‹ Traité de l'art des accouchementsChapitre 67 sur 252 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

La fécondation, désignée aussi sous le nom de conception ou ûlmprégnation, se fait par le contact et la combinaison des germes mâle et femelle ; elle nécessite le rapprochement des deux sexes ou copulation, dont l'étude doit, |)ar conséquent, précéder celle de la fécondation proprement dite.

ARTICLE PREMIER

La copulation ou coït a pour but de |)ortcr dans les organes génitaux de la femme le li([uide qui contient le germe mâle afin (juc celui-ci puisse s'unir à l'ovule.

La copulation est accompagnée, dans les deux sexes, de sensations dont Faltrait suffit pour assurer racconq)lissement d'une l'onction (pii lient sous sa dépendance la repi'oduction de l'espèce. Il n'est cependant pas rare que, chez la femme, C(!s sensations soient incomplètes ; parfois elles s'éveillent tardivenuMit, de îiô â 30 ans ; il se peut mènu' qu'elles fassent complètement défaut pendant toute la vie; mais cette anomalie n'a pas d'influence fâcheuse sur l'aptitude â la fécondation, car on l'observe chez d(;s femmes très-fécondiis. D'autres faits démontrent encore que les sensations qui se rattachent â la copulation sont à iieu près inutiles pour la fécondation proprement dite; ainsi, des femmes ont pu être fécondées pendanl le sonuueil chloroformicjue ou le coma alcooliipie, et nous verrons plus loin {voyez Flcondation autificielle) qu'une simple injection de sperme suffit pour opérer la fécondation. — Parfois, au contraire, les rapprochements sexuels déterminent, chez les femmes nerveuses, des douleurs vulvaires et vaginales qui remlent le coït très-doulouronx ou même impossible. L'hijperesthé-

sie rulraire est, on outre, Iréqueinmeiit accompagnée de vaginisme, c'est-àdire du spasme douloureux des fiI)ros contractiles du vagin et de son muscle orbiculaire. Cette maladie est très-fréquente et difficile à guérir.

Dans l'espèce humaine le désir instinctif des rapprochements sexuels commence à se manifester vers l'époque de la puberté, se fait surtout sentir pendant l'âge adulte et peut persister jusqu'à la vieillesse. Il est indépendant, jusqu'à un certain point, de l'aptitude à la reproduction : Joulin dit l'avoir observé chez des femmes qui avaient dépassé l'âge de la ménopause, et les habitudes vicieuses qu'on rencontre trop souvent chez les enfants témoignent que les sensations génésiques ne sont pas liées nécessairement à l'ovulation.

La copulation n'est que le prélude de la fécondation. Le premier de ces actes rapproche les germes mâle et femelle; le second les met en contact intime. Nous avons déjà étudié l'ovule (voyez page 121); il nous reste à décrire le liquide fécondant ou sperme.

Dn liquide fécondant. — Le spemio, sécrété par les testicules, parcourt les canaux déférents et s'amasse dans les vésicules séminales qui lui servent de réservoirs. Pendant le coït, il est projeté dans les organes génitaux de la femme.

Propriétés physiques. — La couleur du sperme est blanchâtre ou blanc-grisâtre; sa densité est plus grande que celle de l'eau; sa consistance est mucilagineuse plutôt que visqueuse; il fait sur le linge des taches empesées dans lesquelles, malgré la dessiccation et l'ancienneté, les médecins légistes savent retrouver les spermatozoaires ; son odeur a été comparée à celle que répand la limaille d'os ou la Heur du châtaignier; mais cette odeur, suivant Wagner, provient probablement des sucs sécrétoires qui y sont mêlés, et qui proviennent de la prostate, des glandes de Cooper et des glandes de Littre, car le sperme à l'état de pureté ne semble pas posséder d'odeur particulière.

Caractères chimiques. — La réaction chimique du sperme est neutre ou alcaline. L'analyse faite par Yauquelin a donné :

Eau 90

Matières cxtractives 6

Phosphates calcaires et hyflrochlorates de chaux 3

Souile 1

Il existe dans le sperme un corps albumineux qui a été nommé par Berzelius spermatine, et que Robin a comparé à la mucosine.

Caractères microscopiques. — Si on examine le sperme au microscope, on y trouve des cellules épithéliales pavimenteuses; des cellules cylindriques; des noyaux sphériques; des leucocytes; de fines granulations arrondies, sphériques, réfractant la lumière à la façon des matières grasses; des vibrions, si le sperme a subi pondant un certain temps le contact de l'air; des cristaux de phosphate magnésien ; dos plaques grisâtres réfractant faiblement la lumière (sympexions), et surtout des filaments mobiles nommés spermatozoïdes, spermatozoaires ou zoospermes.

Ces filamenls, découverts par LouisHamm (1667) et nonparLeuwonhoeck, représentent la partie réellement fécondante du sperme. Leur forme et leurs

ilimcnsioiis sont Irùs-variables suivant les espèces animales. Chez riiomme ils sont très-petits, et leur longueur totale ne surpasse pas ,^ ou ^ de millimètre (Wagner). Ils peuvent être comparés pour leur forme à des têtards de grenouille et se composent de trois parties : le corps, la tête, la queue.

Le corps est petit, ovale, un peu aplati en forme d'amande et transparent ; son épaisseur est de ^l^ k -^ de millimètre (Wagner) (1).

La queue, filiforme, est épaisse à son origine et assez grosse pour qu'on puisse voir un double contour; vers son extrémité, elle devient si fine qu'on lie peut la suivre, même au moyen des plus forts grossissements (Wagner).

La tête n'a guère en longueur que la vingtième partie de celle de la queue : vue à un grossissement de 750 diamètres, elle parait encavée (Liégeois).

If

l CI

Sporniatozoïde du cochon d'iiulo.

Du taureau.

Du mouton.

Du cheval.

Du lapin.

Du rat.

G' De l'homme.

Du coq. «

Du moineau.

Du pigeon.

De la perche.

. Du brochet.

, 0. De la grenouille (en hiver).

Granulations mobiles du spernie chez le même animal.

Spermatozoïdes de la grenouille (en été).

, l'iaque épithéliale pavimenteuse.

Spermatozoïdes à fpetite lète

([ue l'on rencontre parfois cliez

l'honnne.

Fie. 06. — Spermatozoïdes do ilivorscs espèces animales.

Quel([uefois la tête ou la partie antérieure de la queue est entourée par uiu^ espèce de collerette, débris du noyau dans letpiel le spermatozo'ide s'est développé. Généralement la queue fait suite à l'axe de la lète; dans quel(}iies cas, elle fiiit un augle avec celle-ci ou (die est enroulée autour d'elle.

Godart (:2) a rencontré c\\u[ fois, sur plus de î)0() individus, une deuxième variété de filaments spermatiques dans le sperme éjaculé. Ces filaments ont une lète très-petite, mais parfaitement formée; la ([iumu' n'olTre rien de spécial.

(1) Ihalmie tic la iji-nciiilion et du tlévcloppenicni, trad. jiar A. Débets, 18il.

(2) Kluile sur la Mimorctiidie cl la Cnjiilunliulic citez rituiiDiie. Paris, IS-^T.

Leurs mouvements sont tellement vifs et rapides que l'œil peut à peine les suivre sous le champ du microscope. Ils ont encore ceci de particulier, c'est que leurs mouvements persistent longtemps après que ceux des spermatozoïdes de la première variété ont cessé. D'après Liégeois, les spermatozoïdes à petite tète signalés par Godart existeraient assez fréquemment au milieu des spermatozoïdes types.

Godart a aussi signalé dans le sperme éjaculé des fdaments munis d'une tête assez volumineuse; ceux-ci seraient plus rares.

Les spermatozoïdes examinés après l'éjaculalion sont animés de mouvements et peuvent parcourir en une seconde une distance à peu près égale à la longueur de leur corps. Il est admis généralement qu'ils reçoivent leur impulsion de la queue. Le professeur Grolie (de Greifswald) émet une opinion contraire et croit que la locomotion du spermatozoïde dépend du déplacement de la tète. Quoi qu'il en soit, les animalcules spermatiques déploient une certaine force dans leurs mouvements ; car, lorsqu'ils rencontrent un cristal ou une cellule épithéliale, par exemple, ils leur impriment un choc assez violent pour les déplacer et se frayer passage.

Quand le sperme est abandonné à lui-même, il est rare que les mouvements des spermatozoïdes durent plus de vingt-quatre heures, à moins que le sperme ne soit conservé dans un vase bien fermé, auquel cas ils peuvent persister quarante à soixante heures (Liégeois). Si le sperme a été déposé dans les voies génitales de la femelle, les mouvements durent plus longtemps. Bischoff, Prévost et Dumas les ont vus dans du sperme pris dans les trompes de chiennes et de lapines, sept à huit jours après la copulation. Chez la vache, on les a constatés six jours après le coït. Enfin, pour ce qui concerne les spermatozoïdes de l'homme, le docteur S. R. Percy (de New-York) dit en avoir recueilli de vivants dans le col de l'utérus, huit jours après le dernier coït, sur une femme qui avait bien voulu se prêter à cette expérience. Ces faits ne doivent pas être perdus de vue quand on veut calculer l'époque probable de la fécondation qui suit le dernier rapprochement sexuel.

La mort du sujet n'anéantit pas immédiatement les mouvements des spermatozoïdes ; Godart examinant le sperme d'un supplicié, en a trouvé qui étaient encore mobiles soixante-douze heures après la décapitation.

Le nomitre d'afiimalcules ({ue contient le sperme est très-variable suivant les individus et les conditions dans lesquelles ce liquide est recueilli. Chez certains sujets, le sperme peut ne contenir que de rares spermatozoïdes sans qu'aucune affection locale ou constitutionnelle explique cette anomalie.

Les recherches de Casper et de Hirtz paraissent prouver que l'absence complète des spermatozoïdes chez des hommes d'une bonne constitution et d'une grande vigueur n'est pas un fait absolument rare. Monlegazza (i), sur 78 sujets de seize à soixante ans, en a trouvé 11 chez lesquels il n'exisfait aucun spermatozoïde. Ces 11 sujets étaient ainsi répartis : 5 de seize à vingt ans,

{1} Jounutl de l'Aiiatouiie et de la Pliijsiologie normales, année 1808 et Pathologie de l'homme et des animaux.

3 de vini>t à (luaranle, 3 de quarante à soixante (voyez Stérilité, page 174). Cet auteur a démontré, ainsi que Godart, ([ue les mouvements de ces éléments cessent sous l'influence des températures extrêmes, pour se reproduire lorsqu'on les a ramenés à la température de 37 degrés, qui estla plus favorable àleur développement. L'eau froide les tue, l'eau tiède entretient leur vitalité. Selon Prévost et Dumas, l'étincelle électrique les foudroie; le courant galvanique est, au contraire, sans effet. Les liquides alcalins à un degré moyen de concentration sont tavorables à leurs évolutions, ceux dont l;i réaition alcaline est exagérée sont funestes à leurvitalité (Donné). Les hquides .icides ou alcooliques, même dilués, paralysent leurs mouvements. L'écoulement leucorrhéique produit le même résultat. Le flux menstruel, au contraire, augmente leur activité.

Époque de Vapparition. des spermatozoïdes. — Le sperme peut s'éciiapper des voies génitales vers l'âge de douze à quinze ans; mais ce liquide ne possède pas encore de spermatozoïdes : ordinairement ceux-ci ne commencent à se montrer qu'cà l'époque de la puberté, vers l'âge de dix-buit ans, suivant Montegazza; mais de nombreux exemples prouvent que parfois ils apparaissent beaucoup plus tôl. Après la puberté, leur développement devient permanent, et on les retrouve aux diverses périodes de la vie, même a l'âge sénile. Wagner, le premier, observa des spermatozoïdes cbez un vieillard de soixante-dix ans.Les travaux de Duplay (1) et du docteur Dieuont surtout contribué àélucider cette question. Lepremier de cesauteurs, examinant à ce point de vue 51 vieillards, a trouvé trente-sept fois des spermatozoïdes. Sur ces 37 individus, il y avait 8 sexagénaires, 20 septuagénaires, 9 octogénaire^; chez 7 sujets, dont le sperme contenait autant d'animalcules que cbez l'adulte, le plus âgé avait qmitre-vingt-deux ans et le moins âgé soixante-treize ans. Voici les résultats que le docteur Dieu, aide-major aux Invalides, a observés et consignés dans le Jnmiial de IWiiatomie et de laPhijsiohniie normales et pathologiques (année 18(57). Sur 105 vétérans dont cet auteur a examiné le sperme recueilli dans les vésicules séminales, après la nnul, soixante-quatre fois les spermatozoïdes ont manqué, quarante et une fois ils ont pu être constatés.

Il résulte de ces recherches qu'un grand nombre de vieillards de soixante à quatre-vingts ans, la moitié environ (Liégeois), sont encore aptes à la lécondation. C'est un privilège tout à fait spécial à l'homme, car nous savons (pi'arrivée à une certaine période de la vie (âge de la ménopause), la femme ne possède plus la facidlé de produire des ovules.

Nature des spermalozoides. — Les physiologistes sont loin d'êlre (racconi sur la nature des spcrmalozoïdes. Dès le début, lorsqu'on a vu ces filameuls animés de mouvements dans le milieu qui les contient, on a élé porté à leur accorder les attributs de l'animaliié. C'est une opinion (pii a été soutenue par Ehremberg, Valentin, (ierber, Czermak, Poiichet, .loulin et qui actuellement encore est défendue par le professeur l'ajot. Ce dernier auteur est

(1) licclierclics sur le sperme des vieillKrds. {Archir. ijénér. de Médecine, (kVcnil.rc 1852.;

disposé à leur accorder la volitioii et rinstincl de conservation, et se fonde sur la manière dont il les a vus se débattre pour vaincre l'obstacle fortuit qui arrêtait leur marche. Leur aptitude à se répandre sur les œufs et à y pénétrer ajoute encore à la valeur de cette manière de voir, mais on lui oppose que, malgré cela, il manque aux spermatozoïdes un des caractères principaux de l'animalité : la possibilité de se reproduire. Aussi Longet, Coste, Liégeois, Béclard et Robin les considèrent-ils comme des éléments analogues aux cellules de l'épithélium vibratile, vivant aux dépens du milieii qui leur est propre, de même que les hématies vivent aux dépens du plasma sanguin, doués de propriétés spéciales et particulièrement de la contractilité dont leurs mouvements sont la conséquence. Toutefois nous continuerons pour la commodité du langage, à désigner parfois ces éléments sous le nom d'animalcules. Du rôle des spermatozoïdes. — Les spermatozoïdes sont indispensables à la féconckition, car s'ils viennent à disparaître pour une cause quelconque, affection diathésique ou constitutionnelle, maladie du testicule ou de ses canaux déférents, la stérilité est le résultat de leur disparition. Nous verrons plus tard quel est le rôle intime que ces animalcules jouent dans la grande fonction de reproduction.

ARTICLE II

Dli LA FÉCONDATION

Pour que la fécondation proprement dite s'opère, il faut que les germes mâle et femelle puissent s'unir et se fusionner. Le contact matériel du sperme et de l'ovule est donc absolument nécessaire.

La théorie de l'imprégnation ta distance soutenue par Harvey, Fabrice de Ililden, Gardien et Ghaussier a été réfutée par les expériences de Spallanzani (1787), de Prévost et Dumas (4824).

Ces observateurs placèrent, dans des verres de montre séparés, d'une part, des œufs, d'autre part, du sperme de grenouilles ; puis ils superposèrent ces verres de manière à ne laisser entre les deux éléments qu'une distance aussi faible que possible; jamais dans ces conditions on ne put obtenir de fécondation. Les œufs mis en contact direct avec les spermatozoaires donnèrent, au contraire, naissance à des têtards.

Si on place, sur des œufs, du sperme privé de ses animalcules, il ne se produit aucune des modifications qui aboutissent à la formation d'un nouvel être. Spallanzani (1786), le premier, Prévost et Dumas (1824), après lui, firent cette démonstration en plaçant du sperme dilué sur un filtre composé de sept ou huit feuilles de papier superposées. Les spermatozoïdes restent sur le papier et peuvent féconder des œufs; au contraire, la partie liquide qui a traversé le filtre est stérile. A l'appui de la même opinion, Coste fait remarquer que, chez la grenouille mâle, la partie liquide du sperme est contenue dans une poche particulière et complètement séparéedes spermatozoaires; or, ce liquide est impropre à la fécondation, tandis que

celle-ci est facileiiienl obtenue avec les spermatozoaires. Le microscope fournit la même preuve en monlrant que tout sperme privé d'animalcules est inrécond. On sait, par exemple, que les mulets ne peuvent pas se reproduire; précisément, chez ces animaux, le liquide spermalique ne contient pas d'animalciUes. Des exemples analogues abondent dans la science.

La quantité de sperme nécessaire pour produire la lécondation est extrêmement faible. Spallanzani a pu féconder un œuf avec une gouttelette d'une solution composée de 15 centigrammes de sperme et de 540 grammes d'eau. Dans les expériences de Prévost et Dumas, "2-25 spermatozoaires fécondèrent 01 œufs sur 300.

Lien où se fait le contact du sperme et de Vovule. — Longtemps on a cru que le contact du sperme et de l'ovule avait lieu dans la cavité utérine. Cependant, les grossesses extra-utérines faisaient penser que la fécondation peut aussi s'opérer sur lui point rapproché de l'ovaire. Nuck plaça une ligature sur l'une des cornes de la matrice d'une chienne accouplée trois jours auparavant, et au bout de quelque temps il trouva deux endjryoïis arrivés dans la tronqu' et arrêtés par la ligature.

Aujourd'hui, il est hors de doute que, dans les conditions imrmales, la fécondation peut se produire sur l'ovaire même ou dans la partie la plus externe de la trompe. Bischoff aété le premieràconstatcrcefait: vingt heures après l'accouplement d'une chienne, il trouva des spermatozoaires au niveau de l'ovaire ; Wagner et Barry ont répété la même expérience avec le même succès. Il était dès lors prouve que la fécondation peut s'eflectuer sur l'ovaire ; restait à savoir si elle ne se produit pas également dans la cavité utérine. Cosie fit faire un nouveau pas à cette (juestion en démontrant que le contact fécondant ne peut. avoir lieu que sur l'ovaire ou dans le tiers externe de l'oviducte. En effet, l'ovule non fécondé s'altère rapidement à mesure qu'il se rapj»roclnî de l'orifice interne de ce canal; de plus, une fois engagé dans les deux tiers internes de la trompe, il y est entouré d'une couche d'albumine (|ui s'oppose complètement à ce que les spernuitozoaires pénètrent jusqu'à lui. On n'arrive à cette preuve (|u'en accouplant des animaux apiès répo(|ue du rut passée, et en les sacrifiant quelques heures plus tard. Dans ces conditions, on trouve des œufs et des spermatozoïdes sur toute la longueur de la trompe, mais dans les deux tiers internes de ce canal aucun sperniatozoaire n'aura pénétré jusqu'à la mendjrane vitelline (jui est alors protégée i)ar une enveloppe albumineuse.

Ascension des spermatozoaires. — D'après l'opinion ancienne, celle de Riolan, Morgagni, Doerliaave, le sperme serait aspiré par l'utérus comme par une ventouse. Pouclict adopte cette explication, en faveur de laquelle on peut faire valoir le gonflement et l'écartement des parois de l'utérus pendant l'éieclion de cet organe (voyez page Ii2). lîischotf explique la progression dv^' spermatozoaires parles mouvements propres de l'utérus et desoviductes ; Muller, par l'action des cils vihratiles de la matrice; Déclard, par la contraction et le relàchenu^nt allernalifs du col de l'utérus; Ilenle, le professeur Tajot, .loulin, MathiasDuval, |)ar les mouveuuînts des animalcules (|iii se diiigeraieul vers l'uvaire

(Taprès un iiistiiicl particulier. Enfin, de nombreuses observations recueillies dans l'espèce humaine démontrent que quelques gouttes de sperme mises en contact avec l'orifice vulvaire ont pu déterminer la fécondation ; pour expliquer, dans ces cas, la migration ascensionnelle des spermatozoaires, on fait intervenir les contractions du vagin ou les mouvements propres aux animalcules.

Toutes ces opinions soulèvent des objections : d'une part, la fécondation est possible quand les parois utérines, envahies par des tumeurs cancéreuses ou autres, sont incapables de se contracter normalement; d'autre part, chez les crnstacés décapodes et les mollusques céphalopodes, les spermatozoaires sont dépourvus de mouvements et cependant ils sont transportés sur l'ovaire.

Selon Coste, le transport du sperme serait le résultat d'un phénomène de capillarité et ce liquide monterait entre les parois utérines et dans les rigoles du canal tubaire, comme l'eau s'élève entre deux lames de verre juxtaposées ou dans un tube capillaire. Liégeois émet le même avis et le motive par des expériences intéressantes : (|u'on prenne une vessie de lapine, détachée récemment de l'animal et vidée d'urine; ((u'on étale cette vessie sur une table et ({u'on dépose au col vésical quelques gouttes de sperme ; bientôt les spermatozoïdes, morts ou vivants, pourront être retrouvés sur toute l'étendue de la paroi interne. Entin, qu'on détache du même animal l'ensemble des organes génitaux : vagin, matrice, oviducte ; qu'on place du sperme, frais ou non, à l'entrée du vagin que l'on aura coupé obliquement à dessein, sans même entre-bàiller l'ouverture, et vingt minutes après, les spermatozoïdes pourront être retrouvés depuis le point où ils ont été déposés jusqu'à l'extrémité des trompes.

Au milieu de tant de faits et d'opinions contradictoires, à quelle conclusion doit-on s'arrêter? Il nous semble qu'on aurait tort d'adopter exclusivement l'une des explications précédentes, car elles contiennent peut-être toutes une parcelle de vérité. Pour assurer un résultat important, la nature est souvent prodigue de ressources et de moyens, et la reproduction de l'espèce est la plus admirable de toutes ses œuvres.

Quelle que soit l'opinion qu'on adopte, la translation des spermatozoïdes jusqu'à l'ovaire, exige nécessairement un certain temps. Aussi quelle créance doit-on accorder aux femmes qui prétendent reconnaître le coït fécondant à une sensation i»articulière? Si cette sensation était réelle, comme le pensait Cazeaux, elle correspondrait non pas à la fécondation proprement dite, mais à la déchirure d'une vésicule de de (Iraaf qui se romprait pendant le coït et rendrait ainsi la fécondation fort probable.

Péiu'lralioii des spcnnalozoaires dans l'ovule. — Il est aujourd'hui démontré que les animalcules spermatiques pénètrent dans l'ovule, mais on est moins bien fixé sur la manière dont se fait cetlte pénétration. D'après Barry (1840), l'ovule présenterait une petite ouverture destinée précisément au passage des spermatozoïdes. Cette assertion fut vivement combattue dès qu'elle fut émise, mais elle fut i)lus tard confirmée par les observations de Newport, de Nelson et de Kéber qui donna le nom de micropyleh l'ouverture ovnlaire traversée [)ar les spermatozoaires.

DE LA FÉCONDATION i'I

La pénétration des spermatozoïdes par le micropyle a été vue directement sur les insectes par Meissner, sur les mollusques par Kéber, sur les hirndinées du i^enre néphélis et sur les diptères par Ch. Robin. Enfin Coste a découvert sur Tœuf des saumons, des truites et des épinoches, un ombilic au centre duquel existe un trou microscopique traversant la membrane vitelline, et muni en dedans d'une petite soupape.

VanBeneden et Hensen, dont les travaux sont récents (187r)-l87(»), ont nié l'existence du micropyle sur les œufs de lapine. Pour ces auteurs, l'orifice (pii a été désigné sous ce nom, serait le produit d'une déchirure accidentelle ou le résultat de perforations faites par les aiguilles, au moins chez les mammi-- (■{■res. — Ils admettent queles spermatozoïdes au lieu de pénétrer par un point unique à travers la membrane vitelline, y pénètrent de tous côtés et s'y meuvent facilement. Il se produirait probablement, selon Robin, un ramollissement de cette membrane qui faciliterait la progression des spermatozoaires, et ceux-ci s'introduiraient en grand nombre dans l'ovule, puisque llensen, sur une seule coupe transversale d'un œuf de lapine, en a observé 22, ce qui lui fit supposer quefiOspermatozoaires au moinsavaientpénétré dansl'œuf tout entier. La pénétration des animalcules dans l'intérieur de celui-ci aurait lieu chez le lapin, environ treize heures après la copulation (Hensen). Ces animalcules traversent la membrane vitelline en rampant parallèlement à la surface. Quelques-uns cependant lui sont perpendiculaires. Ils parviennent ainsi dans un liquide remplissant l'espace situé entre la membrane vitelline et le vitellus, espace qui résulte de la condensation de ce dernier (voyez Ovologie).

Le liquide en question [liquide périvilellin de Robin) paraît très-propre à entretenir la vitalité des spermatozoïdes. Ceux-ci peuvent s'y mouvoir pendant deux heures environ, selon Robin. De là, ils pénétreraient dans le vitellus lui-même, d'après Rarry. Weil et Hensen auraient même observé des têtes de spermatozoïdes inaltérés, dans les premières sphères de segmentation; (vovez Ovologie) mais van Reneden ne les a jamais rencontrés qu'à la surface du vitellus à laquelle ils adhèrent fortement par la tête.

Malgré de nombreuses recherches, on n'a pas vu de micropyle sur l'ovule humain, et on ne sait pas encore exactement comment les spermatozoïdes réussissent à s'y introduire.

Phénomènes intimer de laféeondatioii. — P(>rsonne ne croit pins (pie l'ovule soit un nid dans le(pie! le spcrmatozoairc, ïlio)iii(neulns, se place pour se développer et se transformer en embryon et en betiis. La pénélraliiui des spermatozoïdes dans l'ovule une fois edectuée, les dilVérentes parties de l'animalcule se dissocient, se dissolvent, et se combin(>nt vraisemblablement, molécule à molécule, avec les éléments vileliins. C'est dans le miliiMi (pii résnilc de la fusion des deux germes cpie le nouvel être puisera les éléments de son organisation; c'est de là qu'il tirera les disi)ositionsorgani(iues qui le rendrcuil semblable à ses parents et le soumettront aux lois de riiérédilé.

Un seul spermatozoaire serait insulïisant poni' o|>érer la fécondation d un œuf. D'après les expériences que Newport a pu mener à bien soi- (piehpie^s espèces animales très-cloignées, il est vrai, de l'espèce liuinaine, le travail

embryogénique avorto dans les œuls qui n'ont reçu qu'un ou deux spermatozoaires; tandis qu'il se poursuit normalement là où la dose de la matière fécondante a été plus forte; dès lors on conçoit que ces animalcules puissent provenir de deux copulations et de deux mâles. Mais si les sperniatozoaires pénètrent en grand nombre dans l'ovule, ils ne serviront pas tous à la fécondation. Ch. Robin a vu dans les œufs de néphélis quelques animalcules disparailre dans la substance de l'œuf, et d'autres, inanimés mais intacts, rester entre l'embryon et la membrane vitelline.

La science ne va pas au delà de ces limites. L'esprit bumain reste en présence d'hypotbèses mystérieuses, et le voile qui les recouvre ne sera peut-être jamais soulevé conq)létement.

Les sperniatozoaires étendent leur influence au delà de l'œuf qu'ils fécondent. Les éleveurs et les chasseurs savent qu'une jument ou qu'une chienne de race pure, lorsqu'elle a été fécondée une seule fois par un mâle de race abâtardie, engendre longtemps des produits abâtardis, alors même qu'elle ne serait plus saillie que par des étalons de choix. — Un couple de lapins blancs donne des petits de la même couleur, c'est là une observation qu'on peut facilement constater sur plusieurs portées successives ; qu'on sépare ensuite la femelle et (ju'on l'accouple avec un lapin gris ou noir, naturellement, les petits seront bigarrés, mais qu'on rende ensuite la même femelle à son premier mâle, et elle continuera, dans les portées suivantes, à faire des petits dont le poil sera tacheté. — Simpson a noté le fait suivant : \ine femme blanche ayant eu des rapports sexuels avec un nègre, accoucha d'un mulâtre; plus tard, dans une autre grossesse, elle donna le jour à une lille qui portait des traces évidentes de sang noir, jjien que le père de celle-ci appartint à la race blanche.

Les sperinatozoaires en fécondant les œufs arrivés à maturité, pénètrentils dans les ovisacs réservés à d'autres pontes, et en impressionnent-ils les ovules sans les féconder? Influencent-ils l'organisme entier de la femme ou de la femelle, en y laissant une empreinte indélébile? Ces questions sont restées sans solution, et la science n'a fait qu'enregistrerles faits qui y sont relatifs.

Du moment le plus favorable à la fécondation. — Le moment le plus favorable à la fécondation correspond à la |)ériode menstruelle. C'est un fait qui, déjà connu des médecins de l'antiquité, s'explique maintenant à merveille par les notions précises que nous avons sur la ponte spontanée et ses rapports avec la menstruation.

Les reclierclies statistiques de Raciborski ont démontré que la grossesse se jM-ûduit cbez quehpu's feuunes, dans les deux ou trois jours qui précèdent le llnx menstruel ou à son début; chez le plus grand nombre, dans les premiers jours (jui suivent les règles. D'après ce gynécologue, sur 15 femmes qui n'avaient eu (pi'un rapprocliement sexuel, la grossesse survint dans les conditions suivantes : cinq fois, dans les deux ou trois jours qui précédèrent l'époque présumée de la menstruation ; une fois, pendant le premier jour de l'écoulement menstruel ; huit fois, dans les deux jours qui suivirent les règles ; une fois, le dixiènic iiiiii- apirs la cessation des menstrues. — A propos de cette sla-

tistique, il faut remarquer que daus uos mœurs il est relativement rare que la copulation ait lieu pendant la durée des règles; sans quoi, les coïts fécondants seraient plus nombreux, car l'on sait depuis longtemps que certaines femmes ne peuvent devenir enceintes qu'eu ayant des rapprochements sexuels pendant leur époque menstruelle; cependant Schroder fait remarquer que les lemmes juives sont très-fécondes, bien qu'elles doivent s'abstenir du coït pendant leurs règles et dans les sept jours qui suivent.

Il n'en est pas moins vrai, qu'un coït pratiqué vers le milieu de la période intermenstruelle peut être fécondant; ce qui s'explique par la vitalité persistante des spermatozoaires déposés dans les organes génitaux de la feumie quelque temps avant la chute de l'ovule (voyez page 166), ou par la maturité et la rupture anticipée d'une vésicule. Chez les femelles animales, on observe entre les époques du rut une période complètement agénésique, mais celle-ci n'existe pas dans l'espèce humaine, bien que Avrard (de La Rochelle) ait prétendu le contraire. Toutefois il faut reconnaître que les chances de fécondation diminuent vei's le milieu (';'■ la période intermenstruelle.

Quant aux saisons les plus favorables à la fécondation, leur influence, trèsévidente chez les animaux, est beaucoup moins sensible dans l'espèce humaine où des milliers de fécondations ont lieu chaque jour de l'année. Cependant les grossesses dont le début date du printemps, sont plus nombreuses, toutes choses égales d'ailleurs, que celles qui commencent dans les autres saisons.

De la procréation des sexes à volonté. — Nous ne discuterons pas longuement les opinions qui ont été émises sur ce sujet, car elles sont sonveni bizarres et l'attrait de curiosité qu'elles ont soulevé a toujours été déçu.

D'après llij)pocrate, les garfons seraient engendrés par le testicule droit et les filles par le gauche. Millot, à la û\\ du dernier siècle attribuait la procréation de tel ou tel sexe à rinflucncc des ovaires : l'ovaire droit fournirait des œufs mâles et le gauche, des œufs femelles. Ces deux hypothèses ne résistent pas à un examen sérieux, car des individus des deux sexes, accidentellement privés de l'une ou l'autre glande, procréent indifféiemnu'nt des gar(;ons et des tilles.

Girou de Buzareingues prétend que la vigueur relative de l'un {\(^^ [)areiils détermine le plus souvent le sexe de l'enfant. Un mâle plein de force et une femelle étiolée engeiulreraient un mâle; une femelle vigoureuse et un mâle affaibli procréeraient une femelle. Nous avons essayé bien souvent, dans l'espèce humaine, de contrôler cette opinion en examinant des époux très-disparales en vigueur, mais nous n'avons rien trouvé qui lui fût favorable.

D'après une opinion ancieiun; reprise par Boudin, le sexe masculin pn'domine (piand le père est pins âgé que la mère; le sexe féminin, cpiand la mère est plus âgée que le père; les deux sexes tendent â s'é(piililirer (piand le père et la mère sont de môme âge. Cette hypothèse n'est pas mieux fondée (pH>. les précédentes.

Pour Thury, l'œ-uf avant sa maturité complèle donnerait naissance â une fenu'lle; â sa maturité, il fornuM'ait un mâle. Les expériences (inl consisté â faire saillir un certain nombre de vaches au commenc(Mnenl du rut; d'autres

furent saillies à la fin de la même époque. Dans le premier cas, on obtient des femelles; dans le second, des mâles. Dans vingt-neuf tentatives du même genre, Cornaz a toujours obtenu le produit qu'il cherchait, mîde ou femelle. — Cette loi paraît établie pour l'espèce bovine, mais elle ne se vérifie pas chez les lapines qui engeiulrent des mâles et des femelles quelle que soit l'époque de leur accouplement. Il en est de même chez les ovipares : en effet, Coste fait remarquer qu'une poule, après un seul accouplement, peut pondre de cinq à sept œufs féconds, dans un espace de dix-sept à dixhuit jours, elles premiers œufs pondus, plus mûrs par conséquent que les autres au moment de la fécondation, fournissent aussi Jsien des femelles que des mâles ; la même irrégularité dans les sexes obtenus s'observe dans les derniers œufs de celte poule. — Dans l'espèce humaine, l'observation paraît infirmer de nouveau la loi de Thury : en effet, la plupart des grossesses commencent après les règles alors que l'ovule est arrivé à maturité complète. Néanmoins, la proportion des enfants de sexe masculin y est à peine plus considérable que celle des enfants de sexe féminin : 106 garçons pouriOO filles. Il semble donc démontré que, pour des espèces animales différentes, la génération n'obéit pas toujours à des lois uniformes. Pour que l'expérimentation soit décisive, de nouvelles recherches sont nécessaires.

g 1. — Stérilité.

La stérilité reconnaît des causes différentes soit chez l'homme, soit chez la femme.

Stérilité de lliomme. — Chez l'homme nous signalerons :

1" L'absence de l'éjaculation du sperme (aspermatismc) ; 2° certains obstacles placés sur le trajet de l'urèthre, qui rendent l'éjaculation difficile (dyspermatisme) ; 3° l'absence de spermatozoïdes dans le sperme éjaculé (aspermatozie); 4° certains vices de conformation des parties génitales extérieures (épispadias, hypospadias, etc.).

Dans une séance récente de la Société des sciences de Lyon (1), les docteurs Laroyenne, Coutagne, Jullien et Laure ont communiqué à leurs auditeurs une série d'observations de stérilité dans lesquelles la femme était parfaitement organisée pour une fécondation régulière, tandis que l'homme présentait des traces de syphilis plus ou moins ancienne; chez plusieurs sujets ainsi contaminés, l'examen microscopique démontra que les spermatozoïdes étaient ou déformés ou privés de vie.

Après avoir relaté ces faits, le docteur Gaffe, de Paris, ajoute qu'il a donné des soins, avec son ami le docteur Coster, à un Américain qui n'avait pas d'enfants. En examinant le sperme de cet Américain, on trouva les animalcules sperniatiquos privés de vie. Le mari voulait répudier sa femme, qui était remarquablement bien conformée; mais comme il confessa qu'il avait eu la syphilis, un traitement spécifique et une saison à Bagnères-de-Luchon lui furent prescrits ; au bout de six mois, la guérison était complète, les sperma-

(1) Journal des connaissances tnédicales du 15 mars 1875.

tozoïdes avaient repris leur vitalité et plusieurs enfants naquirent, à la grande joie des époux.

Dans le même article, le professeur Pajot s'exprime ainsi : Sur 80 mariages stériles pour des causes diverses , six hommes n'avaient pas de spermatozoïdes, et un septième mari n'avait jamais eu d'éjaculation en douze années, bien que le coït eût lieu conjugalement dans tous les cas. Aucun de ces lionmies n'avait plus de quarante ans, trois étaient d'une stature et d'une force exceptionnelles, deux étaient des hommes ordinaires, les deux derniers étaient maigres, petits, avec des sommets suspects. Tous remplissaient leur fonction de mari avec succès. Les sept femmes ne présentaient ni maladies, ni vices rédhibitoires. Sur les sept hommes, quatre avaient eu des orchites doubles, les trois autres n'avaient jamais eu de maladies génitales. Tous ces hommes ont été traités par les moyens locaux et g^énéraux : frictions résolutives, exercice musculaire, gymnastique, hydrothérapie, bains de mer, régime, etc. — Aucun n'a guéri, sauf le malade qui n'éjaculait pas, car au bout de six mois de traitement, il rendit sa femme enceinte.

Stérilité de la femme. — La stérilité chez la fenune, est liée, d'après Courty, aux trois conditions suivantes : 1" l'inaptitude au coït ou impuissance; 2" l'inaptitude à l'imprégnation ou infécondité; 3" l'inaptitude à la germination ou stérilité proprement dite.

\° L'inq)uissance chez la femme est rare; elle reconnaît pour causes principales : l'oblitération congénitale ou acquise de la vulve; l'oblitération, l'étroitesse extième, l'absence totale ou partielle du vagin ; l'ouverture de ce canal dans la vessie ou le rectum; enfin un état de coarctation, décrit sous le nom de vaninisme et dû à la contraction spasmodique du sphincter nnini. Les femmes atteintes de cet accident éprouvent des douleurs tellement violentes pendant le coït, qu'elles sont obligées de s'y soustraire^ (voyez page 183) ; mais il faut savoir que le vaginisme n'est pas une cause absolue de stérilité, cai- il suffit que le sperme soit versé à l'extérieur de la vulve pour que la fécondation puisse avoir lieu; l'un de nous en a vu un exemple remarquable.

2" L'inaptitude à l'imprégnation résulte d'obstacles mécani(iues ayant leur siège dans le canal tubo-utérin. Ces obstacles peuvent résider dans rulériis et les trompes ou dépendre de la |)résence dans ces organes, de sécrétions anormales, impropres à la conservation des spermatozoïdes.

Nous citerons tout d'abord les arrêts de développement de Tulénis : utérus embryonnaire (utérus embrijonalis)-, utérus hetal (nterus fd'talis )■, nln-us d'enfant {iiteius infanliUs) utérus pahescent de Puech, c'est-à-dire ayant conservé les caractères propres à cet organe pendant la puberté ; puis l'atrophie utérine consécutive à l'accouchement, signalée par Sinqison, l'uecli el Courty; l'inqjénélrabililé de la matrice, c'est-à-dire, Tabsence complète de cavité dans cet organe régulièrement développé à l'extérieur (Boivin et Uugès); rinq)erforalioii et les simples rétrécissenuMits congénitaux ou ac(piis du col ; les diaphragmes uu'mbnMUMix situés au fond du vagin.

Les déviations et |)rincipalement les Ih'xions du corps de ruténis sur le col lorsqu'elles sont très-pi'ononcées sont des causes fréquentes de stérilité. Selon

i76 DEUXIÈME SECTION. - PHYSIOLOGIE

Marion Sims, un tiers des femmes stériles sont atteintes d'antéversion, un tiers de rétroversion. Sur 272 femmes stériles, Mayer (1) en a trouvé 97 qui étaient atteintes de flexion. L'inversion, qui heureusement est un accident rare, détermine nécessairement l'inaptitude à la fécondation.

Les autres déplacements, c'est-à-dire, les hernies de l'utérus, des trompes et des ovaires, n'amènent pas fatalement la stérilité, mais ils rendent la conception moins facile.

Signalons pour terminer l'énumération des obstacles mécaniques, ceux que l'on rencontre au niveau des trompes. La pelvi-péritonite, l'hématocèle rétroutérine, les tumeurs péri-utérines, peuvent, en déterminant des oblitérations, ou des adhérences de ces conduits aux organes ambiants, produire l'infécondité.

L'hypertrophie générale ou partielle du col, la conicité exagérée du museau de tanche, la tuméfaction inflammatoire, les fongosités, les altérations organiques de cet organe (cancer, corps fd^rcux, polypes), constituent, non des causes absolues d'infécondité, mais des conditions défavorables à la rencontre du sperme et des ovules.

Les liquides sécrétés avec abondance par l'utérus peuvent empêcher la pénétration du sperme par suite de leur viscosité, ou tuer les spermatozoïdes par un excès d'acidité ou d'alcalinité.

Il y a des femmes chez lesquelles l'infécondité paraît liée à un trouble de la fonction génitale, soit au défaut, soit à l'excès de l'orgasme vénérien qui met en rapport l'ovaire et la trompe et favorise par une érection du canal utéro-tubaire, le rapprochement de l'ovule et du sperme.

Baker Brown admet une espèce de stérilité par action réflexe, ayant son origine dans les maladies d'organes voisins de l'utérus telles que : tumeurs vasculaires du méat urinaire, hémorroïdes fluentes, fissures et fistules à l'anus, ascarides vermiculaires, etc., ce qui est difficile à prouver.

3" L'inaptitude à l'ovulation doit être considérée comme la cause la plus grave de stérilité. Celle-ci peut être absolue et permanente ou bien relative ou passagère. Dans le premier cas, elle tient à l'absence, au défaut de développement, à l'atrophie, à une altération organique (cancer, tubercules, kystes, dégénérescence fibreuse) des ovaires. Dans le second cas, elle tient à la suspension de la fonction germinative de ces organes produite soit par un état pathologique local sans néoplasmes (phlegmasie aiguë ou chronique), soit par une affection morbide générale telle que scrofule, phthisie, rachitisme, chlorose, intoxication alcoolique (Lancereaux), soit enfin par une altération de la constitution duc à l'àgc, aux excès de travail ou de plaisir, cà l'amaigrissement extrême, à l'obésité, etc.

g 2. — De la fécondation artificielle.

On sait que la condition essentielle à la fécondation est le contact de l'ovule et des spermatozoïdes. Or, nous venons de voir qu'il existe des femmes

(1) Virchow's Archiv fur palhologische Analomie, 1856.

choz lesquelles le sperme ne peut arriver à son but, soit à cause de déviations, de flexions de Tulérus, de conformation spéciale du col, etc., soit à cause de vices de conformation des organes génitaux de l'homme : épispadias, hypospadias, etc. C'est dans ces circonstances qu'on a tenté de produire la fécondation, en faisant pénétrer artificiellement par des moyens divers, le sperme dans la cavité utérine.

La pratique de la fécondation artificielle est aussi ancienne qu'usuelle en arboriculture; mais Spallanzani est le premier qui l'expérimenta sur les animaux (1780). Il injecta dans la matrice d'une chienne en chaleur 4 gramme environ de sperme provenant d'un jeune chien, au moyen d'une seringue chauffée à 30 degrés Réaumur. L'expérience réussit complètement, car 02 jours après l'injection, la chienne mit bas trois petits vivants qui, par leur couleur, ressemblaient non-seulement à la femelle, mais au mâle qui avait fourni la semence.

Cette expérience fut répétée 10 mois après, avec le même succès, par Pierre Rossi (de Pise). En imitant ces physiologistes, on pourrait obtenir facilement le croisement des espèces animales difliciles à accoupler; à ce point de vue, il est regrettable que la fécondation artificielle ne soit pas plus souvent employée chez les animaux.

Ce fut Hunter qui le i)remier conseilla les injections de sperme dans l'espèce Inunaine, et un homme atteint d'iiypospadias, en suivant ce conseil, parvint à rendre sa femme enceinte. Ces faits paraissent avoir été oubliés pendant un certain temps, mais la question est de nouveau à l'ordre du jour.

lie docteur Girault, de Paris, a obtenu de nombreux et remar(|uables succès qu'il a consignés dans un mémoire très-intéressant. Sa première observation date de 1837. Depuis cette époque, cet honorable médecin nous a déclaré qu'il avait réussi dix-huit fois à rendre mères des femmes déclarées positivement stériles (l'une d'entre elles était mariée depuis 1:2 ans) : ces tentatives ont p(u-té sur 40 sujets. R est rare de réussir avec une seule injection ; cependant CirauU y est parvenu quelquefois.

Chez plusieurs femmes, il a été obligé de faire jus(iu';i dix injections, ce qui l'cprésente environ un intervalle de dix mois. Mais les femmes n'ont généi-alement pas assez de patience pour subir autant d'essais et se lassent souvent ù la troisième tentative iiifructueu^^e.

CirauU opère, dans la majoiilé des cas, quatre jours après la cessation des règles ou (pielques jours avant. Il lui est arrivé cependant de féconder une lenime(pii était au vingt-deuxième jour de la période intercalaire.

Le manuel opératoire employé par Ciraidt est (excessivement sinq)le. 11 se sert d'un tube métallique, du volume d'une soude d'iionmie de calibre moyeu et nnuii à une de ses extrémités d'un entonnoir dans leiiuel l'opérateur verse le s|)erme conservé avant son arrivée, dans un veric plongeant dans l'eau tiède. Pour mainteuii- le lluide siMuiual à une tenipt'ralure convenable, lors(pril est introduit dans le tube il sulllt de frotter préalablement celui-ci entre le pouce et l'index, ce (pii l'écliaulfe suliisaMuneut.

(lirault fait descendre le sperme jusqu'à l'extréiMilé du lube (pi'il Ijouche

avec le doigt, puis il place un petit fausset dans l'entonnoir, de sorte que c'est alors la pression atmosphérique qui empêche le liquide de s'échapper du tube. Il introduit celui-ci dans la cavité utérine, la plupart du temps sans se servir du spécidum; puis il ôte le fausset et il souftle sur l'entonnoir afin de chasser jusqu'aux dernières gouttes du sperme.

Marion Sinis, de New-York (1), a essayé la fécondation artificielle sur six femmes et a réussi une fois à produire la conception. L'instrument dont il se sert n'est autre qu'une petite seringue de Pravaz dans laquelle le trocart capillaire est remplacé par une canule en verre ayant la forme et le volume d'un hystéromètre. Rouhaud a fait construire pour cet usage une seringue particulière.

Voici comment Courty décrit le procédé qui lui paraît le meilleur pour conserver au sperme sa vitalité, aux spermatozoïdes leurs mouvements et pour sauvegarder les lois de la pudeur et toutes les convenances. « On revêtira le membre viril d'un condom, en ayant soin de ne pas appliquer complètement le CcBCum sur le gland. Le coït étant terminé, le produit de l'éjaculation restera dans le cœcum ; par un coup de ciseaux donné à la baudruche, on l'en fera sortir et on le recueillera dans une petite seringue de verre préalablement chauffée (en la tenant plongée depuis quelques minutes dans de l'eau à 40 degrés) et munie d'une sonde utérine métallique ou élastique, ta l'aide de laquelle il sera facile de le faire pénétrer dans la cavité utérine avec les plus grands ménagements; on prescrira à la femme le repos complet pendant une journée. »

Pour faire ces injections spermatiques, le professeur Pajot a fait fabriquer un petit appareil dont la disposition est très-ingénieuse. C'est une espèce d'hystéromètre creux percé, à son extrémité boutonnée, d'un orifice et muni , à l'autre extrémité, d'un piston permettant de chasser dans la cavité du col le sperme contenu dans l'intérieur de l'instrument. Pour recueillir le sperme, voici la disposition imaginée par Pajot. L'extrémité boutonnée se compose, dans une étendue de 4 à 5 centimètres, de deux demi-cylindres pouvant glisser l'un sur l'autre, de sorte qu'on a une gouttière ou un tube à volonté. Cette gouttière permet de ramasser au fond du vagin le sperme quia été déposé dans ce conduit, à la suite d'un coït récent et qui a conservé, par conséquent, une température convenable. Alors, on complète le tube, et le sperme s'y tTOuve emprisonné. On introduit l'instrument dans la cavité cervicale et avec le piston on y projette le liquide séminal. La femme doit être placée, le bassin incliné de façon que le fond de l'utérus soit plus déclive que le col. Le professeur de la Faculté n'a encore obtenu jusqu'tà présent qu'un seul succès ; mais nous savons que dans quelques essais où il a échoué, il a reconnu, après examen ultérieur du fluide séminal, que celui-ci ne renfermait pas d'animalcules. Avant de tenter la fécondation artificielle, il est donc indispensable de rechercher au moyen du microscope, si le sperme renferme des spermatozoïdes doués d'une vitalité suffisante.

fl) Chinugie utérine. 1856, page iiô et lîg. 1-iO.

On ))oiin"ait facileinent improviser un excellent appareil, en se servant d'une petite seringue, sur la canule de laquelle on assujettirait le bout d'une sonde élastique assez iine pour qu'elle pût être introduite dans la cavité utérine. On verserait dans cette seringue le liquide spermatique qui aurait été conservé dans un verre baignant dans de l'eau tiède.

Quel que soit le procédé employé, il nous paraît utile de faire pénétrer l'extrémité de la canule ou de la sonde au-dessus de l'orifice interne du col.

La fécondation artificielle est une entreprise délicate, aussi n'a-t-elle pas encore pénétré dans les babitudes médicales ; de plus, elle soulève souvent chez les personnes auxquelles on la propose des répugnances et des scrupules respectables. Elle peut néanmoins devenir opportune dans quelques cas exceptionnels. Quand un médecin est consulté à cet égard , il doit examiner séparément le mari et la femme; mais si, dans cet examen, il trouve une cause incurable de stérilité, soit du côté de la femme, soit du côté du mari, il gardera le secret le plus absolu sur le résultat de ses investigations, même vis-à-vis des intéressés et pèsera bien toute la portée de ses paroles et de ses conseils. C'est là une obligation de haute moralité. Il devra .s'enquérir avec soin de la date du mariage et calmer les impatiences intempestives. — Quand on est vivement sollicité et qu'aucune raison ne s'oppose au succès espéré, on peut tenter l'opération; mais pour qu'aucun soupçon ne puisse venir à l'esprit de qui que ce soit, la présence de deux médecins est, à notre avis, désirable. Les instruments, avant leur emploi, devront être plongés et maintenus pendant quelques minutes dans l'eau bouillante, afin qu'il soit évident pour tous qu'il n'y adhère aucun corpuscule vivant; on les ramènera ensuite à la température de 37 degrés centigrades environ. La présence du mari, pendant toute la durée de l'opération, sera rigoureusenuMit exigée. *

ÏROISIÈME SECTION

DE LA GROSSESSE

La grossesse ou gestation est l'état qui commence au moment de l'union des germes mfde et femelle et finit avec l'expulsion du produit de la conception. L'ovule fécondé traverse d'abord la trompe de Fallope, de son orifice externe à son orifice interne. Puis, il pénètre dans la cavité utérine où il se greffe, se développe et séjourne pendant neuf mois environ. Enfin, au bout de ce temps, le nouvel être est expulsé pour vivre d'une vie indépendante.

Quand la grossesse se passe dans les conditions que nous venons d'indiquer, elle est réputée bonne, naturelle, normale, utérine. Elle est d'iie. simple, lorsque l'utérus ne contient qu'un seul fœtus; composée on multiple, quand il en renferme plusieurs et, suivant leur nombre, la grossesse est gémellaire ou double, triple, quadruple... (voyez Grossesse multiple). On appelle jMwe«wx les enfants issus d'une même grossesse et tous les petits d'une même portée.

Sous le nom de grossesse extra-utérine, on désigne un état pathologique dans lequel l'ovule fécondé se développe en dehors la cavité utérine. (Voyez Pathologie de la grossesse.)

La grossesse normale est un état fort complexe, dans lequel on observe la coexistence et les connexions intimes des organismes maternel et fœtal. Nous étudierons successivement : 1° les modifications des organes maternels; 2° le développement de l'œuf et de l'embryon; 3» les annexes du fœtus à terme; 4" l'anatomie et la physiologie du fœtus ; 5" les signes et le diagnostic de la grossesse simple; 6° la grossesse multiple; 7° la durée de la grossesse; 8" l'hygiène des femmes enceintes.

Page 1