EN 24 HEURES
Ces chiffres sont beaucoup moins élevés que ceux de Natalis-Guillot, à qui revient le mérite d'avoir appliqué le premier, à l'étude de cette question, la méthode des pesées, mais qui s'est malheureusement servi de procédés inexacts. Au lieu de peser la quantitéde lait prise par l'enfant dans chaque tetée, pendant vingt-quatre heures, et d'additionner tous ces résultats, comme l'a fait Bouchaud, il faisait teter l'enfant devant lui une fois dans la journée, au moment de sa visite, constatait la quantité de lait ingéré alors, et multipliait le nombre obtenu par le nombre de letées ; ce dernier nombre était relevé par les nourrices, qui, on le comprend, avaient une certaine tendance à l'exagérer, afin de faire valoir la peine qu'elles s'étaient donnée pour les enfants.
Signes auxquels on reconnaît que l'allaitement est normal. — Il Il'est T^^S
toujours indispensable dç se servir de la balance pour reconnaître si l'enfant prend ou non assez de lait quand il est au sein; il suffira souvent à une personne habituée de l'observer soit pendant qu'il tette, soit après. En effet, l'enfant mis au sein fait des mouvements de succion, puis quand sa bouche est pleine de lait, il s'arrête un instant et avale; à ce moment on entend un gloUy après quoi l'enfant se repose quelques secondes et tetle de nouveau. En général, c'est après 5, 6, 7, 8 mouvements de succion que le lait est accumulé dans la bouche en assez grande quantité pour qu'il y ait déglutition. Si la nourrice a peu de lait, il ne se produit de déglutition qu'après un grand nombre de succions, et souvent l'enfant fatigué s'endort au sein sans être repu; au contraire, lorsque le lait est extrêmement abondant, l'enfant avale presque à chaque succion ; on voit le lait s'échapper par les commissures de ses lèvres et ruisseler le long de ses joues. Dans de bonnes conditions d'allaitement, l'enfant ne se fatigue pas en tétant et ne s'endort pas au sein. Lorsqu'il a teté, il paraît satisfait, ne crie pas, e si on lé met dans son berceau, il s'endort pour quelques heures.
Si le lait est en quantité suffisante, l'enfant doit avoir fini de teter en dix, quinze ou vingt minutes au plus ; s'il tette plus de vingt minutes, c'est que très-probablement il y a pénurie de lait.
L'enfant qui a trop teté vomit souvent et rejette le lait qu'il a pris en excès. Ces vomissements, ou plutôt ces régurgitations, fatiguent peu les enfants et ne constituent pas un signe fâcheux, mais il faut prendre garde de les confondre avec les vomissements produits par la mauvaise qualité du lait. Ceux-ci sont, au contraire, très-fâcheux.
Règle générale, les enfants dont l'alimentation est bonne ont des garderobes normales (voy. p. 8'2i). La constipation indique habituellement une nourriture insuffisante, bien qu'à cet égard les exceptions soient nombreuses. La diarrhée, au contraire, est l'indice d'une mauvaise alimentation ou d'une alimentation trop abondante; il faut, dans ce dernier cas, savoir rationner les enfants et ne pas les laisser teter autant qu'ils le veulent. Souvent aussi la diarrhée dépend de ce que le lait est non-seulement très abondant mais trop aqueux. On se trouvera bien, alors, avant de faire teter l'enfant, d'exprimer du sein quelques cuillerées de lait que l'on jettera, parce que celui qui viendra ensuite sera plus chargé de matériaux solides (voy.
Quand un enfant tette et digère bien, il y a lieu de croire que son allaitement est satisfaisant; néanmoins on ne devra pas, même dans ces conditions, négliger les pesées périodiques, qui seules permettent de vérifier s'il s'accroit suffisamment (voy. p. 83;]).
Obstacles provenant de l'enfant et s'opposant tk l'allaitement maternel.
— Nous décrirons plus tard les soins particuliers que réclame l'alhiitement chez les enfants nés avant terme ou atteints de laiblesse congénitale (voy. tome II) ; mais il faut savoir que les enfants nés à terme et bien développés ne sont pas toujours faciles à allaiter.
On rencontre parfois des enfants gros et bien colorés qui dorment presque toujours et ne paraissent pas éprouver le besoin de teter, car si on leur met le mamelon dans la bouche, ils ne le saisissent pas ou le quittent après avoir pris une quantité de lait tout à fait insuffisante. Cet état de choses, qui peut au bout de cinq ou six jours conduire à un affaissement rapide et mettre la vie en danger, est souvent lié à la réplétion de l'intestin; il suffit alors d'ad ministrer un léger purgatif pour le faire cesser. Quelquefois pourtant rien ne parvient à exciter l'appétit de l'enfant, qui refuse le sein même de la nourrice la plus facile à teter, de sorte qu'on se trouve réduit à le nourrir artificiellement, au moins pendant quelque temps (1), Paul Dubois racontait dans ses leçons que dans sa longue carrière il avait observé un seul enfant bien conformé qu'on n'était jamais parvenu à faire teter.
L'allaitement peut aussi rencontrer un obstacle dans des aphthes qui rendent la succion douloureuse pour le nouveau-né.
En dehors de ces cas rares, certains vices de conformation des lèvres, de la langue, du palais, un bec-de-lièvre par exemple, peuvent mettre les enfants les plus vigoureux dans l'impossibilité de faire le vide dans leur bouche et par conséquent de teter; on est donc obligé de les élever en leur faisant boire du lait à la timbale ou à la cuiller.
D'autres fois la succion est empêchée par une tumeur sublinguale ou par une paralysie des lèvres due à une compression du nerf facial par les cuillers du forceps. Ce dernier obstacle est essentiellement passager, la paralysie se dissipant très-promptement. Les tumeurs qui gênent les 'mouvements de la langue peuvent être extirpées, après quoi le nouveau-né se trouve apte à teter.
A côté de ces vices de conformation, nous devons parler de la brièveté du frein de la langue. Cette brièveté, qui constitue ce qu'on appelle vulgairement le filet, n'est pas rare, mais elle n'a pas d'importance : d'une part, elle disparait presque toujours avec l'âge ; d'autre part, elle n'empêche jamais l'enfant de teter facilement. Malheureusement les matrones sont d'un avis contraire et, pour peu qu'elles éprouvent une difficulté quelconque à faire teter l'enfant, elles ne manquent pas de dire que Venfant a le filet et qu'il faut le lui couper au plus vite. Nous commençons toujours par déconseiller la petite opération réclamée en pareil cas, parce que, toujours inutile, elle n'est pas exempte de tout danger; mais dans certains cas, où la brièveté du frein de la langue était réellement très accusée, nous avons fini par sectionner ce frein, moins pour rendre service à l'enfant, nous l'avouons, que pour échapper aux obsessions de la famille.
Pour couper le filet, voici comment on doit procéder : la tête de l'enfant étant maintenue légèrement renversée en arrière, un aide lui presse le nez pour le forcer à ouvrir la bouche. On place alors le frein dans la fente de la plaque d'une sonde cannelée, puis, relevant fortement la langue avec cette plaque, on le divise d'un seul coup de ciseaux. En faisant la section on a soin
(1) Jacquemier, Did. encyclop., art. Allaitement, p. 273.
de porter la pointe de cet instrument en bas et aussi loin que possible de la langue, afin d'éviter la blessure des veines ranines.
Les accidents qui peuvent survenir sont : 1" le renversement de la langue, observé trois fois par Jean-Louis Petit et qui étoufferait l'enfant si l'on ne ramenait promptement, avec le doigt, l'organe à sa position normale ; 2° l'hémorrhagie, quand on a lésé les veines ranines. Cette hémorrhagie est entretenue par les mouvements de succion et de déglutition, de sorte qu'elle deviendrait grave si on ne la réprimait pas. Il faut, pour l'arrêter, appliquer sur la plaie un petit tampon d'ouate ou de charpie trempé dans l'alcool ou l'eau de Pagliari, en exerçant pendant quelque temps une pression modérée; on peut encore arrêter cette hémorrhagie en touchant le vaisseau lésé avec un stylet chauffé à blanc.
Difficultés de l'allaitement par obstacles siégeant dans les niaïuclles. —
La brièveté du mamelon, les gerçures ou les crevasses, les abcès rendent quelquefois l'allaitement fort difficile. Nous allons étudier successivement ces obstacles.
Brièveté du mamelon. — Nous avons dit que le mamelon est quelquefois très-peu saillant ou même rentrant et ombiliqué. C'est là une cause fréquente de difficultés dans l'allaitement. Pour remédier à cette brièveté, le moyen le plus simple est de se servir d'un bout de sein artificiel qu'une grande personne amorce avant d'y appliquer la bouche de l'enfant. Parmi les nombreux bouts de sein artificiels qui ont été inventés, le plus commode est celui qui est recommandé par le docteur Bailly et qui porte son nom ; il se compose d'une cupule de verre surmontée d'un mamelon en caoutchouc. Quel que soit le bout de sein qu'on emploiera il faudra le tenir propre avec une sévérité méticuleuse.
Souvent les enfants tettent mal avec ces bouts de sein, ou refusent même de teter. On a recours alors à la bonne volonté d'une grande personne qui, par quelques mouvements de succion, faitsaillir le mamelon de la jeune mère avant d'y appliquer l'enfant. — Pour arriver au même but, quelques femmes se font teter par un enfant plus âgé que le leur ou par un jeune chien de forte race, dont on enveloppe les "pattes avec du linge afin qu'il ne griffe pas la peau du sein.
Tous ces moyens peuvent rendre de réels services, mais ils fatiguent la peau du mamelon et sont souvent suivis de gerçures ou de crevasses.
Des gerçures et des crevasses du mamelon. — Les femmes qui nourrissent sont très-exposées aux gerçures et aux crevasses du mamelon. Les gerçures ne sont autre chose que des excoriations légères caractérisées par le détachement de ré()iderme. Les crevasses sont, au contraire, de véritables fissures siégeant ordinairement, soit au sommet du mamelon, où elles affectent la formede rayons, soit à la base, où elles sont circulaires. Le plus souvent, les crevasses circulaires siègent seulement sur un côté du mamelon ; parfois, elles forment autour de celui-ci une espèce de rigole, et l'on dirait que l'enfant, en tirant le mamelon pour teter, va le détacher du sein.
Les solutions de continuité du mamelon, gerçures ou crevasses, se produi-
892 SEPTIEME SECTION. — HYGIENE DE LA PllEMIERE ENFANCE
sent chez les femmes qui ont la peau fine, qui présentent pendant la grossesse de l'eczéma, des croûtes que l'enfant détache en tétant; il en est de même chez celles qui laissent l'enfant au sein trop longtemps, la plupart du temps parce qu'elles ont peu de lait, et qui ne prennent pas le soin de laver le mamelon à l'eau chaude après chaque tetée, ou de bien l'essuyer. On voit encore survenir les crevasses dans le cas où l'enfant mâchonne le sein avec force ; les nourrices disent alors que l'enfant a la bouche dure.
Les gerçures et les crevasses apparaissent souvent pendan les huit premiers jours des couches. Les premières guérissent ordinairement assez facilement; les secondes sont très-persistantes et parfois résistent, comme nous le verrons plus tard, aux divers traitements qu'on leur oppose. Généralement indolores dans l'intervalle des tétées, les petites plaies du mamelon sont très-douloureuses dès que l'enfant prend le sein, et la sensibilité de cette région est telle que souvent les femmes les plus courageuses ne peuvent retenir leurs plaintes ou leurs cris et qu'elles sont quelquefois obligées de renoncer à l'allaitement.
La douleur n'est pas la seule conséquence de ces lésions ; elles sont en effet, dans un grand nombre de cas, le point de départ de lymphangites qui elles-mêmes peuvent aboutir à des abcès, comme nous le verrons plus loin. Lorsque, dans le cours de l'allaitement, il se produit sur le sein des traînées ou des plaques rougeâtres avec engorgement des ganglions de l'aisselle et léger mouvement fébrile, on reconnaît aisément une lymphangite superficielle ayant sa source dans une crevasse du mamelon. Dans ce cas, il suffit généralement, pour faire résoudre cette inflammation, d^ mettre sur le sein des cataplasmes de fécule de pommes de terre ou des compresses trempées, ainsi que le conseille N. Guéneau de Mussy, dans une solution de 10 ou 45 grammes de chlorhydrate d'ammoniaque pour "200 grammes de décoction de têtes de pavot.
Les crevasses du sein ont aussi pour l'enfant quelques inconvénients. En tétant, celui-ci fait le vide dans sa bouche, qui agitalors comme une ventouse; une certaine quantité de sang sort du mamelon en même temps que le lait, et le tout est avalé par l'enfant. Moins les femmes ont de lait, plus le sang avalé est abondant. Une partie de ce sang est vomie par l'enfant quelque temps après ; une autre partie est rejetée dans les selles, qui sont noirâtres et ressemblent à du melsena. Les praticiens doivent bien connaître ces faits, car les parents sont souvent très-effrayés en voyant l'enfant vomir du sang et le croient atteint d'une affection grave. Le diagnostic sera d'autant plus utile à faire qu'il n'est pas absolument rare de voir des nouveau-nés pris d'hémorrhagie gastrique ou intestinale pour des causes diverses (voy. Th. d'agrég. deRibemont, 1880).
Il est donc important de prendre les précautions que nous avons indiquées (p. 884 à 886) pour éviter ces lésions, et de chercher à en obtenir la cicatrisation quand elles se sont produites.
Pour empêcher la petite plaie d'adhérer aux vêlements, on la couvre avec un linge fin enduit de beurre de cacao, ou avec un corps isolant quelconque,
une feuille de violette par exemple, dont nous faisons mention parce qu'elle est souvent employée.
Quant aux moyens employés pour faire cicatriser les gerçures et les crevasses, ils sont tellement nombreux que nous n'essayerons pas de les énumérer tous; nous ferons seulement connaître ceux qui nous ont paru les plus efficaces. Parmi les topiques, nous mentionnerons les poudres d'amidon, de bismuth, de gomme, d'alun, etc. Nous citerons encore le beurre de cacao, dont on enduit un carré de baudruche ; le gros vin rouge sucré, le glycérolé de sous-nitrate de bismuth, le glycérolé de tannin, etc., dont on imprègne soit un morceau de linge fin, soit quelques brins de charpie qu'on place sur le mamelon après que l'enfant a teté; la teinture de benjoin, qu'on applique avec un pinceau à aquarelle. — Souvent on se trouve bien de cautériser les crevasses, surtout quand elles sont anciennes, avec un crayon de nitrate d'argent.
Mais quelquefois l'emploi des topiques ne suffit pas, parce que la petite croûte qui se forme sur la crevasse dans l'intervalle des tétées est enlevée chaque fois que l'enfant est mis au sein, de sorte que la cicatrisation ne peut se faire. On est alors obligé de protéger la crevasse pendant la tetée, soit par un bout de sein artificiel assez petit pour soutenir efficacement le mamelon, soit par un morceau de baudruche de forme circulaire, qu'on applique sur le sein de manière que son centre, préalablement percé de petits trous d'épingle, corresponde au mamelon, tandis que sa périphérie est collée à la peau de la mamelle, au delà de l'aréole, au moyen de collodion. Le bout de sein et la baudruche permettent le plus souvent à la cicatrisation de s'établir, mais ils ont tous deux des inconvénients. L'enfant refuse parfois de teter avec le bout de sein; quand il le prend, il se fatigue plus qu'en tétant directement le mamelon; assez souvent sa bouche se couvre de muguet. Malgré ses inconvénients, le bout de sein rend de grands services dans cette circonstance, et même il nous paraît plus utile que la baudruche, parce que celle-ci se décolle souvent pendant la tetée et risque d'être avalée par l'enfant.
Dans un certain nombre de cas, les topiques et les appareils protecteurs ne suffisent pas pour faire cicatriser les crevasses, de sorte que la cessation de l'allaitement devient le seul moyen de les faire guérir.
Des abcès du sein. — Nous n'avons pas à traiter ici cette question au point de vue chirurgical ; il nous suffira d'indiquer les points principaux qui sont en rapport avec l'allaitement.
Les abcès du sein peuvent survenir chez les femmes qui ne nourrissent pas, mais c'est une exception extrêmement rare ; presque toujours ils se produisent chez des femmes qui ont des gerçures ou des crevasses et ils sont consécutifs à des lymphangites.
Les abcès de la mamelle sont superficiels, moyens ou profonds; en d'autres termes, sous-cutanés, glandulaires ou rétro-mammaires. Les abcès les plus fréquents sont les abcès glandulaires ou parencliymalcux ; nous ne discuterons pas la question de savoir s'il faut les ouvrir de bonne heure ou tardivement, ou ne pas les ouvrir du tout, comme le conseille le professeur
894 SEPTIÈME SECTION. — HYGIENE DE LA PREMlÈilE ENFANCE
Gosselin; nous dirons seulement que, quelle que soit la méthode employée, ces Jibcès sont généralement multiples ; par conséquent, la suppuration dure souvent très-longtemps. Dans ces conditions, il est rare que les femmes puissent continuer l'allaitement, d'abord parce qu'elles sont épuisées, ensuite parce que le lait, s'il est en quantité suffisante, est presque toujours vicié par des corpuscules granuleux et par des globules de pus.
Quelques femmes atteintes d'abcès du sein peuvent cependant continuera allaiteravec la mamelle malade, mais presque toujours le lait y devient moins abondant que par le passé, même après la guérison. D'autres suppriment l'allaitement du côté malade, mais continuent à donner à teter avec l'autre sein et réussissent quelquefois à nourrir ainsi leur enfant d'une manière satisfaisante.
Ti*oiible.>« de l'allaitement par la menstruation et la grossesse. — ^OUS
avons déjà abordé ce sujet précédemment (voy. p, 858); nous y reviendrons en quelques mots.
Menstruation. — L'apparition des menstrues est un fait assez fréquent. Sur 100 nourrices, observées par Mayer, les règles sont revenues, chez 25 femmes, dans les six semaines qui ont suivi l'accouchement; chez 20, dans les six semaines suivantes ; chez 35, dans le reste de la première année (l).Leur retour précoce se voit surtout chez les femmes qui allaitent pour la première fois; il est souvent l'indice d'une sécrétion lactée peu active. Nous avons dit que le lait est généralement moins abondant pendant la période menstruelle, mais qu'il contient une plus grande proportion d'éléments solides et qup les corpuscules de colostrum y réapparaissent ; aussi on remarque que pendant l'écoulement des règles l'enfant a des digestions plus difficiles, des garde-robes moins jaunes, moins homogènes, il est plus agité et crie plus souvent, son accroissement se ralentit (voy. p. 859). Puis, la période menstruelle passée, tout rentre dans l'ordre. Le lait revient avec la même abondance et reprend une composition normale.
En résumé, le retour des règles est un phénomène fâcheux lorsqu'il apparaît dans le cours de l'allaitement, surtout au début, mais il ne suffit pas généralement pour qu'on l'interrompe.
Grossesse. — Quand une grossesse survient pendant l'allaitement, on voit souvent le lait diminuer, la femme présenter des signes évidents de fatigue et l'enfant cesser de prospérer. Dans beaucoup de cas, au contraire, la sécrétion lactée continue en subissant seulement une légère diminution de quantité; en même temps le lait devient plus chargé en principes solides, par conséquent plus nourrissant, et l'enfant continue à s'accroître.
Néanmoins, on doit interrompre l'allaitement dès que l'existence d'une nouvelle grossesse est reconnue, parce que fournir simultanément à la nutrition et à l'accroissement de deux enfants pourrait devenir pour la mère une cause sérieuse de dépérissement.
Trouftles de rallaitenient sous l'influence d'émotions morales. — NouS (1) Mayer, Beitràge f. Gebiirlsh. u. Gyn., Berlin, t. II, fasc. 2, 1873.
avons mentionné plus haut (p. 865) des faits dans lesquels le lait aurait été profondément altéré par suite d'émotions violentes. En général, les influences morales n'agissent d'une manière appréciable que sur la quantité du lait. Celui-ci peut disparaître tout à coup par la peur, la honte, la brusque nouvelle d'un événement malheureux. Mais ces suppressions brusques de la sécrétion lactée ne sont généralement pas définitives, de sorte qu'au bout de quelques heures ou de quelques jours l'allaitement reprend son cours. Il peut en être autrement quand le lait diminue de quantité et parfois s'altère, s'appauvrit par exemple, par suite de chagrins persistants.
Influence exercée sur l'allaitement par les maladies aiguës ou chroniques qui n'intéressent pas les mamelles. — Les médecins SOnt
très-souvent mis en demeure de dire si l'on peut laisser une nourrice (qu'il s'agisse de la mère ou d'une mercenaire) continuer à allaiter alors qu'elle a de la fièvre, car on suppose volontiers qu'une affection fébrile doit vicier le lait. Cette supposition n'est généralement pas fondée, et, si la maladie doit être légère et de courte durée, on peut permettre à la femme de continuer à allaiter. Si la maladie est grave ou doit durer longtemps, par exemple un mois, six semaines, il faut suspendre l'allaitement, qui est toujours une cause de fatigue et d'épuisement à ajouter à celle qu'entraîne l'affection aiguë intercurrente. On y est, du reste, quelquefois obligé par cela seul que les accidents fébriles, en se prolongeant, diminuent ou tarissent la sécrétion lactée. Cependant on a vu des femmes qui avaient pu, sans inconvénient marqué ni pour elles ni pour leur nourrisson, continuer à allaiter pendant toute la durée d'une fièvre typhoïde. Trousseau (1) fait remarquer qu'une femme peut cesser momentanément de donner le sein à son enfant et reprendre ensuite l'allaitement avec succès. Il dit avoir vu la sécrétion lactée interrompue pendant quinze jours, trois semaines, un mois et même une fois trois mois, reprendre après ce laps de temps aussi abondamment qu'auparavant, sous l'influence de la succion de l'enfant (voy. p. 896).
Les maladies éruptives de nature contagieuse, dès qu'on soupçonne leur existence, exigent impérieusement la cessation de l'allaitement et l'éloignement de l'enfant. Il en est de môme des maladies puerpérales graves.
Quand une maladie chronique, la phthisie par exemple, survient dans le cours de l'allaitement, la lactation peut continuer à s'efi^ocluer comme auparavant; néanmoins, dès que le diagnostic est posé, il faut interrompre l'allaitement, parce qu'il est une cause d'épuisement pour la mère et favorise par conséquent les progrès de l'affection tuberculeuse; il laut aussi rinterrompre parce qu'il pourrait être dangereux pour un enfant d'être nourri avec du lait contenant peut-être le poison tuberculeux; nous avons dit, en effet, que certains auteurs ont prétendu que le lait provenant de vaciies phthisiques pouvait engendrer la tuberculose chez de jeunes animaux nourris avec ce lait (voy. p. 867).
(i) Trousseau, Cliniques, t. II, p. 458.
Des anomalies de la sécrétion lactée. — Ces anomalies portent SUF la
quantité du lait, sur sa composition chimique ou sur sa constitution histologique.
Anomalies portant sur la quantité du lait. — La quantité de lait vari beaucoup d'une femme à l'autre; dans une certaine mesure ces différences doivent être considérées comme physiologiques, mais parfois elles prennent assez d'importance pour constituer de véritables anomalies. Souvent alors, mais non pas toujours, il est possible de les rattacher à un état pathologique déterminé.
Il existe des femmes chez lesquelles le lait manque ou n'est sécrété qu'en très-faible quantité. On donne à cette anomalie le nom tVagalactie; elle est primitive ou. secondaire, c'est-à-dire qu'elle se manifeste immédiatement après l'accouciiement ou dans le cours de l'allaitement.
L'agalactie primitive résulte le plus souvent d'un défaut de développement de la glande, ou d'une atrophie de cet organe au milieu d'un tissu adipeux abondant.
L'agalactie secondaire est souvent due aux mêmes causes; elle se manifeste alors après si.x semaines ou deux mois d'allaitement; d'autres fois elle arrive à une époque quelconque, accidentellement, et comme résultat de maladies aiguës ou chroniques, ou d'émotions morales qui surviennent dans le cours de l'allaitement (voy. p. 894).
Dans ce dernier cas, on réussit assez souvent à faire revenir le lait en excitant la mamelle. A cet égard, l'excitant le plus puissant est la succion prolongée du mamelon ; on a même observé des cas où cette succion a suffi à faire naître une sécrétion abondante de lait chez des femmes qui n'avaient pas eu d'enfants depuis plusieurs années, chez des jeunes filles, des chèvres, des chiennes qui n'avaient jamais subi de rapprochements sexuels, voire même chez des hommes qui avaient des mamelles exceptionnellement développées, chez des boucs et d'autres animaux mâles (1).
Les irritants appliqués sur la peau du sein peuvent aussi produire le même résultat. D'après Aristote, « auprès du mont Œta, lorsque les chèvres n'ont pas reçu le mâle, on leur frotte les mamelles avec de l'ortie, assez fortement pour exciter de la douleur, et on les trait. La première liqueur est sanguinolente, ensuite il vient une espèce de pus, et enfin du lait qui ne le cède point à celui des chèvres qui ont été couvertes ;). Au cap Vert on ferait venir du lait à des femmes qui n'ont pas accouché récemment, au moyen de fomentations avec une décoction de feuilles de Jatropha curcas, combinées, il est vrai, avec la succion (2).
Dans notre pays, pour faire revenir le lait on a recommandé l'application sur le sein de cataplasmes chauds de feuilles de ricin, de mercuriale, de pimprenelle, etc., préparations dont l'efficacité est loin d'être démontrée. La faradisation des mamelles, répétée matin et soir, pendant un quart d'heure
(1) Joly et Filhol ont rapporté, soit d'après les auteurs, soit d'après leurs propres observations, un cortain nombre d'exemples de cer- inomalies [loc. cit., pp. 37 à 52). (-2) Joly et lilhol, p. J8.
DE L'ALLAITEMENT MATERiNEL 897
environ à chaque séance, a réussi entre les mains de plusieurs médecins (1).
Chez d'autres femmes, on observe l'anomalie inverse : le hiit se forme en telle quantité, il est si fluide, et d'autre part les conduits lactifères qui le contiennent sont si relâchés, qu'il s'écoule incessamment des seins, de sorte que les femmes sont constamment mouillées; aussi quelques-unes sont obligées d'engagerjes mamelons dans de petites fioles plates qu'elles portent appliquées sur leur poitrine. Même en prenant ces précautions, cette anomalie, à laquelle on a donné le nom de galactorrhée et quelquefois celui de diabète mammaire, est très-désagréable et fatigue souvent la femme, qui est alors obligée de renoncer à rallaitement; nous en avons vu cependant qui avaient pu continuer à allaiter. D'autre part ce lait très-abondant et pauvre peut délerminer* chez le nourrisson des troubles digestifs. On a conseillé contre cette anomalie les liniments astringents, une compression méthodique, les purgatifs, les diurétiques; mais ces moyens échouent presque toujours.
On appelle aussi quelquefois galactorrhée la sécrétion trop abondante de lait de bonne qualité. L'enfant, dans la bouche duquel le liquide afflue trop vite, avale souvent de travers, et pendant la telée le lait s'écoule de l'autre sein; dans l'intervalle des tétées les mamelles sont quelquefois tellement gonflées que la femme est obligée de se traire. Ce sont ordinairement là de simples incommodités auxquelles ne succède aucun inconvénient grave; d'autres fois cette sécrétion exagérée épiîisé la femme.
Anomalies portant sur la composition chimique, du lait. — On a vu plus haut (p. 855) dans quelles limites étendues peut varier la proportion de chacun des éléments du lait, même chez des nourrices bien portantes.
Les cliniciens se sont préoccupés de h pauvreté du lait ou de son excès de richesse en principes solides.
Lorsque le lait est pauvre en éléments solides, l'enfant a les chairs molles, décolorées, et son développement reste au-dessous de la moyenne, ainsi qu'il est facile de s'en assurer au moyen de la balmce (voy. p. 837).
L'excès de richesse du lait trouble les fonctions digeslives et s'oppose à l'accroissement régulier de l'enfant. En outre, selon certains observateurs, le lait trop riche prédisposerait l'eufant à ces éruptions eczémateuses ou impéligineuses que l'on désigne vulgairement sous le nom de gourmes (2).
Quand le lait est pauvre on réussit quelquefois à le modifier heureusement en améliorant le régime alimentaire de la nourrice. Dans le cas opposé, on prescrira à celle-ci une nourriture moins abondante et plus légère; Donné recommande en outre d'éloigner les tétées, parce que le lait qui a longtemps séjourné dans la mamelle est moins concentré (voy. p. 8G1 ); en outre, l'enfant a ainsi plus de teinjjs pour digérer son repas (8).
Dans ces considérations on a envisagé la proportion des matériaux solides du lait comme augmentant ou diminuant en bloc; mais souvent l'un diminue tandis que l'autre augmente. Il y aurait par consé(iuent lieu irindi(|uer les
(1) Cités par Buiicliut, Hygiène de la première enfance, 5' édit., 186i), pp 17;2 et suiv.
(2) Cazeaux, p. 1143; Jacquemier, Dict. encijclop., arl. Allaitement, p. '21',}.
(3) Donné, Cours de mlcroscopie, p. 411., et Conseils aux meret, p. 97.
effets produits sur le nourrisson par la richesse ou la pauvreté du lait en tel ou tel élément; mais l'état de la science sur ce point est encore incomplet. Disons cependant que le beurre peut sans inconvénient atteindre une proportion très-élevée, car Doyère en a trouvé jusqu'à 76 grammes pour iJ300 dans le lait de femmes dont les nourrissons étaient très-beaux (1).
La proportion des sels n'est presque jamais recherchée; Leviseur dit cependant avoir vu un enfant pris de diarrhée à onze mois sous l'influence de l'excessive teneur en sels (8 cà 9 pour 100) du lait de sa mère (2).
Dans des cas rares et mal déterminés, le lait de femme., qui normalement est toujours alcalin, prend une réaction acide; il est alors mal supporté (3).
Anomalies portant sur la constitution histologique du lait. — Une fois la période colostrale passée, le lait normal ne contient pas d'autres éléments que les globules graisseux (voy. p. 781). Ces globules sont parfaitement sphériqiies; ils présentent des volumes très-inégaux, mais les globules moyens sont les plus nombreux. Au contraire, dans les cas anormaux ce sont les gros globules ou les petits qui prédominent. Dans le premier cas, le lait est trop riche en graisse; dans le second, il ne l'est pas assez et constitue un aliment insuffisant (Devergie, Fleischmann) (4). Ces anomalies résultent souvent d'états pathologiques nettement appréciables.
Dans certains cas, les globules sont déformés, semblables à des détritus, et le lait, selon Fleischmann, est peu nourrissant et capable d'amener le rachitisme.
Les corpuscules du coloslrum, très-abondants jusque vers le quatrième jour après l'accouchement, disparaissent ensuite rapidement, de sorte qu'au bout de la première semaine on n'en rencontre généralement plus. Chez certaines femmes, au contraire, ils persistent pendant plusieurs semaines et même plusieurs mois; les enfants nourris de lait ainsi altéré sont d'ordinaire chétifs et présentent souvent une diarrhée plus ou moins habituelle.
Ajoutons que chez les femmes ou les animaux dont la sécrétion lactée était normale, on voit souvent les corps granuleux reparaître sous l'influence de maladies du sein ou de maladies générales aiguës; la menstruation peut amener le même résultat (5).
Introduction, dans lo régime de l'enfant, d'aliments autres que le
init de femme. — Jusqu'à ciuq OU six mois, l'enfant doit être nourri exclusivement au sein. A partir de cette époque, il est avantageux d'ajouter an lait de la nourrice d'autres aliments, d'abord du lait de vache pur ou coupé ^Yoy. Allaitement artificiel, p. 910), un peu plus tard quelqu'une des préparations qu'on a imaginées pour remplacer le lait (voy. p. 877), ou de
(1) Doyère, Ann. de l'Institut agronomique, in-'l% p. 257, juin 1852.
(2) Leviseur, J. f. Kinderkr., fasc. XI et XII, 1872.
(3) Meslier, Petit, cités par Chevallier et Henry, lac. cit., pp. 195 et 203.
(4) Devergie, Mém. de l'Acad. de médecine, t. X, 1843. — Fleischmann, Œster. Jahrb f. Pœdiatrilc, Jahrg. VII, t. II, Vienne, 1876.
(5) Donné, Cours de microscopie, pp. 427 et suivantes, 1844.
légers potages composés de lait et de tapioca, d'arrow-root, de farine préalablement desséchée au four, de croûte de pain passée au tamis, de farine d'orge ou d'avoine, de biscottes, etc.
Pour le choix à faire entre ces aliments (voy. p. 878), on tiendra compte de la manière dont l'enfant digère: ainsi la farine de riz sera préférable s'il a une tendance à la diarrhée, la farine de pomme de terre dans le cas opposé ; à partir de sept mois on peut donner un demi-jaune d'œuf délayé dans du bouillon. Pour faire le potage, certains médecins recommandent le bouillon de poule, le bouillon de bœuf, le bouillon Liebig ; on sait que la valeur nutritive de ces préparations n'est pas incontestée, et nous conseillons de les réserver pour le cas où l'enfant viendrait à se dégoûter, comme il arrive quelquefois, de sa nourriture habituelle. Le pain trempé dans la sauce ou dans l'eau rougie ne nous paraît pas convenir à la période de l'enfance dont nous nous occupons en ce moment ; quant à la viande crue, comme nous l'avons déjcà dit (p. 881), elle peut rendre des services dans des cas d'athrepsie, mais elle ne doit pas figurer dans le régime de l'enfant bien portant.
La quantité de potage devra être d'environ quatre ou cinq grandes cuillerées pour un repas, vers six mois; on pourra l'augmenter progressivement de façon à atteindre sept ou huit cuillerées vers dix mois.
Chaque potage remplacera une tetée. On n'en administrera d'abord qu'un par jour; quelques semaines plus tard on en donnera deux, à un an on en donnera trois. On devra d'ailleurs, pour leur nombre comme pour leur quantité, se régler sur les résultats obtenus, et ne tenter d'augmenter cette alimentation que si les digestions de l'enfant ne laissent rien à désirer. Employés avec prudence, ces aliments ont l'avantage de fournir à l'enfant une nourriture plus riche que le lait et de le préparer au sevrage.
»es causes qui doivent rairo interrompre l'allaitement maternel. — TouteS
les difficultés, tous les obstacles, toutes les maladies que nous avons passées en revue (voy. pp. 891 à 898), peuvent obliger la femme à renoncer à l'allaitement et à prendre une nourrice.
La suppression de l'allaitement est d'autres fois rendue nécessaire par l'altération de la santé de la mère ou de l'enfant. Quelquefois, en clfet, l'allaitement détermine chez la femme un épuisement qui se manifeste par de l'insomnie, de l'inappétence, un amaigrissement progressif, l'apparition de la phthisie, de désordres nerveux graves, de m.tiiie puerpérale, etc.
L'une des conditions les plus importantes pour qu'une femme soit bonne nourrice, c'est qu'elle ait de l'appétit et qu'elle digère bien, car alors sa nutrition s'efl'ectue convenablement, ses forces sont facilement réparées, son lait est riche et abondant; si, au contraire, elle a des digestions pénibles et si elle souffre de l'eslomat, elle ne lardera pas à perdre ses forces et à maigrir; son lait sera peu abondant et parfois de qualité médiocre, aussi devra-t-elle cesser d'allaiter pour sauvegarder sa santé et celle de son enfant.
Une femme bien portante à tous égards, et fournissant un lait abondant, n'est pas toujours pour cela bonne nourrice. En pareille matière il faut avant
tout prendre en considération l'état de l'enfant. Quand celui-ci digère mal et dépérit sans qu'on puisse se rendre compte de cette anomalie, il faut penser que le lait de sa mère ne lui convient pas et recourir à rallaitement par une nourrice.
g 2. — De l'allaitement par une nourrice.
Lorsque, pour les raisons que nous avons indiquées, la mère ne nourritpas son enfant, le mieux est de le confier à une nourrice qui l'élève au sein. Il y a derix espèces de nourrices : les nourrices sur lieu et les nourrices externes ou à distance. Les premières restent dans la maison des parents du nouveau-né, et sont constamment surveillées par eux. Dans ce cas, quand la nourrice est bonne, l'allaitement mercenaire vaut l'allaitement maternel; quelquefois même il lui est préférable. Il n'en est pas de même quand les enfants sont envoyés en nourrice à la campagne, loin des parents, parce que, la surveillance manquant complètement, les soins donnés à l'enfant sont en général tout à fait insuffisants; de plus, la femme, se livrant aux travaux des cbamps, ne donne souvent à teter que trois ou quatre fois par our et gorge l'enfant de bouillie et même d'aliments plus lourds. Trop souvent même e le réserve son lait pour son propre enfant qu'elle a promis de sevrer, et soumet à un allaitement artificiel, plus ou moins bien entendu, celui qu'on lui a confié. Aussi la mortalité des enfants envoyés ^en nourrice à la campagne est-elle considérable.
Des qualités qu'on doit chercher chese une nourrice. — DlSOUS immédiatement que c'est seulement au bout de quelque temps d'observation qu'on peut réellement juger une nourrice, car un lait bon pour un enfant peut ne pas convenir à un autre. Cependant il est certaines conditions qui, lorsqu'elles sont réalisées, peuvent faire espérer d'avance qu'une nourrice réussira dans son allaitement. Quelles sont donc les qualités que doit posséder une bonne nourrice? Elle doit être âgée de vingt à trente ans environ et d'une constitution robuste; elle ne présentera aucun signe de diathèse ; elle sera autant que possible d'un caractère doux et placide, et cependant active et intelligente, afin de bien soigner l'enfant qui lui est confié. Il faut qu'elle soit accouchée depuis deux mois au moins, afin qu'elle soit remise des suites de son accouchement et qu'elle ne perde plus soit en rouge, soit en blanc, et aussi pour éviter à son enfant les dangers d'un sevrage trop prématuré.
Il ne faut pas non plus que le lait soit trop vieux, non-seulement parce qu'il pourrait tarir trop tôt, mais encore parce qu'il ne serait pas toujours bien digéré. On a aussi accusé le lait vieux de déterminer chez certains enfants des éruptions impétigineuses (1). Généralement un lait de deux à six mois convient bien à la plupart des nouveau-nés. Cependant, s'il s'agit de confier le nourrisson à une nourrice qui l'emporte chez elle, on aura plus de chances d'obtenir qu'elle sèvre réellement son propre enfant, s'il a déjà
(1) Puglièse, Bergeron, cités par Ja^quemier, Dict. encijclop., art. Allaitement, p. 279.
huit ou dix mois. Nous devons ajouter d'ailleurs que nous avons vu quelquefois un lait vieux donner des résultats satisfaisants. C'est ainsi que nous avons connu des nourrices qui, après avoir terminé la nourriture d'un enfant, en avaient repris un ^utre eî l'avaient allaité avec succès.
On préfère généralement des nourrices qui ont déjà fait une nourriture, parce qu'elles ont fait leurs preuves, qu'elles sont plus expérimentées, soit au point de vue des soins à donner à l'enfant, soit au point de vue de la direction de l'allaitement, et parce qu'en général les primipares sont moins bonnes nourrices que les multipares. Si l'on fait venir des femmes de la campagne pour être nourrices dans de grandes villes où les conditions hygiéniques, le genre de vie, l'alimentation sont complètement différents, il faut donner la préférence, autant que possible, aux femmes qui ont déjà fait une nourriture dans ces grandes villes, et qui sont par conséquent acclimatées, car elles perdent moins souvent leur lait que les autres.
Examen de la nourrice. — L'examen de la nourrice doit être général et local. Lorsqu'on examine une nourrice au point de vue général, on doit porter son attention sur l'état de pâ.eur ou de coloration du visage, sur la teinte des cheveux, puis on examine les dents; des dents cariées indiquent souvent une mauvaise constitution ; de plus, elles ont l'inconvénient de gêner la mastication et de rendre les digestions plus difficiles ; enfin, elles donnent à l'haleine une odeur fétide, ce qui est mauvais pour l'enfant et désagréable pour les personnes qui sont près de la nourrice. On examine ensuite le cou : on cherche s'il n'existe pas de ganglions engorgés, de cicatrices, indiquant que la femme est scrofuleuse ; on ausculte les poumons et le cœur pour constater qu'il n'y a pas de signes de tuberculose pulmonaire ou d'affection cardiaque. On devra aussi rechercher avec le plus grand soin si la nourrice ne présente pas de traces de syphilis, si l'arrière-gorge, par exemple, n'est pas le siège de plaques muqueuses.
L'examen local, c'est à-dire l'examen des deux seins, a une très-grande importance; il portera sur la glande mammaire, sur le mamelon et sur le lait lui-même. D'une façon générale, on peut dire que plus la glande mammaire est volumineuse, plus le lait est abondant; mais il ne faut pas confondre la glande mammaire avec le sein; celui ci peut être très-volumineux, parce qu'il est chargé de graisse, tandis que la glande mammaire est très-peu développée. Nous avons vu des nourrices avoir beaucoup de lait avec de petits seins; mais, dans ce cas, la glande mammaire, avec ses nodosités facilement appréciables à travers la peau, était relativement bien développée, et constituait le sein presque tout entier. Chez les primipares, les seins sont assez souvent comme collés sur la poitrine; ils en sont au contraire presque toujours détachés chez les multipares qui ont déjà fait plusieurs nourritures. Des seins mous et pendants se rencontrent chez des femmes qui n'ont pas beaucoup de lait; mais il ne faut pas les confondre avec les seins détachés, qui restent ■fermes et pleins de nodosités; ceux-ci fournissent habituellement du lait en abondance. Des veines bleuâtres, indice de la richesse de la circulation, sillonnent généralement les téguments des seins chez les bonnes nourrices.
Quant au mamelon, il ne doit être ni trop gros, ni trop petit, ni trop court, pour que l'enfant puisse le prendre facilement et ou'il n'échappe pas de sa bouche; il ne faut pas qu'il sou om.oiiique, c est-à-dire rentrant, et remplacé par une petite cupule ; il faut qu'il soit percé d'un assez grand nombre d'orifices pour que le lait puisse en sortir facilement. Ordinairement le mamelon présente un grand nombre de ces petits orifices, de sorte qu'en pressant sa base, on fait sourdre ou jaillir comme une gerbe de lait; chez certaines femmes, au contraire, le mamelon n'est percé que de quelques orifices d'où le lait sort difficilement; on conçoit alors que l'enfant nouveau-né doit s'épuiser à faire des efforts de succion. Quelquefois ces orifices sont momentanément bouchés par le lait qui s'est concrète dans leur intérieur depuis la dernière tetée; il suffit alors de laver le mamelon avec un peu d'eau chaude pour les déboucher, et voir le lait sourdre du mamelon par jets abondants sous l'influence de la pression.
Examen du lait de la nourrice. — On examine ensuite le lait lui-même. Pour cela, la simple inspection est généralement suffisante dans la pratique. On commence par faire sourdre du sein une certaine quantité de lait en pressant la base du mamelon entre le pouce et l'index ; cette petite manœuvre donne déjà une idée de la quantité de lait qui existe dans le sein, et de la facilité avec laquelle il s'écoule. L'examen doit être fait successivement des deux côtés, car l'un des deux seins peut donner plus de lait ou du lait plus riche, soit par suite d'une disposition naturelle, soit parce que l'enfant de la nourrice a plus teté de ce côté, soit pour toute autre cause. On reçoit le lait dans un verre ou une cuiller, on en met encore une goutte sur l'ongle, et l'on apprécie ainsi, du moins d'une façon approximative, d'après la transparence plus ou moins grande du liquide et la manière dont il coule sur le verre, la cuiller ou l'ongle, si le lait est clair ou épais, pauvre ou riche en éléments nutritifs. Mais il faut toujours faire cet examen dans les mêmes conditions, c'est-à-dire qu'il faut faire sourdre le lait lorsque l'enfant n'a pas teté depuis deux heures par exemple, et qu'il est prêt à reprendre le sein. En effet, nous avons dit que, dans le cours de chaque tetée, le premier lait qui s'écoule du sein est plus clair, plus pauvre en éléments nutritifs que celui qui s'en écoule à la fin. Il faut tenir compte de ces différences lorsqu'on veut apprécier la richesse du lait d'une nourrice. Le mieux est d'assister à la tetée et de prendre un échantillon de lait au début et aussi à la fin de cette tetée. On observe en outre si pour se rassasier l'enfant est obligé de teter les deux seins et de les vider complètement, ou si, au contraire, la quantité du lait est supérieure à ses besoins.
Quant à peser l'enfant avant et après la tetée, ou à pratiquer l'examen du lait avec lesinstrumentsdontnousavonsparléplushaut(voy. p. 871), cela ne nous paraît pas possible en pratique quand il s'agit de choisir une nourrice, car ce choix doit souvent être extemporané; mais ces recherches peuvent rendre de grands services dans le cours de l'allaitement, si l'on a un doute sur la valeur de la nourrice, si les digestions de l'enfant sont mauvaises, et que l'on veuille se rendre compte de la cause qui produit ce fâcheux état de choses.
Examen de l'enfant de la nouri-ice. — Quand 011 veut choisir Une nour-
rice, il faut, après l'avoir examinée elle-même, tenir grand compte de l'état de son enfant, car, ainsi qu'on l'a dit souvent, l'enfant est le meilleur réactif du lait. S'il a un air de prospérité, si son teint est frais et ses joues pleines, si son corps est bien développé (il faut toujours faire déshabiller l'enfant pour juger sûrement de son étal), si ses fesses sont saillantes et bien marbrées, si, en le prenant sur les bras, on trouve qu'il est pesant pour son âge, on peut être sûr que la nourrice a du lait de bonne (jualilé et en quantité suffisante. Mais il faut savoir que, si l'on a à choisir une nourrice dans un bureau, on peut être trompé sur l'identité de l'enfant, parce que les nourrices qui s'y trouvent y empruntent quelquefois ou y louent un bel enfant afin de se placer plus facilement. La même fraude est même parfois employée parles nourrices qu'on l'ait venir directement delà province. Il faut donc exiger le certificat de naissance, et voir si l'âge qu'il indique est bien en rapport avec l'état de l'enfant qu'on présente; enfin, si cela est possible, il faut prendre des renseignements aux sources les plus sûres. Une autre cause d'erreur provient de ce que les femmes de la campagne qui n'ont pas beaucoup de lait, et qui veulent venir à Paris se placer comme nourrices, gorgent eurs enfants de bouillies, et les soumettent ainsi à un engraissement artificiel,
nés moyens de ^upplcei* au colo^trum, qui fait défaut dans rallaltcmcnt
mercenaire. — On attribue généralement au colostrum des propriétés purgatives qui le rendraient presque nécessaire pour la prompte expulsion du méconium, mais, comme l'a fait observer Boucliaud (I), ce premier aliment n'a aucun des effets des médicaments purgatifs tels que le sirop dit de chicorée. Quoi qu'il en soit, certains médecins, persuadés qu'il serait dommageable pour le nouveau-né d'être privé du colostrum, ont proposé de le faire nourrir par sa mère pendant une ou deux semaines, avant de le confier à une nourrice. Cette manière de faire a l'inconvénient d'exposer la mère aux inflammations du sein, et cet inconvénient n'est racheté par aucun avantage sérieux pour l'enfant. Si, par hasard, l'expulsion du méconium se fait attendre, il suffit pour la provoquer, d'administrer à l'enfant un peu d'eau miellée, une cuillerée à café d'huile de ricin ou de sirop de chicorée; mais nous protestons contre l'étrange abus qu'on fait de ces substances en les donnant à tous les enfants indistinctement, tainlis qu'il est extrêmement rare que leur administration soit indiquée. Si le lait paraît difficilement digéré, il peut être utile de donner avant chaipie letée quelques cuillerées à café d'eau sucrée; le plus souvent tout cela est inutile, et le lait de la nourrice réussit dès le début.
Diminution momentanée du lait clipz Icn nourrirez. — SouvCnt cllCZ une
nourrice de la campagne qui anive en ville, le lait, d'abord trop abondant, diminue rapidement et devient insuffisant. Cette diminution tient vraisemblablement au changement de vie et de régime et à ce que l'enfant de la nourrice tétait plus et avec plus de force que le nourrisson (jui lui succède :
(1) Boucliaud, loc. cit., p. 20
l'appel du lait par la succion étant moins considérable que par le passé, le lait diminue. Dans ces cas, qui inquiètent les familles outre mesure et qui les porteraient à changer chaque jour de nourrice, il faut savoir attendre, et presque toujours la sécrétion laileuse reprend son cours normal.
négiine des nourrices. — Une nourrice doit suivre le même régime que celui d'une mère qui allaite sou enfant ; elle prendra donc les mêmes aliments el les mêmes boissons que celle-ci et en même quantité (voy. p. 884). Nous devons cependant faire remarquer que les femmes de la campagne mangent peu de viande et beaucoup de légumes ; aussi quand elles arrivent à la ville, elles mangent avidement, surtout de la viande, elles excès de régime auxquels elles se livrent ne tardent pas à avoir une influence fâcheuse sur la quantité et la qualité de leur lait. On doit donc veiller à ce que l'alimentation des nourrices ne soit pas excessive et qu'il y entre tout d'abord beaucoup de légumes, dont on pourra ensuite restreindre peu à peu la quantité. — On doit veiller avec plus de soin encore à ce que les nourrices ne fassent pas un usage abusif de boissons alcooliques, et nous rappellerons ce que nous avons dit à propos de l'allaitement maternel : un demi-litre de vin et une bouteille de bière légère suffisent amplement, chaque jour, aux besoins d'une nourrice, et si ces boissons n'étanchent pas sa soif, elle y suppléera en buvant de l'eau ou une tisane d'orge et de réglisse.
Direction de ralluitenient fait par une nourrice. — L'enfant allaité par
une nourrice prend dès les premiers jours une quantité de lait beaucoup plus grande que celui qui est allaité par sa mère (voy. p. 887). Bouchaud évalue cette quantité à près de 300 grammes en vingt-quatre heures (1). Cependant il est encore loin d'épuiser le sein d'une nourrice. A; ssi a-t-on conseillé de laisser à la nourrice son enfant pendant quelques jours pour qu'il tette après le nouveau-né, qui pourrait laisser les seins s'engorger. Ce conseil n'est généralement pas suivi dans la pratique, et il est très-rare qu'on ait à le regretter. Tout au plus est-il utile de nourrir moins la nourrice pendant un petit nombre de jours.
L'allaitement par une nourrice doit être dirigé comme l'allaitement maternel et nous renvoyons le lecteur à ce que nous avons dit précédemment (voy. Allaitement matetnel). On trouvera aussi plus haut, à la page 898, les règles qui doivent présider à l'introduction, dans l'allaitement de l'enfant, des aliments autres que le lait.
Du ciiangenient de nourrice. — Quelque soin qu'on ait mis à la choisir, la nourrice peut n'être pas bonne, ou, sans être intrinsèquement mauvaise, elle peut ne pas convenir à l'enfant auquel on l'a donnée. Alors le nourrisson digère mal, dépérit ou s'accroît d'une manière insuffisante. Il peut même survenir des accidents qui semblent étrangers à la nutrition; c'est ainsi qu'on aurait vu des convulsions répétées cesser dès que l'enfant était confié à une autre nourrice (2). D'autres fois la nourrice, primitivement
(i Bouchaud, loc. cit., p. 13.
(2) Bergcron, cité par Jacquemier, Dict. ennjclop., art. Allaitement, p. 276.