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QUALITÉS QUE DOIT AVOIR UN MAÎTRE D’ARMES

Un maître doit être doué de la plus grande douceur, mettre beaucoup de clarté dans sa démonstration , et servir de modèle à son écolier par sa régularité. Il emploiera tous ses moyens à gagner la confiance de ses élèves en leur rendant ses leçons agréables. Un jeune homme timide et craintif n’avanceroit pas , si le maître ne l’encourageoit. Que le démonstrateur évite donc l’impatience, l’emportement et la mauvaise humeur, pour ne pas faire perdre la tête aux élèves. S’il en est un qui trouve de la difficulté dans un coup, il faut le distraire par quelque chose de plus simple, et ensuite le ramener par gradation à exécuter ce qui lui avoit paru trop compliqué au premier instant.

Le maître sentira la nécessité de faire travailler ses élèves lentement; celui qui veut avancer trop rapide-

nient un jeune homme, l’habitue à tirer vite, mais sans justesse.

Il faut démontrer avec méthode, bien faire exécuter en détail tous les mouvements, tenir sur-tout à l’élévation de la main avant le départ du corps, chose aussi difficile à obtenir des écoliers que l’accord parfait de la main avec l’effet des jambes.

Dans les arrhes comme dans les autres arts, l’exercice et l’observation exacte des principes font réussir : l’écuyer met son élève au pas pour le placer et lui faire sentir le mouvement du cheval, de là au trot, ensuite au petit galop très raccourci; à la fin il le remet au pas pour le replacer, comme dans les armes on termine par le mur. Le musicien a soin en commençant un élève de lui faire faire les notes lentement pour obtenir des sons justes, et lorsqu’il l’applique à des airs, s’il y a un passage difficile à faire exécuter, ce n’est qu’en le décomposant qu’il parvient à le lui faire comprendre.

Les danseurs de théâtre travaillent sans cesse pour acquérir l’aplomb et la liberté des mouvements, et c’est par un exercice continuel qu’ils obtiennent la grâce et le moelleux qui les distinguent. Il en est de même dans les armes, un maître doit donc ramener continuellement l’élève aux premiers principes; il doit s’efforcer de vaincre en quelque sorte la nature; car il se trouve quelquefois des sujets mal conformés; il redoublera avec ceux-ci d’attention pour les placer en garde le mieux possible, sans trop les gêner; cari! est essentiel que l’élève soit toujours à son aise, et avec le temps et la persévérance ses membres s’assouplissent. J’ai vu

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plusieurs sujets étonner, au moment de l’assaut, ceux qui les avoient vus commencer; mais ce n’est qu’aux soins constants du maître qu’ils dévoient leurs avantages.

Les commencements dans tous les arts sont ennuyeux et tristes ; le maître doit donc s’attacher à égayer et encourager l’éléve en variant à propos les leçons. Il écartera ainsi le dégoût inséparable des nombreuses répétitions d’un même principe. Il est utile aussi qu’un maître fréquente des artistes en tout genre; en augmentant par-là ses connoissances, il se convaincra de plus en plus que les arts reposent tous sur les mêmes principes, et qu’ils ont, si j’ose m’exprimer ainsi, un degré de parenté entre eux.

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