‹ Traité de l'art des armesChapitre 15 sur 97 · DES EXPRESSIONS ET TERMES PROPRES A L’ART DES ARMES · texte numérisé non relu

DES EXPRESSIONS ET TERMES PROPRES A L’ART DES ARMES

Avoir de la main , cela veut dire tromper les parades finement et avec adresse.

Avoir des doigts , se dit du jeu que doivent avoir les doigts à mesure que la main s'enlève en déployant un coud , ou en se replaçant. On voit dans la démonstration que le fleuret doit jouer dans les doigts; lorsqu’on dit d’un tireur qu’il n’a pas de doigts, on entend qu’il serre trop le fleuret dans l’élévation de la main , la pointe perd ainsi la direction du corps.

Avoir des jambes , signifie être toujours prêt à partir étant bien ployé et sous soi, être stable et ferme sur le

pied gauche qui ne doit pas bouger dans le développement ni dans la garde.

Avoir de la télé, s’entend sans explication sans doute; mais dans les armes cette expression renferme autant la malice que le sang-froid. Offrir peu de prise, profiter des moindres avantages, avoir des desseins, et tromper pour les faire réussir, juger un jeu, et le combattre en conséquence, tout cela est avoir de la tête.

Main légère , se dit d’une pointe toujours près du* passage de l’épée, qui se sent à peine sur les engagements, et qui se dérobe à la moindre pression ou au moindre mouvement de l’adversaire.

Main dure, c’est la suite d’un mauvais principe: quand un tireur emploie la force, il est dénué d’agréments et de prestesse; les battements, les croisés dérangent promptement son fer, il n’y répond que par des mouvements convulsifs, et il offre avantage sur lui par sa pesanteur.

Jeu dur-, on en distingue deux : l’un est, comme on l’a dit à l’article Main dure, une suite d’un mauvais principe; le second est un jeu de circonstance que l'on oppose aux mauvais tireurs; il consiste en battements, croisés, pour ne jamais laisser l’épée devant soi avant d’attaquer.

Avoir de l’épaule, c’est faire tous les mouvements avec cette partie du corps : ces mouvements sont larges, faciles à juger, et par conséquent lents; c’est un des plus grands défauts.

Sauter , se dit des personnes qui, dans le développe- -ment, levant le pied trop haut, au lieu de raser le sol,

Tft AITÉ

décrivent un cercle et non une ligne droite; ils perdent du temps, dérangent leur corps, et ralentissent le développement.

Chasser les mouches , s’entend des mouvements irréguliers, lorsqu’au lieu de prendre des contre ou toute autre parade double, on pare à l’aventure à droite et à

gauche.

Tirer dans le fer , est une faute commune aux commençants; au lieu de tirer dans le jour que présente l’adversaire, ils tirent dans le côté où il est couvert, et par ce moyen se trouvent parés sans que le pareur en ait eu l’intention.

Avoir une grande mesure , ou, ce qui revient au même, une grande étendue , c’est tirer de fort loin, d’après les moyens que la nature nous a donnés, et en y joignant les principes de l’art.

Avoir un beau développement , veut dire montrer de la grâce.

Avoir un bel aplomb , c’est, après le développement, d’être ferme et immobile, de manière qu’il n’y ait point lieu à critiquer.

Tendre , c’est la ressource des tireurs foibles ; ne pouvant parer, ils tendent le bras dans tous les jours qu’ils aperçoivent, avec le dessein d’enferrer l’adversaire; on les évite facilement en les faisant tendre par de faux temps; puis on dérange le fer, comme on le voit à la fin des assauts.

Caver, ou tirer en cuvant, c’est un grand défaut; c’est tirer sans opposition pour faire gagner la pointe au corps indépendamment de la parade. Le tireur court

risque de s’enferrer lui-même, faute d’avoir opposé : chaque coup doit avoir l’opposition du même coup.

Parer en tranchant le fer , c’est parer avec les ongles tout-à-fait tournés en dessous , pour écarter le fer en formant un grand angle. Cette parade est bonne contre ceux qui tirent bas, dessous la main, sur-tout au mur à toucher; on l’emploie en parant le coup de tierce et de quarte en dedans, maîtrisant ainsi le foible de l’adversaire sous le fort.

Marcher , ou gagner la mesure , c’est porter en avant le pied droit, et le faire suivre du gauche, en observant d’un pied à l’autre même distance que dans la garde.

Rompre , ou rompre la mesure , c’est reculer le pied gauche, et ramener ensuite le droit; cela se fait sans s’écarter de la ligne.

Trop marcher , trop serrer , se dit du défaut de certaines personnes qui, ne sachant pas tirer de leur place, ni employer les moyens de longueur dont ils sont susceptibles, sans remuer le pied gauche, approchent l’adversaire de très près; cette manière a des inconvénients graves.

Redoubler , se dit de l’action de celui qui tire plu sieurs coups de suite sans se relever; cela pèche contre la grâce et l’art des armes. ( Voyez aux articles des Assauts.)

Passer en avant et en arriéré; passer en avant, c’est passer le talon du pied gauche à la boucle du pied droit; passer en arrière, c’est passer le pied droit en arrière au talon gauche, et retomber en garde du pied gauche.

Ferrailler , se dit d’un tireur qui, manquant de principes, tire mal.

Abandon de l’épée; tout mouvement d’épée trop large, par lequel on prend le plus long pour aller aux parades, ou le choix d’une parade qui ne convient pas, causent abandon d’épée; cela mène à de grands inconvénients dans l’attaque comme dans la défense; il y a encore abandon d’épée, lorsqu’on quitte le fer en marchant; ceux qui, après la parade de prime, prennent le demi-cercle plutôt que la parade de seconde, abandonnent l’épée.

S’écraser , se dit de celui qui, après le coup tiré, pousse le genou droit en avant, laisse tomber le corps, et lève le pied gauche : ces mouvements font perdre du temps pour se remettre en garde, et on essuie la riposte avant d’être remis.

Faire capot , c’est battre un tireur sans qu’il touche une botte.

Coup pour coup , se dit de deux tireurs qui touchent ensemble. 11 n’y a pas de plus grand défaut dans les armes, dont le principe consiste à toucher sans être touché.

Parer de la pointe , c’est écarter la pointe de la ligne du corps en formant une parade; il se trouve alors un vide au fort de l’épée du pareur, et la parade est mauvaise.

Tirer des feintes , c’est faire tout ce qui vient dans ’idée, selon la possibilité.

1 Riposter, c’est rendre le coup après la parade.

Arrêter un tireur , c’est lui prendre un coup d’arrêt,, coup pris sur une marche avec opposition»

Le coup de temps est un coup pris d’opposition sur un développement : c’est un des plus beaux coups d’armes»

Coup sur le temps , ce qu’il y a de plus vicieux dans les armes , est de tirer dans tous les temps qu’on peut faire sans s’occuper de l’opposition; cela conduit au coup pour coup; régie générale,, on ne doit jamais tirer que les deux fers ne soient croisés.

Croiser , ou être- croisé, c’est ne pas être en ligne, ayant le pied droit trop en dedans; cela fait perdre l’aplomb du corps, et aussi la direction de la pointe.

Etre en ligne , s’entend de deux manières; premièrement, d’un tireur dont le talon du pied droit est régulièrement vis-à-vis la cheville du pied gauche; et secon- - dement, de deux tireurs qui sont parfaitement vis-à-vis l’un de l’autre.

Partir le corps trop tôt , c’est un défaut des plus difficiles à vaincre ; il existe dans les tireurs forts , encore plus dans les foibles; il faut que la main précède le mouvement avant le départ du corps, autrement le bouton donne dans la garde du pareur, ou le foibls du tireur reste dans le fort du pareur.

Parade de tac et riposte du tac au tac ; quand il y a écart de l’épée après la parade, la riposte doit partir de suite, ce qui s’appelle riposter du lac au tac.

La riposte en temps perdu; si après la parade 1 n’y a pas d’écart, il faut attendre la retraite, ce qui s’appelle

TRAITÉ

perdre un temps. II y auroit du danger à riposter; l’adversaire pourroit remettre l’épée au corps; on attend donc la retraite pour tromper le fer.

Tirer la main plate , c’est enlever la main, les ongles en l’air. Dans tous' les temps la main doit être demitierce, et ne tourner que pour enlever, sans quoi elle n’est pas vite.

Eperonner , c’est faire un mouvement comme pour donner un coup d’éperon; c’est un temps perdu, une faute ordinaire aux commençants.

Se couvrir , c’est avoir la garde étendue en tenant la pointe adverse hors de la ligne du corps, ce que l’on appelle former la ligne d’opposition.

Page 1