ÉLOGE DE L'ÉPÉE
1^'ÉPÉE est Tanne la plas ancienne que Ton connoisse» et elle a constamment été en honneur chez tous les peuples belliqueux. De tous temps un homme portant Fépée a été respectable et sacré. Quiconque osoit Hnsulter couroit risque d'en être sévèrement puni. C'est cette arme qui a fondé les empires , qui en a soutenu la gloire, et par laquelle les Grecs et les Romains se sont illustrés. Parmi les iiîm««n ■■inrlnwwof-IrrrFfanrniri ont toujours joui de Fayantage de s'en servir glorieusement. Jusqu'à l'invention de la poudre elle fit la force des armées, et décida du sort des combats. C'est par elle que les Perses, les Médes établirent leur puissance. Les Grecs qui les suivirent lui durent leurs succès, et enfin c'est par elle que les Romains firent la conquête du inonde entier.
L'épée étoit en si grande vénération parmi ces fiers r^ublicains, qu'ils en firent le plus bel ornement du guerrier; les jeunes gens attendoient avec impatience Fâge où ils prendroient la robe virile; placés bientôt apr^s dans les légions y ils joui^soient de l'honorable
droit de se servir de Yépée pour la défense de la patrie. Chez tous les peuples cette arme a été la marque distînctive des chefs, et dans les emblèmes elle représ^ite encore l'autorité.
Les anciens Gaulois, nos aïeux, n^ont pas eu moins de respect pour cette arme gue les peuples qui les a^ent précédés dans le chemin de la gloire. Dans los temps brillants de la chevalerie, une cérémonie auguste et solennelle aToit lieu à la réception d'un chevalier; dans cette espèce de baptême militaire, Faccolade lui étoit donnée avec Fépée. Le vaillant François l^^ voulut la recevoir des mains de Bayârd, sur le lieu même où se donna la fameuse bataille de Marignan, dite la bataille des géants.
Aussitôt qu'un preux étoit reçu chevaUer il prenoit pour devise : Dieu , son Roi et sa Dame; il prononçoit sur son épée ce serment, dont la violation enU^atnoit Finfamie» C'i»t pjir cette raison ^««^ tous les peuples guerriers firent de l'art des àrmes'un point essentiel de l'éducation. En Grèce , qui n'étoil qu'une réunion de petites républiques, voisines et rivales, tout citoyen étoit soldat en na^sant* Ou l'appliquoit de bonne heure aux exercices qui devoi^t e^ former un défenseur à l'état, et l'art des avions étoit au premier rang dans la Gymnastique.
A.Boxp09.ei^ le citoyen seul étoit admis à l'honneur de porter les armes, le salut de l'état reposoit sur 1^ discipline laiUtaire, et cette discipline étoit enti^t^uue par des exerciees continuels qui tenoient la jeunesse en lialeine. Un soldat apprei^oic à. manier avec dextérité
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son épée, qu'il lui étoit honteax d^abandonner. Cet enthoBsiasme de la -valeur ne contribua pas peu à la grandeur de la répulique.
Le François en tout temps s'est fiiit un honneur de l'emporter sur ses voisins dans tous les exercices du corps ^ et Téducation d'un gentilhomme étoit incomplète lorsqu'il n'avoit point appris à tirer des armes; disons mieux j il négligeoit dans* les premiers temps coûte autre instruction. Tout le monde sait que le brave Duguesclin n'avoit jamais voulu apprendre à lire, par un préjugé qui heureusement n'existe plus; un gentilhomme, ne connoissant que l'art des armes, mépri- Sioit toute antre science, comme indigne d'un véritdble noble.
L'art des armes étoit très protégé en France , les rois ma ont consacré l'institution par des règlements et des statuts qui honoroient à-la-fois le souverain, et les. artistes. Louis XrVV.i> ar un 4 g« 5jrti f;l fî6 A-» w i Bf afnta^ accorda à six maîtres, après vingt années d'exercice, des lettres de noblesse, pour eux et leurs descendants; il leur accorda aussi pour armes deux épées ^a sautoir sur fond d'azur, et quatre fleurs de lis, surmontées d'un heaume. C'étQÎt reconnoître honorablement les services qu'ils avoient rendus à Fétat.
Au sacre de nos rois, le connétable, qui représente l'armée y porte l'épée comme le soutien de l'autorité. Il est donc de grande importance , lorsque nos gnerri^s cenouvellent les hauts feits d'armes de nos anciens preux, que tout homme appelé à la dtfense de Tétat apprenne à se servir de l'épée. En acquérant l'adresse
nécessaire pour la manier, le François augmente encore «on agilité naturelle; il se prépare et a^habitue à voir le fer et à ne pas le craindre; par ce moyen, il gagne cette intrépidité qui le rend, à Farme blanche, la terreur des ennemis.
Il semble donc très essentiel que les parents se déterminent à faire donner aux enfants qui auront Thon^ neur un jour de soutenir la gloire de leur patrie une instruction sur le maniement de Tarme par laquelle ils devront se signaler.
Il est des circonstances où, malgré Tartillerie et les baïonnettes , Fépée est d^une utilité absolue ; par exem--^ pie, quand les grenadiers sont obligés de gravir un roc, ils ne peuvent fsiire usage que du sabre, qui n^est autre chose qu^une épée tranchante. Il faut donc quUls sachent tailler, pointer et parer à propos ; Ton conviendra que ce n^est que par un long usage et par les principes d^une iué4Lo<j[#» raisonnée qu'ils ^cq}^^'^'^^^ ^^^ avantage.
La plupart des anciens militaires que j'ai connus m'ont assuré que le soldat exercé aux armes en étoit d'autant plus adroit dans une mêlée, et conséquemment plus nuisible à l'ennemi. Le cavalier qui ne s'est pas rendu familier l'usage de son arme ne porte que des coups larges et mal dirigés ; ce sont comme des mouvements convulsifsqui, communiquant des secousses à la bouche de son cheval, inquiètent l'animal et exposent celui qui le monte. Un tel cavalier, loin d'être utile avec son arme qu'il ne sait pas manier, ne peut être qu'un voisin embarrassant et dangereux.
BB L^UTlLlTÉ DES ARMES POUR LA SAtiTÉ ET LA BONNE