‹ Traité de l'art des accouchementsChapitre 206 sur 252 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Nous étudierons d'abord les soins à donner immédiatement après la délivrance, puis les soins consécutifs, jusqu'au retour de couches.

ARTICLE PREMIER

DES SOINS A DONNER A LA NOUVELLE ACCOUCHÉE IMMÉDIATEMENT APRÈS L'ACCOUCHEMENT

Quand la délivrance est effectuée, il faut faire des frictions et de légères pressions sur l'utérus pour exciter les contractions et chasser les caillots qui pourraient exister dans la cavité utérine. Il est bon de pratiquer le loucher vaginal après la délivrance, et si l'on sent des caillots, il faut les retirer avec les doigts; parfois il suffit, pour qu'ils soient expulsés spontanément, de faire asseoir la femme sur son lit, puis de lui faire reprendre immédiatement après la position horizontale.

Une fois l'utérus complètement vide, et seulement alors, on peut administrer l'ergot de seigle et encore ne faut-il le donner que si l'utérus a une certaine tendance à se rehàcher, car ce médicament peut être accusé de favoriser la rétention des caillots dont la formation est postérieure à son emploi. On procède ensuite à la toilette des parties génitales, afin d'enlever tout le sang dont elles sont couvertes. Le lavage se fait avec de l'eau alcoolisée ou additionnée de teinture d'arnica. Depuis plusieurs années, on emploie avec avantage une solution phéniquée au quarantième environ. On peut prescrire pour une lotion: acide phénique, 25 gram.; alcool, 75 gram.; eau tiède, un litre. Au bout de cinq jours, on diminue de moitié la dose d'acide phonique.

On nettoie généralement les parties génitales avec une éponge ; nous préférons qu'on se serve soit d'un linge, soit tl'un morceau d'ouate trempé dans l'eau phéniquée, et qu'on renouvelle à chaque toilette. Au lieu de laver directement avec le linge ou l'ouate l'orifice vulvaire, qui est toujours trèssensible après l'accouchement, il vaut mieux faire couler sur cet orifice le liquide de la lotion en le laissant tomber d'assez haut sm- les parties génitales pour qu'il enlève tout le sang (jui les souille. Il est utile à ce monnMit d'écarter les grandes et les petites lèvres, afin que les caillots qui se sont accumulés dans leur intervalle soient entraînés par les lotions ainsi faites. On •pourrait encore projeter le li(iuide sur la vulve, au moyen de l'appireil Eguisier, dont le tuyau serait muni d'une petite canule en métal, de forme conique et percée à son sommet d'un seul orifice de petit diamètre; on peut aussi se servir d'un simple vase auquel est adapté un luyau de caoutchouc, muni d'un robinet et portant une canule à son exirémilé libre, il snl'lit d'cle-

794 SIXIÈME SECTIOX. — ÉTAT PUERPÉRAL PHYSIOLOGIQUE

ver ce vase pour former siphon et arroser les parties génitales, dont on fait ainsi la toilette. I

Le liquide de la lotion ou de l'injection est reçu dans un bassin plat, ovalaire, que l'on dispose convenablement sous le siège de la femme. On essuie simplement la partie supérieure des cuisses avec un linge sec.

Après la toilette, il faut examiner avec soin les parties génitales afin de se rendre compte des déchirures qu'elles peuvent présenter, particulièrement au niveau du périnée. Dans le cas de déchirure légère, il suffira, pour assurer la réunion, de conseiller à l'accouchée de tenir les cuisses rapprochées l'une de l'autre; on pourra même, pour plus de sécurité, nouer une serviette autour des genoux, — Dans les déchirures étendues du périnée, il est parfois utile de rapprocher les bords de la plaie avec des points de suture ou avec des serresfines trempées préalablement dans une solution phéniquée, et, de cette façon, on peut obtenir une réunion immédiate. Les serres-fines ne doivent pas être laissées longtemps en place, car elles couperaient les tissus. On en enlèvera la moitié au bout de douze heures et le reste au bout de dixhuit heures. Lorsque la toilette est faite, on enlève la garniture provisoire et alors l'accouchée repose sur la garniture définitive (voy. p. 705). Depuis plusieurs années, on a soin de placer sur la vulve et le périnée soit une compresse imprégnée d'une solution phéniquée qu'on renouvelle plusieurs fois par jour, soit plusieurs doubles de gaze phéniquée telle qu'on l'emploie dans le pansement de Lister (voy. pp. 797 et 798). Cette compresse ou cette gaze est maintenue en place par une serviette qu'on désigne sous le nom de serviette de couches. Ce pansement doit être renouvelé plusieurs fois par jour, dès que les pièces qui le composent sont souillées par les lochies. Si la chemise est trop tachée, il faut en changer, mais nous avons dit (p 704) qu'on devait la relever pendant le travail afin qu'elle ne soit pas mouillée par les liquides qui s'écoulent de la vulve, car il est préférable de remuer le moins possible la femme qui vient d'accoucher.

Convient-il de maintenir le ventre avec un bandage de corps ou avec une ceinture ? C'est là une précaution qui a paru inutile à quelques accoucheurs ; nous croyons cependant qu'elle ne doit pas être négligée, particulièrement chez les femmes dont les parois abdominales sont flasques; il y a alors un réel avantage à exercer sur les viscères et surtout sur l'utérus une compression qui empêche leur déplacement pendant les mouvements que les accouchées exécutent dans leur lit. Afin de pouvoir surveiller facilement la rétraction de l'utérus, ce bandage ne sera appliqué que trois ou quatre heures après l'accouchement. Voici comment on procède à son application : En hiver, on place sur l'abdomen une couche épaisse d'ouate que l'on maintient en place par une serviette bien serrée. La couche d'ouate, outre la chaleur constante, qu'elle maintient, a encore l'avantage d'empêcher la serviette de glisser, de remonter ou de se rouler, comme cela arrive quand elle est appliquée directement sur la peau; en été, nous remplaçons quelquefois la couche d'ouate par une serviette éponge pliée en quatre que nous plaçons au-dessus du pubis. Nous préférons le bandage aux draps plies que Danyau, Campbell et quelques

autres accoucheurs, à leur exemple, plaçaient sur le ventre des accouchées. Les draps finissent par être désagréables aux femmes, à cause de leur poids. L'accoucheur doit avant de se retirer s'assurer que l'utérus est bien rétracté et que l'écoulement de sang qui a lieu par les parties génitales n'est pas trop abondant; il prescrit ensuite le régime de la mère et celui de l'enfant jusqu'à sa prochaine visite.

ARTICLE II

DES SOINS CONSÉCUTIFS A DONNER A LA NOUVELLE ACCOUCHÉE DANS LE COURS DES SUITES DE COUCHES

Examen de la nouvelle accouchée par le médecin. — Cet examen, pOur

être complet, doit être fait avec méthode. L'état général de l'accouchée devra d'abord attirer l'attention du médecin; immédiatement après, il procédera cà l'exploration de l'abdomen, puis des mamelles, et enfin il terminera par l'examen des parties génitales externes.

1° Examen de Vétat général. — En arrivant près d'une accouchée le médecin, après avoir observé le faciès de la malade, doit se rendre compte de l'état du pouls et de la température. Comme nous l'avons dit page 786, un pouls ralenti indique toujours que l'accouchée est bien portante; si, au contraire, on trouve un pouls fréquent, s'il existe en même temps une élévation de température, surtout quand celle-ci a été précédée d'un frisson, on doit craindre quelque complication, soit dn côté du ventre, soit du côté des seins ou des organes génitaux externes.

2» Exploration méthodique de V abdomen. — Le palper hypogastrique indiquera tout d'abord si la vessie est vide ou pleine ; dans ce dernier cas, on engagera la femme à uriner, et si elle ne le pouvait pas, ce qui est assez fréquent dans les premiers jours qui snivent l'accouchement, on pratiquerait le cathétérisme. La vessie vidée, l'nlérus, qui avait été refoulé en haut par elle, descendra et reprendra sa situ;ilion normale. — Alors on devra explorer avec soin l'utérus lui-même et les régions de l'abdomen qui sont en dehors de cet organe. La douleur qu'on trouve à la palpation du corps de l'utérus doit faire craindre le plus souvent une inflammation de cet organe, si elle coïncide avec un état fébrile de l'accouchée ; cependant on constate parfois un peu de sensibilité qui tient simplement à l'existence de la plaie utérine, sans inflammation; mais dans ce cas il n'y a pas de fièvre. La donleur que l'on constate en pressant, avec l'extrémité des doigts, les bords de l'utérus, est souvent un symptôme de phlébite utérine commençante, de lymphangite ou d'une autre affection puerpérale grave, ainsi que Béhier l'aviiit souvent observé et fait remarquer dans ses Leçons cliniques. La douleur que l'on détermine en palpant les régions abdominales plus ou moins éloignées de l'utérus, révèle souvent l'existence d'une inflanimalion de la séreuse péritonéale. — L'examen du ventre apprendra aussi s'il est volumineux ou plat, souple ou tendu, météorisé.

'^° Exploration des mamelles.— Après avoir exploré le ventre, il faut examiner les seins, pour savoir s'ils sont souples ou, au contraire, gonflés et durs , s'il n'y a pas de crevasses ni de lymphangite, si les mamelons font sufTisamment saillie pour que l'enfant puisse facilement les saisir avec la bouche, etc.

4» Examen des parties génitales externes. — Puis l'accoucheur examinera les organes génitaux externes, surtout s'il existe quelque plaie dont se plaigne la malade. Quelquefois cette plaie sera enflammée et ses bords seront œdématiés ; assez souvent cet œdème coïncide avec des eschares qui couvrent les solutions de continuité. Dans ce cas, l'examen doit être fait avec soin chaque jour; nous dirons plus loin, à propos delà toilette des organes génitaux, comment on doit traiter ces accidents. L'accoucheur devra aussi examiner soigneusement les lochies et se faire présenter les serviettes de couches par la garde; il devra s'enquérir du nombre des serviettes salies et observer avec soin la couleur et l'odeur des liquides dont elles sont tachées, car c'est là un élément important de diagnostic et de pronostic dans les suites de couches. Il s'informera s'il n'y a pas eu de caillots, de lambeaux de membranes ou autres débris expulsés des voies génitales ; la garde doit toujours les conserver, afin que le médecin puisse les examiner soigneusement à sa première visite, tout en ayant soin de les tenir éloignés de la chambre de l'accouchée de peur qu'en se putréfiant ils ne deviennent l'origine d'accidents infectieux.

Conditions hygiéniques que doit remplir la chambre de l'accouchée.

— La chambre de l'accouchée doit être vaste, aérée, éloignée des bruits extérieurs. On doit éviter de placer le lit dans une alcôve fermée par des rideaux, où l'air ne pouvant se renouveler facilement se concentre d'une façon préjudiciable. Une ventilation bien faite est une des conditions hygiéniques les plus importantes. En été, on ouvrira les portes et les fenêtres deux fois par jour, dans le milieu de la journée, en ayant soin de couvrir complètement l'accouchée pour éviter qu'elle ne se refroidisse. En hiver, un bon feu, avec une cheminée qui tire bien, est un des meilleurs procédés de ventilation.

Conditions morales dans lesquelles doit être placée l'accouchée. —

Un calme complet est nécessaire pendant les premiers jours; aussi défendrat-on les visites. Il faut épargner à l'accouchée toute espèce d'émotion désagréable, parce que son état général pourrait en être sérieusement troublé.

Régime alimentaire. — Le régime adopté aujourd'hui pour les femmes en couches ressemble beaucoup à celui des opérés. Il n'est plus question, par conséquent, de cette diète sévère à laquelle les anciens médecins soumettaient leurs accouchées pendant huit à dix jours. Legroux, médecin de riIùtel-Dieu, a été le promoteur de cette innovation. Il donnait, en clfef, des potages et des soupes aux femmes de son service, dès le premier jour de leur accouchement, et deux portions d'aHments le deuxième jour. Nous suivons cette pratique depuis longtemps et nous n'avons jamais eu qu'à nous en louer. Immédiatement après l'accouchement, on prescrit du bouillon pris par

[leliles tasses, mais à discrétion. Le lendemain, on accorde quelques aliments solides : un œuf ou une côtelette, par exemple, avec du pain et (le l'eau rougie. Aussitôt que la sécrétion laiteuse est établie, les femmes peuvent reprendre leur régime ordinaire.

Pendant les premiers jours il est d'usage de donner à l'accouchée, comme boisson, une tisane de camomille ou bien une infusion de tilleul et de feuilles d'oranger.

Lorsqu'on vent tarir la sécrétion laiteuse, il est bon de restreindre l'alimentation et d'engager la femme à ne pas boire abondamment.

Toilette et panfsemeiit des organes génitaux externes. Injections.

— Les soins de propreté doivent être minutieux. Les serviettes de couches seront renouvelées souvent, les alèzes enlevées chaque jour, de façon que le lit reste souillé le moins longtemps possible par les liquides qui s'écoulent des parties génitales. La chemise imprégnée de sueur et mouillée par le lait doit être changée; la garde veillera à ce que l'accouchée fasse le moins de mouvements possibles pendant ce changement, surtout dans les premiers jours des couches.

Les parties génitales doirent être de la part de la garde, et parfois même de l'accoucheur, l'objet de soins particuliers. Des lotions phéniquées ayant la composition que nous avons indiquée plus haut (voy. p. 793), c'est-à-dire au 40% seront pratiquées quatre fois par jour. Si la vulve était couverte d'escliares s'étendant aux parties profondes, et si les lochies avaient une odeur fétide* il faudrait multiplier les lotions, et de plus faire des injections vaginales. En dehors de ces cas, nous ne prescrivons pas d'injections pendant les suites de couches, à cause des accidents qu'elles ont parfois déterminés. Quand on pratique ces injections, on se sert ordinairement d'eau tiède phéniquée ; on doit avoir soin de chasser l'air du tuyau de l'irrigateur, et (le ne pas ouvrir complètement le robinet, pour que le jet ne soit pas trop fort. Les injections ont pour effet d'entraîner au dehors les matières fétides qui s('journent dans le vagin et même dans l'utérus parce qu'elles font contracter ce dernier organe.

Souvent les petites plaies que nous avons signalées au niveau de la vulve s'enflamment, s'œdématient et deviennent douloureuses ; de petits cataplasmes de fécule de pomme de terre calment ces endolorissements et favorisent la résolution de l'inflammation.

La gaze phéniquée, placée en permanence sur la vulve (p. 794), détermine, chez certaines femmes dont la peau est irritable, un érylhème (|ui s'étend des parties génitales aux fesses et parfois se généralise. S'il'était démontré que l'acide borique, l'acide salicylique ont les mêmes propriétés antiseptiques (pie l'acide phéni(pie, nous leur donnerions la préférence, parce tpi'ils ne sont pas irritants comme ce dernier.

Quelques accoucheurs emploient, pour faire les lotions vulvaires ou les injections vaginales, les solutions de permanganate de potasse ou chlorurées (li([ueur de Labarraque). Ces liciuidcs nous paraissent inférieurs à l'acide phénique, au point de vue de la prophylaxie des maladies puerpérales.

Évacuation de la vefssie et du tube digestif. — La rétention d'urine

chez les femmes en couches se présente tantôt immédiatement après l'accouchement et tantôt quelques jours après. Dans le premier cas, elle semble due à la paralysie de la vessie et à la contusion du col; dans le second, elle dépend vraisemblablement d'une inflammation consécutive. D'autres fois les malades n'urinent qu'incomplètement, et à leur insu la vessie est encore distendue par une grande quantité de liquide. Après avoir interrogé les malades sur l'émission des urines, l'accoucheur devra donc s'assurer par lui-même que la vessie ne contient pas d'urine, car dans tous les cas il est très-important de ne pas méconnaître cet état. Pareille faute est souvent commise, et alors le médecin tombe fatalement dans une erreur de diagnostic sur la cause de la douleur du bas-ventre.

Les symptômes de la rétention d'urine chez les femmes en couches offrent des caractères particuliers. La vessie, repoussée en avant par l'utérus qui forme derrière elle un plan résistant, proémine presque toujours assez fortement au-dessus du pubis pour y former une tumeur appréciable à l'œil. Cette tumeur est arrondie, molle et souple au toucher, fluctuante et mate. De plus, la ^vessie, en se distendant, entraîne avec elle l'utérus dont le fond remonte parfois très-haut. Nous l'avons trouvé, douze heures, vingt-quatre heures après l'accouchement, au niveau des fausses côtes droites, l'organe tout entier étant dévié de ce côté, le fond de la vessie remontant jusqu'à l'ombilic.

Quand on pratique le cathétérisme, on voit l'utérus s'abaisser et reprendre sa position normale, à mesure que l'urine s'écoule. Chaque fois donc qu'on trouvera le fond de l'utérus à une hauteur très-considérable, on devra examiner avec soin la région sus-pubienne pour s'assurer que la vessie n'y fait pas relief. Quand celle-ci est vide, les doigts sentent sans aucune difficulté la face antérieure de la matrice sur toute sa hauteur.

La rétention d'urine persiste quelquefois chez les accouchées pendant plusieurs jours et même plusieurs semaines. Pendant tout le temps qu'elle dure, il faut pratiquer le cathétérisme au moins deux fois par jour, en suivant les règles que nous avons déjà indiquées (voy. p. 83).

Presque toujours, au bout d'un certain temps, la vessie recouvre son énergie ; il ne faut donc pas s'alarmer trop vite quand la rétention dure plusieurs jours et même plusieurs semaines.

La constipation est assez fréquente après l'accouchement; l'intestin, qui a été plus ou moins longtemps comprimé pendant le travail, reste inerte et comme paralysé. La rétention des matières fécales ne doit pas être combattue, à notre avis, pendant les quatre premiers jours; nous avons remarqué qu'il était préférable de laisser dans un repos complet l'utérus et les organes voisins pendant cette période; c'est pour cette raison que nous proscrivons l'emploi des lavements avant le cinquième jour. Nous nous abstenons également de donner des purgatifs avant ce laps de temps, car nous avons vu des effets véritablement désastreux de cette méthode en apparence bien innocente.

Si la constipation est persistante, on la combat après cette époque, soit

par de petits lavements émoUients ou huileux , soit par des lavements additionnés de 60 grammes de miel de mercuriale, de deux à quatre cuillerées de glycérine ou d'une cuillerée de sel marin.

Si la rétention des matières fécales se prolonge au delà de huit jours, elle peut donner lieu à de la céphalalgie, à un sentiment de malaise général et de pesanteur dans l'une des fosses iliaques, parfois même à une véritable douleur. Cette sensibilité abdominale accompagnée d'un léger état fébrile a pu faire croire au début d'une affection grave. Mais il n'en est rien, et tous ces symptômes disparaissent consécutivement à l'administration d'un purgatif : 30 grammes d'huile de ricin délayée dans du bouillon gras, du café noir, ou placée entre deux couches de jus d'orange. Martin (de Lyon) aurait vu, après un accouchement laborieux, « les matières fécales retenues pendant plus de vingt jours, s'amasser en si grande quantité qu'elles égalaient le volume de la tête d'un enfant à terme et avaient une extrême consistance ». Tous les laxatifs ayant échoué, ce praticien fut obligé d'introduire une curette et d'amener par parcelles les mati ères durcies. Après cette opération, l'intestin ne reprit pas immédiatement ses fonctions; mais au moyen de lavements irritants, on empêcha une accumulation nouvelle de matières : la contractilité de l'intestin ne fut complètement rétablie que vingt -neuf jours après, époque à laquelle la malade quitta l'hôpital.

Attitude que doit conserver 1 aceoncliée. Ciiangenient de lit. Licwer. Sortie. Voyages. Rapprocheiuents sexuels. — L'aCCOUcllée doit rester

au lit dans la position horizontale, surtout pendant les premiers jours des couches. La tête repose sur un oreiller le plus ordinairement; on en met deux quand la femme prend ses repas ou donne à teter à son enfant. On recommandera à l'accouchée de ne pas faire de mouvements brusques dans son lit, de rester autant que possible sur le dos, en lui permettant, cependant, de se placer un peu sur le côté quand elle sera fatiguée d'être toujours dans la même position. Nous ne permettons de faire complètement le lit de l'accouchée que le huitième jour. Pour cela on la porte dans un autre lit qui est de la même hauteur que le premier, ou mieux encore on rapproche les deux lits et elle se glisse de l'un dans l'autre. A partir de ce moment, on fait tous les deux jours le lit dans lequel elle est ordinairement couchée.

Il est d'un usage assez répandu de laisser lever les femmes le neuvième jour après l'accouchement; il est difficile de les faire rester plus longtemps au lit dans les classes ouvrières, et cependant il est avantageux pour une accouchée de garder la position horizontale (piinze et même vingt jours s'il est possible. On sera facilement convaincu de l'utilité de cette précaution, en se souvenant de la lenteur avec laquelle l'utérus revient sur lui-même, dans un certain nombre de cas. Aussi devra-t-on, pour j)crmctln' à uneaccouchée de se lever, se fonder sur le volume de l'utérus, sur l'abondance et la nature de l'écoulement lochial, sur l'état général, bien plutôt que sur le temps écoulé depuis l'accouchement.

L'accouchée devra être consignée au lit si le fond île l'utérus dépasse le

niveau du pubis, si les lochies sont encore sanguinolentes, s'il existe un peu de fièvre. Que de fois n'a-t-on pas vu un exercice prématuré déterminer des accidents sérieux, tels que métrite, phlébite, prolapsus, rétroversion de l'utérus, métrorrhagies, etc.

Les paysannes s'affranchissent généralement des précautions que nous venons d'indiquer, et si elles ne payent pas toujours de leur vie les imprudences qu'elles commettent, il n'en est pas moins vrai qu'elles acquièrent assez souvent par ce fait, malgré leur vigoureuse constitution, des infirmités qui les tourmentent pendant de longues années et les gênent dans l'accomplissement de leurs travaux.

Les femmes des villes, surtout celles qui appartiennent à la classe aisée de la société, sont plus dociles et suivent assez exactement les avis que leur donne leur accoucheur. Elles se lèvent ordinairement du quinzième au vingtième jour; on les transporte alors sur une chaise longue où elles restent une heure le premier jour, deux heures le second et trois à quatre heures le troisième. Puis elles essayent leurs forces, en faisant quelques pas dans leur chambre, et ainsi de suite graduellement, jusqu'à ce qu'elles puissent marcher sans fatigue. Autant que possible il ne faut pas que les femmes sortent avant un mois, surtout en hiver. C'est vers la même époque qu'on peut les autoriser à prendre des bains.

Nous ne permettons les voyages un peu longs en chemin de fer qu'après le retour de couches (voy. p. 159).

Nous assignons la même limite aux rapprochements sexuels, car nous avons vu plusieurs fois des accidents graves survenir après un coït prématuré.

Soins concernant les mamelles. — Quelques femmes, qui ne nourrissent pas, réclament un bandage qui empêche les seins de se déformer. Certains accoucheurs cèdent à leur prière, et nous avons vu de nouvelles accouchées dont la poitrine était tellement sanglée, qu'elles ne pouvaient respirer qu'avec peine. Nous n'approuvons pas une pareille manière de faire et nous nous contentons de couvrir et de soutenir les globes mammaires avec plusieurs couches d'ouate, maintenues elles-mêmes par une serviette modérément serrée, s'il est nécessaire. Lorsque les seins sont tendus et douloureux par suite de la rétention du lait, on applique des cataplasmes de fécule de pomme de terre ou de l'huile d'amande douce ; de cette façon le lait s'écoule et les seins s'assouplissent.

Il est encore d'usage d'administrer un léger purgatif et certaines tisanes qui jouissent d'une grande faveur comme anti-laiteux; mais nous avons dit, avec P. Dubois, que ces moyens sont tout à fait inefficaces, et nous avons vu (p. 798) que les purgatifs sont parfois nuisibles quand ils sont administrés peu de jours après l'accouchement.

Chez les femmes qui nourrissent, les mamelles doivent être l'objet de soins minutieux pour qu'elles ne s'engorgent pas, qu'il ne se produise pas de crevasses, etc. (Voy. Allaitement.)

ARTICLE III

Depuis les mémorables travaux de Tenon (1), on savait que les femmes qui accouchaient à l'hôpital y mouraient en très-grand nombre, mais on ignorait dans quelle mesure le chiffre de cette mortalité pouvait différer du chiffre de la mortalité des femmes accouchées en ville. Aussi, l'étonnement fut-il grand, lorsqu'en 1857 Tarnier publia les premières statistiques comparatives qui aient été faites sur ce sujet (2). Ces statistiques démontrèrent, en effet, qu'à la Maternité de Paris, la mortalité était environ de 5 0/0(1 sur 20) en chiffres ronds, qu'elle y était beaucoup plus considérable qu'en] ville où cette mortalité est à peu près\le 0, 55 0/0 (l sur 180). Ces faits furent bientôt confirmés dans un second mémoire (3).

Quelle pouvait être la cause d'une pareille différence dans la mortalité? A cette époque, la contagiosité des maladies puerpérales était déjà admise par un grand nombre de médecins étrangers, mais elle était niée par tous les médecins français, qui croyaient à l'épidémicité de ces maladies. Tarnier, dans les mémoires que nous venons de citer, n'hésita pas, au contraire, à attribuer cette mortalité à la contagion des maladies puerpérales qui, suivant lui, se propageaient dans les hôpitaux par l'intermédiatre d'un miasmi' contagieux ou poison. Ce dernier mot devait être employé beaucoup plus tard par le docteur Ilervieux qui n'eut qu'à y ajouter une épithète pour en faire un poison puerpéral (4).

Les chiffres comparatifs qui venaient de mettre en évidence la différence de la mortalité des femmes (voy. plus haut), suivant qu'elles accouchent en ville ou à l'hôpital, furent, en 1858, longuement discutés à l'Académie de médecine de Paris (5); ils suscitèrent dans tous les pays de nombreuses recherches et, en 18GG, Léon Le Fort ((')) publiait sur le même sujet un livre remarquable, où il montrait do nouveau par des statistiques puisées à diverses sources que, dans tous les hôpitaux français ou étrangers, la mortalité était beaucoup plus forte (jue celle ({u'on observe dans la clientèle particulière des grandes villes de l'Europe.

Aujourd'hui, la contagiosité des maladies puerpérales est admise par la plupart des médecins français et étrangers, et depuis les admirables travaux de Pasteur (voy. p. 778), on l'altribue généralement à des germes ou microbes qui llottent et se répandent dans Fiiir, s'attachent aux murs, aux objets

(I) Tenon, Mémoires sur les hôpitaux, l'aris, 1788. f^^

(-1) Tarnier, Rechercher sur l'étal puerpéral et sur les maladies des femmes en couches,

Thèse; inaugurale, Paris, 1857.

(o) Tarnier, De la fièvre puerpérale observée à la Maternité de Paris. 1858, i-licz J.-B.

Bailliùre.

(4) Ilervieux, Traité des maladies puerpérales, Paris, 1870, chez Delahayc.

(5) Bulletin de l'Acailémie de médecine de Paris, 1858.

(6) Léon Le Forl, des Maternités, Paris, 18GG.

802 SIXIÈME SECTION. — ÉTAT PUERPERAL PHYSIOLOGIOUE

de lilerie, aux vêtements, aux instruments, aux mains du personnel de l'iiôpital, qui peuvent par conséquent être transportés d'une femme à l'autre par l'air, par le linge, par un instrument, par un accoucheur, une sage-femme, une infirmière.

Ces germes pullulent dans les lochies et dans le sang des femmes atteintes de maladies puerpérales, mais par où pénètrent-ils dans l'organisme, parles plaies des organes génitaux ou par les voies respiratoires ? Il est probable que le plus souvent ils y pénètrent par les plaies des organes génitaux, mais rien ne tend à démontrer qu'ils ne peuvent pas aussi y pénétrer par les voies respiratoires. Il pourrait ici se produire ce qui a lieu pour la variole dont les modes de contagion sont multiples.

Ce qu'il faut savoir, en outre, c'est qu'indépendamment des microbes puerpéraux proprement dits, tous les germes septiques, quelle que soit leur provenance, peuvent empoisonner une nouvelle accouchée. Un médecin qui vient de faire une autopsie, de manier une matière septique quelconque, de panser une plaie, un abcès, un ulcère, de toucher une femme atteinte de cancer, etc., aura beau se laver avec soin, il emportera dans les replis delà peau de sa main des germes invisibles à l'œil nu, odorants ou non, qui pourraient contaminer une femme, si ce médecin venait à pratiquer un accouchement avant de s'être purifié par des ablutions antiseptiques prolongées, par des bains et un changement de linge et de vêtements. C'est ainsi qu'on explique aisément les faits, au premier abord incompréhensibles, dans lesquels un médecin sème autour de lui la mort dans une petite ville ou dans un village, tandis que les accouchées des autres médecins ne présentent aucun signe de maladie. Ces faits sont aujourd'hui nombreux et il faut qu'ils soient bien connus, afin que tous les médecins et toutes les sagesfemmes puissent se mettre en garde contre leur reproduction au moyen de précautions antiseptiques (voy. plus loin).

A mesure que la nature des maladies puerpérales et leur étiologie étaient mieux connues, l'hygiène des Maternités faisait d'incessants progrès. La mortalité des hôpitaux d'accouchements a presque partout diminué dans des proportions considérables, si bien qu'elle a cessé d'être un épouvantail. Au lieu de s'élever, comme autrefois, à 5 pour 100, elle n'est plus que de 2 pour 100 dans la grande Maternité de Paris, de 0,56 pour 100 (6 sur 1062» proportion presque égale à celle de la mortalité de la ville), dans le pavillon d'isolement élevé dans le jardin de cette Maternité (voy. plus loin) ; de 0,90 pour 100 dans la nouvelle Maternité de Prague (1), etc. En France, en Angleterre, en Allemagne, en Russie, en Italie, en Suisse, dans tous les pays, en un mot, le progrès s'accentue ; partout la mortalité et la morbiditi' des femmes en couches diminuent de jour en jour.

Pour réaliser de pareils progrès et s'opposer à la propagation des maladies puerpérales dans une Maternité, l'hygiène dispose aujourd'hui de plu-

(1) Breisky, Ueher die intra-utçrine Localbehandlung des Puerpéral fiebers, in Zeitsch. f. Heilkunde, Prag. Bd I, H. 3, 4.

sieurs moyens : une propreté extrêma, la venlilation, l'isolement, l'alternance, la méthode antiseptique. Tous ces moyens doivent être simultanément employés, si l'on veut obtenir des résultats aussi satisfaisants que possible.

Propreté. — Une propreté méticuleuse constitue un acheminement vers la méthode antiseptique; elle ne tue pas, comme celle-ci, les germes malfaisants; mais elle les disperse, les empêche de s'accumuler dans l'hôpital, en diminue le nombre et s'oppose, par conséquent, dans une certaine mesure, à la morbidité et à la mortalité. Plus que partout ailleurs, une propreté extrême doit être en honneur dans une Maternité où elle doit porter sur les accouchées, le personnel et ses vêtements, le mobilier, les murs, le plafond et le sol. — Autant que possible, les femmes prendront un bain au moment de leur entrée à l'hôpital.

Ventilation. — Autrefois on craignait pour les nouvelles accouchées le renouvellement de l'air ; on fermait portes et fenêtres, et les malheureuses femmes respiraient un air aussi impur que nauséabond, vicié par les émanations qui s'échappaient des lochies et des déjections de la mère et de l'enfant. Dans une Maternité l'air doit, au contraire, être renouvelé avec plus de soin et plus souvent que dans tout autre hôpital. Les fenêtres seront ouvertes chaque jour, avec les précautions nécessaires pour garantir les fennnes et les enfants contre le froid.

Une grande propreté et une ventilation obtenue par l'entre-bàillement constant des fenêtres, jour et nuit, été et hiver, ont donné d'excellents résultats à l'hôpital de la Pitié, entre les mains d'Empis.

■i^oiciuent. — Il est bien démontré aujourd'hui que l'agglomération d'un grand nombre d'individus bien portants est malsaine ; à plus forte raison Tagglomération des nouvelles accouchées doit être dangereuse. De plus, qu'une femme devienne malade, et les germes morbigènes qui pullulent dans son organisme s'en échappent et peuvent aller empoisonner les femmes placées dans les lits voisins. On sait que lorsqu'un varioleux est couché dans une salle d'hôpital, la variole se communique souvent à d'autres malades et que ceux-ci ne sont pas toujours couchés dans les lits les plus voisins de celui du premier varioleux. Les mêmes faits sont observés quand il s'agit d'un érysipèle. Pourquoi n'en serait-il pas de même pour les maladies puerpérales ?

En admettant que l'ensemencement des germes puerpéraux ne se fasse qu'à la surface des plaies des organes génitaux, il est évident qu'il aura plus de chances de se produire dans une salle commune que si chacune des accouchées avait une chambre séparée. Que pet ensemencement ait lieu par l'air ou par le doigt d'un accoucheur ou d'une infirmière, peu importe, le danger augmente avec la promiscuité fatalement inhérente aux salles communes et avec le nombre de lits qu'elles contiennent.

Aussi, partout aujourd'hui, dans toutes les nouvelles Maternités, on préfère les petites salles, ne pouvant contenir que deux, trois ou (juaire lits, aux grandes salles d'autrefois. Ces petites salles doivent être spncienses, bien aérées, séparées le mieux possible les unes des autres. Les Maternités de

80i SlXlÈiME SECTION. — ÉTAT l'L'ERPÉRAL PHYSIOLOGIQUE

Berne, de Zurich, sont construites d'après ces données, mais on peut leur reprocher d'avoir de longs corridors communs sur lesquels s'ouvrent toutes les chambres qui communiquent ainsi, indirectement il est vrai, les unes avec les autres. — Le docteur Feigneaux, qui s'est beaucoup occupé de ces questions, a loué avec raison l'installation particulière que présente l'un des hôpitaux d'accouchement de Bruxelles. Cette installation consiste en une série de petites maisons contiguës, dans chacune desquelles on ne reçoit qu'un petit nombre d'accouchées. — Le pavillon construit à la Maternité de Paris sur la demande et d'après les plans de Tarnier, se compose de chambres séparées qui ne communiquent qu'avec l'air extérieur (voy. plus loin). Chacune de ces chambres ne reçoit qu'une femme. C'est le type le plus complet de l'isolement et il a donné d'excellents résultats (voy. p. 802).

L'isolement, pour être efficace, ne doit pas seulement consister dans une disposition architecturale particulière, il doit s'appliquer encore aux personnes. Tout d'abord les femmes enceintes, les accouchées valides et celles qui sont malades forment trois catégories qui doivent être isolées les unes des autres. Dès qu'une accouchée tombe malade et devient une cause de danger pour ses voisines, elle doit être aussitôt séparée des accouchées valides et transportée dans le service réservé aux accouchées malades et, si cela est possible, elle y occupera une chambre particulière. ■ — Le personnel attaché au service des accouchées malades ne doit avoir aucun contact avec le personnel appelé à donner des soins aux femmes enceintes et aux accouchées valides. Ces deux personnels (médecin, élèves, surveillantes, infirmières, etc.) doivent être absolument distincts (1).

L'isolement doit encore porter sur tous les objets qui constituent le mobilier, et la recommandation est d'autant plus importante que ces objets sont plus menus et plus faciles à déplacer. Une canule dinjeclion, par exemple, ne doit servir qu'à une seule femme, après quoi elle sera détruite ou plongée dans un liquide antiseptique. — Le linge d'une salle ne doit pas, après avoir été lessivé à la buanderie, être indistinctement distribué dans toutes les salles. Chaque salle doit avoir du linge portant une marque particulière. —

(1) En 1867, lorsque Tarnier entra à la Maternité en qualité de chirurgien en chef, le service des accouchées valides et des accouchées malades occupait des salles séparées, mais les internes, les surveillantes et les élèves allaient librement de l'une à l'autre. Cet état de choses cessa après un arrêté du directeur de l'Assistance publique, en date du '28 févriei- 1870, dont les considérants, rédigés sous forme de lettre adressée au directeur administratif de la Maternité, contiennent la phrase suivante : « Après avoir pris connaissance du rapport que M. le chirurgien professeur en chef m'a adressé sur cette question et des propositions que vous m'avez adressées vous-même de concert avec JI"° la sage-femme en chef, pour la réalisation pratique des améliorations signalées par M. le docteur Tarnier, j'ai arrêté les dispositions suivantes qui seront exécutoires dès le l*"' mars prochain. » Ces dispositions consistaient dans 1 interdiction pour tout le personnel attaché aux accouchées malades d'aller dans les salles des femmes enceintes et des accouchées valides.

Aujourd'hui cette interdiction qui rendait effective la séparation des deux personnels, es* observée et donne de très bons résultats, puis(iue la mortalité de la Maternité est en décroissance notable (voy. plus liaut). Cependant, par une anomalie (jui subsiste encore à la Maternité comme un témoignage des vieux errements, le médecin qui dirige le service des accouchées malades soigne aussi les femmes enceintes atteintes d'une maladie quelconque. C'est une exception fâcheuse qu'il convient de faire disparaître.

Le linge provenant d'une accouchée malade doit être lessivé à part, avec un soin particulier qui malheureusement n'est pas toujours rigoureusement observé.

AUernancc. — Le sjstème de l'alternance consiste à évacuer do temps en temps une salle et à la laisser reposer. Fendant cette évacuation, ou nettoie à fond le mobilier, on lave les murs ou on les blanchit à la chaux. Ce système donne de bons résultats dans toutes les Maternités où il est appliqué.

Eiaciiafion feiiiporairto des Matci-nité». — Si malgré toutes les précautions, les maladies puerpérales sévissaient et se propageaient, le bon sens iiidiiiue qu'il faudrait ralentir les entrées ou même évacuer temporairement l'hôpital.

Métiiodc antiseptique. — La méthode antiseptique de Lister devait infailliblement être utilisée pour les accouchements. D'abord pratiquée et vulgarisée à l'étranger, elle fut introduite en France par J. Lucas Championnière qui s'en est fait le champion infatigable et qui a rendu ain«i un immense service aux opérés et aux accouchées. Elle consiste dans l'emploi de substances parasiticides diverses, acide phénique, acide borique, acide salicylique, acide thymique, sublimé corrosif, etc. (voy. pp. 703, 703, 797, 798); mais l'acide phénique est de tous les antiseptiques celui dont l'usage est le |)lus répandu.

Eu obstétrique, cette méthode a pour but de tuer ou de rendre inoITensifs tous les microbes, d'où (pi'ils viennent, auxquels on peut attribuer les maladies puerpérales. Il faut surtout, ainsi que Spiegelberg le recommande (l), que la méthode antiseptique soit employée de telle sorte que les microbes ne puissent pas s'introduire dans l'organisme, car lorsqu'ils s'y sont imi)lantés l'antisepsie est moins certaine dans ses résultats.

Autant que possible, nous l'avons déjà dit, la femme prendra un iiain au moment de son arrivée à l'hôpital. Quand elle entrera à la salle d'accouchement on lavera avec soin le bas-ventre, les organes génitaux et le haut des cuisses avec une solution contenant 25 grammes d'acide phéniipie cristallisé, 75 grammes d'alcool et un litre d'eau. Une injection vaginale sera faite avec la même solution, et sera répétée toutes les six heures environ, si le travail se prolonge.

Toutes les personnes appelées à examiner la femme devront, immédiatement avant chaque examen, se laver minutieusement et longuement les mains avec du savon et une brosse et, cela fait, plongeront à plusieurs reprises leurs mains dans la solution phéniquée dont la formule est indiquée plus iiaut.

Les sondes, les canules, les instruments dont on peut avoir besoin, doivent toujours baigner dans la susdite solution. jMais les sondes eu gomme élasti(|ue s'y altèrent rapidement et il faut, pour obvier à cet inconvénient, employer les sondes métalliques ou celles qui sont en caoutchouc rouge; de même, les canules seront soit en métal, soit en caoutchouc rouge ou en verre.

(1) Congrès inlcinational do Londres, scclion (robstclriquc, si'ancc du 9 août I8SI.

Les tampons de charpie employés pour arrêter les hémorrliagies devront baigner constamment dans la solution phéniqiiée ji!?f[irà ce qu'on les en retire pour les appliquer.

Pour toucher les femmes on se sert de vaseline pliéniquée. La même substance lubrifiera tous les instruments dont on pourrait avoir besoin.

Afin d'empêcher les germes qui voltigent dans Tair de s'implanter dans les plaies qui se produisent pendant l'expulsion du fœtus, quelques accoucheurs conseillent de pulvériser à ce moment de l'eau phéniquée dans la salle d'accouchement ; d'autres, parmi lesquels il faut ranger le professeur Weber (de Prague), font projeter sur les organes génitaux un nuage phéniqué ; mais ce nuage a l'inconvénient de mouiller et de refroidir les malades. A la Maternité de Paris, dans le service de Tariiier, on procède d'une façon différente: Pendant la période d'expulsion, chaque fois que la vulve s'entr'ouvre sous l'influence des contractions utérines, une sage-femme plonge un pinceau de charpie dans de l'huile phéniquée contenant 10 grammes d'acide phéniqué pour 100 grammes d'huile, et badigeonne la partie fœtale qui se présente. Lorsque celle-ci rentre dans les parties génitales après la douleur, elle entraîne avec elle l'huile phéniquée qui va recouvrir ainsi les parties molles de la mère et les protéger contre l'atteinte des germes septiques.

Après l'accouchement, pour toutes les toilettes (au moins quatre par jour), on se servira d'eau phéniquée au titre indiqué plus haut. Pour faire ces toilettes, on doit proscrire les éponges qui sont des nids à microbes et se servir de compresses que l'on change chaque fois, ou de coton cardé : pour que le CDton soit facile à manier, il faut d'avance l'avoir jeté sur une cuvette d'eau phéniquée et l'avoir laissé s'imbiber lentement sans le presser ni le toucher avec les doigts ; le coton ainsi préparé conserve une élasticité qui le rend très apte à pomper et à retenir l'eau, ainsi que l'a montré le professeur Guyon, tandis que si Ton veut l'imbiber rapidement en le comprimant, on n'obtient avec lui qu'une masse sans aucune élasticité.

Si l'accouchement a nécessité une opération laborieuse, la première toilette sera faite avec de l'eau phéniquée à 5 pour 100, et accompagnée d'une injection vaginale au même titre de solution, ainsi que le conseille J. Lucas Ohampionnière.

Après chaque toilette, on recouvre la vulve avec une compresse imbibée d'eau phéniquée. Nous préférons cette compresse à la gaze phéniquée qui est quelquefois irritante (voy. p. 797).

Quelques accoucheurs avaient essayé de faire chez les nouvelles accouchées bien portantes des injections vaginales et même intra-utérines avec des liquides antiseptiques; mais ils y ont tous renoncé h cause des accidents dont elles sont quelquefois suivies. Si l'accouchée est bien portante, le mieux est de ne lui faire aucune injection, car si l'on se servait d'eau simple, on pourrait, suivant la remarque de Pasteur, introduire avec elle des germes nuisibles, et l'on arriverait ainsi à un résultat absolument opposé à celui qu'on aurait cherché.

Il faut réserver les injections vaginales pour le cas où les lochies sont

HYGIÈNE DE MATERNITES 807

fétides et les injections intra-utérines pour les cas de maladie. Elles seront alors utiles à la condition d'être faites avec un liquide antiseptique.

Une ou deux fois par jour, pendant une demi-heure chaque fois, on fera pulvériser de Feau phéniquée dans toutes les salles, afin d'en rendre l'atmosphère antiseptique. Pour obtenir le même résultat, Fancourt-Barnes, dont nous avons visité le service à Londres, se sert d'une marmite particulière, très-simple et très-commode, qui répand dans l'air des vapeurs phéniquées.

Nous dirons encore quelques mots des étuves propres à détruire les germes qui se trouvent dans le linge. Os germes résistent à une température de 100 degrés et périssent presque tous à celle de 115 degrés. Il est donc important que tout le linge qu'on emploie dans une Maternité ait passé dans une étuve où la température peut être portée à 115 degrés, ainsi que nous l'avons vu à Londres dans le service de Grigg.

Nous sommes loin d'avoir épuisé le sujet, mais nous avons abordé les points principaux de la méthode antiseptique appliquée aux accouchements. Pour les détails, chacun doit s'ingénier à trouver tout ce qui peut rendre plus complète l'application de cette méthode.

Description du pavillon «le la .Maternité de Paris. — N'OUS ajoutous à Ce qui

précède la description du pavillon d'isolement de la Maternité de Paris, pavillon dans lequel sont appliquées les règles hygiéniques que nous venons de formuler. Nous empruntons cette description à un article publié par Pinard, professeur agrégé d'accouchements.

« Le nouveau pavillon d'accouchements est situé à l'extrémité des vastes ■> jardins de la Maternité de Paris.

(( Ce pavillon comprend un rez-de-chaussée et un premier étage. Il a la I forme d'un parallélogramme rectangulaire et mesure 14™,20 de longueur, '■ 7™, 80 (le largeur. Ses deux façades sont orientées au nord et au midi; les

> deux pignons regardent le levant et le couchant.

» Deux murs de refend, allant du sol au comble et d'une façade à l'autre,

> séparent le bâtiment en trois parties : l'une médiane, les deux autres lermi- ' nales. Chacune de celles-ci est divisée en deux moiliés par une cloison

> parallèle aux façades, de sorte que chaque étage se trouve divisé en cinq

> compartiments (voyez les coupes ci-après), l'un central et les autres dispersés ) aux quatre coins du pavillon.

» Les quatre derniers compartiments sont destinés à être occupés par les )) femmes en couches.

» Rez-de-chaussée. — Au rez-de-chaussée, le comparliment placé au T> centre du pavillon a été séparé en deux parties communiquant entre elles; » l'une sert de vestibule, l'autre sert de chambre de surveillance et d'office.

» Dans le vestibule se trouve l'escalier conduisant au premier étage ; on y » voit, indépendamment de la porto principale, trois portes intérieiiresqni con- » duisent : la première à un cabinet d'aisances; la seconde à un vidoir; la

> troisième à l'office. Ce vestibule est éclairé par deux fenêlres donnant sur la

> façade exposée au nord.

)) L'office ou chambre de surveillance, habituellement occupée par le person-

» nel nécessaire au service, contient un fourneau, une baignoire mobile, une » table, des chaises, des armoires.

» Elle est éclairée par deux fenêtres souvrant sur la fitr-.ide regardant au » midi. A ses deux extrémités se trouve une porte qui con^ lit soit au vestibule, » soit au dehors.

» Les quatre chambres d'accouchement sont indépendantes l'une de » l'autre ; elles ne communiquent ni avec le vestibule, ni avec l'office. Chacune » d'elles a une porte et une fenêtre. La porte s'ouvre sur l'une des façades, la » fenêtre sur l'un des pignons. Cette fenêtre descend jusqu'au niveau du sol.

« Premier étage. — Le premier étage offre les mêmes dispositions que le » rez-de-chaussée ; mais les portes des chambres d'accouchement donnent » sur un large balcon qui sert de voie de communication.

» Les deux étages sont protégés sur chaque façade par une marquise vitrée » qui met les gens de service à l'abri de la pluie. Cette marquise monte jusqu'à » l'avant-toit, mais elle n'est pas appliquée directement contre le mur, dont » elle reste séparée par un intervalle suffisant pour amener le renouvellement » de l'air placé sous le vitrage de la marquise et chauffé par les rayons du » soleil.

» Les chambres d'accouchement sont au nombre de huit, quatre par » étage. Chacune d'elles mesure : en hauteur, 3 mètres ; en longueur, ^"",30, » en largeur, S^j.^O. Le cubage de l'air y est de ^ô^jlô. Au rez-de-chaussée les » quatre chambres ont leur sol recouvert d'asphalte. Au premier étage, deux » chambres sont dallées en pierre, les deux autres en ardoises, coupées en » larges plaques.

» L'usage a montré que l'asphalte devait être rejeté. Dans les huit » chambres, les murs, les cloisons et le plafond sont recouverts de stuc et » peints à l'huile. On peut donc, avec une grande facilité, nettoyer et laver » toutes les chambres à grande eau, car le pavage y est incliné vers un cani- » veau aboutissant à une ouverture qui conduit l'eau dans un tuyau relié à » l'égout.

» Pour prévenir les amas de poussière ou l'infiltration de l'eau, tous les » angles formés à la réunion des murs, des cloisons et du plafond sont à » courbes arrondies.

» Dans chaque chambre se trouve une cheminée et une glace sans tain, » enchâssée dans le mur de refend répondant à l'office. Celte glace permet » aux personnes placées dans l'office de surveiller ce qui se passe dans les » chambres, et réciproquement les femmes en couches peuvent, depuis leur » lit, voir ce qui se passe dans l'office et faire signe aux gens de service. » De cette façon, la surveillance est sauvegardée sans nuire au principe » de l'isolement.

» L'éclairage se fait à l'aide du gaz, dont les becs sont placés en dehors » des chambres au niveau des glaces sans tain.

» Le mobilier de chaque chambre se compose :

» l^D'un lit en fer ;

» 2» D'un sommier fait uniquement de lames métalliques ;

» 3" D'un oreiller, d'un traversin et (Vun matelas remplis de balle » d'avoine ;

8 9 I£)/.ff:/-ej

lie. 28'2. — Coupes horizontales du pavillon de la Maternité : figure du liant, coupe du premier étage ; figure du bas, coupe du rez-de-chaussée.

» 4" De couvertures de laine et de coton ; » 5" D'une table de nuit en fer;

» 6'' D'un fauteuil eu fer ;

» 7" D'une chaise en fer ;

» 8" D'un tabouret en fer;

» 0" D'une table ronde en fer;

» 10" D'un berceau en fer avec la literie nécessaire pour le garnir.

» A chaque lit aboutit un cordon de sonnette dont le fil après avoir passé )) sous la marquise rentre dans l'office.

» Cette sonnette permet aux femmes d'appeler les gens de service.

» Dans chaque chambre se trouvent, au-dessus d'un lavabo, deux robinets, » l'un d'eau froide, l'autre d'eau chaude; les robinets sont alimentés par des » réservoirs placés sous les combles. L'eau chaude provient des fourneaux » des offices.

» Le personnel attaché au service du pavillon est logé dans un bâtiment » séparé.

j> Chaque femme admise au pavillon accouche dans la chambre et dans le » lit qui lui sont destinés pour tout le temps de ses couches.

» Quand elle est convalescente, elle peut se promener dans le jardin )) réservé qui entoure le pavillon.

» Dès qu'une chambre est vide, on la ventile et on la remet pour ainsi dire » à neuf. Pour cela on la vide de tout son mobilier, et toutes les parois, sol, » murs, cloisons et plafond, sont lavées à grande eau.

» Le mobilier, qui est tout en fer, subit un lavage analogue fait avec le plus » grand soin.

» La balle d'avoine qui remplissait les matelas^ le traversin et l'oreiller de )) la mère et de l'enfant est brûlée,

» La literie et les couvertures sont lavées à la buanderie. Piien ne doit » échapper au lavage et au lessivage.

» Quand une femme accouchée devient malade, sa porte est rigoureuse- )) ment interdite au personnel ordinairement chargé du service. Un médecin » de l'hôpital du Midi soigne cette malade qui a, par exception, une garde )) spéciale avec défense pour celle-ci de pénétrer dans les autres chambres.

» Telle est, en résumé, l'installation du pavillon Tarnier (I). »

Dans ce pavillon, l'isolement est aussi complet que possible ; non-seulement chaque chambre a une porte et une fenêtre s'ouvrant directement au dehors, sans aucune communication avec les autres chambres ou les corridors voisins, mais pour entrer dans l'une ou l'autre chambre, le personnel est obligé de passer sous la galerie extérieure et d'y prendre, pour ainsi dire, un bain d'air. Pour pénétrer dans chacune des chambres, il faut aller de porte en porte, comme on va, dans une rue de village, de maison en maison.

(I) Pinard, ^hum/es de gijnécologie, juin 1880, pages 114 et suivantes.

SEPTIEME SECTION

Cette section comprend trois chapitres : le premier est relatif à la physiologie du nouveau-né; le second, aux soins divers qu'on doit lui donner; !e troisième, à son alimentation.

Page 1