‹ Traité de l'art des armesChapitre 11 sur 97 · ET USTENSILES NÉCESSAIRES POUR TIRER DES ARMES · texte numérisé non relu

ET USTENSILES NÉCESSAIRES POUR TIRER DES ARMES

Peut-être les détails qui vont suivre paroîtront-ils minutieux; cependant ils ont leur utilité: rien n’est à négliger lorsqu’il s’agit d’arriver à la perfection dans tel genre que ce soit. Tout le monde connoît sans doute une partie des vêtements que nous allons décrire, et qui sont à l’usage des armes; mais tout le monde ne sait pas qu’il y a un grand choix à faire dans ces sortes d’objets, et c’est ce que nous allons indiquer.

Le gilet doit être en toile et d’une couleur foncée pour le travail; il le faut aisé, principalement des manches, afin que dans l’exercice on n’éprouve point de gêne; on aura soin que les boutons soient à gauche, et le colet très montant. La culotte sera aussi en toile, aisée des cuisses , et aura une ceinture haute pour tenir les reins fermes; car c’est de cette partie que dépend toute la force; elle sera encore bien fendue pour la plus grande liberté des mouvements dans l’assaut. On aura

soin de mettre à son cou un gros mouchoir, afin d'éviter que l’adversaire en marchant trop n’érafle cette partie avec la lame du fleuret.

Les sandales exigent aussi du soin. Celle du pied droit doit être ouverte pour que le bout du pied soit à l’aise. On la garnit de chapeau, cela est plus doux, fatigue moins les tireurs, et leur donne la facilité d’employer tous leurs moyens de vigueur; on n’auroit pas cet avantage avec des souliers, les pieds en éprouveroient de la gêne, et la fatigue ôteroit de la force, sur-tout si l’on tiroit long-temps; on recommandera au sandalier de mettre le poreux du cuir en dehors , afin d’empêcher de glisser; il aura aussi l’attention de faire la sandale gauche plus haute du talon; basse, elle gêneroit le ployé du jarret, il y auroit moins de réaction , et cela feroit perdre beaucoup de vitesse.

Un gand bien choisi doit être en dessus rembourré de crin; il le faut long et étroit, parceque s’élargissant toujours assez , il en résulteroit, en le prenant trop large, des plis qui gêneroient la tenue du fleuret. On exige qu’il soit long pour garantir le poignet, qui sans cette précaution seroit exposé aux coups de fouets , que la peau en soit mince et souple en dedans, parcequ’on en sent mieux le fleuret, et que l’exécution du tiré en est plus facile.

DE l’üTILITÉ DES MASQUES.

C’est à feu M. La Boëssière qu’on doit l’inappréciable avantage des masques de fil-fer, généralement en usage

TE AITÉ

aujourd’hui. Avant iui on se servoit de masques de ferblanc d’où l’on tiroit le jour par une fente; mais la dureté du fer étoit fort incommode sur la figure, par cette raison on s’en servoit peu, et les tireurs alors couroient risque de s’estropier ; les nombreux accidents arrivés déterminèrent M. La Boëssière à donner l’idée des masques actuels : il y en a de deux sortes, ceux à ressorts et ceux à courroies. Je préfère ces derniers, parceque ceux à ressorts ont l’inconvénient de tourner ou de ballotter, et que dans un assaut on court le danger de recevoir un coup dans la figure.

J’approuve aussi l’usage des galeries qu’on met audessus pour garantir la tête. Malgré les détracteurs, j’adopte celui des gilets en buffle, car on ne sauroit prendre trop de précaution pour éviter les accidents. Ce gilet doit être garni en buffle depuis le haut jusqu’à la ceinture, et depuis les boutons jusqu’à quatre pouces derrière le dos. Le huffle s’étend aussi sous le bras droit à environ six pouces pour garantir l’aisselle. Ainsi muni du masque, du gilet et d’un gros mouchoir au cou, on n’a rien à craindre de l’adversaire, eût-il le jeu le plus dur, et fut-il un de ces tireurs à main basse et à bras raccourci , contre lesquels il est dangereux, mais néanmoins nécessaire de combattre pour devenir fort.

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