RÉGLÉES
Période menslruelle
Période, intercalaire.
Eau
Principes fixes
Caséine et matières extractives Beurre
Sucre
Sels
Souvent pendant la menstruation, l'enfant digère moins bien, crie davantage, devient plus pâle, plus mou et cesse de s'accroître. Budin et Segond ont même fait la remarque suivante: Le tracé graphique des pesées faites chaque jour avec soin leur ayant indiqué, chez quelques enfants, un arrêt de croissance ou une diminution de poids qui se répétait chaque mois à la même date, ils firent surveiller de près les nourrices et purent, malgré leurs dénégations, acquérir la certitude qu'elles avaient leurs règles au moment où le tracé graphique suivait une ligne horizontale ou descendante (voy. p, 804).
Le nit, état comparable à la mensiruation, paraît faire subir à la composition du lait des modificalioiis analogues (2), En pareil cas, corliiins éleveurs, sans séparer le veau de sa mère, lui font en outre teter niie autre vache (3).
La castration pratiquée sur la vache pendant le cours de la lactation diminue la quantité du lait suivant Desbans, et l'augmente suivant Charlier. Ce dernier châtre systématiquement les vaches pour obtenir une lactation plus abondante et plus prolongée.* D'après Uouchardat et Quevenne, celte opération ne paraît pas modifier la compositioir du lait (i). E. Marchand pense au contraire que, sous son influence, le lait l'eprend temporairement les caractères du colostrum (5).
(1) Vernois et Becquerel, Du Uni chez la femme, pp. 45 et suiv.
(2) E. Maroliand, loc cit., p. 428.
(3) D'Ardcnne, De V allaitement arlificieU 1881, p. 8r>.
(4) Dosbaiis, J. des conn. méd., t" série, t. V, |i. 21. — Cluirlicr, A/., t. Vlii, p. 305.— Bouciiardat et Quevenne, loc. cit., p. 94.
(5) Cité par A. Gautier, Dict. de chimie de Wiirlz, art. Lait, p. 194.
Variations suivant Vâge du lait. — Vdge du lait influe sur sa quantité et sur sa composition. Il ressort des recherches de Boussingault qu'en général, chez la vache, la quantité augmente pendant les deux ou trois premières semaines, diminue à partir du troisième ou du quatrième mois, est réduite de moitié vers le septième, et des trois quarts au neuvième (1); il y a naturellement des exceptions : ainsi Vernois et Becquerel ont observé des vaches qui, aubout dequatre ans, donnaientencoreOlilres, 13 litres de lait en vingt-quatre heures. Chez la femme, la quantité du lait est difficile à apprécier; mais nous verrons plus loin comment on y est arrivé d'une manière approximative (voy. p. 887). La nourrice suffit généralement aux besoins de l'enfant jusque vers six mois, et comme ces besoins croissent sans cesse, il s'ensuit que, jusqu'à cette époque, le lait est de plus en plus abondant.
Au point de vue de la composition, il faut envisager séparément le colos- Irnm et le lait proprement dit. Le colostruni est plus chargé en principes solides et en même temps plus dense ; son poids spécifique dépasse en gêné- . rai 1060. Les matières azotées y sont abondantes, mais elles sont d'abord exclusivement à l'état d'albumine, ainsi que l'ont fait voir Lassaigne chez la vaciie, Chevallier et Henry chez la femme, la chèvre et l'ànesse (%).
Avant la parturition la proportion du beurre contenu dans le colostrum est le plus souvent élevée ; il en est de même de celle du sucre, au moins dans les derniers temps de la gestation, car au début de la sécrétion colostrale, ce |iriiu-ipe peut faire complètement défaut (3).
Un jour ou deux après l'accouchement, le colostrum a pris l'aspect extérieur du lait, cependant on retrouve des corpuscules granuleux nombreux jusqu'à la fin de la première semaine, puis clair-semés jusque vers la fin de la troisième ou de la quatrième (4-). Pendant celie période colostrale ie produit de la sécrétion mammaire est notablement plus riche en matériaux solides que ne le sera, par la suite, le lait proprement dit. En effet, si l'on étudie les chilfres accumulés sur cette question par plusieurs auteurs, et surtout par Vernois et Becquerel, on voit que la proportion des matériaux solides, notamment des substances protéiques, du beurre et des sels, diminue dans le lait de femme, depuis la période colostrale, où elle a son maximum, jusque vers le quatrième ou le cinquième mois. Quant au sucre, V^ernois et Becquerel l'ont trouvé un peu moins abondant dans le colostrum que dans le lait proprement dit; Brunner est arrivé au même résultat, ainsi que E. Marchand, qui a expérimenté chez la vache; U le serait au contraire un peu plus, d'après quelques autres investigateurs (5).
Depuis le quatrième ou cinquième mois après l'accouchement jusque vers le dix-huitième, la composition du lait ne subit que des oscillations qui, bien que parfois assez considérables, ne semblent se rattacher à aucune loi
(i) Boussingault, Economie rurale, t. II, p. 516.
(2) Lassaigne, Ann. de pluifi. et de chimie, t. XLIX, 1832. — Ciievallier et Henry. Journ. de chimie médicale, 2' série, 18;J9.
(3) Lassaigne, chez la vache; Simon, Chevallier et Henry, chez la femme. (•i) Donné, Cours de microscopie, pp. 412 et 425. — Conrad, loc. cit.
(5) Clemm, Simon, Tidy, cités par Gorup-Besanez, pp. 599 et GOO.
déterminée. — Enfin, à partir du dix-huitième mois, le lait, avant de disparaître, devient de nouveau plus concentré.
Modifications du lait pendant son séjour dans la mamelle. — La durée du séjour dans la mamelle influe considérablement sur la composition du lait. Lorsque cette durée est très- longue, par exemple chez les femmes ou les femelles qui ne gont ni tétées ni traites, le lait prend les caractères du çolostrum. C'est ainsi que Joly et Filhol ont trouvé un véritable colostrum chez une femme accouchée depuis dix mois, mais qui n'allaitait pas(l).
Limité à quelques heures, le séjour dans la mamelle a pour effet tie diminuer la richesse du lait, c'est-à-dire que la proportion des matériaux fixes est 'd'autant moindre qu'il s'est écoulé plus de temps depuis la dernière traite (2).
Variations du lait du commencement à la fin de la traite. — Un autre fait, en corrélation avec celui que nous venons d'énoncer, c'est que le lait ne garde pas la même composition du début à la fin d'une même traite. Chez la vache, chez l'ànesse, on trouve à la fin delà traite de deux à douze et même vingt (3) fois plus de beurre qu'au commencement. Chez la femme, des différences analogues ont été constatées par Reiset, parHeynsius, par Lhéritier (4), par Bouchardat et Quevenne, mais elles ne sont pas aussi marquées; ainsi, chez une nourrice examinée par Reiset, la quantité de beurre, qui était en moyenne de 31s'",25 pour 1000 au début de la tetée, s'élevait, à la fin, à 51 grammes.
Quant aux autres principes du lait, ils varient peu; cependant la proportion de la caséine, ainsi que celle du sucre, a été trouvée plus forte à la fin de la traite, au moins chez la femme et chez l'ànesse, par Péligot, Lhéritier, Vernois et Becquerel, Bouchardat et Quevenne.
Les différences s'effacent lorsque les traites sont fréquemment répétées; ainsi Reiset déclare que la quantité de beurre reste sensiblement constante pendant toute la durée de la traite, chez les vaches, si on les trait toutes les deux heures. Peut-être est-ce à cause du peu d'intervalle des tétées qu'on a trouvé les différences de composition dont nous parlons plus faibles dans le lait de femme. La fréquence des traites a en même temps pour elfel d'exciter l'activité glandulaire, et d'augmenter à la fois la quantité totale du lait et sa richesse en beurre et en caséine (K. Wolff) (5).
Influence de Vheure de la traite. — Vhenre de la traite a une influence marquée. Des recherches faites sur la vache par Baidecker, Slruckmann, Wicke, sur la chèvre par Gorup-Besanez et Wicke, prouvent que le lait du matin contient beaucoup moins de matériaux fixes que celui du soir; c'est surtout sur le beurre que porte celte différence. On peut penser (|u'elle est due à ce que le lait du matin a séjourné plus longtemps dans la mamelle et
(1) Jdly <H Filhol, pp. 4.1 et suiv.
(i) l'éligol, loc. cit.
(3) 17"'-, 7 pour lUDOaii ili'hiit, :l.V..f à la Ww, .lojv et ImIIioI, Idc. cil., )>. 17-J.
(4.j U('iscl, E.tperiences sur la cu)nj)osiliun du lail. clc. (Ann. de chimie el de pJuisique, 3' série, l. X.XV, i8l'Jj. — Heyiisius, cil'; par Gorup-Besaiiez, p. 614. — Lhénlier, ïrailé de chimie patholofjiijue, p. 032.
(5j E. Wolir, cilé par Saiison, Trailê de zootechnie, i" édil., t. IV, p. 'J77, 1S7S.
à ce que l'animal a moins mans^é entre la traite du soir et celle du matin, c'est-à-dire pendant la nuit, qu'entre celle du malin et celle du soir.
Influence des aliments et des boissons sur le lait . — L'influence de Valiinentation est très-incomplétement connue. On sait qu'un régime abondant et substantiel augmente la quantité du lait. Parmentier et Déyeux ont cependant fait remarquer que, lorsque le régime est brusquement amélioré, on observe d'abord une diminution passagère, bientôt suivie d'une augmentation permanente. Vernois et Becquerel pensent qu'une alimentation riche augmente en même temps la quantité totale du lait et la proportion de la caséine et du sucre, tandis ([ue celle du beurre et de l'albumine serait plus favorisée par une alimentation modérée. Chez des femmes mal nourries, les mêmes auteurs ont trouvé une diminution de la quantité du lait, et un appauvrissement qui portait d'une façon sensiblement égale sur tous ses matériaux solides; Decaisne, pendant le siège de Paris, a obtenu des résultats analogues (1). Simon a vu, chez des femmes qui souffraient de la faim, les matières albuminoïdes et surtout le beurre diminuer considérablement, tandis que le sucre gardait à peu près sa proportion habituelle. Le lait, d'après Doyère, peut être subitement appauvri par un excès de table (2).
L'influence exercée par la nature des aliments est mal connue. Que les lentilles fournissent un lait plus abondant et plus riche que les navets et les choux, et même les pommes de terre; que les vaches à qui on a administré de la bière soient meilleures laitières que celles qui ne boivent que de l'eau ; que le fourrage vert fournisse un lait plus aqueux que le fourrage sec, cela prouve seulement l'utilité d'un régime substantiel. Ce qu'il importerait de connaître, c'est l'influence spéciale des aliments azotés, des aliments amylacés et des aliments gras. Malheureusement, la plupart des recherches ont été conduites au point de vue agronomique, en faisant usage des fourrages ordinaires, qui sont pour la plupart des aliments mixtes. Dans ces conditions, le genre de nourriture ne modifierait que la quantité du lait, ou sa richesse en éléments solides, mais n'aurait pas d'influence sur la proportion de chacun de ses éléments en particulier (3). Cependant Péligot, en changeant tous les quinze jours le régime d'une ànesse, a vu que, sous l'influence des betteraves ou de l'avoine, le lait est à la fois abondant et riche en caséine; sous l'influence des carottes, la quantité est très-réduite, ainsi que les proportions de la caséine et du beurre ; sous l'influence des pommes de terre, la quantité est moyenne, et la proportion de la caséine atteint son minimum. Damoiseau a observé des faits analogues (4). Ssubbotin a expérimenté suf la chienne l'action de la viande maigre, de la graisse et des pommes de terre. La graisse produisait chez ces animaux une diminution rapide, parfois une
(1) Decaisne,^ cité par Gorup-Besanez, loc. cit., p. G17.
(2") Doyère, Etudes^sur le lait. (Ann. de l'Institut agronomique, p. 235, juin 1852).
(3) Boussingault, Economie rurale, t. II, p. 523, 2° édit. — G. Kiihn, 1851, Journal fur Landivirtlischaft, p. 375, 1877.
(4) Péligot, loc. cit. — Damoiseau, cité pai* Dumas, Boussingault et Payen dans les Recherches sur i engraissement des bestiaux et la formation du lait, Ann. de plijs. et chimie Z" série, t. VllI, p. lUO, 1843.
cessation complète de la lactation, mais sans changer beaucoup la composition du lait; il y avait pourtant dans ce liquide un peu moins de beurre, de sucre et de sels, un peu plus de matières albumiaoides, que lorsque la chienne avait été nourrie de viande. Quant aux pommes de terre, elles donnaient un lait absolument différent ; la quantité totale de matériaux fixes était beaucoup moindre; la diminution portait sur la caséine et surtout sur le beurre, qui se trouvait réduit à moins de moitié de la proportion qu'il atteint chez les chiennes nourries de viande et même de graisse, tandis que le sucre était plus abondant et que l'albumine et les sels gardaient la même proportion (1). Le lait de chiennes nourries exclusivement de viande est tellement albumineux qu'il se coagule par la chaleur, ce qui n'a pas lieu si l'on nourrit les mêmes animaux de pain et de graisse (2).
Quoique ces expériences aient eu pour sujet un animal qui ne nous paraît pas propre à être employé pour l'alimentation des enfants, elles sont intéressantes, parce qu'elles mettent hors de doute que la nature des aliments n'est pas indifférente au point de vue de la composition du lait. Malheureusement, l'influence propre à chaque classe de principes alimentaires n'est pas appréciée de même par tous les observateurs. Par exemple, il semble résulter des expériences que nous venons de citer, ainsi que de celles de Thomson, deStohmann, que l'alimentation azotée augmente la proportion du beurre; d'après Playfair, elle la diminuerait. Les mêmes expériences, d'accord avec les recherches antérieures de Dumas (3), montrent que cette alimentation diminue la quantité du sucre; d'après Voit, au contraire, elle l'augmenterait (4). Nous en sommes donc réduits à attendre que de nouvelles études aient tranché ces importantes questions.
Du reste, le lait emprunte ses matériaux, non pas directement aux aliments, mais à l'économie, de sorte que, si certains principes font défaut dans les aliments, le lait n'en est pas pour cela dépourvu, il les prend dans l'organisme, et l'animal maigrit; inversement, si l'animal se met à engraisser, la sécrétion lactée diminue chez lui (5).
Les boissons, (pie les nourrices ci les femelles laitières consomment en grande abondance, augmentent la quantité de lait et diminuent la proportion des éléments solides, surtout celle des matières albuminoides et du beurre. Les aliments aqueux tels que les fourrages verts ont la même influence. Ainsi, chez la vache, en remplaçant des aliments peu chargés d'eau par des feuilles vertes de betterave, Leclerc a vu, au bout de quatre jours, la proportion des matériaux solides tomber de 151, :2 à 1 18, :2 sur 1000 (0).
(1) SsubboLin, cité par Gorup-Besanoz, loc.nl., p. (118.
(2) Joly et Filhol, loc. cit., p. 81 et Itîr).
(3) Dumas a vu dos cliicnnes nourries de viande donner un lait coniplétement privé de sucre; ce principe reparaissait quand on ajoutait du pain à la ration des animaux en expérience. (Coinpt. rend., Ac. se, t. XXI, p. 707, I8i5.)
(i) Voy. pour la bibliographie de ces auteurs, C.orup-Hesanez, loc. cil., pp. IW8, GIO.
(5) Dumas, Boussingault et l'ayeu, Ann. de pliijs. et de cliim., t. VIII, p. 78. — \v cité par Joly et Filhol, p. 35.
(6) Leclerc, Bull, de la Soc. des aijriculleurs de France, lô mars 1877.
Influence de certaines plantes et de certains condiments. — A côté de l'influence des aliments, nous mentionnerons celle qu'on a attribuée à certaines plantes et à certains condiments. C'est ainsi que l'anis, le fenouil, le cerfeuil, le sureau, le polygala, auraient, a-t-on dit, la propriété d'aui;menter la quantité du lait; mais Parmentier et Déyeux considèrent comme inexact tout ce qui a été avancé à cet égard (1). Bouchardat et Quevenne disent que le sel donné à dose élevée provoque une lactation abondante, ce qui tient à ce que, sous son influence, l'appétit et la soif sont augmentés (2).
Influence de certains médicaments . — On connaît peu l'influence des médicaments. A. Piobin a signalé l'action galactagogue du jaborandi (3); suivant Piœhrig, la digitaline, la caféine auraient des elfets analogues. — Sous l'influence de la strychnine, la sécrétion deviendrait quinze ou seize fois plus abondante, mais d'une façon toute transitoire; ensuite la quantité de lait tomberait au-dessous de la normale. — Le chloral diminuerait l'abondance du lait. — Rœhrig croit pouvoir généraliser le résultat de ses recherches en disant que la quantité du lait s'accroît ou diminue en même temps que la tension du sang dans les vaisseaux (4).
Nous parlerons plus loin (voy. p. 8(38) des substances qui, après avoir été introduites dans l'économie soilavecles aliments, soit de toute autre manière, se retrouvent en nature dans le lait.
Influence de la saison, de la température, de l'état hygrométrique. — L'influence de la saison se rattache en grande partie à celle de l'alimentation. Chez la vache, le lait est généralement plus abondant en été, particulièrement de juin à septembre (5); il est en même temps moins concentré; cependant Gorup-Besanez (0) dit qu'on y trouve plus de beurre. La nature des principes constituants n'est pas identique en toute saison ; ainsi dans le beurre des Vosges la proportion de margarine, rapportée à 100 d'oléine, est de 66 en été et 186 en hiver (7).
La température exerce une influence considérable sur la quantité du lait. Dans les parties les plus chaudes de l'Amérique, une vache ne donne par jour que 1 '''"^,7.5 en moyenne; en Alsace on obtient 8 litres et souvent davantage. Une température très-basse est également défavorable à la sécrétion lactée (8). Dans les fermes où l'on s'occupe principalement de la production du lait, on a soin de tenir les vaches dans des étables modérément chaudes.
Vétat In/grométrique a une grande influence sur la quantité de lait produite,
(Ij Parmentier el Déyeux, loc. cit., p. 15(j.
(2) Boiicliardat et Quevenne, loc. cit., p. 93.
(3) A. Robin, Rpxhfirches sur le jaborandi {Journ. de thérap., p. 553, 1875).
(4) Kœiirig, Arcii. /. palh. Anat. u. Phi/s., t. lAVII, p. 119.
(5) Boussingault, Économie rurale, t. II, p. 5U, 2° édii., 1851.
(6) Goiup-Bcsanez, loc. cit., p. 614.
il) Dumas, Boussingault el Payen, Reclterches sur V engraissement des bestiaux et la formation du lait{.\nn. plup. el chim,, 3<-' série, t. VIII, p. 96, 1843).
(8; Boussingault, Economie rurale, t. II, p. 508. — Milne Edwards, Leçons, t. IX, pp. 160 et 16-2.
parce qu'il influe sur la quantité d'eau perdue par l'exhalation cutanée et pulmonaire (1).
Influence de Vexercice et delà fatigue. — Playfair pense que V exercice que font les animaux qui vont au pâturage augmente la proportion de la caséine et diminue celle du beurre, ce qui est d'accord avec l'opinion de Donné; il ajoute que le beurre augmente chez la femme sous l'influence du séjour au lit (2). D'après Vernois et Becquerel, le lait des vaches qui habitent la campagne contient une plus forte proportion de tous les principes solides. Quant à la quantité du lait produit, Parmentier et Déyeux l'ont trouvée plus considérable chez les chèvres et les vaches qui ne sortaient pas de retable. Chez la femme, on sait que l'exercice et le séjour à la campagne sont favorables à une lactation abondante, ce qui sans doute tient en partie à ce que ces conditions stimulent l'appétit. La fatigue paraît au contraire avoir sur la production du lait une influence fâcheuse. Chez la vache notamment, elle diminue la quantité et la richesse du lait. Dans le lait d'ânesses surmenées, Chevallier et Henry ont trouvé deux fois plus de sels qu'à l'état normal, un peu plus de beurre, un peu moins de sucre et sensiblement moins de matières protéiques. Ces matières paraissent en outre avoir subi une modification, car le lait était devenu coagulable par la chaleur (3). Dans les mêmes circonstances. Donné a rencontré du sang (4).
Influence des troubles du système nerveux. — Les émotions mttuent sur la production du lait. On sait que chez certaines femmes la vue et les pleurs de leur enfant, qui demande à teter, font gonfler les seins et affluer le lait. En revanche toutes les émotions dépressives, surtout lorsqu'elles sont brusques, peuvent faire tarir la sécrétion lactée, au moins d'une fa^-on temporaire. Il y a lieu de rapprocher de ces faits des phénomènes analogues observés chez les animaux. Il y a des vaches, des chèvres, des ànesses, qui ne donnent pas de lait si la traite est faite avec brutalité, ou par une personne qu'elles n'aient pas coutume de voir. Parfois pour exciter la sécrétion, il faut placer près d'elles leur petit ou un animal (jui lui ressemble. On a même cité des cas où la mère ne donnait pas de lait tant qu'elle voyait son petit attaché loin d'elle, et en fournissait dès que laliberté avaitété rendue aujeune animal. Les agriculteurs disent alors que la mèveretient son lait; si l'explication est inexacte, le fait ne paraît pas pouvoir être contesté. D'Ardenne cite une vache chez laquelle la sécrétion lactée fut supprinH''eâla suite d'une violente fi'ayeur (5).
Plusieurs observations semblent établir que îles troubles purement nerveux peuvent modifier le lait dans ses qualités et même le rendre délétère. D'Ardenne dit avoir vu un enfant qui aurait présenté des phénomènes d'agitation toutes les fois que sa nouirice s'était abandonnée à uneexeilationgéné-
(1) Sanson, Traité de zootechnie, "2" cilit., l. II, pp. 197 et 3i9.
(-2) IMaynùr, On tlie changes of tJie composition of the mille {Ment, of Ihe cliem. Soc. of London, t. I, p. 74, 1843, et l'hilosopliical nnu/mint, t. WIII, p. "l'-^ïi, ISll). (3) Chevallier et Henry, J. de chini. méil., ii" série, t. V, p. lô'J, [S'Ô'J. (l) Donné, Cours de microscopie , p. i:J7, 1814. (5) D'Ardenne. loc. cit., \). 91.
sique prolongée (1). On cite le fait d'un enfant qui, ayant pris le sein de sa mère à la suite d'une violente frayeur que celle-ci venait d'éprouver, le quitta bientôt en présentant des phénomènes d'agitation et mourut en quelques instants (:2). Meslier aurait observé des attaques épileptiformes chez un enfant à la suite de chagrins éprouvés par la mère; le lait de celle-ci était très-acide (3). Parmentier et Déyeux ont vu une hystérique dont le lait, recueilli après les attaques, était transparent et devenait en moins de- deux heures visqueux comme du blanc d'œuf. Bordeu a vu le lait d'une nourrice s'épaissir à la suite d'une frayeur (A). La composition chimique de ces laits altérés n'a généralement pas été cherchée. Cependant chez une femme prise de fièvre, à la suite d'un violent chagrin, Simon a trouvé beaucoup plus de caséine, beaucoup moins de beurre et un peu moins de sucre qu'il n'y en avait la veille. Ce lait abandonné à l'air devint rapidement acide et dégagea au bout de peu d'heures de l'acide sulfhydrique.
Vernois et Becquerel ont aussi analysé un échantillon de lait recueilli après une violente émotion accompagnée de fièvre chez une femme dont le lait avait déjà été analysé quelques jours auparavant. Ce lait altéré contenait plus d'eau et de matières albuminoïdes, moins de sucre, de sels et surtout de beurre ; la proportion de ce dernier élément était réduite de près des quatre cinquièmes.
Influence des maladies aiguës et chroniques. — Les maladies aiguës, fébriles, ont pour effet de diminuer considérablement la quantité du lait. En même temps la composition de ce liquide est modifiée; dans la plupart des cas, chez la femme, l'eau et le sucre sont en moindre proportion, tandis que le caséum, le beurre et les sels ont augmenté ; il paraît en être de même chez la vache. Dans la fièvre typhoïde l'eau a été trouvée très-abondante, ainsi que les sels; tous les autres principes avaient diminué, surtout le beurre (5). Chez des vaches typhiques, Husson a trouvé, au début de la maladie, beaucoup de caséine, d'albumine et de sels, peu de beurre, de sucre et d'eau ; à une période plus avancée, il a constaté dans le lait du pus et du sang (6).
Dans l'ictère le lait prend parfois une coloration jaune.
Le lait fourni par des mamelles dans lesquelles existaient des abcès, a présenté à l'analyse chimique une composition sensiblement normale. Mais au microscope on y trouve constamment des corpuscules du colostrum et parfois les éléments du pus, ainsi que Donné l'a constaté chez la temme et chez la vache. Des altérations analogues peuvent se rencontrer dans des maladies qui ne siègent pas dans les mamelles.
(1) D'Ardcnne, loc. cit., p. 86.
(2) Ann. de la lilt. méd. britannique, 182i, t. I.
(3) Cité par Chevallier et Henry, loc. cit., p. 195.
(4) Parmentier et Déyeux, p. 258. — Bordeu, cité par les précédents, p. 158.
(5) Vernois et Becquerel, Du lait chez la femme, pp. 70 et suiv. — Guibourt, analyse du lait de vaches atteintes de fièvre aphtheuse, citée par Rayer dans Note sur l'éfiiootie régnante, in Bull. Ac. Méd., t. III, p. 352.
(6) Husson, Le lait, la crème et le beurre, p. 4-2, 1878.
Dans la plupart des maladies chroniques l'eau diminue un peu, ainsi que îe caséum; le sucre reste à peu près en quantité normale, le beurre et les sels augmentent. Néanmoins dans la tuberculose avec amaigrissement et diarrhée, Teau augmente et le beurre diminue beaucoup. Il en est à peu près de même de la syphilis, d'après Vernois et Becquerel; d'après Simon, le lait des syphilitiques serait identique à celui des femmes bien portantes (1).
Chez les femmes atteintes d'ostéomalacie, le lait, d'après Gusserow, ■contient une proportion de chaux très-supérieure à la quantité normale C^).
Le lait peut en outre, selon certains auteurs, transmettre la tuberculose. A ce dernier point de vue, ce n'est pas seulement les femmes employées comme nourrices qu'il faut surveiller, mais aussi les animaux dont on fait prendre le lait aux enfants. En effet, malgré quelques dénégations, la phthisie est, paraît-il, fréquente chez les vaches qui vivent dans les étables des grandes villes, où elles sont privées d'air, et souvent soumises à un régime forcé pour leur faire produire plus de lait.
Dans des expériences récentes, F. Peuch (3) a constaté que des lapins nourris avec du lait de vaches phthisiques, étaient devenus phthisiques. Ces expériences ne sont pas absolument probantes parce que chez le lapin la tuberculose apparaît fréquemment d'une manière spontanée. L'auteur a expérimenté aussi sur l'espèce porcine, où elle est plus rare; deux porcelets qui buvaient du lait d'une vache phthisique ont été trouvés tuberculeux, mais il en a été de même d'un troisième porcelet conservé comme témoin ; il est vrai que ce dernier animal a mangé quelquefois dans l'écuelle des deux autres, et qu'il a pu ainsi avaler quelques gouttes du lait suspect. De son côté, Toussaint a observé la tuberculose chez un jeune porc allaité par sa mère, qui l'avait elle-même contractée en mangeant des viandes tuberculeuses; mais, c'est dix-huil jours avant le part que la truie avait été ainsi infectée, et Ton peut dire que son petit avait reçu le germe de la maladie, non par l'allaitement, mais par voie d'hérédité (4). Aujourd'hui, il n'est donc pas possible de conclure d'une façon certaine à la transmission delà phthisie aux nouveau-nés par le lait des vaches tuberculeuses. Quoi qu'il en soit, il vaut mieux faire usage de lait provenant de vaches de la campagne ou de vaches placées en ville dans de bonnes conditions hygiéniques.
On a dit que le lait pourrait aussi servir de véhicule à certains virus, tels que le virus syphilitique, et à certains miasmes, tels que le miasme paludéen ; mais ces assertions ne reposent jusqu'à présent sur aucun fait probant.
Pour le virus syphilitique, Tarnier a vu un fait qui plaide contre sa transmissibilité par le lait : une nourrice infectée par un enfant étranger qui tétait une seule de ses mamelles, et portant sur cet organe un chancre auquel avaient succédé divers accidents généraux, put néanmoins conti-
(1) Simon, Die FrauenmUcli, p. 07.
(2) Gusserow, cité jinr C.oruii-Kesaiicz, lac. cit., p. 620.
(3) Pcuch, Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. XC, p. ir)8l, 1880.
(4) Toussaint, Comptes rendus de l'Acad. des sciences, t. XC, p. 754, 1880.
nuer à donner l'autre mamelle à son propre enfant sans lui communiquer la maladie qui évoluait chez elle. Disons pourtant que Woss aurait déterminé la syphilis chez une femme saine en lui injectant sous la peau du lait fourni par une syphilitique (i).
Altération «lu lait par des orgaiiisines inféricnrH. — Enfin, le lait peut
être altéré par la présence iV organismes inférieurs. On a observé, d'une façon très-exceptionnelle dans le lait de femme, moins rarement dans le lait de vache, une coloration bleue que la potasse et la soude font passer au rouge (Pelel et Labiche); celte coloration, qui débute par la surface, a été attribuée par Hermstredt (T), à l'indigo que contiendraient certaines plantes fourragères de nos climats (voy. plus loin) ; mais, dans certains cas au moins, elle paraît due à la présence d'organismes inférieurs : le Vibrio cyanogemis d'après Fuchs et Lehmann, le Byssus cœrulea d'après Braconnot. Quelquefois aussi le lait devient jaune, ce que Fuchs attribue au Vibrio xanthogenus, ou rouge, ce qui serait dû à un organisme analogue au micrococciis (Naegele). Les circonstances dans lesquelles le lait subit ces altérations ne sont pas bien connues.
Feser a trouvé des bactéries dans le lait d'animaux charbonneux (3).
Quand le lait est devenu acide, on y trouve habituellement divers champignons, \e Pénicillium glaucum , Y Ascophora w?^cprfo, etc., qui peuvent altérer sa couleur de diverses manières. Dans le lait de la plupart des biberons, H. Fauvel a constaté la présence de mycélium, de bactéries et de vibrions (i) (voy. p. U15).
L'influence de ces altérations sur la santé de l'enfant est mal connue. Devergie a vu le lait vert troubler gravement la santé des nourrissons; Parmentier et Déyeux, Guérard disent que le lait bleu ne paraît pas malsain (5). Feser en dit autant du lait charbonneux. Quoi qu'il en soit, il est prudent de proscrire absolument tout lait qui contient des organismes étrangers.
Passage dans le lait de substances introduites dans l'organisiue par
diverses voies. — La sécrétion lactée sert, en partie du moins, de voie d'élimination à certaines substances introduites dans l'économie par le tubfr digestif, les poumons ou la surface cutanée. C'est ainsi qu'après l'ingestion de plantes appartenant à la famille des alliacées, de certaines labiées, de certaines crucifères, d'anis, les matières odorantes de ces végétaux peuvent se retrouver dans le lait. En traitant le lait de vache par du sulfure de carbone, on en isole une substance dont l'odeur rappelle celle du fourrage consommé; on n'a pas obtenu le même résultat avec le lait de chèvre. L'asphodèle donne un bon goût au lait de vache; le lin, le colza, le tourteau de navette, la drèche (résidu des brasseries), les pommes de terre germées lui en donnent
(1) Voy. Ann. de (jijnécol. 1877, t. I, p. 158.
(-2) Hcrmstfcdt, L'eber einige almorme Zustande der Milch. Pharm. Ccntralblatt, 1823.
(Z) Feser, Centrablatt f. Gyn., 1879, p. G9.
(4) H. Fauvel, Bull, de l'Acad. de méd., 17 mai 1881, p. 613.
(5) Devergie.- .l/eoi. de t'Acad. de médecine, t. X, 184-3, — Parmentier et Déyeux, loc.cH.y ji. 146. — Guérard, Dict. en 30 volumes, art. Lait.
un désagréable. L'odeur des asperges a été signalée dans l'urine de l'enfant dont la nourrice avait mangé de ce légume. — L'absinthe rend le lait amer ; il en est de même des marrons d'Inde, des feuilles d'artichaut, des fleurs de châtaignier, des fanes de pomme de terre, des pousses de sureau, du laitron des Alpes. — Le tithymale le rend acre et purgatif; le trèfle des Alpes lui donne un goût sucré, la varaire un goût de fumier. — La garance, le cactus, le teignent en rouge; le populage des marais, le safran en jaune ; le jonc fleuri, l'Hyacinthus comosus, le sainfoin, la mercuriale, le polygonum, l'anchuse, la prèle, en bleu. Plusieurs de ces dernières plantes contiennent, non pas une matière bleue, mais une substance incolore qui au contact de Tair se convertit en indigo ; le lait des animaux qui en ont mangé est d'abord blanc et bleuit peu à peu. Péligol, en évaporant le lait d'une ànesse nourrie de carottes, a trouvé un résidu jaune orangé qui présentait l'odeur de cet aliment. En revanche on n'a pas retrouvé dans le lait la matière colorante de la gaude, du pastel. Parmentier et Déyeux ont donné à une vache iô kilogrammes d'oseille par jour sans que la coagulabilité du lait en parût augmentée (1).
Parmi les principes qui, des aliments, passent dans le lait, quelques-uns peuvent produire des effets toxiques chez les personnes auxquelles ce lait est administré. C'est ainsi qu'un chirurgien, à bord d'un navire anglais stationnant à Malte, a vu des vomissements bilieux, de la diarrhée, des défaillances chez tous les hommes de l'équipage qui avaient pris du lait de chèvres ayant brouté d'une certaine plante de la famille des euphorbiacées (2). On a également signalé des intoxications par le lait de chèvres qui avaient brouté du colchique; ce lait, ainsi que les matières vomies par les personnes qui en avaient fait usage, présentaient les réactions caractéristiques de la colchicine (3). La rhubarbe, la graliole administrées à la nourrice, purgent aussi l'enfant (Cazeaux) ; les feuilles de chêne administrées à des chèvres, des vaches, des ânesses, rendent leur lait astringent (Biett, cité par Chevallier et Henry). Des faits du même genre ont été signalés de divers eûtes, mais ils n'ont fait nulle part l'objet de recherches suffisamment approfondies.
L'alcool est, d'après certains auteurs (Marchand, Charpentier), au nombre des substances qui passent dans le lait; on a signalé des phénomènes d'agitation, d'insommie, de convulsions même et, à la longue, de dépérissement chez des enfants dont la nourrice abusait des boissons fermentées. Tous ces troubles disparaissaient quand on avait remplacé la nourrice intempérante par une nourrice sobre. On a également attribué à l'alcool le dépérissement observé chez des enfants ou des adultes (jui prenaient du lait provenant de vaches nourries de résidus de distilleries. Néanmoins Lewald (-i) n'est jamais arrivé à constater dans le lait la moindre trace d'alcool.
(1) l'ariucnticr et Drveux, p. 140.
(2) Mackey, Edinb. ined. Journ., t. VII, p. 8^25, 1862.
(3) Ann. de gijnécol., 1876, t. M, p. 159.
(1) Lcwiikl, UnlersucliHugen ùberden Uebergang von Anneimilteln in die Milch. Ureslau, in-4", 1857.
870 SEPTIÈME SECTION. — HYGIÈNE DE lA PREMIÈRE ENFANCE
Beaucoup de médicaments passent dans le lait. Nous avons déjà cité la rhubarbe et la gratiole ; il en est de même de la scammonée, du borax, du protoet du bicarbonate de soude, des sulfates de soude (Chevallier et Henry) et de magnésie (Harnier) (1), de l'acide acétique (Landerer) (2). Au contraire, on ne retrouve pas les sulfures de sodium et de potassium, le nitrate de potasse (Chevallier et Henry, Marchand) (3), le phosphate de chaux (Weiske) (4).
L'antimoine, surtout dans ses préparations solubles, le zinc, même administré sous la forme d'oxyde qui estinsoluble, le bismuth, l'arsenic, ont été retrouvés dans le lait par Lewald et par quelques autres chimistes; le plomb y passe lentement et s'y retrouve encore quelque temps après qu'on en a cessé l'ingestion (Lewald). Le cuivre paraît également s'éliminer par la voie mammaire, mais le fait reste douteux. La présence du fer, en quantité supérieure à la normale, dans le lait des femmes ou des animaux à qui on en administre, niée par Harnier, Simon, a été constatée par un grand nombre d'expérimentateurs (Lewald, Marchand, Chevallier et Henry, Rombeau et Roseleur, etc.) (5). Le fer se fixerait sur la caséine; son administration augmenterait la quantité delait (6). Meyer a retrouvé dans le lait le cyanure ferroso-potassique.
L'iode, administré sous forme de teinture, d'iodure de potassium, a été retrouvé par Péligot, Lewald ; Righini (7) a traité avec succès des enfants rachitiques en administrant de l'iodoforme à leur nourrice. Le mercure a été vainement cherché par Péligot, Chevallier et Henry, Harnier, mais il a été trouvé par Personne, Réveil et Lewald; on agit sur les enfants syphilitiques en donnant du mercure à leur nourrice; Orfda a cité des cas de stomatite mercurielle chez des personnes qui avaient fait usage du lait d'une vache soumise à des frictions hydrargyriques , et qui avait elle-même du ptyalisme (8).
Chevallier et 0. Henry n'ont pas retrouvé la quinine ; Landerer en a retrouvé des traces et a constaté que le lait était amer.
Des opiacés ayant été administrés à une chèvre, des lapins qui buvaient son lait n'en ont pas été influencés. Dans la pratique médicale, on a souvent occasion d'administrer du laudanum à la nourrice sans que l'enfant en souffre; cependant on aurait observé des cas de narcotisme grave et même mortel chez des enfants dont la nourrice prenait de l'opium en grande quantité (9). Baumgartner aurait retrouvé dans le lait les éléments de l'opium.
Quelque incomplètes et, sur certains points, contradictoires que soient ces
(1) Harnier, Quœdamde transitu medicamentorum in lac, Marburgi, 184-7.
(2) Arch. der Pliarm., t. CXLI, p. 167, et Journ. de plujs. et de chim., t. XII, p. 43, 1847
(3) Marchand, Encijcl. \Vôrterb.,t. XXIII, p. 329, Berlin, 1840. (4; Weiske, Preuss. Aym. d. Landiv, n° 36, 1871.
(5) Rombeau et Roseleur, Bull, thérap., t. L, p. 355, 1856. (Oj Dict. de méd. et de chir. pratiques, art. Lait, p. 76.
(7) Rigliini, trad. in Journ. de Bruxelles, t. XXXV et XXXVi.
(8) Ann. d'hygiène, V" série, t. XXXIX, p. 453, 1848.
(9) Voy., par exemple, Gorup-Besanez, trad. Schagdenhauffen, t. I, p. 622, et Ann. de gtjnécol, 1876, t. II, p. 158.
recherches, elles montrent que le lait peut se charger de substances capables soit d'inspirer du dégoût à l'enfant, soit d'exercer sur sa santé une influence tantôt funeste, tantôt bienfaisante. Nous avons cité plusieurs médicaments qu'on peut donner à l'enfant par l'intermédiaire de sa nourrice, et qui sont ainsi mieux supportés. Cette considération a déterminé le docteur Labourdette à administrer différentes substances médicamenteuses à des animaux, soit dans leurs aliments, soit par la peau. On obtient ainsi des laits chargés de mercure, d'iode, de fer, d'arsenic, etc. (1).
Des faisiiicatioim du lait. — Le lait, qui passe par un grand nombre de mains avant d'arriver au public, est l'objet de fréquentes sophistications. Les plus usitées consistent à lui enlever une partie de sa crème, environ la moitié, et à y ajouter de l'eau en quantité souvent considérable. Ces deux opérations, constituent, d'après Bouchardat et Que venue, (( la tromperie presque exclusive » (2).
La plupart des autres opérations frauduleuses auxquelles le lait est soumis ont pour but de masquer les premières, en lui restituant l'apparence des qualités qu'il a perdues. On y introduit des matières colorantes, telles que les carottes ou les oignons torréfiés, le caramel, les pétales de souci, l'extrait de chicorée, le rocou, parce que l'écrémage et l'addition d'eau lui ont donné une teinte bleuâtre, surtout marquée vers les bords du vase ; on y mêle des décoctions de son ou de diverses farines, de la gélatine, de la gomme, du jaune d'œuf, pour lui redonner une certaine onctuosité; on y ajoute du sucre, de la dextrine, du sel pour lui rendre un goût moins plat, du blanc d'œuf battu parce qu'il est devenu moins mousseux; on y délaye même quelquefois des cervelles d'animaux, pour remplacer les globules de beurre qu'on a enlevés.
D'autres sophistications consistent à introduire dans le lait pour le conserver des substances qui peuvent exercer sur l'économie une action délétère, comme l'acide borique ou l'acide salicylique. Quant à l'aildition de bicarbonate de soude, qui se fait journellement dans le même but, elle n'est pas nuisible, et on la considère comme licite.
Cette liste de sophistications, (luoique déjà longue, est cependant fort incomplète, car il n'y a pas d'aliment qui soit plus frelaté que le lait.
Uo l'ctiiploi de quelques in^trunientH pardculiers pour l'examen et le dosage du lait. — On vient de voir (nie le lait iiatuiel est susceptible de beaucoup varier sous l'influence d'une foule de causes physiologiques ou pathologiques, et (jue, pour le lait des femelles domestiques qu'on ne recueille |)as soi-même, il y a lieu de craindre un grand nond)re d'altérations frauduleuses ; il faut donc que le médecin qui dirige l'allaitement puisse déterminer la valeur de l'aliment qu'on donne au nourrisson. Pour cola, il serait à désirer (|u'il pût faire l'analyse complète du lait; mais cette opération est longue, délicate, et doit i)res(|ue toujours être confiée à un cliimisle de pro-
(1) Labourdette, Comptes rendus deV Acad.'des sciences, t. XLIl, p. 507, t856. - Bouley, Bull, de l'Acad. de médecine, t. XXIV, p. 746, 1859.
(2) Bouchardat et Qucvenne, Du lait, fasc. II, p i, 1857.
fession; aussi en laisserons-nous la description aux ouvrages spéciaux. Nous nous bornerons à décrire les instruments dont l'emploi est facile et donne chaque jour d'excellents renseignements sur la dose des principales substances qui entrent dans la composition du lait.
A. Dosage du beurre et de la crème à Vaide du lacto-butyromètre, du lactoscope, du microscope et du crémomètre. — Le dosage du beurre se fait généralement, soit au moyen du lacto-butyromètre, soit au moyen du lactoscope. On a cherché aussi à le faire indirectement avec le microscope et le crémomètre.
1" Le lacto-butyromètre de Marchand (de Fécamp) consiste en une éprouvette graduée (fig. 284), sur laquelle sont tracés trois traits indiquant des capacités égales : le trait inférieur est marqué L, le trait moyen E, le supérieur A. Un peu au-dessus et au-dessous de ce dernier sont gravées des divisions dont chacune équivaut à un centième de la capacité comprise entre E et A, soit un trois centième de la capacité totale jusqu'en A. Pour se servir de cet instrument, on y verse du lait jusqu'au trait L ; on le rend alcalin en y ajoutant une ou deux gouttes de lessive des savonniers (solution de soude caustique au tiers ; la potasse ne peut jr pas remplacer la soude) ; puis on remplit d'élher jus-
qu'au trait E. La graisse du lait se dissout dans l'éther, quand on agite l'éprouvette après l'avoir préalablement fermée avec un bouchon. On ajoute goutte par goutte de l'alcool à 90 degrés jusqu'au trait A, et l'on place l'éprouvette'dans un bain-marie à 40 degrés centigrades, où on la maintient pendant une demi-heure. La graisse, liquide à cette température, vient peu à peu se réunir à la partie supérieure, sauf une certaine quantité, évaluée par Marchand à 12sr,G par litre de lait, qui est retenue par l'éther. On lit le nombre n de degrés occupés par la couche de graisse ; chacun d'eux correspond à 2"'',33 de beurre par litre de lait, d'où la formule suivante, qui donne le poids du beurre par litre de lait :
Fig. 281. — Lacto- „ ,, j x . i i • .i ^ • ^* ^
butvi-omètre de Salleron a rendu tout calcul inutile en construisant la
Marchand. graduation de façon que chaque degré représente un
gramme de beurre par litre. Cette graduation est placée sur un curseur annulaire en cuivre ; le trait supérieur est marqué li2,6 ; on le fait affleurer à la limite supérieure de la couche du beurre, et le degré correspondant à la limite inférieure du beurre indique directement le nombre de grammes de beurre pour un litre de lait.
Un lait qui, ainsi traité, ne fournirait aucune couche de beurre libre, en renfermerait au plus 129'',6.
2" Le lactoscope repose sur ce priacipe, que le lait est d'autant plus transparent qu'il renferme moins de graisse. 11 consiste eu un récipient où Ton introduit le lait, et dont les deux faces sont formées par des glaces parallèles. Dans le lactoscope de Donné (fig. 285), on éloigne ou on rapproche ces glaces, de façon à déterminer l'épaisseur maxima de la couche de lait qui permet d'apercevoir les contours de la flamme d'une bougie, placée à un mètre de distance, l'expérience se faisant dans une chambre obscure. Une graduation donne l'écartement des glaces, d'où l'on déduit la quantité de beurre au moyen d'une table spéciale (1). D'après Bouchardat et Quevenne, le laii de femme marque en général de 50 à 60 degrés au lactoscope de Donné; le lait d'ânesse, moins chargé en beurre, 1-41 degrés en moyenne; le lait de vache, 30 degrés; le lait de chèvre, 25 degrés.
Dans le lactoscope de Vogel, l'épaisseur de la couche de lait reste la même; mais on juge de la quantité de graisse par la quantité d'eau qu'il faut ajouter au lait, afin qu'il devienne assez transparent pour qu'on puisse voir à travers un objet choisi à l'avance, par exemple la flamme d'une bougie. Il existe encore d'autres lactoscopes fondés sur des principes analogues. Nous n'y insisterons pas.
Quel que soit 'le lactoscope employé, il résulte des recherches de Conrad et de Weucki
(de Berne) qu'il existe des différences très-sensibles entre la proportion de graisse évaluée avec le lactoscope, et celle qui est déterminée par l'analyse chimique. Sur treize cas, quatre fois seulement il y a eu un accord suflisant entre les résultats de l'analyse et ceux du lactoscope.
Il y a des causes d'erreurs tenant à ce que tons les observateurs ne voient pas disparaître les contours delà llamme au même moment : ainsi des observateurs exercés, mais n'ayant pas la même vue, ont trouvé des différences de 0,2 àO,X de graisse pour 100 ; les écarts étaient naturellement plus grands, quand il s'agissait d'observateurs non exercés.
Il y a aussi des erreurs qui tiennent à ce qu'un même lait devient de plus en plus opaque à mesure qu'on s'éloigne du moment de la traite, probablement parce que les globules graisseux se soudent les uns aux autres, penlètre aussi parce qu'une partie de la caséine primitivement dissoute se •transforme peu à peu en caséine insoluble (voy. p. 850). Enfin le lactoscope confond avec le beurre toutes les sid)stances opaques ([u'on a pu ajouter au lait dans un but frauduleux. Néanmoins cet instninnMit , iloiil l'emploi est
FiG.