitérations congénitales le flux- cataménial n'a jamais existé; que chaque époque menstruelle est signalée par des coliques utérines violentes, par des symptômes d'une inflammation plus ou moins étendue ; en outre, l'augmentation de volume de l'utérus a lieu d'une façon brusque et non avec la régularité jiTopre à la grossesse. Si l'oblitération siège dans les parties supérieures du vagin le diagnostic est plus difficile. Cependant, l'impossibilité d'atteindre la portion vaginale du col, la présence d'une tumeur fluctuante au-dessus de l'obstacle, sont des signes caractéristiques. Dans le cas où l'oblitération siège auniveau du col utérin lui-même, la difficulté est à son maximun, il n'y a guère que l'absence des modifications du col et les coliques revenant périodiquement qui puissent mettre sur la voie du diagnostic.
Quand l'oblitération siège à la partie inférieure du vagin ou au niveau de l'hymen, le diagnostic est, au contraire, très-facile, car on voit alors à la vulve une tumeur violacée et fluctuante, sur la nature de laquelle on est bientôt fixé.
Nous signalerons seulement l'augmentation de volume de la matrice, soit par des matières glaireuses (hydrométrie), soit par des gaz (physométrie), parce que ces affections sont excessivement rares.
IIL États morbides de Vabdomen indépendants de rutérus. — Parmi ces étals morbides, nous citerons les tumeurs de l'ovaire, celles de la rate, l'ascite, la tympanite, les amas de tissu adipeux dans l'épiploon et les parois abdominales.
Dans tous ces cas, on pourra songer tout d'abord à la grossesse, pnico (pic le ventre augmente de volume; mais ce (pii éloignera de cette idée, c'est qu'on sentira le corps i]o l'utérus avec son volume et sa consistance habituelle et le col sans aucune modification. On ne trouvera [las non plus les
phénomènes de pigmentation, ni les modifications desseins, qu'on rencontre pendant la grossesse.
En outre, chacun de ces états morbides présente quelques signes particuliers qui aideront aussi au diagnostic.
i° Pour les kystes de Vovaire, on est souvent fort embarrassé, surtout au début de la maladie. Cependant, même alors, le diagnostic est possible, car la tumeur n'occupe pas ordinairement, comme l'utérus gravide, la ligne médiane, mais l'un des côtés du petit bassin ou de la région hypogastrique. — Plus tard, quand la tumeur est volumineuse et uniloculaire, on trouve une fluctuation qui lait défaut dans la grossesse normale. Les kystes multiloculaires se reconnaissent, au contraire, à leur configuration irrégulière et à leur consistance inégale, qu'on ne confondra pas avec les saillies fœtales, dont la forme, la mobilité et la résistance sont caractéristiques, lorsqu'on a l'habitude du palper abdominal chez les femmes enceintes.
Nous venons de voir une jeune femme, mariée depuis plusieurs années et n'ayant jamais eu d'enfants; ses règles se supprimèrent complètement pendant quatre mois; son ventre grossit et elle ne douta pas qu'elle fût enceinte; au bout de celte époque elle eut une métrorrhagie, et le médecin qu'elle fit appeler crut qu'elle allait faire une fausse couche. Il n'en fui rien. La perte s'arrêta pour se reproduire quelques semaines après. Aucun fœtus, aucun débris de placenta ne fut expulsé. C'est alors que nous fûmes consultés. Nous constatâmes facilement en combinant le palper hypogastrique avec le toucher vaginal, l'existence d'une tumeur fluctuante grosse comme une tète de fœtus, indépendante de l'utérus qui était mobile et à l'état de vacuité. Cette tumeur, qui remontait jusque dans la fosse iliaque gauche, était un kyste de l'ovaire du même côté.
2" Des tumeurs considérables de la rate peuvent, lorsqu'elles envahissent la région hypogastrique, être prises, à un premier examen, pour un utérus développé par un produit de conception. Scanzoni rapporte qu'une femme, croyant êlre arrivée au terme de sa grossesse, se présenta à la Clinique de Wiirzbourg pour y faire ses couches. La percussion et lapalpation de l'abdomen combinées avec le toucher vaginal démontrèrent bientôt que le volume du ventre était dû à une tumeur de la rate.
3° Malgré les deux cas d'erreur signalés par Schmitt nous ne croyons pas qu'un observateur attentif puisse confondre une ascite avec une grossesse.
Dans l'asclte, en effet, il existe une fluctuation superficielle, étendue, qu'on ne retrouve pas dans la grossesse normale; le ventre affecte une forme particulière, lorsque la femme se trouve dans le décubitus dorsal; il est aplati au niveau de la partie moyenne, saillant sur les flancs et dans les régions hypogastrique et inguinales. C'est là également qu'on rencontre la matité la plus prononcée, matité qui se déplace avec la malade; dans la région périombilicale, on constate à la percussion une résonance manifeste, tandis qu'il y a matité lorsqu'il s'agit d'une grossesse. En outre, on découvre, dans la plupart des cas, soit du côté du cœur, soit du côté du foie, de la rate ou des reins, une affection organique à laquelle on peut attribuer l'hydropisie.
La grossesse et l'ascite peuvent, du reste, exister simultanément (voy. Grossesse compliquée).
4° La tympanite intestinale a pour résultat une augmentation de volume du ventre qu'on reconnaît facilement par la sonorité qu'elle présente à la percussion. Chez quelques femmes hystériques, elle est accompagnée d'une tension des parois abdominales, qui rend l'examen dilTicile, mais qu'on peut faire disparaître par des inhalations de chloroforme.
5" Diathèse adipeuse. — Chez certains sujets, le tissu cellulaire de tout l'organisme, particulièrement celui des parois abdominales et de l'épiploon, est tellement chargé de graisse, que le ventre acquiert sous cette influence un volume considérable, tout à fait comparable à celui qu'il possède chez une femme arrivée au terme de la gestation. Avec cette espèce de diathèse adipeuse, coïncide souvent une irrégularité des règles, de sorte que les femmes, surtout celles qui n'ont pas d'enfants et qui en désirent, sont disposées à attribuer le volume de l'abdomen aune grossesse.
L'un de nous a été mandé tout récemment dans les environs de Paris pour une jeune femme qui présentait ces conditions anormales : mariée depuis plusieurs années, elle n'avait pu devenir enceinte malgré un désir ardent d'avoir des enfants. Dix mois environ avant notre visite, le ventre avait commencé à grossir, les règles s'étaient suspendues à peu près complètement ; cette dame crut au bout de quelques mois percevoir les mouvements de l'enfant ; le médecin de la localité s'imagina entendre les battements du cœur fœtal et les ht même entendre au mari. Un petit écoulement sanguinolent s'étant manifesté à plusieurs reprises, on recommanda à la patiente de garder le lit pour éviter une fausse-couche. Sous l'influence du défaut d'exercice, l'embonpoint de cette dame augmenta, le ventre prit encore plus de développement, de sorte que personne ne doutait de l'existence de la grossesse. Cependant le terme ayant été dépassé sans qu'aucun travail se manifestât, on nous demanda notre avis sur cette anomalie, et cette dame fut fort désappointée quand nous lui apprîmes ([u'elle n'était pas enceinte. Le petit volume de l'utérus, sa grande mobilité, ral)sence de modifications du col, les petits écoulements sanguins qui se produisaient à intervalles plus ou moins longs, enfin l'épaisseur des parois abdominales, suffisaient anq)lement pour établir le diagnostic.
IV. Grossesse nerveuse ou par illusion pure. — Schmiit désigne ainsi un état caractérisé par une espèce d'hallucination portant les femmes qui en sont atteintes à éprouver toutes les sensations inhérentes à la grossesse. Cette forme particulière de monomanie s'observe princi{)alcment chez les femmes hystériques tourmentées par un désir très-vif d'avoir des enfants. C'est surtout à l'approche de la ménopause, lorsque toute espérance de maternité va leur échapper, qu'elles sont prises de ces idées fixes. Celles-ci ont quelquefois pour origine un développement du ventre causé soit par un embonpoint exagéré, comme dans l'observation que nous avons rapportée plus haut, soit par une tympanite, soit par certaines altérations palhologiques de l'ulérus ou des organes voisins, d'où la (lénomiiialion do fausses yivssesses.
5i0 TROISIÈME SECTION. — DE LA GROSSESSE
Chez certains sujets, on voit apparaître plusieurs des phénomènes réflexes (le la grossesse. Les mamelles se gonflent, deviennent douloureuses et sécrètent une sérosité quelquefois lactescente. On constate des troubles digestifs, nausées/ vomissemenls même, et surtout des irrégularités dans les phénomènes de la menstruation.
En même temps ces femm.es accusent des mouvements dans le bas-ventre, qu'elles attribuent à un fœtus vivant ; tantôt ce sont de pures illusions, tantôt il existe, en eflet, des mouvements, mais qui reconnaissent toute autre cause que la présence d'un fœtus : par exemple, des mouvements périslal tiques des intestins, des déplacements de gaz dans le tube digestif, des contractions musculaires des parois abdominales. Mais le fait le plus curieux consiste dans l'apparition, au terme de leur prétendue grossesse, d'une espèce de travail d'enfantement : certaines femmes, en efl'et, éprouvent alors des douleurs abdominales qui s'irradient vers les lombes, le sacrum et le pubis ; quelques-unes même rendent un peu de sang ou de mucosité par le vagin. Le diagnostic n'est pas difficile à établir, car tous les signes physiques de la grossesse manquent. Si quelques femmes ont réussi à faire partager leur croyance à l'accoucheur, c'est que celui-ci ne les avait pas examinées assez attentivement. "
Affections qui rendent difficile le diagnostic d'une grossesse existant réellement. — Parmi ces alïeclions, nous citerons la chlorose, la phihisie pulmonaire, la métrorrhagie, diverses tumeurs, la mort du fœ.tus.
1° Chlorose. — En première ligne, nous placerons la chlorose, avec le cortège des phénomènes qm l'accompagnent. Il n'est pas rare que les symptômes de chlorose qui existaient avant la conception augmentent d'une façon marquée, après que celle-ci a eu lieu; alors les troubles fonctionnels liés à la grossesse, comme l'inappétence, les vomissements, les névralgies, les palpitations, la suppression des règles, peuvent être attribués à une altération plus prononcée du sang. Mais d'autres signes plus importants de grossesse ne tardent pas à se manifester, et l'exploration par le palper,, l'auscultation et le toucher pratiqués en temps opportun, fait disparaître tous les doutes.
2° Phthisie tuberculeuse. — Cette diathèse, par la suppression des règles et les troubles fonctionnels qui en sont la conséquence, peut masquer la grossesse, d'autant mieux que celle-ci, chez certaines femmes, est accom^ pagnée d'amaigrissement et d'une fièvre quotidienne qui ressemble à la fièvre des tuberculeux. L'erreur n'est souvent reconnue que lorsque les signes certains apparaissent.
3" Métrorrhagie. — Une autre circonstance qui est aussi bien capable d'induire en erreur, c'est l'écoulement d'une quantité plus ou moins grande de sang hors des parties génitales. Kous avons déjà dit que les métrorrhagies périodiques se rencontrent quelquefois pendant les premiers mois de la grossesse ; ces écoulements sanguins, soit qu'on les considère comme résultant d une fluxion menstruelle, soit qu'on les regarde comme liés à un état morbide de l'utérus, ne doivent donc pas toujours faire écarter l'idée
d'une conception. Dans la plupart des cas, les commémoratifs et surtout une exploration attentive des organes génitaux suffiront pour établir le diagnostic. Il n'est pas douteux que la grossesse puisse coïncider avec des pertes même très-abondantes.
4° Tumeurs de Vabdomen masquant Vutérus gravide. — Des parois abdominales épaisses, chargées de graisse ou distendues par suite d'une accumulation d'urine dans la vessie, de gaz dans l'intestin, empêchent de bien sentir par la palpation le fond de l'utérus gravide.
L'existence d'un kyste de l'ovaire ou d'une tumeur quelconque peut également rendre difficile l'exploration de l'organe gestateur,
11 faut répéter les observations afin de se mettre en garde contre les erreurs que peuvent causer ces états pathologiques.
5" Mort du produit de conception. — Nous mentionnerons encore une autre circonstance sur laquelle Jacquemier a surtout appelé l'attention et qui peut jeter l'incertitude sur l'existence de la grossesse, avant que celle-ci ail été reconnue par des signes certains : l'embryon peut périr dans la cavité utérine et y rester quelque temps sans être expulsé, par suite d'une tolérance anormale de l'organe gestateur; dans ces conditions, une erreur est facile à commettre ; en etïet, le ballottement n'existe pas, le volume de l'utérus n'est pas en rapport avec l'époque présumée de la grossesse : l'organe gestateur s'accroît d'abord lentement, puis il reste stationnaire, et enfin il diminue de volume, par suite de la résorption du liquide amniotique et de la momification de l'embryon; le col, qui s'était d'abord ramolli, redevient ferme et reprend ses caractères habituels. Il faudra donc cherclier les éléments de diagnosli(^ dans les commémoratifs, les phénomènes réflexes, les modifications du côté des seins, les colorations pigmentaires, la suppression des règles, et le changement de consistance du corps de l'utérus. POur compléter ce que nous venons de dire, nous renvoyons le lecteur aux deux observations (jue nous publions en note (1).
(1) Observation I. — Catherine B..., âgée de trente-deux ans, d'une bonne santé habituelle, a eu deux enfants, dont le plus jeune est âgé de trois ans et demi. Ses règles, régulières seulc- Mient depuis le premier accouehcment, sont venues pour la dernière fois le 1" août 1877. — Le 7 août, elle a renoué avec son amant des relations romiiues depuis plusieurs mois. Depuis ce jovn-, elle a éprouvé tlu malaise, des maux de cœur, des voinissemcnls le matin, do la tendance au sommeil. Tous ces troubles, déjà ressentis par elle pendant ses autres grossesses, lui firent penser qu'elle était enceinte; elle n'en douta plus, quand, au l"' septembre, SOS règles manquèrent; depuis celte épocjue, celles-ci no reparurent plus. Son ventre grossit rapidement et devenait dur par instants, surtout quand clic était couchée. Vers le milieu du mois de janvier 1878 elle a, pendant trois jours, senti remuer son enfant; puis les mouvements disparurent; les seins se gonflèrent et se remplirent de lait, mais elle a remarqué qu'en dehors de ses grossesses, elle peut toujours, en pressant le mamelon, faire sortir quelipics gouttes d'un liquide ressemblant à du lait. — liientôt le ventre diminua et devint très-mou. Quand, étant au lit, couchée sur un côté, cette fenuuc se retournait sur l'autre côté, elle sentait un corps lourd qui se déplaçait flans son ventre. — Cette malade entre à la Maternité, b' 1"' mai 1878, se croyant enceinte de neuf mois. A ce moment, le col de l'utérus est mou, mais sa mollesse est loin d'être comparable à colle qu'on rencontre habituellement pendant la grossesse; son orifice externe est cnlr'ouvert et le doigt peut pénétrer dans sa cavité sur une longueur de '?> centimètres environ. L'auscultation ne fait découvrir aucun bruit. M. Tarnicr, après avoir constaté ces
Quelquefois rcmbryon meurt dans les deux premiers mois, et disparaît py.r liquéfaction; dans ce cas, au moment de ravortement, il ne reste plus que les membranes de l'œuf plus ou moins dégénérées. C'est ce qui constitue les môlcH; nous en ferons plus loin l'histoire complète (voy. Pathologie de la grossesse, tome II).
faits, palpe attentivement le ventre, et pendant qne l'index droit est introduit dans le vagin, il déprime l'hypogastre avec la main gauche, de chaque cùlé du détroit supérieur, et déclare qu'il arrive à la colonne vertébrale sans rencontrer d'obstacle, et que pendant cette exploration, le doigt, placé dans le vagin et touchant le col, ne sent rien qui puisse faire supposer que la matrice est volumineuse; mais il remarque qu'il lui est impossible de sentir le corps de l'utérus. Se fondant sur l'absence de toute tumeur abdominale appréciable au moment de son examen, il repousse l'idée d'une grossesse, malgré l'état du col et la sécrétion laiteuse, malgré les renseignements affirmatifs fournis par la malade, malgré les objections du docteur Pinard, quiconnaissail cette femmedepuis quelque temps et qui croyait avoir trouvé chez elle des signes probants de grossesse. — A sa visite du soir, l'interne de service Champelier de Ribcs-, en palpant longuement et patiemment le ventre, finit par trouver une tumeur très- molle, de forme ovoïde, très-obliquement dirigée à droite, remontant jusqu'au niveau de l'ombilic, durcissant de temps en temps, ce qui rendait son existence moins difficile à constater et affirmait le diagnostic de grossesse. — Le 3 mai, à une heure du matin, douleurs d'enfantement; à cinq heures et demie rupture des membranes et écoulement d'une petite quantité de liquide rose verdàtre, sans fétidité; à sept heures cinquante minutes, expulsion d'un fœtus momifié; à huit heures quinze minutes, expulsion du placenta. Le fœtus est du sexe féminin : longueur totale, 0™,33; du sommet à l'ombilic, 0'",17 ; de l'ombilic aux talons, 0",16; poids total, GiU grammes; poids du placenta, i255 grammes. Placé sur un idan horizontal, le fœtus s'aplatit à tel point que la partie la plus saillante répondant aux fausses côtes, ne s'élève qu'à 4- centimètres au-dessus de ce plan. La tète, trèsaplatie, donne au doigt lasensationdu carton mouillé. Le cuirchevelu, dépouillé par places de cheveux et d'épiderme, est extrêmement ridé. Les os du crâne chevauchent largement les uns sur les antres. — Le placenta sur sa face fœtale, comme sur sa face utérine, est ratatiné; il est constitué par un tissu d'apparence lardacée, blanc jaunâtre. — Remarques : Dans cette observation, les signes d'origine maternelle existaient en grand nombre; mais l'utérus était si mou, qu'il était impossible de constater son volume par les palper. Quelques contractions utérines qui ne s'étaient pas manifestées à la visite du matin, permirent à. l'iiUerne. pendant sa visite du soir, de rectifier le diagnostic erroné porté dans la matinée par le chef de service.
Observation II. — Marie D..., âgée de vingt et un ans, n'ayanijamais eu d'enfant, bien réglée habituellement, n'a plus eu ses règles depuis le 28 octobre 1877; elle secroit enceinte et fait remonter sa grossesse au 9 novembre 1877. Depuis cette époque elle a éprouvé des dégoûts, des vomissements et son ventre a progressivement grossi. Le 10 mars 1877, elle a tenté de s'asphyxier par le charbon. A la suite de cette tentative, elle entre une première fois à la Maternité oi!i les aides sages-femmes de service croient entendre les battements du cœur fœtal. Bientôt Marie D... sortde l'hôpital et, le 20 mai, elle croit sentir remuer son enfant; mais, quehiues jours après, ces mouvements cessent â la suite d'une vive contrariété éprouvée par cette femme. A partir de cette époque son ventre diminua à tel point qne dans son entourage on la croyait accouchée. Au commencement du mois de mai, les seins se gonflent et sécrètent du lait. Le 19 août 1878, elle ressent quelques douleurs dans le ventre et entre, pour la deuxième fois, à la Maternité, dans la salle de gynécologie. A son arrivée, M. Tarnier l'examine, tout en recueillant les renseignements jjui précèdent. Il trouve dans l'abdomen nue tumeur oblongue, remontant à quatre travers de doigt au-dessus du pubis, très-fortement inclinée â droite, d'une dureté ligneuse, qui se continue avec le col de la matrice. Celui-ci est volumineux, allongé, très-dur, ne présentant aucune des modifications de la grossesse, sans couleur violacée. M. Tarnier n'hésite pas à nier la grossesse et affirme qu'il s'agit d'un corps fibreux de l'utérus. — Dans l'après-midi, les douleurs ressenties par cette femme s'accentuent et, à six heures quinze minutes, l'œuf est expulsé en entier. Le poids de cet œuf est de 325 grammes. Poids du fœtus, 175 grammes; du liquide amniotique, 30 grammes. Ce liquide, de couleur chocolat au lait très-clair, n'a aucune odeur fétide. Le fœtus est momifié, extrêmement ridé; sa longueur totale est de 0'",25; du sommet à l'ombilic, 0"',145; de l'o-mbilic aux talons, 0"', 105. Le cordon a 0'",28 de Ion-