‹ Traité de l'art des accouchementsChapitre 218 sur 252 · CHIENNE · texte numérisé non relu

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Ainsi, chez des nourrices bien portantes, Vernois et rJpcqiiorol ont trouvé pour 1000 parties de lait, depuis 19,32 jusqu'à 70,92 de caséine et de ir tières exlractives; depuis 0,06 jusqu'à 56,42 de beurre; depuis 25,22 ju^

59,55 de sucre; depuis 0,55 jusqu'à 3,38 de sels. De toutes ces substances, le beurre est celle qui subit les plus fortes variations. Les différents principes du lait ne sont pas solidaires dans leur augmentation ou leur diminution ; au contraire, d'après Vernois et Becquerel, il y aurait un antagonisme bien déterminé entre la richesse du lait en beurre et en albumine et sa richesse en caséine et en sucre (i). Dans les analyses qui nous sont passées sous les yeux, le sucre a souvent augmenté en même temps que l'eau, tandis que les autres principes solides diminuaient (voy. p. 792).

La quantité du lait fourni dans un temps donné ne varie pas dans des limites moins étendues que sa composition chimique. Ainsi, dans les observations faites par Vernois et Becquerel, le rendement quotidien atteignait de 35 à 38 litres chez certaines vaches, et seulement de 2 litres et demi à 3 litres et demi chez d'autres (2).

Chez la femme, la quantité de lait n'est jamais exactement mesurée, mais nous dirons plus loin (page 896) que tandis que certaines femmes n'ont .|u'une quantité de lait tout à fait insuffisante, il y en a d'autres qui en fournissent une quantité tellement considérable qu'il en résulte pour elles de véritables incommodités.

Différences individuelles. — Parmi les causes des différences que l'on observe dans la quantité et la composition du lait, il y a d'abord une large part à faire à V idiosyncrasie individuelle de chaque femme ou de chaque animal. Ainsi des vaches soumises à la même hygiène donnent des laits trèsdifférents; le même fait a été constaté pour les chèvres et les brebis. îNon-seulement la quantité de matériaux solides varie d'un individu à l'autre, mais chez l'un la proportion des matières albuminoïdes augmente et celle du beurre diminue, tandis que l'inverse a lieu chez l'autre. C'est ce que savent les agriculteurs, qui distinguent les vaches à beurre des vaches à fromage. Il y a aussi des femmes beurrières et des femmes fromagières (3).

Influence de la race. — L'influence de la race n'a pas été étudiée chez la femme. Chez les animaux, elle a lait l'objet d'un grand nombre de travaux, qui prouvent que l'abondance et la composition du lait varie beaucoup d'une race à l'autre, mais sans que ces différences, pour le détail desquelles nous devons renvoyer aux ouvrages spéciaux, se prêtent à aucun énoncé général.

Disons seulement que l'énorme développement des mamelles qu'on observe chez nos vaches et nos chèvres domestiques, l'abondance de leur lait, la facilité avec laquelle on entretient la lactation chez ces animaux par la traite seule, et après les avoir séparées de leur petit, sont des caractères qu'on ne retrouve ni chez Tânesse, ni chez la vache et la chèvre elles-mêmes dans les pays où, comme en Colombie, elles sont restées presque sauvages. Il est vraisemblable que ces qualités se sont développées peu à peu, pendant une

(1) .Vernois et Becquerel, Ann. d'hygiène, i<^ série, t. Vil, p. 301.

(2) Vernois et Becquerel, Ami. d'Iujgiene, 2" série, t. Vil, p. 295.

(3) Vernois et Becquerel, Du lait che:^ la femme, p. 6G ;' Ann. d'Inmiène, 2' série, t. VII, p. 302.

longue série de générations, sous l'influence de l'excitation produite par la traite (1).

Influence de la constitution. — Contrairement à ce qu'on pouvait penser à priori, Vernois et Becquerel ont trouvé moins d'éléments solides dans le lait des femmes à constitution forte, c'est-à-dire « en général brunes, ayant les muscles développés, le teint frais, un embonpoint modéré ef toutes les autres apparences extérieures de la force et de la résistance vitale j>, que dans le lait des femmes présentant un ensemble de conditions inverses. En particulier, pour ce qui concerne la couleur des cheveux, on entend dire journellement que les blondes ont le lait moins riche ; les analyses de Vernois et Becquerel, sans infirmer ce fait, tendent à démontrer qu'il a peu d'importance. D'autres auteurs ont d'ailleurs trouvé plus d'élémenls solides dans le lait des blondes fè). Donné croit que les rousses sont moins souvent bonnes nourrices que les autres femmes. Chevallier et Henry n'ont pas trouvé de différence notable entre le lait desânesses noires et celui des ânesses grises.

Influence de la taille. — Les vaches de haute taille fournissent plus de lait que les petites, non-seulement d'une manière absolue, mais proportionnellement à la quantité d'aliments qu'elles consomment (3).

Influence du volume des mamelles. — Le volume des mamelles présente de grandes diiïérences individuelles et varie même, chez la même femme, d'un côté à l'autre (voy. p. 1^6). Ce volume a peu d'influence sur la couiposilion du lait; il semble cependant que les mamelles très- développées fournissent un lait un peu plus riche. — Quanta la quantité, elle est ordinairement plus considérable lorsque la (jlandc mammaire est volumineuse ; il y a cependant des femmes qui, ave*' des seins très-peu développés, fournissent une assez grande quantité de lait.

Variations dans la composilion du lait suivant T abondance de la sécrétion laiteuse. — Vernois et Becquerel ont aussi étudié l'influence de la (luantité du lait sécrété sur sa C()m|)osilion. Chez la femme, d'après eux,' le lait abondant serait en même temps plus concentré, sauf en beurre, tandis (pi'il serait plus aqueux chez la vache (i).

Des diflérences que le lait peut prés-enter chez la même femme, ^suivant Huil provient de r un ou de l'autre .sein. — 11 n'est pas rare que la quantité et la (pialité du lait varient d'un st'iu à l'autre. Les enfants savent parfaitement apprécier ces ditférences et iiiauilVsler leur préférence ou leur répulsion pour tel ou tel sein. C'est ainsi (|ue Soui'dat a oltservé une femme chez laquelle le sein droit était, à trois nouniliires successives, l'objet d'une |)rélérence marquée de la part du noiu'risson. Non-seulement ce sein, qui était plus développé que l'autre, fournissait une (piaiitité de lait environ deux fois

(I) lioiiliii, lieclicrclics sur quelques cliaiuiemenls observés dans les animaux iloinrslique transportes de Vancien dans le nouveau eonlinenl (Mém. de l'Inshlut, Sav. elranij.,l. \\. p. 33 i).

{"l) Vernois et Becquerel, Du lait cliei la femme, p. 3:2 ot î>2. — l-liéritier, Tolmulsclieff, cités par Gonip-lJesaiicz, Irad. IVam;., t. I, p. 6U7.

(3) Milne l'jiwards, Le{ons sur la phijsioUxjie et Vanalonue comparée, t. IX, p. 16t.

(4) Vernois et Becquerel, Du lait chez la femme, pi». Oi et I3G.

plus abondante, mais ce lait contenait parfois jusqu'à deux fois plus de matières azotées et neuf fois plus de beurre que celui du sein gauche; en revanche le sucre et les sels y étaient un peu moins abondants (1).

Sur une vingtaine de femmes, Brunner a trouvé que (Vun sfin à Vautre, la proportion des matières albuminoïdes variait de 1,8 à 15,4. sur 1000; celle de la graisse, de 2,4 à 44,1 ; celle du sucre, de 46,5 à 69,3; celle de l'eau, de 869,6 à 919,4 (2).

Influence de Vàge et de la multiparité. — L'influence de Yâge a été étudiée par Vernois et Becquerel chez la femme et chez la vache. Elle est peu importante chez cette dernière; chez la femme elle est plus manifeste. C'est V^rs vingt ans que le lait de la femme est le plus riche ; entre vingt et trente ans, sa composition se rapproche beaucoup de la moyenne normale; chez les nourrices plus âgées, le lait contient moins de principes solides.

Les femmes )nultipares fournissent un lait souvent plus abondant et un peu plus riche en sucre et en beurre que les primipares.

Influence de la gestation, de la menstruation, du rut et de la castration sur le lait. — .Une gestation, survenant pendant le cours de l'allaitement, amène souvent chez la femme une prompte diminution de la quantité du lait; cependant on a vu des femmes enceintes qui continuaient à allaiter jusqu'à leur accouchement et qui fournissaient ainsi du lait, sans interruption, à plusieurs enfants successifs. — Chez la vache, la gestation est compatible avec une sécrétion lactée abondante, au moins pendant la première moitié de sa durée, souvent jusqu'à une époque voisine du terme, quelquefois jusqu'au terme lui-même. Enfin, on sait que les juments poulinières sont menées à l'étalon huit jours après le part, ce qui ne les empêche pas d'allaiter leurs pouhiins ; souvent aussi on trouve avantageux que l'ànesse et la chèvre, destinées à fournir du lait, soient pleines (3).

Quant à rinfliience qu'une gestation intercurrente peut exercer sur la composition du lait, elle n'est pas connue chez la femme ; Vernois et Becquerel ont cependani constaté, chez une femme enceinte de trois mois, une augmentation de la proportion des matériaux solides, augmentation qui portait sur le sucre et le beurre, tandis que les matières protéiques étaient un peu au-dessous de la normale. Les mêmes auteurs ont étudié comparativement le lait de 40 vaches dont 20 pleines et 20 à l'état de vacuité. Il résulte de' leur travail que la gestation n'a d'influence manifeste que lorsqu'elle arrive à la fin ; alors le lait devient beaucoup plus concentré, en même temps que sa quantité diminue.

Quand la menstruation se rétablit pendant l'allaitement, il arrive quelquefois que la sécrétion lactée cesse au bout de peu de temps ; le plus souvent elle persiste et subit seulement une légère diminution de quantité à chaque époque. En même temps, la proportion des matériaux solides s'accroît dans une mesure notable. L'augmentation porte sur la caséine, le beurre et

(1) Sourdat, Compt. rend, de VAcad. des sciences, t. LXXI, p. 87, 1870.

(2) Brunner, Arch. f. d. gesammte PliijsioL, t. VII.

(3) Vernois et Becquerel, Du lait chez la femme, pp. 35 et suiv., 134 et suiv.

les sels ; le sucre diminue. Ces modifications sont surtout sensibles pendant que la femme a ses règles, mais elles se retrouvent, à un degré moindre, pendant la période intercalaire, ainsi que le montre le tableau suivant, tiré de Vernois et Becquerel (1) :

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